MATHÉ Jean [MATHÉ Jean-Marie dit Jean]

Par Jean Maitron

Né le 19 novembre 1896 à Murat (Cantal), mort le 25 janvier 1973 à Quimper (Finistère) ; modeleur mécanicien, agent des PTT ; secrétaire de la Fédération postale CGT (1928) ; secrétaire général de l’Union départementale Force ouvrière du Finistère ; militant pacifiste et internationaliste.

Jean mathé était le fils d’un gendarme. Il se maria en septembre 1920 à Blois avec Fernande Latour.
Le 10 décembre 1927, le conseil syndical national CGT des agents des PTT ayant démissionné, un nouveau bureau fut élu à la tête duquel fut placé Mathé, militant orléanais, assisté de Madame Dussart et de Faucon (secrétaires adjoints), d’Allaire (archiviste et gérant de PTT), enfin de Gagelin, gérant de l’École syndicale. Le Xe congrès national du syndicat des agents des PTT, réuni du 20 au 23 mai 1928, adopta à l’unanimité le rapport moral présenté par Jean Mathé, par 240 mandats représentant 24 465 adhérents. A l’issue du congrès, le Bureau national fut composé de Jean Mathé, secrétaire général assisté de secrétaires généraux adjoints : Madame Dussart et Faucon, de Mademoiselle Corrival (secrétaire administrative), de Gastou (trésorier général), de Mademoiselle Decaux et de Perret (trésoriers généraux adjoints).

Jean Mathé demeura par la suite secrétaire général des agents des PTT, non sans avoir connu des problèmes dus à son action syndicale : il fut révoqué, puis réintégré et enfin déplacé. Il résidait, en 1934, à Angoulême (Charente). Démissionnaire de la commission administrative, il retrouva sa place de secrétaire général du syndicat national des agents des PTT et, à l’issue du congrès d’unité tenu à Paris les 12 et 13 décembre 1935, fut réélu secrétaire général assisté des secrétaires généraux adjoints Roger Théron et Madeleine Duployer et du secrétaire administratif, Armand Muratet.

En mars 1936, au congrès confédéral d’unité de Toulouse, Jean Mathé fut un des porte-parole de la majorité. Il termina son intervention principale par une profession de foi pacifiste. Une phrase lui fut souvent reprochée : « Plutôt la servitude que la guerre. » Si l’on se reporte au compte rendu du congrès, Jean Mathé déclara en fait : « Et je vous traduirai nos sentiments profonds d’une manière qui vous fera peut-être tressaillir et nous condamner, néanmoins je n’hésite pas : plutôt que la guerre, la servitude parce que, de la servitude, on en sort ; de la guerre, on n’en revient pas » (cf. p. 42). Cette formule fut souvent attribuée à tort à [ André Delmas qui présente au contraire, dans ses mémoires, Mathé comme « excessif dans sa position de pacifiste intégral » (p. 268). La préoccupation essentielle de Mathé resta la lutte pour la paix. Le 26 septembre 1938, quatre jours avant les accords de Munich, une délégation du syndicat national des agents des PTT alla demander au SNI si une action commune en faveur de la paix était possible : ce fut l’appel « Nous ne voulons pas la guerre ! » qui en quelques jours recueillit 150 000 signatures. Au XXVe congrès national de la CGT (Nantes, novembre 1938), Mathé, s’adressant aux communistes, déclara : « Lorsque vous condamnez les accords de Munich, nous nous étonnons, car ils sont une victoire des peuples qui ne voulaient pas la guerre » (cf. compte rendu analytique).

En 1937, Mathé avait appartenu à la commission rogatoire qui, siégeant du 11 au 22 mai, procéda durant onze séances à l’audition de témoins sur l’activité de Trotsky en France lors de son passage de 1933 à 1935. Outre Mathé, la commission était composée de Maurice Delepine, l’avocat socialiste, de G. E. Modigliani, membre du comité éxécutif de l’Internationale socialiste, de Madame César Chabrun, présidente du comité d’aide aux prisonniers politiques, de l’écrivain catholique Jacques Madaule et du directeur du Crapouillot, Jean Galtier-Boissière.

