Né le 3 octobre 1897 à Paris (XVIe arr.) de Marguerite Toucas et de Louis Andrieux, avocat, député ; mort le 24 décembre 1982 à Paris (VIIe arr.) ; marié à Elsa Triolet. Écrivain, poète, membre du Parti communiste depuis 1927, secrétaire de rédaction puis membre du comité directeur de la revue Commune (1933-1939), secrétaire général de la « Maison de la Culture » (1936-1939), secrétaire général de l’Association internationale des Écrivains pour la Défense de la Culture, directeur de Ce soir (1937-1939, 1947-1953), président du Comité national des écrivains (juin 1957), directeur des Lettres françaises (1953-1972), membre suppléant du comité central du PCF (1950), membre titulaire du CC depuis 1961 ; Prix Lénine de littérature (1957). Chevalier de la Légion d’honneur (1981).

« Rarement préhistoire fut plus profondément truquée, plus durablement altérée que celle de cet enfant qui naît le 3 octobre 1897 à Paris XVIe. Il s’appelle Louis Aragon. Ce n’est le nom de personne des siens. Ce nom contient un certain code qu’il ne déchiffrera que beaucoup plus tard » écrit Pierre Daix (Aragon, une vie à changer). Aragon est l’enfant naturel d’une jeune femme de 24 ans, Marguerite Toucas et d’un homme de 57 ans qui a une famille et une situation officielle, Louis Andrieux, ancien préfet de police et député des Basses-Alpes depuis 1885. Celui-ci, opposant sous le Second Empire, lié à Gambetta, avait été nommé procureur de la République du Rhône à la chute de l’Empereur ; républicain modéré, il avait joué un rôle dans la répression de la Commune de Lyon en avril 1871 ; élu député de Lyon en 1876, préfet de police à Paris de 1879 à 1882, son nom demeure lié à l’expulsion des congrégations en 1880. Tuteur de l’enfant, il lui choisit son nom (en souvenir du temps où il avait été ambassadeur en Espagne durant six mois, en 1 882) et son prénom, et le verra régulièrement. Marguerite Toucas pour vivre avait dû ouvrir, à la veille de l’Exposition de 1900, une pension de famille avenue Carnot près de l’Étoile ; en 1904, elle vendit la pension pour s’installer 12, rue Saint-Pierre à Neuilly. Elle traduisait des romans au Masque, sous la signature de M. Toucas-Massillon (par sa mère, elle était de la famille du prédicateur Massillon). L’enfant sentit très tôt le mystère qui entourait sa naissance. Durant toute son enfance, sa mère passa pour sa sœur aînée et sa grand-mère pour sa mère. Il entra en 1908 en sixième à Saint-Pierre de Neuilly. Il avait entrevu le monde de l’art et de la littérature grâce à son oncle Edmond Toucas, administrateur et fondateur d’une petite revue littéraire, La Nouvelle Revue Moderne (1 902), qui fréquentait certains milieux littéraires autour du Mercure de France et admirait beaucoup l’Art moderne.
En 1912, Louis Aragon accompagna son tuteur, député de Forcalquier, dans une campagne électorale dans les Basses-Alpes. Lorsque la guerre éclata, il venait de passer la première partie du baccalauréat latin-sciences. Il fréquentait la librairie d’Adrienne Monnier ; il y rencontra pour la première fois André Breton et les deux jeunes gens se trouvèrent bientôt réunis par « l’intérêt qu’ils portaient aux mêmes écrivains : Mallarmé, Rimbaud, Apollinaire, Lautréamont, Alfred Jarry » (les Lettres françaises, 1er juin 1967). En 1917, Aragon qui venait de passer son PCN, le certificat préparatoire aux études de médecine, fut mobilisé ; incorporé le 20 juin 1917, il arriva au Val-de-Grâce en septembre 1917 pour y suivre des cours. « Sa mobilité d’esprit est sans égale — écrira André Breton* dans ses Entretiens » —, d’où peut-être une assez grande laxité de ses opinions et une certaine suggestibilité. Extrêmement chaleureux et se livrant sans réserve dans l’amitié. Le seul danger qu’il court est son trop grand désir de plaire. Étincelant [...]. En lui, à ce moment, peu de révolte. Le goût de la subversion plutôt affichée par coquetterie, mais en réalité, les impositions de la guerre et de l’orientation professionnelle supportées avec allégresse : croix de guerre au front ; il s’arrangeait pour avoir « pioché » toujours un peu plus que les autres les « questions d’internat ».
Entre octobre 1917 et juin 1918, Aragon et Breton eurent de longues conversations sur la poésie et lurent Lautréamont. Breton présenta Philippe Soupault à Aragon. Celui-ci commença à écrire dans des revues d’avant-garde, dans Sic où il publia son premier article (sur Apollinaire), dans Nord-Sud où il donna son premier poème. Il lisait aussi des journaux socialistes : « Nous étions des lecteurs du Drapeau rouge, du Journal du Peuple, de la Vague, c’est-à-dire des journaux contre la guerre, les journaux de ces socialistes qui étaient contre la guerre ». Sorti du Val-de-Grâce médecin auxiliaire des armées avec le rang d’adjudant-chef, il fut nommé en avril 1918 médecin auxiliaire et envoyé au front en juin ; le 6 avril à Couvrelles, il fut enseveli à trois reprises sous les obus ; on lui décerna la croix de guerre et il fut cité à l’ordre de la division. Après sa démobilisation en juin 1919, Aragon reprit ses études de médecine qu’il abandonna à l’automne 1921, après être devenu externe des hôpitaux à Lariboisière. Conscient d’appartenir à une génération nouvelle, il se reconnut dans le mouvement Dada qui exprimait un sentiment de révolte totale contre la société et un désir de subversion. Il lut le Manifeste Dada, paru en décembre 1918 dans Dada 3. Avec Breton et Soupault, il lança en mars 1919 la revue Littérature où figuraient au premier numéro les noms de Gide, Valéry, Léon-Paul Fargue, André Salmon, Pierre Reverdy, Max Jacob, Blaise Cendrars, Jean Paulhan. En 1920 Littérature s’ouvrit au mouvement Dada en publiant, en mai, vingt-trois manifestes du mouvement. Aragon participa en 1920 aux manifestations et scandales Dada et ce fut dans Littérature en mars 1921 qu’il publia son premier manifeste à contenu politique, « À bas le clair génie français ».
En janvier 1921, Aragon et Breton décidèrent d’adhérer au Parti communiste qui venait de naître et se rendirent au siège de ce qui s’appelait encore la Fédération de Paris du Parti socialiste : « Breton et moi ne nous considérant du tout comme des communistes, nous nous sommes rendus au siège de la Fédération de Paris (disait-on encore) du Parti socialiste, rue de Bretagne, dire : « Voilà, nous sommes à votre disposition, nous ne sommes pas des communistes, mais nous ferons ce que nous pourrons pour le devenir, parce que vous êtes le seul parti contre la guerre, et pour nous, ceci est déterminant » ; mais la vue de Georges Pioch* les dissuada d’adhérer, ainsi qu’il le raconta dans ses entretiens avec Dominique Arban.
Au printemps 1921, Aragon participa avec Breton, Soupault, Ribemont-Dessaignes à la « mise en accusation et jugement de Maurice Barrès » qui témoignait du désir d’étendre l’esprit de révolte au domaine politique. Le « procès Barrès », ainsi que la décision de Breton de convoquer un « Congrès international pour la détermination des directives et la défense de l’esprit moderne » (1922), entraînèrent la rupture avec Tzara et l’enterrement de l’esprit Dada à Littérature.
Aragon renonça à sa médecine au début 1922, s’opposant à sa famille qui lui coupa alors les vivres. Breton le fit entrer avec lui chez le couturier-mécène Jacques Doucet pour s’occuper de la bibliothèque. À la fin 1922, Aragon prit un emploi au Théâtre des Champs-Elysées chez Hébertot qui lui fit transformer le bulletin-programme de ses théâtres en un Paris-journal, hebdomadaire littéraire. Il y cultiva délibérément la provocation jusqu’à son départ au printemps 1923. Il publia son premier recueil de poèmes, Feu de joie (1920), au Sans Pareil et entra à la NRF avec trois brillants ouvrages en prose, Anicet (1921), Les Aventures de Télémaque (1922), Le Libertinage (1924), suivis des poèmes du Mouvement perpétuel (1925).
L’esprit de révolte qui s’était exprimé dans le mouvement Dada se retrouva dans le surréalisme naissant, assorti d’un espoir de libération et de révolution. Aragon suivit l’évolution qui conduisit les surréalistes du désir d’une révolution totale — qui changerait quelque chose dans les esprits — à l’adhésion à la conception marxiste de la révolution. Après le lancement du Manifeste du Surréalisme (1924), il participa aux expériences qui marquèrent les débuts du mouvement (expériences de sommeil hypnotique et d’écriture automatique), activités du Bureau de recherches surréalistes (la « Centrale surréaliste »), lancement de tracts et papillons, articles dans la Révolution surréaliste. Il fut un des six rédacteurs du pamphlet lancé en octobre 1924 après la mort d’Anatole France*, Un Cadavre, pamphlet qui déclencha le premier véritable scandale surréaliste ; le texte d’Aragon, « Avez-vous déjà giflé un mort ? » était particulièrement violent. À la fin de l’année 1924, après la publication d’Un Cadavre se fit jour l’idée d’une collaboration entre les surréalistes et les rédacteurs de la revue Clarté ; ces derniers cherchaient un renouvellement par une action commune avec des groupes d’intellectuels révolutionnaires ; les premiers voulaient sortir du cycle des scandales et des provocations. Paradoxalement, la publication d’Un Cadavre entraîna une polémique sur la portée de la Révolution russe entre Aragon et Jean Bernier*, un des rédacteurs de Clarté les plus proches des surréalistes, ami comme Aragon de Drieu La Rochelle. Aragon avait écrit : « Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse [...] ». Le 1er décembre 1924, Aragon dans une lettre à Bernier publiée par Clarté renchérissait « ... il vous a plu de relever comme une incartade une phrase qui témoignait du peu de goût que j’ai du gouvernement bolchévique, et avec lui de tout le communisme [...]. La Révolution russe, vous ne m’empêcherez pas de hausser les épaules. À l’échelle des idées, c’est au plus une vague crise ministérielle. Il siérait, vraiment, que vous traitiez avec un peu moins de désinvolture ceux qui ont sacrifié leur existence aux choses de l’esprit [...] Je tiens à répéter dans Clarté même que les problèmes posés par l’existence humaine ne relèvent pas de la misérable petite activité révolutionnaire qui s’est produite à notre Orient au cours de ces dernières années [...] ». La polémique entre Aragon et Clarté tourna rapidement court. D’ailleurs, d’après Breton, Aragon aurait donné à plusieurs membres du groupe l’impression qu’il « s’enferrait ». « Parmi nous, même les esprits les plus étrangers à la politique voyaient là un « morceau de bravoure » indéfendable ». Cependant cette polémique n’empêcha pas le rapprochement du groupe surréaliste avec la revue Clarté ; le rapprochement s’effectua en juillet 1925, au moment de la protestation lancée contre la guerre du Rif. Après avoir signé un « Appel contre la guerre » rédigé par Henri Barbusse, les surréalistes convinrent avec Clarté d’élaborer un manifeste commun qui scellerait l’accord des deux groupes. Breton, après avoir reconnu la nécessité de la révolution économique et sociale, avait orienté l’activité surréaliste à l’été 1925 vers les scandales collectifs à caractère politique, cherchant d’autres formes d’action plus efficaces et une voie d’accès vers le PC. Aragon fut chargé de recevoir l’émissaire de Clarté, Victor Crastre*.
