MARASSÉ Louis [Lluís en catalan], Claude, Marie. Dit "Pedro". Écrit parfois MARRASÉ Louis ou "Lluís" en catalan

Par André Balent

Né le 14 juin 1918 à Ploubazlanec (Côtes-du-Nord), mort le 6 novembre 1992 à Sant Cugat del Vallès (province de Barcelone, Catalogne, Espagne) ; mécanicien à Barcelone ; militant des JSU (Jeunesses socialistes unifiées) puis du PSUC (Parti socialiste unifié de Catalogne, communiste) ; combattant de la 27 e division de l’Armée populaire de la République espagnole ; a intégré le corps des Carabiniers ; réfugié en France résistant à Paris, membre de l’OS (organisation spéciale) de la MOI (Main d’Œuvre immigrée) ; imprimeur clandestin ; interné à Eysses (Lot-et-Garonne) ; déporté à Dachau ; exilé au Mexique ; de retour en Catalogne.

Louis Marassé était le fils d’Amélie Merle, domiciliée à Paris (XIe arr.). Son père, Salvador Marassé, originaire de Catalogne, était venu en France pour des raisons inconnues. Il se maria en Bretagne et revint à Barcelone où il créa un garage de réparations d’automobiles. En 1936, Louis Marassé, mécanicien d’automobiles comme son père vivait à Barcelone.
Après les journées de juillet 1936 qui scellèrent l’échec du coup d’État militaire en Catalogne, Louis Marassé adhéra aux nouvelles JSU (Jeunesses socialistes unifiées) puis au PSUC, parti fondé les 21 et 22 juillet 1936 à Barcelone de la fusion de quatre organisations communistes et socialistes et qui devint la section catalane de l’Internationale communiste. En 1937, Louis Marrassé fut volontaire pour s’enrôler dans la 27e division de l’Armée populaire formée à partir de la milice catalane du PSUC et engagée au début du conflit sur le front d’Aragon. Blessé, Marassé intégra le corps des Carabiniers, qui depuis le début de la guerre civile dépendait de Juan Negrín, ministre des finances dans le gouvernement de Francisco Largo Caballero. Marassé devint le "courrier " personnel de Juan Negrín, président du Conseil des ministres de la République espagnole (17 mai 1937-5 mars 1939).

Marié le 19 avril 1941 avec Montserrat Vallès, née le 7 avril 1917 à Barcelone, militante du PSUC, ils eurent un fils.

Résistant domicilié dans le XIIIe arr. de Paris, il fit partie de la direction de la Résistance espagnole de la Zone Occupée, avec José Miret Musté, Manuel Berges dit Berger, Camins Salers, veuve Piecay, dite Helena, et Annette (non identifiée). Louis était plus précisément chargé de l’appareil technique (impression et diffusion de tracts). À ce titre, il était en relation avec tous les groupes clandestins espagnols de Paris et de l’Ouest de la France. Il fut notamment chargé, sous le nom de "Pedro", de l’impression et de la diffusion de tracts et de journaux, en catalan, espagnol et en allemand (le fameux TA = Travail Allemand). Avec le frère de Josep Miret, Conrad , il imprima aussi des tracts catalans et espagnols ainsi que des des organes de presse clandestins en catalan et espagnol. En catalan : six publications clandestines du PSUC (1939-1942) dont il ne reste que peu d’exemplaires : Butlletí d’informacions radiades, 1939 ; Sabotatge, 1941 ; Carnet del Partit, fin de 1941, début 1942 ; Combat, un seul numéro, novembre 1943, tiré peu avant son arrestation (un seul exemplaire connu aux archives du PCE à Madrid) ; Catalunya avec le sous-titre de Organ d’orientació política del PSUC, n° 21, 4 février 1942, seul exemplaire connu (Fabien Garrido) ; Treball, sous-titre Catalunya [organe central du PSUC], prend la suite du précédent, été 1942. Les textes de ces périodiques clandestins ronéotés étaient directement rédigés en catalan par Josep Miret. En espagnol, il édita : Reconquista de España [il s’agit de l’organe de l’UNE, (Unión nacional española)], avec le sous-titre Édición de la zona ocupada, un numéro connu, 1er avril 1942 ; Mundo obrero (organe du PCE), un numéro, daté également du 1er avril 1942. À la demande d’un des dirigeants de la MOI, (Louis (ou "Lajb") Grojnowski (écrit parfois "Gronowski") il imprima des tracts, pamphlets et manifestes polonais (en yiddish ou en polonais, ou dans les deux langues ?). Établi d’abord à Paris, il s’installa à Villejuif durant l’été 1942.

Il fut arrêté à Paris le 27 juin 1942 lors de la rafle opérée dans les groupes de résistants espagnols (132 militants furent arrêtés, d’près un rapport de la police de sûreté générale au cabinet du préfet de police de Paris, 15 mars 1943, cité par Phryné Pigenet op. cit., p. 102 ), la première dans le temps et en importance avant celle de novembre. La rafle de novembre 30 novembre concerna trente-quatre cadres du groupe dirigé par Josep Miret Musté (né le 13 septembre 1907 à Barcelone, ancien conseller (ministre) de la Generalitat de Catalogne). L’opération avait mobilisé cinquante inspecteurs de police et a permis de décapiter l’organisation communiste espagnole en zone nord (PCE et PSUC confondus).

La Section Spéciale de Paris le condamna le 11 décembre 1943 à cinq ans de prison et 1 200 F d’amende pour infractions aux lois du 26 septembre 1939 et du 31 décembre 1941.Venant de la Santé, il fut a été emprisonné à Eysses le 18 décembre 1943 (Matricule : 2.752, préau n° 3) — il fut l’un des 26 Catalans du Sud (en dehors des Pyrénées-Orientales) internés à Eysses, parmi lesquels deux furent fusillés — puis déporté à Dachau (Allemagne) où il arriva le 20 juin 1944 (matricule 73.777). Lors de l’enregistrement dans le camp, son nom semble avoir été mal orthographié : Morasse au lieu de Marassé. Après avoir été libéré le 29 avril 1945, il s’exila dix ans au Mexique. Il habita ensuite (1964) le XIIIe arr. de Paris. Il repartit pour le Mexique. Il revint ensuite en Catalogne où il mourut en 1992.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article120380, notice MARASSÉ Louis [Lluís en catalan], Claude, Marie. Dit "Pedro". Écrit parfois MARRASÉ Louis ou "Lluís" en catalan par André Balent, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 20 septembre 2018.

Par André Balent

SOURCES : Arch. AVER. — Phryné Pigenet, Catalans malgré tout. L’exil catalan en France au XXe siècle. Histoire et mémoire, Perpignan, Trabucaire, 2017, pp. 101-102 et note 103, p. 103. — Robert Surroca i Tallaferro, Premsa catalana de l’exili i de l’emigració 1861-1976, Barcelone, Generalitat de Catalunya, 2002. — Robert Surroca i Tallaferro, Premsa catalana clandestina a París sota l’ocupació alemanya, édition digitale du 1er février 2014, site llibertat.cat, consulté le 10 janvier 2018 (André Balent). — État civil. — Renseignements fournis par l’Amicale d’Eysses et Fabien Garrido.

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