Début 1943, se constitua à Paris une Fédération postale clandestine, sous la présidence de Louis Saillant avec Aimé Cougnenc secrétaire général, Mathé et Edmond Fronty, secrétaires , dont l’existence fut dénoncée par les communistes. Deux Fédérations postales concurrentes existèrent donc pendant l’Occupation et s’affrontèrent à la Libération.

Fin 1944, Jean Mathé, alors inspecteur principal des services techniques à Paris extra-muros, fut arrêté par les milices patriotiques (ainsi que Cougnenc et Fronty) et détenu durant quelque temps. Il était surtout attaqué pour sa fameuse formule de mars 1936. Au comité fédéral national des 6-10 février 1945, Charles Moreau qui avait appartenu au réseau Libé-Nord, témoigna de l’activité résistante de Mathé (mais nous n’avons aucune précision). Élu représentant de la Fédération postale au conseil supérieur des PTT, Mathé refusa cette fonction et laissa Camille Mourguès jouer le chef de file du courant hostile à l’influence grandissante des militants communistes. Mathé intervint cependant à l’assemblée des 10 et 11 juillet 1947 qui transforma le Comité d’action syndicaliste issu de la grève de juillet-août 1946 en Fédération syndicaliste des PTT, préfiguration de la Fédération Force ouvrière. Il siégea au bureau provisoire comme responsable du journal et des cours professionnels.

Il fut élu en septembre 1962, juste après son départ à la retraite professionnelle, secrétaire administratif de l’Union départementale FO du Finistère et secrétaire général adjoint, puis il en devint son secrétaire général au milieu des années 1960, succédant à Joseph Lejeune. Il assuma cette fonction au-delà de 1969.

Au congrès constitutif de la Confédération générale du travail Force ouvrière les 12-13 avril 1948, il représenta plusieurs sections fédérales et vota contre le titre de la nouvelle organisation et contre l’adhésion à la Fédération syndicale mondiale. Il devint secrétaire général pour le Finistère.

En mai 1948, il assista, avec d’autres syndicalistes français, notamment avec Roger Lapeyre, Raymond Le Bourre, René Lhuillier, Camille Mourgues, au congrès de l’Europe à La Haye (Pays-Bas) qui donna naissance à la création du Mouvement européen international.

Marié en 1920 à Blois (Loir-et-Cher), Jean Mathé termina sa carrière professionnelle comme directeur départemental des PTT puis comme directeur régional à Nantes (Loire-Atlantique) jusqu’à sa retraite en 1962.

Décédé le 25 janvier 1973 à Quimper, il y fut enterré, dans la plus stricte intimité, selon sa volonté.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article120993, notice MATHÉ Jean [MATHÉ Jean-Marie dit Jean] par Jean Maitron, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 6 mars 2012.

Par Jean Maitron

SOURCES : Arch. de la mairie de Quimper (Finistère). — Arch. Nat. F7/13802, 13809. — Arch. PPo. 307. — Arch. de la confédération FO (Centre de documentation Gabriel Ventejol, Agendas annuels). — Comptes rendus des congrès confédéraux de 1948 et de 1963. — PTT, août-septembre 1928. — L’Action syndicale et professionnelle des PTT, 26 mai 1928. — Le Peuple, 11 décembre 1927. — La Fédération postale, septembre 1945. — Le Postier syndicaliste, 1947. — Le Travailleur parisien, octobre-décembre 1933, avril-juin 1934. — G. Roche, « Défense et contre-enquête en France », Cahiers Léon Trotsky, n° 3 sur « Les procès de Moscou dans le monde », juillet-septembre 1979. — FO hebdo, 8 mars 1968, 30 avril 1969, 7 février 1973. — PTT syndicaliste, février 1973. — G. Lefranc, Les expériences syndicales, op. cit. — A. Bergounioux, Force ouvrière, collection P., Seuil, 1975. — A. Delmas, Mémoires d’un instituteur syndicaliste, Albatros, 1979. — Renseignements communiqués par Pierre Andrieux. — État civil.

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