Voici le portrait d’Aragon que trace Victor Crastre, portrait qui paraît encore fidèle plus de cinquante ans après (on pense au goût des masques, par exemple) : « Je ne saisis pas sur le coup tout ce qui se cache de coquetterie sous tant d’aisance gracieuse — et près des ailes de l’ange, les cornes du diable. Je ne veux pas parler de pose, mais plutôt noter la difficulté à découvrir, sous les masques divers, l’individu authentique : n’est-ce pas pour cacher le véritable Aragon que cet enchanteur irréel fait pleuvoir sur nous ce bouquet fleuri de mots aimables et de gestes heureux ? Mais le véritable Aragon, où est-il ? Homme-Protée, je lui vois un tel don de transformation, une si extraordinaire aptitude à jouer les personnages les plus différents, que je me demande si le véritable Aragon n’est pas uniquement cela : un des plus admirables acteurs de l’époque ? [...] L’impression d’ensemble était d’instabilité, mais d’une instabilité voulue, sans rien de maladif, ce qui étonnait et inquiétait un peu. Aragon, en vérité, a toujours été très maître de ses nerfs : ses colères, comme ses câlineries font partie du rôle qu’il joue et servent ses desseins » (Le Drame du Surréalisme, p. 41).
D’après Victor Crastre, le manifeste qui devait sceller l’accord entre les surréalistes et la revue Clarté aurait été rédigé par lui-même et Aragon. Peu après, Aragon écrivait dans La Révolution surréaliste d’octobre 1925 : « Plus encore que le patriotisme, qui est une hystérie comme une autre, mais plus creuse et plus mortelle qu’une autre, ce qui nous répugne c’est l’idée de patrie qui est vraiment le concept le plus bestial, le moins philosophique, dans lequel on essaie de faire entrer notre esprit » (En 1928, dans son Traité du Style, on pouvait lire, de la même inspiration, des phrases telles que celle-ci : « J’appartiens à, dit-on, la classe 1917. Je dis ici, et peut-être ai-je l’ambition, et certainement j’ai l’ambition de provoquer par ces paroles une émulation violente chez ceux que l’on appelle sous les drapeaux, je dis ici que je ne porterai plus jamais l’uniforme français, la livrée qu’on m’a jetée il y a onze ans sur les épaules, je ne serai plus le larbin des officiers, je refuse de saluer ces brutes et leurs insignes, leurs chapeaux de Gessler tricolores [...] »)
Le manifeste, « La révolution d’abord et toujours », parut dans L’Humanité le 21 septembre 1925 et le 15 octobre 1925 simultanément dans Clarté et La Révolution surréaliste et fut signé aussi par le groupe « Philosophies » et le groupe belge « Correspondance » ; il se terminait par ces mots : « Nous ne sommes pas des utopistes : cette révolution nous ne la concevons que sous la forme sociale ». Le 8 novembre 1925, les surréalistes affirmaient dans L’Humanité qu’il n’y avait pas de conception surréaliste de la révolution. En même temps, Breton refusait de désavouer l’activité et les recherches surréalistes. Après l’échec d’une revue commune Clarté-La Révolution surréaliste, les surréalistes écrivirent dans Clarté. En juillet 1925, Aragon collabora au numéro spécial de Clarté « Contre la guerre du Maroc. Contre l’impérialisme français » (15 juillet) ; approuvant la protestation de Clarté, il ajoutait : « Mais permettez-moi, pour cette raison même, de vous reprocher d’avoir employé pour en appeler à toutes les expressions du langage nationaliste : indépendance-souveraineté nationale — droit imprescriptible des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il n’y a pas de peuples pour moi, à peine si j’entends ce mot au singulier. Enfin je n’admets pas que vous vous adressiez à ceux qui se disent, à quelque titre que ce soit, anciens combattants ; je tiens tout homme qui se pare d’un pareil nom pour un con ou un escroc. »
Aragon donna dans Clarté le 30 novembre 1925 une étude théorique « marxiste », « Le prolétariat de l’esprit », dénonçant la condition des intellectuels en régime bourgeois, puis le 15 juin 1926, un autre article, « Le prix de l’esprit ». Il s’était initié à Hegel, avait lu le Manifeste communiste, quelques textes de Lénine. Mais si Aragon approuvait l’évolution politique du groupe vers le communisme, il était en revanche isolé quant à la définition de l’activité surréaliste proprement dite. Le procès-verbal de l’assemblée du 23 novembre 1926 (Archives du surréalisme 3) a gardé trace du différend opposant Breton à Aragon sur la question du roman. Celui-ci avait publié des extraits d’un roman à paraître (La Défense de l’infini) dont il brûlera la plus grande partie à l’automne 1927 dans un hôtel de Madrid en présence de sa maîtresse Nancy Cunard. Des quatre membres du groupe surréaliste qui adhérèrent au PCF en 1927, Breton, Éluard, Pierre Unik* et lui, il fut le premier à le faire, en janvier (« le jour des Rois ») mais Benjamin Péret* avait déjà adhéré en 1926. Dans la brochure Au grand jour, les « Cinq » s’expliquaient ; s’adressant notamment à leurs camarades communistes, ils tentaient de dissiper les malentendus qui entouraient leur adhésion. Cependant la prétention des surréalistes à jouer un rôle particulier dans le Parti communiste ne pouvait qu’accroître le malentendu ; Breton a fait adhérer le surréalisme au matérialisme dialectique, mais il n’a pas renoncé à l’ambition propre du mouvement. En fait, il ne renouvela pas son adhésion et il semble avoir demandé sa réintégration en 1930, juste avant son départ pour le congrès de Kharkov, tout comme Georges Sadoul*.
Aragon rapporta que ce fut Maïakovsky, rencontré à la Coupole à la fin de l’année 1928 qui lui révéla la fonction révolutionnaire du poète. « Le poète qui a su faire de la poésie une arme, le poète qui a su ne pas être au-dessous de la Révolution devait être le lien entre le monde et moi ». À cette date, Aragon rencontra Elsa Triolet avec laquelle son destin allait s’unir ; il sortait alors d’une crise qui l’avait conduit près du suicide, à l’issue de sa liaison avec Nancy Cunard.
En 1929, Aragon et Breton pour apaiser le malaise provoqué par l’adhésion des « Cinq » au PCF, prirent l’initiative de convoquer une réunion commune, rue du Château, aux surréalistes, aux exclus du groupe, aux « clartéistes ». Après l’échec de cette réunion en mars et les exclusions qui suivirent, Breton lança le Second manifeste du Surréalisme (15 décembre 1929) qui faisait le point sur la position politique et littéraire du groupe. Aragon appuya cette évolution et la transformation en 1930 de La Révolution Surréaliste en le Surréalisme au Service de la Révolution (qui s’ouvrait par une correspondance avec le Bureau international de la littérature internationale).
En novembre 1930, Aragon partit avec Elsa Triolet en URSS ; le voyage avait des raisons essentiellement privées, puisqu’il s’agissait de rendre visite à la sœur d’Elsa, Lili Brik, compagne de Maïakovsky qui venait de se suicider. Georges Sadoul*, sous le coup d’une condamnation en France, les rejoignit à l’automne.
Invité avec Sadoul à assister aux travaux de la Conférence des Écrivains révolutionnaires à Kharkov, Aragon, en liaison avec Breton, se préoccupa de défendre la ligne surréaliste et de faire condamner l’hebdomadaire Monde de Henri Barbusse*. Il intervint à la tribune du congrès, y exprimant son enthousiasme pour la réalité soviétique et la certitude qu’une littérature prolétarienne naîtrait de cette réalité ; mais il refusait pour lui-même en France le titre d’écrivain prolétarien (« en aucun cas les surréalistes qui font en France un travail d’agitation particulier ne se sont donnés pour des littérateurs prolétariens »), tout en rappelant qu’il assistait aux travaux de la Conférence non en tant que surréaliste, mais comme communiste. Un certain nombre de faits contradictoires marquèrent à son retour ses relations avec le groupe surréaliste. En décembre 1931, Aragon publia dans le Surréalisme au service de la Révolution (n° 3), un article intitulé « Le surréalisme et le devenir révolutionnaire » dans lequel il portait le jugement suivant sur son voyage : « On sait qu’à la fin de 1930, Georges Sadoul et moi, avons été en Russie ; nous avons été en Russie plus volontiers qu’ailleurs, beaucoup plus volontiers, c’est tout ce que j’ai à dire des raisons de ce départ ». Aragon se proclamait toujours surréaliste, mais surréaliste conséquent dans l’adhésion au marxisme : « La reconnaissance du matérialisme dialectique comme seule philosophie révolutionnaire, la compréhension et l’acceptation sans réserves de ce matérialisme par des intellectuels partis d’une position idéaliste conséquente, en face des problèmes concrets de la Révolution, ce sont là des traits essentiels de l’évolution des surréalistes, je veux dire de ceux d’entre eux qui s’étant violemment séparés de tous ceux qui, pour des raisons diverses, toujours ramenables à des raisons de classe, entendaient suivre une évolution différente, sont aujourd’hui désignés communément sous le nom de surréalistes.
Cette évolution implique avec plus de fermeté que jamais, avec la fermeté que donne une semblable base philosophique, la reconnaissance dans le domaine de la pratique, de la IIIe Internationale comme seule action révolutionnaire, et implique la nécessité d’appuyer avec les moyens variables qui peuvent être ceux des intellectuels considérés, l’action en France du Parti communiste français, section française de cette Internationale. »
En 1931, Aragon participa à l’action des surréalistes contre l’Exposition coloniale de Vincennes en signant les tracts lancés à cette occasion ; il s’occupa activement de l’Exposition anticoloniale communiste en se chargeant avec Éluard de la décoration des stands. Cependant les surréalistes, troublés, apprenaient qu’Aragon et Sadoul avaient signé à Kharkov, le 1er décembre 1930, avant de rentrer à Paris, une lettre à l’Union internationale des Écrivains révolutionnaires dans laquelle ils reconnaissaient leurs erreurs et se ralliaient à la plate-forme idéologique de la conférence. En réalité, ils avaient signé cette autocritique au commencement de la conférence afin d’y être admis, comme l’a montré Jean-Pierre Morel. Ils reconnaissaient qu’en tant que membres du Parti, ils auraient dû soumettre leur activité littéraire au Parti (c’était renoncer à l’exigence qu’avait toujours formulée Breton de l’autonomie du surréalisme dans le domaine spirituel) ; ils désavouaient tout ce qui, dans le Second manifeste du Surréalisme, était incompatible avec le matérialisme dialectique, notamment le freudisme ; ils reconnaissaient qu’ils avaient eu tort d’attaquer violemment Henri Barbusse, en dehors des organisations du Parti. « Notre seul désir est de travailler de la façon la plus efficace suivant les directives du Parti à la discipline et au contrôle duquel nous nous engageons à soumettre notre activité littéraire ». Devant l’indignation du groupe surréaliste, Aragon se plaignit que sa signature lui avait été extorquée ; mais il refusa de demander une rectification. Il affirmait pourtant que son accord avec Breton et le groupe était une « question de vie ou de mort », qu’il ne s’était résolu à signer ce document que pour permettre à Breton de travailler en accord avec le Parti communiste, à la création d’une section française de l’Union internationale des Écrivains révolutionnaires. Puis il publia un manifeste (écrit six mois avant, avec Sadoul, en URSS), « Aux Intellectuels révolutionnaires » dans lequel il justifiait, comme arme contre la bourgeoisie, l’emploi de la méthode psychanalytique qu’il avait condamnée comme « idéaliste » dans sa lettre à l’UIER.
