LARRIBÈRE Camille. Pseudonymes : LARI et LARY

Par René Gallissot, Marc Giovaninetti, Claude Pennetier

Né le 3 janvier 1895 à Ferrières (Hautes-Pyrénées), mort le 24 décembre 1970 à Saint-Denis-du-Sig (Algérie) ; docteur en médecine ; militant communiste de la région parisienne et de l’Algérie ; membre du comité central du Parti communiste en 1929.

Fils de Pierre Larribère Piolat, Camille Larribère naquit dans les Hautes-Pyrénées puis, arriva avec sa famille à Sidi-Bel-Abbès en 1900 et grandit dans cette bourgade coloniale de l’Oranais. Il apprit à parler et à écrire l’arabe couramment. Ses trois frères et lui partageaient les idées socialistes teintées d’anarchisme de leur père. Tous furent gagnés par les thèses de l’union sacrée au début de la Première Guerre mondiale.

Mobilisé dans une unité de tirailleurs algériens, il fut blessé aux Dardanelles puis fut envoyé à l’école d’élèves aspirants de Joinville-le-Pont. Il combattit à Verdun dans le 4e zouave pendant les années 1916-1917. Son courage lui valut la Légion d’honneur (8 citations, 4 blessures) qu’il refusa par la suite de porter en signe de protestation pacifiste. Après l’Armistice, il entreprit des études de médecine à la faculté de Strasbourg. Sa démobilisation en septembre 1919 lui permit de retourner en Algérie, où tout en poursuivant ses études, il lut Marx, Engels, Lénine et travailla comme surveillant au lycée d’Alger. Il participa à la constitution d’un groupe d’étudiants socialistes révolutionnaires qui soutint l’idée de l’adhésion du Parti socialiste à la IIIe Internationale.

Militant communiste comme son père, il représenta la Fédération communiste d’Oran au IIe congrès du Parti communiste tenu à Paris du 15 au 19 octobre 1922, puis resta dans la capitale pour achever ses études de médecine et appartint à la 6e section de Paris. L’Union intercoloniale bénéficia de son soutien : « J’ai aidé Ho Chi Minh à expédier son journal Le Paria« écrivait-il dans ses souvenirs. Il travailla pour l’éphémère commission coloniale et fut présenté dans l’Humanité du 1er février 1924 comme le secrétaire de la commission coloniale élue le 29 janvier. Il assista à deux réunions du comité central en février 1924, avant d’y reprendre pied en septembre 1925 avec le titre de collaborateur.

Sa thèse soutenue en 1924, il partit faire un remplacement aux mines de fer de Djerissa en Tunisie. Larribère était de retour au moment des élections municipales de mai 1925 et avait le titre de collaborateur auprès du comité central. Le Parti communiste lui avait confié, sous la responsabilité de François Chasseigne, l’organisation du service d’ordre au moment de l’affaire de la rue Damrémont, fin avril, marquée par un affrontement violent (plusieurs morts) entre les Jeunesses patriotes et de jeunes communistes. Peu après, il fut emprisonné à Corbeil pour « provocation de militaires à la désobéissance ». Jacques Duclos signale dans ses mémoires leur collaboration commune au Militant rouge, revue théorique consacrée, de 1925 à 1927, aux pratiques insurrectionnelles. Sous le pseudonyme de Labairou, Larribère signait de nombreux articles sur la guerre du Rif et la situation en Chine. Domicilié rue Plumet dans le XVe arr., il était à cette époque un des huit membres du secrétariat de la Région communiste parisienne et le secrétaire à l’Agit. prop. Il se présente dans ses souvenirs comme l’organisateur du dispensaire municipal d’Athis-Mons en Seine-et-Oise (vraisemblablement à la demande de Robert-Henri Hazemann, conseiller municipal de cette commune), une information confirmée par un article signé Saint-Preux dans l’Humanité du 10 décembre 1927, qui relatait son interpellation suite à une perquisition dans la mairie de cette ville et chez lui, où avait été saisi du matériel antimilitariste. Il fit ainsi la connaissance du docteur Raphaël Zakine, directeur du dispensaire de Corbeil-Essonnes.

