JOURDAIN Henri

Par Jean Maitron

Né le 1er juin 1909 à Ennordres (Cher), mort le 14 avril 1988 à Sainte-Montaine (Cher) ; ajusteur ; militant et dirigeant de la CGTU puis de la CGT réunifiée ; résistant et déporté, il reprit son activité syndicale, appartint au secrétariat de la FSM (Fédération syndicale mondiale) jusqu’en 1957 ; élu membre du Comité central du Parti communiste français en 1950, il fut responsable de la section économique, de 1961 à 1973 ; membre du Conseil économique, 1947-1951.

Les parents d’Henri, très pauvres journaliers, moururent en 1918. Le père, bûcheron, se louait à la belle saison. Il maltraitait sa femme et lui donna huit enfants dont cinq survécurent. Henri quitta Ennordres sachant à peine lire et fut recueilli par une cousine confectionneuse du XIe arr. avec deux de ses sœurs et un frère et ils vécurent à sept dans une seule pièce. Néanmoins, Henri passa avec succès le Certificat d’études primaires, obtenant même le prix d’excellence.

À treize ans, il fut mis au travail dans une petite entreprise mécanique de précision. Deux ans plus tard, vers quinze ou seize ans, il se libéra de la tutelle de sa cousine et s’installa seul, à l’hôtel. Il connut plusieurs « boîtes », apprécié professionnellement mais confronté à une vie difficile, s’évadant toutefois grâce au cinéma, à la danse, à la lecture.

À vingt ans, il accomplit son service militaire et choisit la Marine afin de connaître d’autres horizons, passa mécanicien de première classe et fut affecté à l’école des mécaniciens de Rochefort. Libéré, il fut alors embauché à l’usine d’aviation Wybot à la Porte de Saint-Cloud où un jeune membre des Jeunesses communistes, Louet, le fit se syndiquer à la CGTU et il devint trésorier de la modeste section de quelques membres. Le 18 juin 1932, il se maria à la mairie du XIe arr., il divorça par la suite le 8 mars 1947.

Le 1er Mai 1933, il prit part à la grève et dut demander son compte. Inscrit aux cours du soir des Arts et Métiers puis à l’Université Ouvrière, il retrouva du travail dans de petites entreprises et participa aux « journées » de 1934, aux grèves de 1936 et, finalement, adhéra au Parti communiste à l’automne 1936. Alors que les adhésions affluaient, Henri Jourdain devint, en 1937, permanent du syndicat des métallurgistes de la région parisienne dont il fut élu secrétaire au cours de l’été 1938 en même temps que suppléant de la commission exécutive de la Fédération nationale. Avec Georges Charrière*, il signa la première convention collective nationale d’industrie, la convention nationale de l’aviation. Il appartint alors à la direction du syndicat des métallurgistes de la RP dont le président était A. Costes* jusqu’à son élection à la députation en 1936 et le secrétaire général Robert Doury*, le secrétariat étant composé de J.-P. Timbaud* à la propagande, M. Gauthier*, à la trésorerie, R. Poirot* et Henri Jourdain.

Militant dans la région appelée Paris-Ouest, Henri Jourdain fut élu, au cours du 2e semestre 1937, membre du bureau de la section de Puteaux après avoir suivi l’École régionale de trois semaines que dirigeait Jean Baillet*. Peu après, il fut nommé au bureau de la région parisienne, Paris-Ouest ; enfin, le 16 septembre 1939, alors qu’il devait entrer à l’École centrale d’Argenteuil que dirigeaient alors H. Ruffe et Et. Fajon, il répondit à son ordre de mobilisation.

Le Pacte germano-soviétique fut signé le 23 août 1939 mais Henri Jourdain n’en fut pas troublé. Quartier-Maître mécanicien de 1re classe, il fut affecté après un bref stage à Cuers (Var) à la base d’hydravions de l’étang de Berre. Démobilisé à Toulon, il rentra à Paris le 1er août 1940.

Sa compagne le remit en contact avec ses camarades du syndicat des métallurgistes de la RP et notamment avec Benoît Frachon* et Eugène Hénaff*. Après une action clandestine tout à la fois syndicale et politique, il appartint, jusqu’en février 1941, à la direction de l’union des comités populaires de la RP. Il fut alors affecté à un nouveau poste de combat : la direction de la région P 9 couvrant les usines métallurgiques Renault, Citroën, Gnôme et Rhône, le XIIIe arr., Gennevilliers. Le 22 juin 1941, l’Allemagne attaquait l’Union soviétique et la lutte devint plus difficile. C’est dans ces conditions que, par dénonciation, il fut arrêté le 1er novembre 1941, incarcéré à la Santé et, le 4 mai 1942, condamné à dix ans de travaux forcés et transféré à Fresnes puis Fontevrault où il demeura jusqu’au 17 octobre 1943. Transféré alors à Blois, Henri Jourdain connut ensuite déportation et camps de « Neue Brem », Mauthausen et, pour finir, Linz III, dans une île du Danube, où détenu dans des conditions épouvantables, résistant malgré tout, il fut élu secrétaire général du comité de libération du camp. Le 22 mai 1945 enfin, il était de retour à Paris.