Les rapports entre Aragon et le groupe surréaliste en étaient là, lorsque parut le poème « Front Rouge », écrit par Aragon à Moscou, comme preuve de son ralliement. Publié en juillet 1931 par l’édition française de la Littérature de la Révolution mondiale, organe de l’Union internationale des Écrivains révolutionnaires (UIER), ce poème déclencha « l’affaire Aragon » qui aboutit à la rupture d’Aragon avec le surréalisme. Ce poème marquait une brutale rupture avec l’oeuvre antérieure d’Aragon et traduisait la volonté d’appliquer à la poésie la vision marxiste. C’était un poème militant, publié ensuite dans Persécuté Persécuteur (1931), qui faisait largement place aux mots d’ordre de combat et dont certains passages étaient empreints d’une violence provocatrice aiguë. « Front Rouge » fit grand bruit ; Aragon fut poursuivi et inculpé en janvier 1932 pour « excitation de militaires à la désobéissance et provocation au meurtre ». Les surréalistes, sur l’initiative de Breton, lancèrent pour défendre Aragon une pétition qui se couvrit bientôt de plus de trois cents signatures. La pétition se terminait ainsi : « Nous nous élevons contre toute tentative d’interprétation d’un texte poétique à des fins judiciaires et réclamons la cessation immédiate des poursuites. » Puis Breton publia une brochure, Misère de la Poésie. « L’affaire Aragon » devant l’opinion publique (1932), dans laquelle il s’élevait contre le « précédent scandaleux de répression en matière de poésie » et le procédé qui consistait à détacher du contexte poétique des expressions telles que « Descendez les flics », « Feu sur Léon Blum », pour y voir des provocations à l’assassinat. La protestation de Breton était désintéressée car il avouait ne pas aimer le poème d’Aragon, qui aurait, selon lui, manqué le drame poétique en voulant exprimer le drame social. Aragon approuva la protestation des intellectuels en sa faveur et le contenu de la brochure de Breton, mais déclara, qu’en raison des attaques voilées qu’elle contenait contre le PC et sa politique littéraire, il en jugeait la publication inopportune et réservait sa position personnelle.
Or un entrefilet de L’Humanité (10 mars 1932) communiqué à la presse par l’Association des Écrivains et Artistes révolutionnaires (AEAR), section française de l’UIER, qui venait d’être fondée, fit savoir qu’Aragon se désolidarisait de la brochure de Breton : « Notre camarade Aragon nous fait savoir qu’il est absolument étranger à la parution d’une brochure intitulée : Misère de la Poésie. L’« affaire Aragon » devant l’opinion publique, et signée André Breton*. Il tient à signaler clairement qu’il désapprouve dans sa totalité le contenu de cette brochure et le bruit qu’elle peut faire de son nom, tout communiste devant condamner comme incompatible avec la lutte de classe et par conséquent comme objectivement contre-révolutionnaires, les attaques que contient cette brochure. »
Les surréalistes déclarèrent apprendre par cet entrefilet la fondation effective de l’AEAR, car jusqu’alors ils n’avaient pas reçu de réponse à leur demande d’affiliation, Aragon inclus. Ils apprenaient, en outre, qu’Aragon ne se comptait plus comme un des leurs. Le groupe surréaliste tira la leçon de l’affaire en publiant Paillasse ! (Fin de « l’Affaire Aragon ») (mars 1932). Paul Éluard* écrivit un texte très dur pour Aragon, « Certificat » : « Je comprends qu’il ait toujours tenté de justifier à nos yeux le principe d’une évolution par bonds qui lui serait propre et qui ne laissait pas de me paraître inquiétante. C’est seulement aujourd’hui qu’il m’est donné de voir, en effet, quelles contradictions misérables il entend faire passer à la faveur de sa prétendue conception dialectique de la vie. »
La rupture d’Aragon avec le surréalisme ne se fit pas sans mal, comme le prouvent ses réticences à accepter les mots d’ordre culturels de la conférence de Kharkov, son attitude souvent contradictoire vis-à-vis du groupe surréaliste. Aragon souhaitait, semble-t-il, faire évoluer le groupe surréaliste sans rompre avec lui. Les surréalistes mirent en doute sa sincérité et posèrent le problème de sa double attitude ; tout en proclamant leur adhésion au matérialisme dialectique, ils refusaient d’abdiquer leur autonomie spirituelle au profit d’une littérature qu’ils considéraient comme une littérature de propagande.
Par la suite, Aragon attribua une signification profonde à son voyage en URSS et fit dater de ce retour, sa transformation intime, son évolution politique et littéraire. « Je suis revenu d’URSS et je n’étais plus le même homme. Pourtant, il restait à trancher mille liens, fins comme la toile d’araignée. Si j’en ai eu la force, c’est, je le sais, grâce au travail pratique, au travail social dans lequel m’entraînait le prolétariat de mon pays. C’est parce que j’étais désormais mêlé à cette lutte de tous les jours des nouveaux Titans du ciel social... Ce n’est donc pas un simple fait de ma biographie que cette transformation de tout moi-même et de mon œuvre par l’URSS et par le travail pratique dans les organisations révolutionnaires » (Pour un réalisme socialiste, p. 53).
En janvier 1932, les surréalistes membres du parti étaient, outre Aragon : Maxime Alexandre, Georges Sadoul et Pierre Unik (compte rendu d’une réunion du 6 janvier 1932, Bibliothèque nationale). Les premières expériences d’Aragon dans le Parti furent décevantes pour lui. Dans les entretiens avec Dominique Arban, il a évoqué l’ouvriérisme et l’anti-intellectualisme qui régnait alors dans le Parti ainsi que « l’incompréhension totale de ce que pouvaient être des gens comme nous ». Dans ses entretiens avec Jean Ristat en 1979 à la télévision, Aragon déclara que ce fut Maurice Thorez* qui mit fin à ces abus en 1931, lui rendant ainsi la vie possible dans le Parti. Au printemps 1932, sans doute sous l’influence d’Elsa, le couple retourna à Moscou où il passa un an. Aragon travailla à l’UIER (Union internationale des écrivains révolutionnaires) où il fut responsable de l’édition française de la Littérature de la révolution mondiale qui paraissait en plusieurs langues ; il partageait la vie des cadres étrangers et fit la connaissance de la plupart des écrivains soviétiques et des écrivains du mouvement communiste international des années trente. Le travail d’Aragon à l’UIER, fut suffisamment apprécié pour que Béla Illés, secrétaire de l’UIER demandât à André Marty* qu’on prolongeât son séjour à Moscou en raison du caractère « indispensable » de son travail (10 septembre 1932). En réponse, le 19 septembre, Marty affirma qu’il n’y avait pas d’ « intérêt primordial à prolonger le séjour en URSS du camarade Aragon » avant d’assouplir sa position (RGASPI, 541 1 115 et 120). Le secrétariat de l’UIER proposa finalement à Marty que Léon Moussinac* fût désigné comme successeur d’Aragon (27 janvier 1933, RGASPI, 495 270 72). À son retour à Paris au printemps 1933, il entra à L’Humanité (où il resta d’avril 1933 à mai 1934), comme journaliste à la rubrique des « informations générales » ; il rédigea des entrefilets anonymes sur les faits divers ; signa son premier article sur la catastrophe de Lagny, puis suivit l’affaire Violette Nozières ; il y présenta les événements de février 1934. Aragon était appuyé par Vaillant-Couturier*, toujours attentif à la force que représentaient les intellectuels et qui le présenta à Maurice Thorez. Au début de 1932, Aragon se consacra un temps à la propagande antireligieuse, en dirigeant l’organe de la « Libre pensée prolétarienne », La Lutte. D’après Roger Garaudy*, ce serait Maurice Thorez* qui aurait conseillé à Aragon de choisir une voie plus intégrée à la vie du Parti. Le tournant qui préluda à l’avènement du Front populaire lui permit de trouver sa voie comme intellectuel et de s’épanouir dans l’action.
À partir de 1933, Aragon prit place dans le mouvement de front unique antifasciste des intellectuels, lancé par le Parti communiste ; son rôle y crût à mesure que se développait l’idéologie de rassemblement antifasciste, à la veille et au lendemain du Front populaire. Il fit partie de l’Association des Écrivains et Artistes révolutionnaires (AEAR), rattachée à l’Union internationale des Écrivains révolutionnaires (UIER). Il devint secrétaire de rédaction de la revue Commune, organe de l’AEAR, en juillet 1933 et le resta jusqu’en décembre 1936. À partir de janvier 1937, ce fut René Blech qui assura le secrétariat de rédaction tandis que le nom d’Aragon figurait au Comité directeur aux côtés de ceux d’André Gide* (qui disparut du Comité en août 1937), de Romain Rolland, de Paul Vaillant-Couturier (qui mourut en octobre 1937). À partir de l’automne 1937, la revue fut officiellement dirigée par Romain Rolland* et Aragon, mais en réalité Aragon assuma seul les tâches de direction. Il écrivit régulièrement dans Commune et il y commenta, au début de 1934, les réponses à l’enquête lancée en décembre 1933 par la revue sur le thème « Pour qui écrivez-vous ? » Il donna des critiques d’Oeuvres littéraires (Antoine Bloyé de Paul Nizan par exemple, en mars-avril 1934), de textes et d’ouvrages politiques : il commenta en octobre 1936 la nouvelle Constitution de l’URSS et le Procès du Centre terroriste trotskiste-zinoviéviste.
Il se consacra à l’organisation de nombreux débats et conférences sous l’égide de l’AEAR ou de la Maison de la Culture (qui groupait, outre l’AEAR, de nombreuses associations culturelles du Front populaire). Citons le débat « Où va la peinture ? » avec René Crevel* en mai 1935, l’hommage à Victor Hugo en juin 1935, le débat « Défense du roman français. Ce que signifie Le Sang noir » en décembre 1935, le débat sur « Le réalisme à l’ordre du jour » en mai 1936, l’hommage à Gorki, publié par Commune en août 1936 (avec la reproduction du discours qu’Aragon, arrivé en URSS en juin 1936 au moment de la mort de Gorki, avait prononcé le 21 juin en présence de 20 000 personnes, au Parc de la Culture M. Gorki). À partir de l’automne 1936, il prit fréquemment la parole en faveur de l’Espagne républicaine.
