MAURELLET Augustin [MAURELLET Gabriel, Augustin]

Par Jacques Girault, Gilles Morin

Né le 21 décembre 1888 à Ecuras (Charente), mort le 23 février 1969 à Royan (Charente-Maritime) ; instituteur en Charente ; militant syndicaliste ; militant socialiste ; membre du Comité départemental de Libération ; secrétaire de la fédération SFIO (1944-1945), maire de Ruelle-sur-Touvre (1944-1946) ; député de la Charente (1945-1956).

Fils d’un sabotier qui était aussi cultivateur, Augustin Maurellet entra à l’École normale d’instituteurs de Loches (Indre-et-Loire). Titulaire du brevet supérieur en 1908, instituteur à Villebois-Lavalette (Charente), il fut collaborateur littéraire de Limoges illustré de 1909 à 1913. Il se maria en septembre 1912 à Blanzaguet (Charente) avec une institutrice, fille d’instituteurs. Le couple eut deux enfants.

Mobilisé en août 1914, Augustin Maurellet fut blessé à deux reprises avant d’être démobilisé en 1919. Après la guerre, instituteur puis directeur d’école à Ruelle, membre du syndicat depuis 1913, président de l’association locale des anciens combattants et vice-président de l’association cantonale de Villebois-Lavalette, il adhéra au Parti socialiste SFIO en 1920. Il fut délégué à la Conférence internationale pour le désarmement à Paris (26-27 novembre 1931) et participa au congrès du Rassemblement universel de la Paix, les 3-6 septembre 1936 à Bruxelles.

Secrétaire de la section départementale du Syndicat national (CGT) en 1934, après l’unification syndicale de 1935-1936, il fut secrétaire de la section du Syndicat national des instituteurs, puis à partir de 1937-1938 membre du conseil syndical de la section. Il redevint secrétaire de la section en 1939-1940. Membre de l’Union départementale des syndicats confédérés de la Charente, il collaborait à L’Action syndicale de la Charente de 1930 à 1941.

Membre de la Ligue des droits de l’Homme, président de la section locale, Maurellet, en 1935, s’affilia à la loge « Vérité et Fraternité » d’Angoulême, fondée après une scission de la loge « Concorde et Tolérance », affiliée au Grand Orient de France. Il avait atteint le grade de 18e.

Maurellet fut l’un des quatorze militants qui contribuèrent à reconstruire la fédération SFIO après la scission néo-socialiste. Il fut élu conseiller municipal de Ruelle en 1935. À la suite du passage du député René Gounin au Sénat, il fut candidat socialiste SFIO à l’élection législative partielle dans le circonscription d’Angoulême en avril 1939. Arrivé en quatrième position avec 3 336 voix sur 20 204 suffrages exprimés, il se désista pour le candidat communiste qui fut battu au deuxième tour par Marcel Déat*. Il fut candidat aux élections cantonales dans le canton de Villebois-Lavalette. Au congrès de la Fédération socialiste SFIO d’octobre 1936, il se prononça contre l’intervention pour aider l’Espagne républicaine mais proposa que le gouvernement utilise tous les moyens pour empêcher les pays fascistes d’aider Franco.

Mobilisé au début de la guerre, Maurellet fut déplacé d’office par le gouvernement de Vichy après la défaite. Il fut le fondateur d’un groupe de Résistance dans le département qui se rattacha au réseau « Confrérie Notre-Dame » (CND-Castille), puis à l’Organisation civile et militaire où il fut chargé des parachutages et d’aider les réfractaires au Service de travail obligatoire. Il vécut quatorze mois dans la clandestinité avec sa femme, sans traitement.

Délégué départemental à la propagande puis secrétaire fédéral-adjoint du Mouvement de libération nationale, membre du comité départemental de Libération, et président du comité de libération local, il fut désigné comme maire de Ruelle-sur-Touvre en 1944 et le resta jusqu’en 1947. 