Après une quinzaine de jours passés avec sa compagne chez un parent aubergiste à Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre), un télégramme de la Fédération des Métaux lui demanda d’aller la représenter à Toulouse les 23-24 juin 1945 à une conférence nationale des comités mixtes à la production de l’industrie aéronautique puis il fut coopté à la direction de la Fédération des travailleurs de la métallurgie (FTM) et élu au secrétariat fédéral au XXe congrès tenu à Issy-les-Moulineaux, les 12-16 mars 1946, chargé plus particulièrement de l’aéronautique. Il ne fut cependant pas cantonné au secteur aviation et fut nommé secrétaire à l’organisation, Semat assurant le secrétariat général. Il participa alors à la mise en place des comités d’entreprises et présenta, le 22 février 1946, un rapport à la 1re conférence nationale de ces comités devant 980 délégués, puis à la seconde l’année suivante. Il dirigea plusieurs grèves à cette époque et ne disposa que de peu de temps en 1947 lorsqu’il épousa, le 22 novembre, sa compagne à la mairie du XIVe arr. Il n’en poursuivit pas moins ses activités et c’est ainsi qu’il fit cours à l’École d’un mois organisés par la FTM à Sèvres puis suivit, d’octobre 1948 à février 1949, ceux de l’École centrale du Parti. Il fut alors élu en juin, secrétaire général de l’Union internationale des travailleurs de la Métallurgie. Enfin, en 1950, au congrès de Gennevilliers du Parti, élu à la Commission centrale de contrôle financier, il participa désormais de plein droit aux séances du comité central. Il fut également membre du Conseil économique de 1947 à 1951.

La FSM (Fédération Syndicale Mondiale), Fédération unifiée, succéda en 1945 à l’ISR (Internationale Syndicale Rouge) et à la FSI (Fédération syndicale internationale), Louis Saillant* en devenant le secrétaire général. Henri Jourdain, à la demande de Frachon, fut le secrétaire de l’Union internationale des syndicats des industries métallurgiques et mécaniques créée en 1949 et le demeura jusqu’en 1953. Avec sa femme, qui le rejoignit début 1952, il se fixa à Vienne (Autriche). Il était alors secrétaire de la FSM. Il dut, de ce fait, effectuer de nombreuses missions : en Amérique latine en 1953, en Indonésie en 1955, au Japon et en Chine en 1957. Il avait visité l’URSS pour la première fois en 1950 et y retourna plusieurs fois. Puis, en novembre 1957, Henri Jourdain « ayant l’impression — sans doute excessive — d’avoir en partie gaspillé ses meilleures années militantes en représentation, discours et activités dont il ne mesurait pas concrètement les effets, ressentit l’impérieux besoin de se replonger dans la classe ouvrière française ». Et il le satisfit malgré les réticences de Saillant qui tenta, en vain, de l’en dissuader.

De retour en France en décembre 1957, Henri Jourdain reprit, le 2 janvier 1958, le secrétariat à la propagande de la FTM. D’où une série de conférences, de cours à l’École de la Fédération et à l’École centrale du Parti et il devint, en mai 1961, à la fois responsable de la section économique du Comité central et directeur politique de la revue Économie et Politique après Jean Pronteau. La revue était alors en crise et les premiers résultats tangibles de redressement n’apparurent qu’en 1964-1966 après son élection comme membre titulaire du Comité central au XVIIe congrès du Parti. Il fut délégué, avec Henri Claude, à la Conférence internationale tenue à Moscou (27 août — 3 septembre 1962) sur le thème : « Les Problèmes fondamentaux du développement du capitalisme contemporain. », il dirigea les travaux de la Conférence internationale des 26-29 mai 1966, tenue à Choisy-le-Roi, et qui eut à traiter du capitalisme monopoliste d’État. Vingt pays y étaient représentés. Il orienta ensuite l’élaboration d’un Traité marxiste d’économie politique en deux volumes qui parut le 23 février 1971 et dont le contenu visait à donner une représentation concrète du fonctionnement et des développements intervenus dans le système capitaliste en France de la Première Guerre mondiale à la fin des années 1970.

Là ne se limitaient pas les responsabilités de Henri Jourdain. Membre du Comité central, il devait suivre un certain nombre de départements et « bourlinguer » à travers la France, participer à toutes les campagnes électorales : Nièvre au moment de l’élection présidentielle de 1965, Ardennes en mai-juin 1968, Mayenne, Savoie, Somme, Meurthe-et-Moselle enfin où s’achevèrent ses activités dans les Fédérations. Il fit en outre partie de plusieurs délégations et missions internationales et c’est ainsi que, du 1er au 6 octobre 1964, il fut le seul représentant du Parti français à la conférence de Moscou pour le 100e anniversaire de la Ire Internationale. Enfin il participa aux négociations avec le Parti socialiste et à l’élaboration du Programme commun de gouvernement (1969-1972).

Henri Jourdain demanda lors du XXe congrès à être déchargé de ses responsabilités à la section économique et par conséquent au CC. Il avait alors 63 ans révolus et le 8 février 1973, une réception, place du Colonel Fabien*, marqua son départ.

Le secrétariat lui ayant demandé à quelles activités il souhaitait se consacrer, il répondit : aux activités politiques du Parti dans les entreprises et la mise en place d’une nouvelle structure ; c’est ainsi que fut constituée, en mars 1973, la Commission nationale pour l’activité politique et idéologique du parti dans les grandes entreprises. Toutefois, fin 1975, Henri Jourdain fut contraint, à la suite d’une intervention chirurgicale, d’interrompre cette nouvelle activité.

« Pour activités syndicales et militaires », Henri Jourdain reçut en 1983 la croix de Chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114565, notice JOURDAIN Henri par Jean Maitron, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 26 octobre 2011.

Par Jean Maitron

SOURCES : RGASPI, 495 270 2607, dossier du Komintern transféré au PCUS et conservé au RGANI avec ouverture 70 ans après la mort. - H. Jourdain, Comprendre pour accomplir. Dialogue avec Claude Willard, Éditions sociales, 1982. — État civil d’Ennordres. — Biographie relue par l’intéressé.

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