La rupture d’Aragon avec le surréalisme se traduisit sur le plan littéraire par des œuvres à l’inspiration plus politique et sociale. En 1934 parurent les poèmes d’Hourra l’Oural ! écrits pour la plupart en URSS en 1932, et qui magnifiaient la construction du socialisme à travers des réalisations telles que Magnitogorsk : Aragon avait visité l’Oural avec une brigade d’écrivains et il avait été enthousiasmé par l’épopée qui s’y déroulait. C’est en 1934 également qu’il publia Les Cloches de Bâle, premier roman de la série « Le Monde Réel », qui exprimait sa conversion au réalisme. Dans ce roman, il tentait de rendre sensibles les classes sociales à la veille de 1914 : on y voyait apparaître la grande bourgeoisie, avec ses scandales, ses intrigues, ses responsabilités dans la préparation de la guerre, ses relations avec l’état-major ; la petite bourgeoisie intellectuelle à travers un cercle d’anarchistes émigrés, en révolte contre la société bourgeoise mais impuissants à s’intégrer à la classe ouvrière ; le monde ouvrier, évoqué de biais à partir de certains épisodes historiques comme la grève des chauffeurs de taxi, les funérailles de Lafargue. Le roman se terminait par l’apparition de Clara Zetkin au dernier congrès de l’Internationale socialiste à Bâle en novembre 1912. Aragon expliqua ultérieurement (La Nouvelle Critique, juillet-août 1945) qu’il avait voulu montrer « le passage d’une partie de la bourgeoisie dans le camp des travailleurs, ou tout au moins le désir d’y passer, c’est-à-dire comme historiquement ce désir apparaissait d’abord ». Les critiques communistes saluèrent Les Cloches de Bâle comme un exemple de l’application de la méthode du réalisme socialiste à la littérature. Aragon s’employa d’ailleurs à faire connaître en France les théories du réalisme socialiste telles qu’elles avaient été définies à Moscou à l’été 1934 au premier congrès des Écrivains soviétiques (auquel il avait assisté). En 1935, il réunit, sous le titre Pour un réalisme socialiste plusieurs conférences (notamment un exposé fait à la Maison de la Culture de Paris le 4 avril 1935 intitulé « D’A. de Vigny à Avdeenko : les écrivains dans les soviets » ; « Message au congrès des John Reed Clubs » qui s’était tenu à New York fin avril 1935 ; « Le retour à la réalité », discours au Congrès des Écrivains pour la Défense de la Culture, le 25 juillet 1935). Dans ces textes, Aragon (qui expliquait sa propre évolution du surréalisme au communisme) réclamait le « retour à la réalité » : « Assez joué, assez rêvé éveillé, au chenil les fantaisies diurnes ou nocturnes » ; mais il cherchait à relier le réalisme socialiste à toute une tradition littéraire : « Réalisme socialiste ou romantisme révolutionnaire : deux noms d’une même chose et ici se rejoignent le Zola de Germinal et le Hugo des Châtiments. Il fallait, pour que cette synthèse fût possible, l’écroulement du capital et la victoire du socialisme sur un sixième du globe ». Il demandait aux écrivains de regarder vers la réalité soviétique où des écrivains sortis de la bourgeoisie étaient devenus des alliés du prolétariat, où ils étaient devenus « selon la géniale expression de Staline » des « ingénieurs des âmes ».
Aragon poursuivit sa tentative de réalisme français avec Les Beaux quartiers (1936) qui obtint le prix Renaudot. Le roman poursuivait la satire des milieux bourgeois, notamment provinciaux, et s’achevait sur la découverte de la réalité ouvrière par un fils de famille. Dédié à Elsa Triolet « à qui je dois d’être ce que je suis, à qui je dois d’avoir trouvé du fond de mes nuages l’entrée du monde réel où cela vaut la peine de vivre et de mourir », le roman (qui avait d’ailleurs été rédigé en partie à Moscou lors du séjour de 1936) pouvait illustrer la ligne « nationale » du Parti au moment du Front populaire. « Ce n’est pas Thorez — écrit Pierre Daix — qui a soufflé à Aragon la théorie d’un réalisme français, mais c’est indéniablement aux encouragements de Thorez qu’Aragon a dû de formuler avec de plus en plus de hardiesse une conception du développement de l’héritage national aux antipodes de ce « mécanisme de classe de l’inspiration poétique » à quoi il croyait, encore en 1933, identifier les positions du parti ». Aragon revint fréquemment sur cette notion de réalisme national (notamment dans sa conférence du 5 octobre 1937 pour l’Exposition internationale, publiée dans Europe en mars 1938, « Réalisme socialiste, réalisme français »).
Aragon se dépensa sans compter pour préparer le Congrès des Écrivains pour la Défense de la Culture (Paris, 21-25 juin 1935) dont il fut, avec Ehrenbourg du côté soviétique, une des chevilles ouvrières. Le Congrès, d’initiative communiste, rassembla de nombreux compagnons de route de tous pays. Aragon y prononça le 25 juin un discours, « Le retour à la réalité ». Élu secrétaire de l’Association internationale des écrivains pour la défense de la Culture, Aragon fut de ceux qui préparèrent activement le second congrès qui se tint en Espagne et s’acheva à Paris en 1937. Il y évoqua le thème du « réalisme national ». Il dirigea chez Denoël la collection « Association internationale des écrivains pour la défense de la Culture ».
En 1936-1937, la foi d’Aragon en l’URSS ne fut pas touchée par les témoignages d’un André Gide* ou d’un Victor Serge. Il ne mit pas en doute le bien-fondé des procès de Moscou, à propos desquels il écrivit dans Commune en mars 1937 : « C’est pourquoi nous appellerons époque stalinienne l’époque où nous vivons, et assassins, félons et canailles, les hommes qui ont fait leur programme du meurtre projeté de Staline et du sabotage de la construction socialiste » (Vérités élémentaires). Est-il certain pourtant qu’il ne fut pas ébranlé ? Selon Lilly Marcou, Aragon ne crut pas en la culpabilité du général Primakov, compagnon de sa belle-sœur Lili Brik, fusillé en juin 1937 avec d’autres cadres de l’Armée rouge. Lors d’un entretien avec Jacques Duclos* en présence de Fried*, le sujet aurait été abordé et Aragon se serait refusé à toute déclaration publique (p. 182-185) : « Le sang, le deuil, la peur étaient entrés dans la famille » (Elsa Triolet..., p. 182)..
À l’automne 1936, Aragon se vit confier par Maurice Thorez* la tâche de diriger un grand quotidien du soir qui compléterait le réseau de presse du Parti et qui concurrencerait Paris-Soir. Aragon demanda à Jean-Richard Bloch* de partager avec lui la direction de Ce Soir qui fut lancé le 1er mars 1937, avec une bonne équipe de collaborateurs favorables au Front populaire. Y écrivirent des journalistes communistes comme Gabriel Péri*, Paul Nizan*, y écrivirent aussi Andrée Viollis* et Pascal Pia* ; de nombreux reportages, sur la guerre d’Espagne notamment, y furent publiés. Ce Soir connut un succès assez remarquable ; il tirait à 120 000 exemplaires à l’automne 1937 et atteignit les 250 000 en mars 1939. Le journal, ferme défenseur de l’Espagne républicaine, dénonça vigoureusement les accords de Munich.
Partisan d’une alliance entre les démocraties occidentales et l’URSS, Ce Soir dut faire face à la situation nouvelle créée par l’annonce, puis la signature du pacte de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939. Ce fut Aragon — Jean-Richard Bloch, alors en vacances à Poitiers — qui se chargea de justifier le pacte dans ses éditoriaux (« Vive la paix ! 23 août 1939, « Tous contre l’agresseur », 24 août 1939). Il se plaçait sur la même ligne que celle défendue par L’Humanité, à savoir que le pacte avait fait reculer la guerre et n’était pas incompatible avec un accord tripartite, Grande-Bretagne, France, URSS. Dans l’éditorial « Tous contre l’agresseur » (Ce Soir daté du 25 août, écrit le 24), Aragon réaffirma les principes de l’antifascisme et énonça clairement le devoir patriotique en cas d’agression. La saisie et l’interdiction par le gouvernement Daladier de L’Humanité et de Ce Soir, le 25 août, empêchèrent la parution de son article « Union de tous les Français ». Après la saisie et l’interdiction, Aragon qui avait été molesté dans la rue par des manifestants d’extrême-droite se mit à l’abri les derniers jours d’août à l’ambassade du Chili où il termina Les Voyageurs de l’impériale.
Mobilisé le 2 septembre 1939 comme médecin auxiliaire et envoyé sur la frontière belge, Aragon se remit à la poésie pendant la drôle de guerre ; grâce à Paulhan, il se réconcilia avec Gaston Gallimard. La NRF publia des poèmes écrits aux armées dans le numéro de décembre 1939. À partir de janvier 1940, son roman Les Voyageurs de l’impériale parut dans La NRF. Pendant la bataille de France de mai-juin 1940, il se battit courageusement ; fait prisonnier à Angoulême, il s’évada. Sa conduite lui valut deux citations, la médaille militaire et la Croix de guerre avec palme. Démobilisé à Ribérac en Dordogne en juillet 1940, Aragon retrouva alors Elsa. Le couple alla à Carcassonne puis aux Angles avec Pierre Seghers, avant de s’installer à Nice où ils arrivèrent le 30 décembre 1940. A cette date Aragon n’avait pas de liaison avec la direction communiste clandestine. Sa collaboration à des publications légales, l’interruption de ses contacts avec les responsables, sa « disparition » en zone sud firent planer sur lui des soupçons, comme en témoignent certains documents.
Dans un document conservé dans le fonds français des archives du Komintern et daté du 10 novembre 1940, on apprend que les responsables du parti voulaient faire revenir Aragon en zone occupée pour le faire travailler parmi les intellectuels et étudier son comportement depuis sa démobilisation : « A fait une faute. A fait paraître un poème dans Le Figaro. Nous étudierons son affaire lorsqu’il sera ici. » (RGASPI, fonds 517 1 1916, consulté par Nicole Racine). Dans ses conversations avec André Marty à Moscou en avril-mai 1941, Jean-Richard Bloch fut très étonné d’apprendre « qu’il y ait une question Aragon ». Il déclara « Aragon s’est très bien conduit pendant la guerre et l’après-guerre (...) Décoré de la médaille militaire, la croix de guerre, il écrivait : ’Nous devons être les premiers partout’ » A propos de la publication de textes d’Aragon dans la NRF, Bloch en impute la responsabilité à Elsa Triolet et affirme que Aragon aurait désavoué cette parution. D’après Jean-Richard Bloch, ce serait le Suisse Pierre Nicole (le fils de Léon Nicole, dirigeant de la gauche socialiste) qui aurait écrit que « l’attitude d’Aragon n’était pas bonne ». Après avoir reproduit ces déclarations, Marty ajoutait : « Je reste convaincu que la position d’Aragon pendant et après la guerre est à éclaircir » (RGASPI, Moscou, fonds 517 3 47, consulté par Nicole Racine). La ligne officielle du Komintern qui condamnait toute position légaliste était respectée par les responsables du travail parmi les intellectuels ; Georges Politzer* assimilait dans le premier numéro clandestin de La Pensée libre, parue en février 1941, la littérature légale à la littérature de trahison.
