Né le 9 mai 1905 à Paris (XVe), mort en 1988 ; ouvrier charpentier en bois, écrivain.

Le père de René Bonnet était scieur de long, et sa mère ouvrière d’usine et femme de ménage. Issus tous les deux de familles de petits paysans limousins, ils avaient quitté la Corrèze après leur mariage pour se fixer à Paris. Bonnet passa son enfance chez ses grands-parents au petit hameau de Champeaux, commune de Tarnac, où il fréquenta l’école et passa son Certificat d’études primaires. En 1919, il partit pour Paris retrouver ses parents, et, en 1920, il commença son apprentissage de charpentier en bois, puis suivit les cours professionnels du soir organisés par la Chambre syndicale des entrepreneurs en Bâtiment, et s’affirma comme ouvrier hautement qualifié. Il exerça son métier de charpentier sur la place de Paris jusqu’à sa retraite, avec la seule interruption des années de guerre. Mobilisé en 1939, et fait prisonnier en juin 1940, il ne rentra en France qu’en 1945. René Bonnet a retracé dans deux livres autobiographiques sa vie d’enfant et l’adolescent dans le milieu paysan, puis son expérience de jeune apprenti et d’ouvrier. En un style direct, dépouillé, ils montrent à la fois l’ascension d’un jeune homme vers la possession des techniques d’un métier attachant mais difficile, ses expériences de la vie des chantiers, et aussi ses efforts vers la connaissance. Menant jusqu’à l’âge de quatorze ans une existence libre au milieu d’une famille paysanne, habitué aux travaux de la ferme et des champs, Bonnet reste toujours un nostalgique de cette vie simple au contact quotidien de la nature et des hommes de la terre. Il a retracé ces années de jeunesse dans Enfance limousine, dont Lucien Gachon a pu écrire, en conclusion de sa préface : « Vérité et poésie. Un jour, quand la vraie Révolution sera accomplie dans les Lettres comme dans l’art de gouverner les hommes et de conduire les sociétés, le jour où la Littérature du peuple saura reconnaître, elle aussi, ses œuvres classiques, sans aucun doute les Enfances limousines en seront une. » Mais avant de donner ces pages, Bonnet s’était révélé un authentique écrivain prolétarien part la publication d’un autre livre. À l’École de la Vie, dans lequel le personnage central, Dégabriel — c’est-à-dire Bonnet lui-même — raconte ses débuts d’apprenti, ses premiers contacts de jeune campagnard déraciné avec les compagnons de l’entreprise de charpente qui l’a embauché, les rebuffades, mais aussi les amitiés qui se nouent, l’initiation aux travaux de charpenterie, la camaraderie des cours du soir et des heures de loisir, l’éveil de la conscience de classe, les patients efforts pour parvenir à la maîtrise du métier, mais également la volonté de s’élever intellectuellement.
À dix-huit ans, Bonnet, s’était inscrit à « L’Union des Familles », patronage laïque dirigé par M. Dussauze. À « L’Union des Familles », écrivait-il je me développai le corps, je chantai en chœur, et surtout j’appris, en écoutant des pièces, des conférences, la musique, ce qu’était l’art et comment d’une manière indirecte, spirituelle, des hommes peuvent émouvoir d’autres hommes. » À vingt-deux ans, après son service militaire, le patronage ne lui avait plus suffi, et Bonnet retrace le parcours qu’il suivit alors : « J’allai à des conférences de toutes sortes, contradictoires de préférence. Je lisais H. Barbusse, R. Rolland, M. Gorki, J. London, G. Duhamel. Tout jeune vacher, je lisais déjà tout ce qui me tombait sous la main. À vingt-deux ans, j’étais encore plus assoiffé de lecture. Les écrivains me donnèrent une vraie passion pour les livres. Attiré par cette révolution qui transformait un sixième du globe, je m’intéressais à tout ce qui avait trait à sa vie. Cet intérêt m’amena à m’inscrire à des groupements culturels où je devais voir, entre autres, des films interdits. Ma sympathie pour la Russie ne me conduisit cependant pas à adhérer au Parti communiste français. Je voulais conserver mon indépendance totale. Je ne croyais guère, du reste, à la foire électorale et ne me sentais aucune disposition pour la bataille de rue. À cette époque, cependant, des amis m’appelaient « Spartacus ». Il est vrai que je faisais preuve de qualités persuasives pour entraîner les camarades de mon entourage dans les lieux où mon enthousiasme me conduisait. La revue Monde contribua fortement à ma formation intellectuelle... », — mais, ajoute-t-il : « La rencontre de Poulaille devait m’enlever bien des illusions. »
Ouvrier d’élite distingué par un prix exceptionnel à la distribution solennelle des récompenses attribuées aux élèves ayant suivi les cours organisés par la Chambre syndicale, Bonnet, à qui la possibilité fut offerte de devenir gâcheur (contremaître) chez un autre patron à l’âge de vingt-trois ans, hésita puis refusa cette promotion pour demeurer parmi ses compagnons de la base. Ce cas de conscience, ce débat intérieur sur le refus de parvenir (tel que l’entendait Albert Thierry) éclairent le dernier chapitre d’À l’École de la vie. Dégabriel-Bonnet renonçait à se perfectionner davantage encore dans son métier et abandonnait l’idée de se préparer au concours du meilleur ouvrier de France. Il voulait employer désormais son temps de loisirs à son éducation personnelle.
Outre ses livres, René Bonnet a publié des nouvelles, des contes d’inspiration populaire, et des études, des comptes rendus consacrés le plus souvent à des écrivains prolétariens. Membre de la commission pour l’organisation de causeries et présentateur des conférences au Centre des Amis de la Nature, secrétaire du cours d’économie politique au groupe « Masses » du XVe arrondissement — du nom de la revue animée par René Lefeuvre —, René Bonnet a été surtout un des fondateurs du « Musée du Soir », bibliothèque et centre culturel créé en 1935 sous l’impulsion d’Henry Poulaille, et au fonctionnement duquel il participa activement jusqu’à la guerre, en 1939.

ŒUVRE : À l’École de la Vie, Éditions Entre Nous, Nemours, 1945 (Préface de J. Prugnot). — Veillée limousine, pièce en 1 acte et 1 Tableau, 1951. Chez l’auteur. — Enfance limousine, 1954. Chez l’auteur. (Préface de Lucien Gachon). — Petite histoire de la Charpenterie et d’une charpente. Imprimerie du Compagnonnage, 1960. Chez l’auteur.
COLLABORATIONS : Masses (1933) ; Prolétariat (1934) ; À Contre-Courant (1935-1936) ; Le Peuple (1936-1939) ; L’Ami de la Nature (1936) ; La Flèche (1937) ; Les Primaires (1937) ; Maintenant (1945 à 1948) ; Les Cahiers du Peuple (1946-1947) dont R. Bonnet fut un des membres fondateurs, Faubourgs (1950-1952), etc. Et aussi : Après l’boulot (1953-1954-1956) ; Le Musée du Soir (1955 à 1961) ; Le Messager littéraire (1955-1956) ; La France latine (1957 à 1959).
PRÉFACES à : Un propr’à rien, du mineur et écrivain belge Constant Malva, 1936, et à Marguerite Audoux, de Louis Lanoizelée (1954).
— Initiateur d’une plaquette sur Edmond Dussauze, éducateur populaire (1956)
— Collaboration à une plaquette : Lucien Bourgeois, témoignages et souvenirs (Bouchure éditée par le Centre culturel Lucien Bourgeois, 1957).

SOURCES : Entretiens et correspondance avec René Bonnet. — Les amis de Henry Poulaille

Jean Prugnot

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