Son militantisme dans les Jeunesses communistes et sa collaboration à la commission coloniale l’avaient amené à coopérer avec Henri Barbé et Pierre Celor qui, devenus les principaux dirigeants du Parti communiste, assurèrent sa promotion. Il entra au Comité central lors du congrès de Saint-Denis (31 mars-7 avril 1929) — où il était intervenu sous le nom de Lary — et devint, le 21 avril, membre du comité de rédaction des Cahiers du Bolchevisme aux côtés de Pierre Semard, André Ferrat, Gaston Monmousseau et Maurice Thorez. Le CC le délégua à la XIe assemblée plénière du Comité exécutif de l’Internationale communiste, à Moscou, en mai-juin 1930 ; il y soutint les positions d’Henri Barbé. Le 13 mai 1930, Celor proposa de le coopter avec Gitton au BP en remplacement de Vassart, mais il ne semble pas que l’idée fut retenue, car quand il y siégeait occasionnellement au cours des mois suivants, c’était en qualité d’ « invité ». Ces relations d’évidente connivence conduisirent « Larry » à comparaître, en août 1931, devant la commission d’enquête chargée de sanctionner les membres du « groupe Barbé-Celor ». Il récusa par écrit toute participation au groupe (ce qui confirmait les dénonciations de Guyot au BP, qui avait déclaré qu’« il n’en faisait pas partie mais était lié au groupe »), à la suite de quoi, Maurice Thorez grondait à la réunion du CC à la Villette-aux-Aulnes que sa « déclaration », comme celle de quelques autres, « gagnerait à être complétée ». En décembre, dans son rapport au CC qui sanctionnait les huit membres ou ex du « Groupe », André Marty rangeait Larribère et deux autres militants parmi les « sympathisants de première catégorie », mais contrairement à ses deux congénères Sevet et Rolland, il ne subit aucune sanction. Cependant, il ne devait plus siéger par la suite au comité central. Aussi, fut-il conduit à comparaître, en juillet 1931, devant la commission d’enquête chargée de sanctionner les membres du « groupe Barbé-Celor ». Cette période fut la plus difficile de sa vie de militant. Il déclara dans ses souvenirs avoir « condamné le groupe » mais se reprocha d’avoir cédé au découragement en 1932 et de ne pas avoir aidé, comme Guyot, Billoux, Lozeray, à extirper les séquelles du Groupe. Après avoir été candidat aux élections législatives du 1er mai 1932 à Pontivy (Morbihan), il repartit, fin 1932, en Algérie, mais, témoigne-t-il : » Il fallut d’abord convaincre mon père, vieux militant qui s’était laissé prendre aux apparences trompeuses de Celor lors de son passage en Algérie, et ensuite couper les ponts avec ma femme devenue une ennemie. »

Présent à Moscou, André Marty le tenait en suspicion. Il écrivit une note rappelant l’affaire de la rue Damrémont (1925) et une condamnation antimilitariste de six ou huit mois, en 1927. Or, selon André Marty, Larribère ne serait resté que huit jours à la Santé et aurait été relâché sans faire les huit mois. Il proposait d’interroger Larribère sur le rôle qu’il avait joué dans l’affaire de la rue Damrémont et de lui demander des explications sur son arrestation : « suivant les résultats de cet interrogatoire, voir s’il est nécessaire de suivre Larribère » (22 septembre 1934, Arch. Komintern).

En Algérie, on l’appela longtemps « Larribère le sectaire » et on disait « sectaire comme Larribère ». Il fut tenu en marge de l’organisation communiste à laquelle il continua d’appartenir, plus comme cotisant que comme militant et, toujours selon son témoignage, résista aux sollicitations de Jacques Doriot et du Docteur Zakine en 1934-1935. Camille Larribère s’était installé comme médecin à Saint-Denis-du-Sig, bourgade de l’Oranais.

Révoqué de son grade de capitaine de réserve en 1932, il fut mobilisé en 1939 comme soldat de deuxième classe puis comme médecin auxiliaire dans les zouaves à Tébessa au sud de Constantine. Après le débarquement allié en Afrique du Nord, il s’engagea dans un corps franc d’Afrique et commanda une compagnie. En avril 1943, il fut blessé en Tunisie.