Selon Georges Sadoul, Aragon avait, dès l’automne 1940, établi un plan de résistance littéraire légale. Outre « Les Lilas et les roses » paru sous son nom dans Le Figaro (21 et 28 septembre 1940), des poèmes parurent toujours sous sons nom dans Mesures et Fontaine à Alger. Ce fut dans la revue Fontaine qu’il publia en avril 1941 un des textes fondateurs de la résistance littéraire légale, « La leçon de Ribérac ou l’Europe française » où il retraçait l’histoire de la poésie française depuis le XIIe siècle. Cependant la pratique de littérature légale qu’inaugurait Aragon en zone sud allait contre les directives communistes énoncées en zone occupée.
Au début de l’année 1941 à Nice, Aragon rencontra par hasard un responsable communiste, Jean (Pierre Pagès*, beau-frère de Danielle Casanova*) mais c’est Georges Dudach*, envoyé par la direction nationale clandestine du parti qui retrouva la trace du couple à Nice, probablement par l’intermédiaire de Paulhan. La date à laquelle Dudach rencontra pour la première fois le couple à Nice ne peut être donnée avec certitude ; Aragon la situe au début de l’année 1941 (février ou mars), Francis Crémieux, pour sa part, la situe en mai ou juin (Faites entrer l’infini, n° 19, juin 1994). Dans L’Homme communiste, Aragon parle de trois rencontres avec Dudach. Chargé de contacter Aragon en zone occupée, il avait la mission de l’accompagner jusqu’à Paris pour le mettre en contact avec les responsables du parti pour le travail parmi les intellectuels, notamment Georges Politzer. Arrêtés par les Allemands en franchissant clandestinement la ligne de démarcation près de La Haye-Descartes, le 25 juin 1941, ils furent tous trois incarcérés à Tours, puis finalement libérés sans avoir été reconnus au lendemain du 14 juillet. À Paris, Aragon rencontra chez le peintre Édouard Pignon*, Danielle Casanova* et Georges Politzer* afin de discuter d’une organisation d’écrivains. Aragon, d’après son témoignage, convainquit Georges Politzer de suspendre La Pensée libre et de lancer Les Lettres françaises (« De l’exactitude historique en poésie »). L’intervention d’Aragon en faveur d’une large union coïncidait avec la politique de Front national en gestation depuis plusieurs mois. Aragon rencontra Jean Paulhan qui avait formé avec Jacques Decour* le premier projet d’édition des Lettres françaises. De retour dans le Midi, lui et Elsa se chargèrent, avec un mandat précis, de regrouper les intellectuels, de créer et d’animer le Comité national des écrivains pour la zone sud.
Dénoncé en octobre 1941 dans L’Émancipation nationale de Jacques Doriot par Drieu La Rochelle qui s’en prenait aux revues « littéraires et poétiques cousues de fil rouge », Aragon répondit par « Plus belle que les larmes », publié sous son nom dans un journal de Tunis. En mars 1942, il entreprit d’écrire sur ordre de Duclos, à partir de documents sur les fusillés de Châteaubriant que lui avait apportés Joë Nordmann, un texte qu’il signera « Le témoin des martyrs » et qui prendra place quelques mois plus tard dans Le Crime contre l’esprit : ce texte connaîtra plusieurs éditions clandestines et contribuera à faire connaître le « martyrologue de l’intelligence française ». Dans Les Yeux d’Elsa (Cahiers du Rhône, Neuchâtel, Suisse), Aragon associait l’amour de la patrie et celui de sa femme. Brocéliande, parut également aux Cahiers du Rhône fin 1942, grâce à Albert Béguin, fut introduit en France où il connut une grande vogue. La censure laissa passer de nombreuses allusions aux événements politiques ; malgré tout, celles du poème « Nymphée » qui éveillèrent la méfiance de Paul Marion, secrétaire d’État à l’Information, firent suspendre à Lyon, en août 1942, la revue Confluences. À la suite de l’occupation italienne à Nice, en novembre 1942, Aragon et Elsa s’installèrent dans la Drôme, enfin à Lyon, où ils vécurent avec de faux papiers. Le dernier poème d’Aragon, signé de son nom et publié en France, parut le 11 mars 1943 dans la page littéraire du Mot d’ordre de Lyon, dirigé par Stanislas Fumet : « La Rose et le Réséda » allait faire figure de classique. Aragon fonda au début 1943 Les Étoiles qui allaient devenir pour la zone sud l’organe des intellectuels rassemblés dans le Front national et dont la diffusion reposait sur des groupes de cinq. À partir de cette publication naquit la Bibliothèque française, première maison clandestine du PCF.
Dans la deuxième partie de 1943, Elsa et Aragon durent chercher un autre refuge et se replièrent à Saint-Donat dans la Drôme. Contacté par Claude Morgan* en mars 1943, Aragon donna deux poèmes sans signature dans les Lettres françaises, dont « La Ballade de celui qui chanta dans les supplices », dédié à Gabriel Péri* (d’abord diffusé en tract, puis repris en juillet 1943 dans la première anthologie des poètes de la Résistance, L’Honneur des poètes, sous le pseudonyme de Jacques Destaing, enfin publié en 1944 sous le pseudonyme de François la Colère, aux Éditions clandestines de la Bibliothèque française). Pendant cette même année 1943, Aragon fit publier, sous son pseudonyme de François la Colère, Le musée Grévin, première brochure des éditions clandestines de la Bibliothèque française. En août-septembre paraissait à Neuchâtel, En français dans le texte qui fut diffusé dans tous les pays alliés (et republié en 1944 dans La Diane française) ; le recueil débutait par un « Art poétique » (« Pour mes amis morts en mai... ») ; il comprenait « Le médecin de Villeneuve » qui décrivait la chasse aux Juifs dans Villeneuve-lès-Avignon en août 1942. Durant les semaines qui précédèrent la Libération, Elsa et Aragon publièrent La Drôme en armes. En septembre 1944, ils rentrèrent à Paris et Aragon réunit dans La Diane française qui parut chez Seghers, à la fin 1944 ses poèmes de la Résistance. On pouvait y lire l’hymne qu’il adressait à son parti : « Mon Parti m’a rendu mes yeux et ma mémoire [...] Mon Parti m’a rendu les couleurs de la France ». En 1945, ce fut enfin En étrange pays dans mon pays lui-même. Le sentiment national et l’expression poétique se mariaient chez l’écrivain communiste avec une grande force.
À la Libération, Aragon prit seul la direction de Ce Soir en attendant le retour d’URSS, de Jean-Richard Bloch*. Une lettre à Gaston Bensan datée du 1er décembre 1944 nous éclaire sur les conditions dans lesquelles Aragon a assumé à partir de son retour à Paris, fin septembre 1944, la direction effective du quotidien (Faites entrer l’infini, n° 18, décembre 1994, p. 24). Bloch ne reprit ses fonctions de co-directeur qu’au début de février 1945. Après sa mort en mars 1947, Aragon dirigea seul le journal. Membre du comité directeur de l’Union nationale des intellectuels (UNI), il joua un rôle actif dans sa plus importante organisation, le Comité national des écrivains (CNE) dont il fut l’actif secrétaire général. Mais l’union des intellectuels issue de la Résistance se désagrégea rapidement. En novembre 1946, Jean Paulhan, un des fondateurs du CNE pendant la clandestinité, démissionna pour protester contre la mise en pratique de la liste noire établie pendant l’Occupation. Dans De la Paille et du grain (1948), Paulhan contestait la légitimité du CNE à s’ériger en « juge de la patrie », notamment pour un ancien surréaliste et antimilitariste comme Aragon.
En 1947, Aragon fut personnellement mis en cause dans « l’affaire Nizan » par Jean-Paul Sartre pour lui avoir affirmé oralement que Paul Nizan* renseignait la police avant 1939 (voir la protestation d’intellectuels inspirée par Sartre, contre la campagne menée par les communistes autour de la « trahison » de Paul Nizan) dans le numéro de juillet 1947 des Temps Modernes. Le couple Aragon-Elsa Triolet allait exercer un magistère de fait au CNE bien que celui-ci eut jusqu’en 1957 des présidents non communistes (Jean Cassou*, Louis Martin-Chauffier*, Vercors). Aragon ne devint officiellement président du CNE qu’en 1957, au sortir de la crise due aux événements de Hongrie. Au fil des années, la politique du CNE se modelait de plus en plus étroitement sur celle du Parti (voir l’organisation des « Batailles du Livre », au début des années cinquante, avec l’appui de la presse du Parti).
La guerre froide 1947-1953/1954 fut pour Aragon une époque de politisation intense, en même temps que celle où il connut son plus grand isolement en tant qu’artiste, à la fois hors du Parti (ses essais, poèmes et les romans de la série Les Communistes furent perçus dans le public intellectuel comme relevant plus de la propagande de parti que de l’art) et dans le Parti (les poèmes du Nouveau Crève-Coeur, en 1948) ne furent pas bien compris. Durant ces années, Aragon s’engagea très loin dans la défense du Parti en tous domaines, celui de l’art en particulier, au moment où l’adéquation était étroite entre les choix du PCF et la politique stalinienne : c’est ainsi qu’il contribua à la diffusion de la conception jdanovienne de l’art tout en limitant ses conséquences extrêmes.