Le secrétaire de la fédération SFIO de 1939, Roger Lefort et la majeure partie des membres du bureau ayant accepté de soutenir la politique de Vichy furent exclus de la SFIO pour « paulfaurisme » et Maurellet entreprit une nouvelle fois de reconstruire la fédération. Secrétaire de la fédération de 1944 à 1946, Augustin Maurellet fut délégué par sa fédération pour participer au congrès de reconstitution des fédérations socialistes en novembre 1944 à Paris. Il siégea à la commission de vérification des mandats du congrès national d’août 1945 et participa encore à la conférence des secrétaires fédéraux des 27-28 octobre 1945. Il reçut la médaille de la Résistance.

Maurellet fut candidat aux élections cantonales de 1945 à Angoulême. Devancé par le communiste Grandjean au premier tour (5 016 voix contre 7 562), il se retira au second. Aux élections à la première Assemblée constituante, avec l’appui de La Charente libre, à laquelle il collaborait régulièrement pour des articles politiques, en dépit de deux listes socialisantes (Chabanne qui fut élu UDSR et Mademoiselle Mir), aux élections à la première Assemblée constituante, en tête de la liste socialiste SFIO, il fut élu député le 21 octobre 1945. La liste socialiste SFIO, qui avait refusé l’alliance avec l’UDSR, gagna un siège, avec 28 667 voix sur 153 277 exprimés. Le 2 juin 1946, à la seconde Assemblée constituante, il fut, dans un contexte de repli général du parti, l’un des rares élus SFIO à voir ses suffrages augmenter (avec 31 980 voix sur 156 873 exprimés). Le PCF devint le premier parti du département, avec deux députés et le MRP fit élire un de ses membres. Maurellet, membre de la commission de la Défense nationale, fut désigné comme juré à la Haute Cour de Justice.

Réélu à l’Assemblée nationale, le 10 novembre 1946, en dépit de la concurrence désormais faite par le radical Félix Gaillard, il conserva encore son influence électorale située entre les résultats des deux scrutins précédents (29 645 voix sur 150 082 exprimés). Membre des commissions de la Défense nationale puis de la famille, de la population et de la santé publique, il resta juré à la Haute Cour de Justice. Il vota contre la loi sur les apparentements, mais dut par la suite en conclure un avec le MRP, le RGR et les Indépendants-paysans. Il eut du mal à justifier cette contradiction. Dans sa profession de foi, il expliquait : « Dans cet apparentement, contre la dictature, nous conservons notre liberté et continuons à défendre le programme bien connu du parti SFIO » et citait immédiatement la « Défense de l’École laïque ».

Aux élections législatives du 17 juin 1951, la liste socialiste SFIO, qu’il conduisait, connut cette fois un net repli, avec 18 768 voix sur 153 130 votants ; il perdit plus de 10 000 suffrages et garda 12,6 % des voix seulement. L’apparentement, difficilement accepté par les électeurs, lui permit toutefois d’être élu de justesse. Secrétaire puis vice-président, à partir de juin 1955, de la commission de la Défense nationale, il prit part aux débats sur les questions du budget militaire, défendant notamment les travailleurs des arsenaux en raison de la présence d’un établissement militaire dans sa commune. Il défendit aussi ouvertement les intérêts des producteurs de Cognac.

Bien qu’indiscipliné sur le vote sur la Communauté européenne de défense, le 19 février 1952, il respecta ensuite la discipline du parti et vota contre l’amendement Aumeran qui entraîna le rejet du texte le 30 août 1954. De nouveau discipliné, le 30 décembre 1954, en votant les Accords de Paris, il fut dénoncé sur des affiches par le Parti communiste français où l’on pouvait lire : « Les Français patriotes retiendront les noms des députés qui ont voté pour la renaissance de la Wehrmacht de la revanche ».

À soixante-huit ans, Maurellet ne se représenta pas en janvier 1956. Il figurait toujours parmi les délégués cantonaux de l’Éducation nationale en 1962.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article121207, notice MAURELLET Augustin [MAURELLET Gabriel, Augustin] par Jacques Girault, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 29 avril 2013.

Par Jacques Girault, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat. F7 15501, n° 4338, F/1cII/115, F/1a/4020, F/1cIII/1340. — Archives de l’OURS (dossier autobiographique). – Site Internet de l’Assemblée nationale. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Presse syndicale. – Le Cri charentais, 1935-1936. — Le Monde, 26 février 1969. — DBMOF, notice non signée. – Note de Jean Battut.

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