BOISSEAU Albert [Thouars]

Par Jacques Blanchard, Jean Gaumont, Maurice Rouzier

Né le 2 juillet 1887 à Azay-le-Brûlé (Deux-Sèvres), mort le 4 août 1973 à Niort (Deux-Sèvres) ; employé de commerce ; militant du mouvement coopératif et militant communiste ; maire de Thouars (Deux-Sèvres) de 1935 à 1939.

Albert Boisseau était le fils de Pierre Boisseau, jardinier, et de Madeleine Pougnand. Son frère, Edmond Boisseau, eut des responsabilités à la direction deux-sévrienne du Parti communiste avant et après la guerre de 1939-1945. Sa soeur, Madeleine, dite Berthe, épousa Eugène Poupot, militant communiste qui mourut en déportation. Le 28 septembre 1912, il se maria avec Renée Vuilly, dont le père était pharmacien à Niort. Le couple n’eut pas d’enfant.

Boisseau fut, à l’âge de treize ans, employé de commerce, petit apprenti à la coopérative « La Prolétarienne » de Rochefort (Charente-Inférieure). En 1906, il participa à la fondation de la boulangerie coopérative des ouvriers de Niort qui devint la « Niortaise ouvrière » après son adhésion à la FNCC fondée en 1912. Après la guerre, en 1920, fut créée la coopérative « L’Avenir des Deux-Sèvres » qui fusionna avec « La Niortaise » et à laquelle, sitôt après sa démobilisation adhéra Boisseau. Celui-ci s’employa bientôt à orienter « L’Avenir » vers sa fusion avec la coopérative régionale des Charentes dont il devint administrateur en 1930, la fusion accomplie. À la même époque, Boisseau fut sollicité d’assurer à Thouars (Deux-Sèvres), la direction de la coopérative « La Laborieuse », au développement de laquelle il œuvra de toutes ses forces. Mais en 1932, une grave crise commerciale obligea la société à cesser son activité ; « La Laborieuse » obtint son concordat que garantit la coopérative régionale, tout en assurant elle-même jusqu’en 1949 la gestion des douze magasins thouarsais. L’incorporation de « La Laborieuse » fut alors facilement accomplie au sein de la coopérative régionale des Charentes et du Poitou que dirigeait Jules Baert. Boisseau, devenu président de la section locale de Thouars en resta l’animateur.
Militant communiste, Albert Boisseau fut élu au conseil municipal lors des élections de 1935. Au cours de celles-ci, les listes socialiste et communiste fusionnèrent entre les deux tours en un « Front unique » qui remporta quinze sièges (12 socialistes et 3 communistes) sur vingt-trois. Bien que très largement minoritaire, il fut élu maire, faute de candidature socialiste à ce poste.
Le 20 septembre 1939, il adressa sa démission du Parti communiste à Jacques Duclos, pour « protester contre l’invasion de la Pologne par la Russie et contre l’attitude de la Troisième internationale et de son parti français », de la même façon que Paul Nizan. Le Conseil municipal de Thouars fut suspendu le 18 novembre 1939 par Albert Lebrun, le président de la République, sur proposition du Ministre de l’Intérieur, Albert Sarrault et remplacé par une délégation spéciale.

Pendant la guerre, il racheta la scierie Blanchard à Thouars alors qu’il commençait à perdre la vue. Il fit notamment livrer du bois à sa belle-sœur à Niort, dont le mari était interné politique.

À la Libération, il fut dénoncé sur une « liste noire » établie par les responsables deux-sévriens du Parti communiste avec la mention « Ex-maire de Thouars, a trahi le Parti en 1939 au moment du Pacte de non-agression Germano-Soviétique ». La brochure Au Pilori du 15 juin 1945, le qualifiait de « complice dès 1939 des mouchards et agents de l’ennemi ». Cette dernière assertion, sans doute due au contexte de l’époque, s’avéra sans fondement. D’ailleurs, bien que ne participant plus à la vie politique, il conserva des relations personnelles avec les militants socialistes et communistes du Thouarsais. Les relations avec sa famille, un moment distendues, furent rétablies progressivement. Bien que devenu totalement aveugle au début des années 1950, il demeura un militant de la coopération – il était membre du conseil d’administration de la COOP de Saintes. Il devint un animateur très actif de la cause des Mutilés du Travail et fonda la section thouarsaise des Vieux de France. Enfin, il fut un militant de la laïcité jusqu’à sa mort comme président du Foyer laïque et de l’Amicale laïque.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article100728, notice BOISSEAU Albert [Thouars] par Jacques Blanchard, Jean Gaumont, Maurice Rouzier, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 17 avril 2015.

Par Jacques Blanchard, Jean Gaumont, Maurice Rouzier

Déclaration d’Albert Boisseau après le Pacte germano-soviétique
Déclaration d’Albert Boisseau après le Pacte germano-soviétique
La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 16 novembre 1939, collection André Bailly, médiathèque de Thouars

SOURCES : Arch.Nat F7/13130. – Arch. Dép. Deux-Sèvres, 4 M 13/4E. – Arch. Mun. de Thouars, Registres des délibérations du Conseil Municipal, 2 tomes, 1926-1937 et 1937-1950. – Arch. de la Médiathèque de Thouars, La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 16 novembre 1939, collection André Bailly. – Le Coopérateur de France, chronique régionale, 4 septembre 1954. – Archives de la Fédération des Deux-Sèvres du PCF. – Annette Wieviorka, Maurice et Jeannette, Biographie du couple Thorez, page 291, (Fayard, 2010). – Notes de Jean Gaumont. – Entretien à Thouars avec Marcel Hurtaud, ancien salarié de la scierie Blanchard (29 mars 2011). – Entretiens à Niort avec Raymond Hipeau (23 avril 2011) et Jacqueline Boisseau (18 mai 2011), neveu et nièce d’Albert Boisseau. — État civil, livret de famille.

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