Dès le début de cette période, Aragon se solidarisa avec toutes les prises de position du Parti, que ce soit à propos de l’affaire Lyssenko (à laquelle il consacra en octobre 1948 un numéro entier d’Europe qu’il ouvrit par un long article, « De la libre discussion des idées »), ou des procès dans les démocraties populaires (il polémiqua avec Vercors au sujet du procès Rajk et du procès Kostov). Il appuya la définition du rôle de l’intellectuel donnée par Laurent Casanova au congrès de Strasbourg en juillet 1947, il défendit les thèses de Jdanov sur le réalisme socialiste (voir l’éloge funèbre de Jdanov dans les Lettres françaises du 9 septembre 1948) et il leur resta officiellement fidèle jusqu’en 1953-1954. Il faut noter pourtant qu’il n’assista pas au Congrès mondial des intellectuels pour la paix à Wroclaw (août 1948) pendant lequel les Soviétiques déclenchèrent une violente offensive contre les écrivains des pays occidentaux : Dominique Desanti se demandera — mais bien plus tard — si Aragon, ayant eu vent de ce qui se préparait à Wroclaw, n’aurait pas jugé qu’il en avait assez fait en France pour défendre les thèses de Jdanov (Les Staliniens, p. 111). Un document émanant de l’écrivain soviétique Simonov, en date du 2 septembre 1947, conservé dans le fonds Aragon éclaire, selon Lilly Marcou, cette absence. Aragon aurait pris en privé la défense de peintres comme Picasso ou Matisse critiqués par la Pravda. Il joua surtout par l’intermédiaire des Lettres françaises un rôle de promotion pour nombre de jeunes écrivains et artistes qu’on ne saurait réduire à la mise en OEuvre d’une politique officielle, ainsi pour Henri Pichette ou Charles Dobczynski. Mais l’attention s’est davantage portée sur deux cas : Stil et Fougeron. Il encouragea en effet André Stil dont il publia en 1949, Le mot mineur Camarades et qui reçut en février 1952, le Prix Staline de littérature pour Le Premier choc ; il prit sa défense dans Le Neveu de Monsieur Duval (1953) alors que Stil était emprisonné pour son action militante au moment des grandes campagnes anti-américaines du Parti. Il intervint dans le domaine de la peinture contribuant au succès du peintre André Fougeron*, proposé, aux alentours de 1950-1952, en exemple aux autres artistes du Parti (il est vrai qu’Aragon contribuera ultérieurement à la chute de Fougeron en l’accusant dans les Lettres françaises, en novembre 1953, de « peindre hâtivement »). Il consacra, au début de 1952, une série d’articles apologétiques à la peinture soviétique de réalisme socialiste dans les Lettres françaises (« Réflexions sur l’art soviétique »).
Auteur du cycle romanesque, Les Communistes, de deux volumes sur l’Homme communiste, Aragon allait d’une certaine façon faire figure d’« écrivain officiel ». Dans Les Communistes, dernier volet du « Monde réel », il eut le projet d’embrasser les années 1939-1944 et d’évoquer le rôle patriotique du Parti. Jamais Aragon n’avait traduit jusqu’alors un argument aussi explicitement politique dans son œuvre romanesque : il s’agissait, en effet, d’évoquer la société française durant la période dramatique qui aboutit à la défaite de 1940 et de montrer la continuité « nationale » du Parti de 1939 à 1944. Il justifiait le pacte germano-soviétique et en venait même à caricaturer sous les traits de Patrice Orfilat, l’écrivain Paul Nizan*, « traître au Parti ». Le premier tome des Communistes parut en 1949, cinq autres suivirent de 1949 à 1951. Aragon interrompit en 1951 la publication des Communistes, si bien que le roman s’achève en mai-juin 1940. Il en expliqua les raisons en 1966-1967 dans une importante post-face, lorsqu’il récrivit entièrement Les Communistes pour l’édition de ses « œuvres Croisées » avec Elsa Triolet. En 1946, Aragon avait publié le premier tome de L’Homme communiste, à la mémoire de Vaillant-Couturier, Gabriel Péri*, Jacques Decour* ; en 1953, un second tome célébrait les nouveaux héros du communisme, Jean-Richard Bloch, Jacques Duclos*, Paul Éluard*, Maurice Thorez*.
L’influence d’Aragon dans ces années s’exprima puissamment à travers journaux et revues. D’après Daix, à partir de 1948, il dirigea en fait les Lettres françaises dont le directeur en titre était Claude Morgan depuis 1942. Dans son livre autobiographique, Les « Don Quichotte » et les autres..., celui-ci évoqua les étapes de la reprise de l’hebdomadaire par le Parti : éviction exigée par Laurent Casanova* du poète Loys Masson comme rédacteur en chef et son remplacement par Pierre Daix, proche d’Aragon ; enfin remplacement de Claude Morgan lui-même par Aragon en 1953. L’arrivée d’Aragon à la direction aurait coïncidé, selon Claude Morgan, avec l’apparition de nouvelles directives dues à Maurice Thorez, encore à Moscou, mais qui aurait recommandé de renouer avec la « politique nationale » du Parti. Son prestige était également reconnu à la revue Europe, aux Éditeurs français réunis et surtout au Comité national des Écrivains. De nombreux témoignages, celui de Claude Roy (Moi je..., Nous), Dominique Desanti (Les Staliniens), Simone Signoret (La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était), Janine Bouissounouse (La Nuit d’Autun) décrivent d’une plume parfois cruelle le comportement du couple Aragon-Elsa au sein de ces assemblées et vis-à-vis des intellectuels.
La situation d’Aragon dans le Parti ne le mettait pourtant pas à l’abri du sectarisme, ainsi qu’il ressort de l’affaire du portrait de Staline par Pablo Picasso* (un dessin représentant un Staline jeune au caractère géorgien marqué) paru dans le numéro des Lettres françaises (12 mars 1953) qui commémorait, de façon tout à fait orthodoxe d’ailleurs, la mort du leader soviétique. Aragon dut publier, dans le numéro suivant des Lettres françaises, le communiqué du secrétariat du parti (paru dans L’Humanité du 18 mars) désavouant catégoriquement le portrait. Les Lettres françaises du 26 mars publièrent de nombreuses lettres de militants scandalisés et Aragon s’expliqua dans l’hebdomadaire le 4 avril. « Aragon, écrivit Pierre Daix, avait d’abord été littéralement assommé par l’affaire du portrait de Staline. Non seulement, il souffrait de la même solitude que Picasso, mais elle l’atteignait davantage parce qu’il y mesurait le peu de poids auprès du Parti de toutes ses années de fidélité absolue » (J’ai cru au matin, p. 339). Ce ne fut qu’après le retour de Thorez qu’Aragon apprit que celui-ci avait désavoué l’action de Lecoeur et le communiqué du secrétariat (d’après Pierre Daix, Aragon..., p. 375). À la veille du retour de Thorez en France, L’Humanité du 8 avril 1953 avait publié un poème d’Aragon (d’ailleurs rédigé six mois plus tôt) intitulé « Il revient ».
Les années qui précédèrent et suivirent la mort de Staline furent des années particulièrement difficiles pour Aragon. Pierre Daix fait dater de l’hiver 1952, moment où Aragon et Elsa étaient allés à Moscou après le XIXe congrès du PCUS, l’ébranlement d’Aragon vis-à-vis de la réalité soviétique avec la perception physique de la « terreur ». Cependant cela n’alla pas jusqu’à remettre en cause la personne même de Staline ni le fonctionnement du régime soviétique. À la mort de Staline, on l’a vu, Aragon joignit, mais à sa manière, sa voix à celle du Parti tout entier. Il semble s’être dès lors particulièrement attaché au monde des écrivains soviétiques. En décembre 1954, il assista au deuxième congrès des Écrivains soviétiques (son discours au congrès fut publié par La Nouvelle Critique en février 1955). Il entreprit de faire connaître en France les diverses littératures soviétiques, et non seulement la littérature russe, en publiant maints romans soit aux Éditeurs français réunis, soit dans la collection qu’il dirigeait chez Gallimard. Il consacra d’ailleurs une anthologie aux Littératures soviétiques (1955) et il la fit suivre d’une Introduction à la littérature soviétique (1956) où il gardait toujours le silence sur la répression des écrivains sous l’ère stalinienne. Ses relations avec le PCF n’étaient cependant pas sans nuages. Ainsi à Gaston Plissonnier, secrétaire du comité central, qui lui demandait, le 13 décembre 1956, s’il accepterait d’honorer de sa présence le congrès de la Jeunesse communiste [la même démarche dut être faite auprès de Picasso], il répondit le lendemain, de Nice, par télégramme : « BIEN REÇU LETTRE STOP QUE TU TE PAYES MA TETE EST PEUT ETRE DANS TES MOYENS STOP MAIS CELLE DE PICASSO EST PLUS CHERE
ARAGON ».
Ce document prit place dans son dossier à la commission des cadres.
On mesure l’ampleur des contradictions dans lesquelles il se débattait à quelques faits marquants des années 1956-1957. Au moment des remous suscités parmi les intellectuels par l’affaire hongroise en 1956, Aragon resta du côté de l’orthodoxie du Parti : il se solidarisa avec le comité central et empêcha que l’on blâmât l’action de l’URSS au sein du CNE mais il intervint en tant que président du CNE pour obtenir la grâce de deux écrivains hongrois condamnés à mort. Il reçut le prix Lénine de littérature à l’automne 1957 pour ses soixante ans mais, comme il l’a raconté lors de ses entretiens avec Jean Ristat, il avait d’abord refusé ce prix, l’ancien prix Staline, et c’est Maurice Thorez* qui lui aurait conseillé, après avoir approuvé cette manifestation d’opposition, d’accepter ce prix rebaptisé Prix Lénine ; le discours qu’Aragon publia lors de la remise du prix ne fut d’ailleurs pas publié en Union soviétique et parut dans les Lettres françaises. Un de ses plus beaux recueils de poèmes, Le Roman inachevé publié en 1956, l’année du XXe congrès du PCUS, témoigne par l’entrecroisement des mètres et la plainte quasi explicite qui monte des « Pages lacérées » ou de « La nuit de Moscou », de déchirements politiques longtemps inexprimés. Dans la période qui suivit le XXe congrès, pendant les années 1959-1960, Aragon, peu sensible aux luttes anticoloniales où s’engageaient de nombreux intellectuels de gauche, se retrouva près de Laurent Casanova qui essayait de gagner Thorez aux thèses de Khrouchtchev sur la déstalinisation. En avril 1960, il donna à France nouvelle un long article sur l’Ingénieur Bakhirev de Galina Nicolaeva qui avait été publié en URSS grâce à Khrouchtchev et qu’il avait fait traduire et publier en français ; dans cet article, Aragon prenait clairement parti pour l’ouverture d’une discussion sur la période stalinienne. D’après Philippe Robrieux, Aragon joua un rôle certain dans l’attribution du prix Lénine de la paix à Casanova ce qui allait contrarier Thorez. En 1960-1961, il rédigea la partie consacrée à l’histoire soviétique dans l’Histoire parallèle de l’URSS et des USA, en s’en tenant à un point de vue narratif. Sur le plan littéraire, il prenait ses distances avec le réalisme socialiste. Déjà en 1954 au congrès d’Ivry, tout en rappelant la nécessité d’un art de parti, il le défendait contre une interprétation étroite et se prononçait en faveur d’un art national. En 1959, dans J’abats mon jeu (recueil d’interviews et d’articles datés principalement de 1957-1959), il s’élevait contre une conception dogmatique du réalisme ; il le redira en 1962 à Prague. En 1963, il préfaça le livre consacré à Picasso, Saint-John Perse et Kafka par Roger Garaudy* (auquel il était alors fort lié) : D’un réalisme sans rivages. En mars 1966, le comité central d’Argenteuil adopta une résolution sur les problèmes idéologiques et culturels dont il avait été en grande partie le rédacteur ; elle répudiait toute intervention du Parti dans le domaine culturel et reconnaissait le droit à la libre création. Aragon, après La Semaine Sainte (1958) qui connut un grand succès, retrouva avec La mise à mort (1965), et Blanche ou l’oubli (1967), les sources d’inspiration dont il s’était coupé depuis sa rupture avec le surréalisme. Mais il les mettait en OEuvre dans des romans dont la lecture par les jeux de miroir qu’elle impose, en dit long sur la difficulté de « comprendre » ce que dit Aragon. Finalement il entraîna le PCF dans la dénonciation du verdict rendu à Moscou au terme du procès intenté aux écrivains Siniavski et Daniel. L’Humanité publia le 16 janvier 1966 une déclaration de protestation signée de lui : « C’est faire du délit d’opinion un crime d’opinion, c’est créer un précédent plus nuisible à l’intérêt du socialisme que ne pouvaient l’être les Oeuvres de Siniavski et Daniel ». C’était la première fois qu’un membre important du Parti français critiquait publiquement une décision soviétique.