C’est après l’interdiction du Parti communiste en 1939 qu’il put jouer un rôle dans l’organisation clandestine. Il signale dans ses souvenirs les retrouvailles avec les députés du « Chemin de l’Honneur » « qui m’accueillirent à bras ouverts »... »J’avais retrouvé la confiance de mon Parti. » Son nom reste attaché à une importante mission. D’après plusieurs témoignages, celle-ci lui fut confiée par Giraud en personne en janvier 1944. Un radio ariégeois, Paul Delrieu, lui fut adjoint. Ils quittèrent Alger en sous-marin et débarquèrent à Barcelone. De là,en février 1944, ils furent convoyés dans les Pyrénées, à proximité de la frontière. Ils furent pris en charge pour une longue et périlleuse traversée dans la neige, en Cerdagne (Pyrénées-Orientales) puis dans le Donnezan (Ariège) et enfin, les Pyrénées audoises par Josep Mas i Tió puis par Antoine Cayrol, un militant cerdan (mais pas, également, par André Parent, comme l’écrit Jean Larrieu. Mais Parent supervisa l’opération), et enfin par le docteur Marrot de Quérigut (Ariège) et Lucien Maury (Aude). Le général Giraud accepta de le laisser prendre contact avec la direction du Parti communiste sur le territoire français. Parti le 23 janvier 1944, il rencontra Mauvais à Lyon, Beyer et Tillon à Paris et fut en relation épistolaire avec Duclos. Mais, à son retour le 22 avril 1944 à Alger, la situation avait basculé en faveur du général de Gaulle. Larribère ne fait pas allusion à cette mission dans ses souvenirs publiés par Les Cahiers de l’Institut Maurice Thorez et c’est par les Mémoires de [ Jacques Duclos qu’on apprend qu’il était porteur d’informations précises sur la situation militaire en France. Le général Giraud le reçut et lui conseilla de communiquer ses informations au général Béthouard qui n’y attacha pas un grand intérêt.

Larribère resta après le guerre un responsable actif du Parti communiste algérien. Membre de la première Assemblée nationale constituante, conseiller général d’Oran, il fut conseiller de la République de 1946 à 1948. Membre du Comité central du PCA, il collaborait à sa direction clandestine pendant la Guerre d’indépendance. Il resta en Algérie après l’indépendance, et mourut à Sig en 1970.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article116067, notice LARRIBÈRE Camille. Pseudonymes : LARI et LARY par René Gallissot, Marc Giovaninetti, Claude Pennetier , version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 27 juin 2014.

Par René Gallissot, Marc Giovaninetti, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13112, , 13143. — Arch. du Sénat. — Centre russe de conservation et d’étude des documents en histoire contemporaine RGASPI, 495 270 7830. — Archives du PCF, 3Mi6/47, 57, 65. — Réunions du Comité central du PCF 1921-1977. Etat des fonds et des instruments de recherche, Conseil général de Seine-Saint-Denis, Fondation Gabriel Péri. — Camille Larribère, « Octobre 17 vu d’Algérie et des tranchées de Verdun », n° 9, 1968 ; « Les premiers pas », idem, Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n°22, 1971 et rubrique nécrologique dans n° 21, 1971. — Cahiers du Bolchevisme, juin 1929, décembre 1930, février 1931, mars 1931, mai 1931, décembre 1931 et janvier 1932. — L’Humanité, 1er février 1924, 10 décembre 1927, 3 octobre 1931. — Le Rappel du Morbihan, 1932. — Jacques Duclos, Mémoires, t. 3, 1943-1945, p. 83-85. — R. Gaucher, op. cit. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, p. 241. — Lucien Maury, La Résistance audoise (1940-1944), tome I, Carcassonne, Comité d’Histoire de la Résistance du département de l’Aude, 1980, 451 p. [les pp. 395-418, avec de larges extraits du témoignage de Paul Delrieu]. — Interviews de G. Bensoussan et N. Zannettacci par J.-L. Planche (1976-1977). — Notes d’André Balent.

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