LIPSZYC Marco. Pseudonymes : FIGIEL Jean, LENOIR Marc

Par Pierre Broué

Né le 26 novembre 1912 à Lodz (Pologne), exécuté sommairement le 21 juillet 1944 à Seyssinet (Isère) ; étudiant, puis ouvrier électricien ; militant communiste.

Né à Lodz, où la langue allemande était très employée, d’un père fonctionnaire, Marco Lipszyc fit des études secondaires au lycée et milita, dès cette époque, dans la ZMR (Union des Jeunesses socialistes). Il adhéra vraisemblablement au Parti communiste tout en commençant des études de médecine qu’il alla poursuivre en Tchécoslovaquie, à Brno, afin d’échapper au numerus clausus imposé dans les universités polonaises. Il effectua de nombreux voyages en Pologne et en Allemagne. Vers 1933, il fut arrêté en Pologne et purgea une dure peine de prison : il en sortit déterminé à rejoindre la France où il tenta de reprendre ses études à la Faculté des Sciences, gagnant sa vie notamment comme cireur de parquets.

En février 1937, il réussit à détourner, avec la complicité du capitaine, vers Valence, port tenu par les républicains espagnols, un navire hollandais chargé d’armes destinées aux nationalistes. Il servit ensuite comme officier tankiste dans les Brigades internationales où il rencontra Antoine Polotti. Il revint en France lors du rapatriement des volontaires en 1938 et vint à Grenoble (Isère) pour soigner une affection pulmonaire. Il y fréquenta le milieu actif de réfugiés politiques autour de la coopérative étudiante " Notre Foyer ", rue Bayard, tenta de reprendre ses études et travailla chez un artisan radio-électricien, puis à l’usine Merlin-Gérin dans la section électricité-transformateur.

Le 2 août 1939, avant la déclaration de guerre, avec ses camarades étrangers de Grenoble, il s’engagea, fit ses classes au camp de Valbonne (Ain), fut nommé caporal et affecté, le 6 mars 1940, au 12e régiment d’infanterie de la Légion étrangère. Prenant part aux combats du Chemin des-Dames le 11 juin 1940, il fut décoré de la Croix de guerre avec deux citations. Démobilisé à Fuveau (Bouches-du-Rhône) le 24 août 1940, il revint à Grenoble, un arrêté d’expulsion pris contre lui étant annulé en considération de ses états de service militaire. Il retrouva son emploi à Merlin-Gérin et se maria avec la sœur du militant syndicaliste Jean Rolland.

De cette époque à mars 1942, il milita à Grenoble au sein de son entreprise et sur le plan de l’organisation puis de la direction des FTP. Il participa à de nombreuses opérations militaires, comme la destruction des transformateurs Merlin-Gérin destinés à l’armée allemande. Il s’imposa très vite comme l’un des organisateurs les plus efficaces de l’action clandestine dans la région dauphinoise. En mars 1942, en raison de son expérience et de sa connaissance de l’allemand et du polonais, il fut désigné pour se rendre en Pologne occupée et se rendit à Paris pour y suivre un stage intensif de préparation. Le projet fut abandonné et Marco Lipszyc revint à Grenoble où il occupa des responsabilités de plus en plus importantes au sein du Parti communiste, de la MOI et des FTP. Par discipline et pour des raisons de sécurité, il limitait ses interventions personnelles. Présent à la manifestation du 11 novembre 1943 devant le monument des Diables bleus, il devina à temps le piège tendu par les autorités d’occupation et réussit à y échapper.

En février 1944, il fut désigné comme responsable militaire des FTP, aux côtés d’Antoine Polotti (commandant Georges), qui en était le responsable politique. Il reconstitua le commandement décimé et assura la direction de neuf bataillons de FTPF. Dans la même période, responsable du " travail allemand ", il rédigea, corrigea les tracts signés " Comité Allemagne libre ", imprimés par René Gagnat à Fontaine (Isère), qui furent diffusés par milliers dans les rangs de la Wehrmacht.

En mai 1944, l’état-major FTP devant rejoindre le maquis, une ultime réunion se tenait à Fontaine quand la maison fut cernée par la Gestapo et la Feldgendarmerie, à la suite d’une dénonciation. Marco Lipszyc tenta de barrer la porte et fut blessé par trois balles, Polotti fut tué. Soigné à l’hôpital militaire de La Tronche (Isère), il fut transféré, à la suite de l’évasion de son camarade de chambre, dans les locaux de la Gestapo. Son sort était vraisemblablement déjà scellé : le 21 juillet, avec neuf autres détenus, il fut emmené à Seyssinet sur les pentes du Vercors, par un groupe armé comprenant des miliciens, et fusillé. Il laissait, en France, sa femme et ses deux filles. Toute sa famille, sauf une personne, avait déjà été anéantie en Pologne.

Selon un de ses proches, " par sa prudence, pour les autres, et par son souci de sécurité ", il avait évité l’arrestation de ses compagnons. Sa haute conscience et son rayonnement expliquent le respect dont sa mémoire est entourée.

Une rue de Fontaine et une rue d’Échirolles portent son nom qui est également gravé sur le monument commémoratif aux dix patriotes fusillés à Seyssinet-Pariset.



Voir : Seyssinet-Pariset

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article118655, notice LIPSZYC Marco. Pseudonymes : FIGIEL Jean, LENOIR Marc par Pierre Broué, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 29 octobre 2019.

Par Pierre Broué

Plaque à Antoine Polotti et Marco Lipszick à Fontaine (Isère)

SOURCES : Arch. Dép. Isère, 52 M 119, 85 M 5. — Témoignages de G. Kioulou et J. Rolland. — Le Travailleur alpin, 16 mai 1945. — Claude Collin, Marco Lipszyc, étranger et notre frère pourtant, collection "Parcours de Résistants" du Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère, 2015. — Film : Frederika Smetana, "Marco Lipszyc, mort pour la France". — Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 373784 et Caen, AVCC, AC 21 P 565035 (à consulter).

ICINOGRAPHIE : Film : Frederika Smetana, Marco Lipszyc, mort pour la France

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