En mai 1968, à Paris, il fut le seul membre du CC à oser rencontrer les étudiants, place de la Sorbonne, le 9 mai (Lettres françaises, 13-14 mai). Il n’y avait pas là que bravade, mais désir de retrouver sa propre jeunesse. Au reste, le numéro des Lettres consacré en mai à la révolte étudiante fut commandé et organisé par Aragon lui-même avant que le bureau politique du Parti ait pris position et alors que L’Humanité critiquait vivement les manifestations étudiantes. Cette même année, il ouvrait les Lettres aux artisans du printemps de Prague. Après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques le 21 août 1968, il fit publier dans l’hebdomadaire un communiqué du CNE : « Nous vivons avec nos amis tchécoslovaques tous les instants angoissants de leur lutte courageuse contre l’envahisseur et contre toute tentative de priver leur pays de la liberté d’expression sous toutes ses formes, au premier chef, de cet élément essentiel de la démocratie, une entière liberté de la presse ». Après que la Literatournaïa Gazeta s’en fut pris à ce communiqué, Aragon répondit le 11 septembre par un article, « J’appelle un chat un chat », signé « Aragon, Prix Lénine international de la paix pour 1958 ». Préfaçant en 1968 l’édition française du roman de Milan Kundera, La plaisanterie, il dénonçait : « Cette voix de mensonge qui prétend parler au nom de ce qui fut un demi-siècle l’espoir de l’humanité. Par les armes et le vocabulaire. O mes amis, est-ce que tout est perdu ? ». Il écrivait aussi : « Je me refuse à croire qu’il se va faire là-bas un Biafra de l’esprit. Je ne vois pourtant aucune clarté au bout de ce chemin de violence » (texte paru dans les Lettres françaises du 9 octobre). Il publiait en février 1969 deux articles sur L’Aveu d’Arthur London. Peu de temps avant, en janvier 1969, les Lettres françaises étaient informées que leurs abonnements soviétiques étaient annulés. En octobre 1969, Aragon stigmatisait dans les Lettres françaises l’instauration de la délation systématique en Tchécoslovaquie (« D’un questionnaire », 8-14 octobre 1969) ; et, en 1971, il dénonça le climat politique qui régnait, notamment à l’occasion du suicide du fils de Vitezslav Nezval, poète tchèque, ancien surréaliste, ce qui valut à ce numéro de l’hebdomadaire d’être exclu par la direction du PCF de la vente du livre marxiste où figuraient les représentants de nombreux PC étrangers. En octobre 1972, l’hebdomadaire publiait son dernier numéro ; sous le titre La valse des adieux, Aragon s’y exprimait ainsi : « (...) cette vie dont je sais si bien le goût amer qu’elle m’a laissé, cette vie à la fin des fins qu’on ne m’en casse plus les oreilles, qu’on ne me raconte plus combien elle a été magnifique, qu’on ne me bassine plus de ma légende. Cette vie comme un jeu pénible où j’ai perdu. Que j’ai gâchée de fond en comble » (n° 1455 du 11 au 17 octobre 1972). Que traduisent ces paroles de désillusion ? Un bilan amer de plus de quarante ans de vie militante ? Il est vrai que sans cesser d’appartenir au Parti, Aragon prit une demi-retraite politique. Les autorités soviétiques lui décernèrent cependant pour son 75e anniversaire la médaille de la Révolution d’Octobre et le décorèrent de l’Ordre de l’amitié des peuples pour son 80e anniversaire.
Aragon continua d’ailleurs d’apparaître comme membre du comité central aux congrès du Parti, notamment au XXIIe congrès en février 1976. Il s’occupa de la publication de ses Œuvres Croisées avec Elsa Triolet, entreprise depuis 1964, à rassembler et à établir son Œuvre poétique complète dont la publication commença en 1974 au Livre-Club Diderot.
Il est difficile d’évaluer la place exacte d’Aragon dans le PCF, le rôle qui lui a été assigné et celui qu’il a joué. Entré au Parti à un moment difficile pour les intellectuels en 1926, Aragon a dû à Maurice Thorez de pouvoir trouver au sein du Parti, une place comme créateur et comme militant. Dans les années qui précédèrent le Front populaire, Aragon trouva sa voie comme intellectuel de Parti en se voyant reconnaître un rôle dans l’« organisation » des intellectuels : il apparut ainsi, à partir de 1933-1935, comme un des représentants du Parti en direction des intellectuels.
Il reprit ce rôle, après la Libération, auréolé du prestige que lui donnait sa qualité de « poète national », et l’exerça au sein d’organismes comme le CNE ou à travers des périodiques comme les Lettres françaises. Son influence crût au tournant des années cinquante, au moment où s’affirmait l’idéologie de guerre froide. Cependant, bien qu’Aragon eût son « champ réservé », il ne s’est jamais vu reconnaître officiellement la responsabilité du secteur des intellectuels au sein du Parti. L’ambiguïté de sa position historique dans le Parti vient de ce qu’il y fut à la fois un des hérauts du stalinisme à partir des années trente, un des artisans de sa « jdanovisation » intellectuelle dans les années cinquante, et en même temps un des agents de la libéralisation interne du PC après 1956 et dans les années soixante. De par la variété des rôles qu’il a joués, l’homme n’est pas facile à saisir, d’autant plus qu’il s’est ingénié à se cacher derrière des masques, qu’il s’est plu à parsemer son OEuvre poétique et romanesque, à partir de 1954, de nombreuses allusions aux déchirements de sa vie militante. C’est peut-être sur le plan des relations d’Aragon avec l’URSS que le plus de problèmes se posent. Grâce aux relations personnelles qu’il avait en URSS avec la famille et les amis de Lili Brik, il a toujours su beaucoup de choses et cela dès 1938. Pourtant il ne mit jamais en cause en son temps le système stalinien et garda le silence sur la répression notamment parmi les intellectuels. Ultérieurement, lors de ses entretiens télévisés avec Jean Ristat, Aragon ne put se résoudre à se remettre en question comme intellectuel stalinien et laissait entendre que le rôle de l’URSS dans la victoire sur le nazisme l’avait empêché de critiquer le système. Parlant de ses relations récentes avec l’URSS, il défendit le Parti qu’il avait choisi d’intervenir silencieusement auprès des autorités soviétiques en faveur de certains condamnés comme le cinéaste Paradjanov. En janvier 1980, il signa « l’Appel des 75 » (L’Humanité du 15 janvier) qui s’opposait à la campagne anticommuniste à la suite de l’intervention soviétique en Afghanistan.
Ainsi jusqu’au bout, Aragon voulut-il témoigner comme intellectuel communiste. Quel que soit le jugement que l’on porte sur son rôle militant, on ne peut que souligner la remarquable constance de son attitude, la fidélité qu’il a gardée à la ligne officielle du Parti. Son oeuvre fait entrevoir que cette fidélité n’alla pas sans déchirements intimes. Mais comme l’indique le titre du recueil qu’il a publié en 1980, Le Mentir-Vrai, Aragon a passé sa vie à brouiller ses propres pistes. Sa vie militante pour laquelle il a été si sévèrement jugé, laisse ouverte, dans son rapport à l’œuvre et en elle-même plus d’une interrogation.
Par un legs fait à Paris le 22 juin 1976, Louis Aragon « remet à la nation française, quelle que soit la forme de son gouvernement, le legs littéraire d’Elsa Triolet et l’ensemble des manuscrits et documents en sa possession qui appartiendront au Centre national de la recherche scientifique. Il en confie la conservation et l’exploitation scientifique au Centre d’histoire et d’analyse des manuscrits moderne du CNRS. » Il avait désigné comme exécuteur testamentaire, sous le vocable de « prolongateur », son ami le poète Jean Ristat. Légué à l’État par Aragon, le Moulin de Villeneuve (Saint-Arnoult-en-Yvelines) devint propriété nationale en 1985. Inauguré le 15 octobre 1994, il abrite le Centre de recherche et de création Elsa Triolet-Louis Aragon.

