Né le 5 juin 1884 à Saint-Ouen, mort à Paris le 8 avril 1927. Marié, père de deux enfants. Ouvrier. Employé. Bouquiniste. Écrivain.

Auguste Brepson naquit quai d’Austerlitz, à bord d’une péniche sur laquelle son père travaillait comme pilote. Sa mère mourut en le mettant au monde. Il fut élevé par sa grand-mère maternelle, qui était lavandière, à quelques lieues de Paris. Mais ce séjour à la campagne dura peu, la grand-mère de Brepson ayant dû revenir avec lui à Paris pour y chercher du travail. Le père d’Auguste Brepson, atteint de tuberculose, ne put exercer régulièrement son métier et succomba à l’hôpital quand son fils était encore très jeune. Aussi Brepson eut-il une enfance très misérable. À la mort de sa grand-mère, il quitta l’école pour gagner sa vie et occupa divers emplois de fortune : apprenti cordonnier, représentant, employé de bureau. Ami des livres, autodidacte parvenu à acquérir de fortes connaissances littéraires, il réussit, vers la trentaine, à aménager une petite boutique de bouquiniste, rue Lecourbe. Il parvint, avec beaucoup de difficultés à placer des contes dans quelques journaux. Mais il soumit en vain, pendant des années, le manuscrit de son livre, Un gosse, à des éditeurs. Le récit parut cependant en feuilleton dans l’Ère Nouvelle, puis enfin en volume aux Éditions Rieder, grâce à J.-R. Bloch, en 1928. Brepson, épuisé par les privations de toute sa vie et par la même maladie que celle qui avait terrassé son père, était mort l’année précédente. Il avait quarante-deux ans.
Un gosse est un récit autobiographique à peine transposé, l’histoire d’une enfance douloureuse. C’est, à l’état nu, le tragique quotidien de la vie des miséreux. Non des pauvres, mais bien de ceux qui survivent dans cet état en deçà de la pauvreté : la misère, — telle que l’a connue, par exemple, un Lucien Bourgeois* et dont parle Péguy dans De Jean Coste : « On confond presque toujours la misère avec la pauvreté. Cette confusion vient de ce que la misère et la pauvreté sont voisines ; elles sont voisines sans doute, mais situées de part et d’autre d’une limite ; et cette limite est justement celle qui départage l’économie au regard de la morale... » — Si le père avait pu vivre et travailler, peut-être l’enfant et sa grand-mère seraient-ils restés « seulement » des pauvres. Mais cette histoire est celle d’un enfant qui ne peut encore subvenir à ses besoins et d’une vieille femme qui tâte de tous les « métiers » pour qu’il y ait chaque jour sur la table un peu de soupe chaude : ravaudeuse, femme de ménage, vendeuse de lacets au marché Saint-Médard, ou de fleurs qu’elle va chercher dans les bois, couseuse de draps de soldats, trieuse des chiffons... « Elle partait chercher du travail et rentrait à la brume sans en avoir trouvé, et fourbue, sombre, avec toute la crotte de novembre à ses jupes... », — « ... ma grand-mère rentrait grelottante, la figure bleuie et les yeux hagards. Enfin, chez nous, tout manqua : le pain, le charbon, la lumière. Alors nous allâmes nous chauffer dans les églises et manger à la soupe populaire... » — Errement de chambre en chambre à travers Paris, pour finir dans cette immonde Cité Jeanne d’Arc, aujourd’hui disparue.
Auguste Brepson écrit sans violence de langage, mais avec une grande délicatesse, une pudeur constante, sur un ton simple, dépouillé, et c’est ce qui donne tant de force à son récit.
Un gosse, s’il fut regardé, à juste titre, par certains, comme un chef-d’œuvre de la littérature prolétarienne, passa presque inaperçu. Mme Brepson, qui avait pendant quelques années, repris avec beaucoup de difficulté le travail de son mari, plaçait le livre en vitrine, dans la bouquinerie de la rue Lecourbe. Brepson avait laissé des notes qui devaient lui servir à donner une suite à cet ouvrage. Il avait également commencé à écrire ses souvenirs de bouquiniste. On ne peut savoir ce que sont devenus ces documents.

ŒUVRE : Un gosse, récit (Éd. Rieder, Paris, 1928). Nouvelle édition, Plein Chant, 2017. — Contes et nouvelles publiés dans : L’Ère Nouvelle, l’œuvre, Le Journal des Débats, Le Peuple, Nouvel âge.
Sur Auguste Brepson, cf. Henry Poulaille : Nouvel Îge littéraire (Valois, Paris, 1930), André-Charles Mercier : Préface à Un gosse. — René Bonnet, Un oublié, Auguste Brepson (La Flèche, 27 mars 1937).

SOURCES : Jean Prugnot, Des voix ouvrières, Plein chant, 2016. — Préface et post-face à Un gosse, récit (Éd. Rieder, Paris, 1928). Nouvelle édition, Plein Chant, 2017.

Jean Prugnot

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