ŒUVRE CHOISIE : Feu de joie, Au Sans Pareil, 1920, 51 p. — Anicet ou le panorama, Gallimard, 1921, 199 p. — Le Libertinage, id., 1924, 256 p. — Le Mouvement perpétuel, poèmes 1920-1924, id., 1926, 97 p. — Le Paysan de Paris, id. 1926, 255 p. — Traité du Style, id., 1928, 237 p. — La grande gaieté, id., 1929, 123 p. — Persécuté, persécuteur, Éditions Surréalistes, 1931, 87 p. — Éclairez votre religion. Aux enfants rouges, Publication de la Libre pensée révolutionnaire de France, Bureau d’édition, 1932, 19 p. — Hourra l’Oural, Denoël, 1934, 153 p. — Les Cloches de Bâle, id., 1934, 445 p. — Pour un réalisme socialiste, Denoël et Steele, 1935, 125 p. — Les Beaux Quartiers, id. 1936, 509 p. — in Duclos J., Les droits de l’intelligence, conférence faite devant des écrivains, savants..., réunis le 1er juin 1938 par la Maison de la Culture. Allocution d’Aragon. Éditions sociales internationales, 1938, 91 p. (collection de la Maison de la Culture). — Le Crève-cœur, Gallimard, 1941, 77 p. — Cantique à Elsa, Alger, Édit. de la revue Fontaine, 1942, 32 p. — Les Yeux d’Elsa, Neuchâtel. Édit. de la Baconnière, 1942, 164 p. (réimprimé notamment par P. Seghers, 1945). — Brocéliande, Neuchâtel, Edit. de la Baconnière, 1942, 62 p. — En Français dans le texte, id., 1943, 72 p. — François la Colère : Le Musée Grévin, Bibliothèque française, 1943, 3e slnd, réimprimé aux Éditions de Minuit, 1943, 32 p. — François la Colère : Neuf chansons interdites (1942-1944), Bibliothèque française, 1944, 20 p. — Le Crime contre l’esprit par le Témoin des martyrs, 1re édition intégrale clandestine, Éditions de Minuit, 1944 (éditions clandestines antérieures en 1942 et 1943). — Aurélien, Gallimard, 1944, 520 p. — Ce qu’a écrit de Maurice Thorez un grand poète de la Résistance, Extrait de Ce Soir, 18 octobre 1944. Impr. Centrale du Croissant, 2 p. — Deux voix françaises, Ch. Péguy, Gabriel Péri, 1944, 8 p. — En étrange pays dans mon pays lui-même, Monaco, Les Livres merveilleux, 1945, 118 p. (rééd. Seghers, 1947, 133 p.). — La Diane française, Seghers, 1945, 91 p. — Servitude et grandeur des Français, scènes des années terribles, la Bibliothèque française, 1945, 235 p. — L’Homme communiste, Gallimard, 1946, 251 p. Chroniques du bel canto, A. Skira, 1947, 269 p. — La Culture et les hommes, Éditions Sociales, 1947, 92 p. — Le Nouveau Crève-coeur, Gallimard, 1948, 128 p. — Les Voyageurs de l’Impériale, édition définitive, Gallimard, 1947, 631 p. — Les Communistes, la Bibliothèque française, 1. février-septembre 1939, 1949, 269 p. — 2. septembre-novembre 1939, 1949, 367 p. — 3. novembre 1939-mars 1940, 1950, 415 p. — 4. mars-mai 1940, 1950, 339 p. — 5. mai 1940, 1951, 351 p. — 6. mai-juin 1940, 1951, 349 p. (Œuvres romanesques croisées d’Elsa Triolet et Aragon, R. Laffont, Les Communistes, 1966-1967, 4 volumes, 377, 339, 309, 329 p.). — Les communistes. Février 1939-juin 1940. Version originale. Introduction et dossier par Bernard Leuilliot, Stock, 1998 — La Lumière et la paix. Discours prononcé au congrès national de l’Union nationale des intellectuels (UNI) le 29 avril 1950, à la maison de la Pensée, Les Lettres françaises, 1950, 47 p. — L’Exemple de Courbet, Éditions Cercle d’art, 1952, 213 p. — Hugo poète réaliste, Éditions sociales, 1952, 63 p. — L’Homme Communiste, tome II, Gallimard, 1953, 335 p. — Le Neveu de M. Duval, Éditeurs français réunis, 1953, 238 p. — Journal d’une poésie nationale, Lyon, les Écrivains réunis, 1954, 165 p. — La Lumière de Stendhal, Denoël, 1954, 272 p. — Les Yeux et la Mémoire, id., 1954, 229 p. — Littératures soviétiques, id., 1955, 397 p. — Introduction aux littératures soviétiques, contes et nouvelles. Préface et choix d’Aragon, Gallimard, 1956, 301 p. — Le Roman inachevé, id., 1956, 256 p. — La Semaine Sainte, id. 1958, 601 p. — J’abats mon jeu, Éditeurs français réunis, 1950, 279 p. — Histoire de l’URSS 1917 à 1960, 2 volumes, 1962, 411 et 379 p. dans Histoire parallèle des USA et de l’URSS par André Maurois et Aragon. — Le Fou d’Elsa, Gallimard, 1963, 462 p. — La mise à mort, id., 1965, 429 p. — Blanche ou l’oubli, id., 1967, 525 p. — Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit, Genève, A. Skira, 1969, 158 p. — Henri Matisse, roman, Gallimard, 1971, 2 vol., 359 et 371 p. — Théâtre/Roman, id., 1974, 452 p. — Chroniques de la pluie et du beau temps ; précédé de Chroniques du Bel Canto, les Éditeurs français réunis, 1979, 263 p. — La Défense de l’infini, édité par Édouard Ruiz, Messidor, 1996. — On se reportera aussi à Louis Aragon et Elsa Triolet aux Œuvres romanesques croisées, Paris, Robert Laffont, 1964-1974, 42 vol. ; Aragon, Œuvre poétique 1917-1979, Livre-Club Diderot, 1974-1981 ; 2e édition, 1989-1990 — Aragon Œuvres romanesques complètes 1. Daniel Bougnoux, Philippe Forest (éd.), Gallimard, 1997. La Pléiade. — Aragon, Chroniques 1918-1932. I Édition établie par Bernard Leuilliot, Stock, 1998 — « Le temps traversé », Louis Aragon-Jean Paulhan, Elsa Triolet, Correspondance 1920-1964, Gallimard, 1994. Lettres à Denise, Lettres nouvelles - Maurice Nadeau, 1994.

Parmi les articles d’Aragon parus dans les Lettres françaises, citons, pour leur résonance biographique, « Pour une image vraie » (sur Maurice Thorez), n° du 23 juillet au 6 août 1964, « Lautréamont et nous », n°s du 1er au 7 juin et de 8 au 14 juin, « La Valse des adieux », n° du 11 au 17 octobre 1972.

SOURCES : Arch. RGASPI, Moscou, dossier personnel (495 270 72), fonds français (517 1 1224 et 1916), UIER (fonds 541 1 96 et 128), fonds des secrétariats du Komintern (Marty, 517 3 47) (consultés par Nicole Racine). — Louis Andrieux, À travers la République. Mémoires, Payot, 1926. — Yvette Gindine, Aragon prosateur surréaliste, Genève, Droz, 1966, X-121 p. (bibliographie complète jusqu’en 1931). — Aragon, une étude par Claude Roy, Seghers, 1945, 157 p. (Poètes d’aujourd’hui. 2). — Maurice Nadeau, Histoire du Surréalisme, Éd. du Seuil, 1945, 363 p. et Documents surréalistes, id., 1948, 399 p. — A. Rossi, Les Communistes français pendant la drôle de guerre, Paris, les Îles d’or, 1951 — André Breton, Entretiens (1913-1952)..., Gallimard, 1952, 319 p. — André Gavillet, La littérature au défi. Aragon surréaliste, Neuchâtel, La Baconnière, 1957, 333 p. — Hubert Juin, Aragon suivi de textes d’Aragon, Gallimard, 1960, 286 p. — Roger Garaudy, L’itinéraire d’Aragon (Du surréalisme au monde réel), Gallimard, 1961, 448 p. — Louis de Villefosse, L’Œuf de Wyasma. Récit, Préface de Jean Cassou, Julliard, 1962, 243 p. — Victor Crastre, Le Drame du surréalisme, Éditions du Temps, 1963, 128 p. — Aragon, Entretiens avec Francis Crémieux..., Gallimard, 1964, 181 p. — Georges Raillard, Aragon, Éd. Universitaires, 1964, 128 p. — Jean Schuster, Aragon au défi..., Le Terrain vague, 1966, 28 p. — Europe, février-mars 1967, « Elsa Triolet et Aragon » (voir la bibliographie des Œuvres en prose par Roland Desné, et la bibliographie des Œuvres poétiques par Georges Sadoul) — Maxwell Adereth, Commitment in modern French literature. À brief Study of « Litterature engagée » in the works of Péguy, Aragon et Sartre, London, V. Gollancz, 1967, 239 p. — Aragon parle avec Dominique Arban, Seghers, 1968, 189 p. — Aragon. Présentation, choix de textes par Georges Sadoul, Seghers, 1969, 215 p. (Poètes d’aujourd’hui 159). — Claude Roy, Somme toute, 1. Moi je. Gallimard, 1969, 481 p. 2. Nous, id., 1972, 569 p. — Alain Huraut, Louis Aragon, prisonnier politique, A. Balland, 1970, 295 p. — Jean-Pierre Bernard, Le Parti communiste français et la question littéraire, Presses Universitaires de Grenoble, 1972, 341 p. — Pierre Daix, Aragon, Une vie à changer, Le Seuil, 1975, 445 p. (Édition mise à jour, Flammarion, 1994) ; La vie quotidienne de surréalistes, 1917-1932, Hachette, 1993. — Dominique Desanti, Les Staliniens (1944-1956). Une expérience politique, Fayard, 1975, 387 p. — Janine Bouissounouse, La Nuit d’Autun : le temps des illusions Calmann-Lévy, 1977, 293 p. — Cl. Prévost, « Aragon 1936-1937 ou les années terribles », La Nouvelle Critique, avril 1978, p. 58, 69. — Simone Signoret, La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était, Le Seuil, 1978, 377 p. (Points : Actuels ; 19). — Cl. Morgan, Les « Don Quichotte » et les autres..., Éd. Roblot, 1979, 231 p. — Crispin Geoghegan, L. Aragon. Essai de bibliographie. I. Oeuvres. T. 1 : 1968-1979. Londres, Grant et Cutler Ltd, 1979, 142 p. — Anne Chisholm, Nancy Cunard. Traduit de l’anglais par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, Olivier Orban, 1980, 371 p. — Jean-Pierre Morel, Le roman insupportable., l’Internationale littéraire et la France (1920-1932), Gallimard, 1985. — Philippe Olivera, Aragon et les Lettres françaises, 1965-1972, Mémoire DEA, Histoire du XXe siècle, Paris, IEP, 1990. — Édouard Ruiz, « Aragon, 1897-1982. Repères chronologiques », Europe, mai 1991. — Aragon 1956. Actes du colloque d’Aix-en-Provence, 5-8 septembre 1991, Publications de l’Université de Provence, Aix-en-Provence, 1992. — Lilly Marcou, Elsa Triolet. Les Yeux et la Mémoire, Plon, 1994, 414 p. — Recherches croisées Aragon-Elsa Triolet depuis 1988, Annales littéraires de l’Université de Besançon. — Francis Crémieux, « Une biographie à changer. Aragon, Elsa Triolet de la clandestinité à la Libération », Faites entrer l’infini, Journal de la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 28 janvier 1992. — Philippe Olivera, « Le sens du jeu. Aragon entre littérature et politique (1958-1968) », Actes de la recherche en sciences sociales, 111/112, mars 1996. — Daniel Virieux, Le Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France. Un mouvement de Résistance- période clandestine (mai 1941-août 1944), thèse de doctorat d’histoire, Université Paris VIII, 1995. — Gisèle Sapiro, « Les conditions professionnelles d’une mobilisation réussie : le Comité national des écrivains », Le Mouvement social, n° 180, juillet-septembre 1997. — Mathieu Rigo, S, 3 vol., Mémoire de maîtrise d’histoire, Lille III, 1996.

ICONOGRAPHIE : P. Daix, Aragon une vie à changer, Le Seuil, op. cit. — Jean-Louis Rabeux, Aragon ou les métamorphoses, photographies de Jean-Louis Rabeux ; postface de Danièle Sallenave, Gallimard, 1977, 102 p. — Daniel Wallard, Aragon, Éditions Cercle d’Art, 1979, 142 photographies. — Album Aragon. Iconographie choisie et commentée par Jean Ristat. bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1997. — Carole Reynaud Paligot, Parcours politique des surréalistes 1919-1969, Paris, CNRS Éditions, 1995. — Joë Nordmann, Anne Brunel, Aux vents de l’histoire. Mémoires, Paris, Actes Sud, 1996 — Les engagements d’Aragon. sous la direction de Jacques Girault et Bernard Lecherbonnier, Paris, L’Harmattan, 1997. — Jean Albertini, Non, Aragon n’est pas un écrivain engagé ! Édition Paroles d’Aube, 1998. _ FILMOGRAPHIE : Aragon, le pouvoir magique des mots, 1993, 110 mm, réalisé par Marcel Teulade. — « Aragon dits et non-dits », entretiens télévisés avec Jean Ristat, « Antenne 2 », octobre-novembre 1979.

Nicole Racine

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