Né le 2 août 1893 à Champagnac (Charente-Inférieure), mort en Allemagne où il avait été déporté ; professeur agrégé ; syndicaliste ; militant pacifiste de tendance libertaire ; écrivain.

Issu d’une famille d’instituteurs, Régis Messac suivit ses parents à Léoville, Castellane et Versailles puis poursuivit des études supérieures de lettres au lycée Condorcet à Paris. Mobilisé en 1914, il fut grièvement blessé l’année même et dut être trépané. Il devint licencié pendant sa convalescence. Versé dans le service auxiliaire à Dunkerque et au Tréport, il commença à apprendre l’anglais. Démobilisé en 1920, il entra au collège Sainte-Barbe à Paris, comme secrétaire du directeur, suivit les cours de la faculté des lettres, se maria, écrivit et publia un premier recueil, Poèmes guerriers.
En 1922, il fut reçu à l’agrégation de grammaire. Professeur à Auch (Gers), puis lecteur de français à l’université de Glasgow et, à partir de 1924, à celle de Montréal, il revint en France en 1929, enseigna au lycée de Montpellier et passa le doctorat ès lettres. Sa thèse, « Le Détective-Novel et l’influence de la pensée scientifique " constitua, a écrit J.-J. Bridenne, une « espèce de révolution dans le Landerneau universitaire du fait même de son sujet ». Dans cet ouvrage, Messac n’apparaissait pas comme un critique spécialisé dans la littérature policière, ce que certains par erreur, voulaient voir en lui, et, suivant la remarque de J.-J. Bridenne, Messac « intégrait cette littérature dans de plus larges et synthétiques perspectives ». La thèse complémentaire de Messac avait pour titre : Influences françaises dans l’œuvre d’Edgar Poe, étude sur les origines du roman scientifique. L’objectif de Messac était d’attirer l’attention sur les dangers que faisait courir à la vérité des faits et au réel une pseudo-littérature « d’imaginations débridées, tout ce que connaîtra de la science la masse des humains ». Il le poursuivit en publiant, en 1936, son essai Micromégas. Il ne se borna pas à la critique, et publia deux romans d’anticipation : Quinzinzinzili, en 1935, et La Cité des asphyxiés, en 1935, et inspira la « collection des Hypermondes » aux Éditions de la Fenêtre ouverte.
Régis Messac demeura sept années à Montpellier où il a laissé le souvenir d’un libertaire farceur et sarcastique se moquant de toutes les conventions et de toutes les idées reçues. Ce professeur de latin qui était trapu, myope, aux cheveux noirs frisés et en bataille publia un pamphlet explosif intitulé A bas le latin ! Inscrit au tableau d’aptitude à l’enseignement supérieur, il ne fut jamais nommé professeur de faculté, et il demanda son changement pour le plus petit lycée de France, celui de Coutances. C’est que Messac, homme de caractère, était aussi un mal-pensant. Outre qu’il attaquait ouvertement la pédagogie officielle, il était un syndicaliste qui n’avait pas peur de prendre ses responsabilités. Secrétaire adjoint de la Fédération générale de l’Enseignement en 1933, il en devint secrétaire au congrès d’Angers en août 1936. De tendance « École émancipée », il collaborait à des périodiques tels que les Primaires, les Humbles, la Révolution prolétarienne et à Nouvel âge de Georges Valois, devenu quotidien après 1936. Il était, de plus, un pacifiste entêté et non-violent.
Marié en 1920 à Paris, père de trois enfants, il ne fut pas mobilisé en 1939. L’armistice et les événements qui suivirent lui donnèrent l’idée de composer un pamphlet Pot pourri fantôme, suivi en 1940, de Smith Conendrum envoyé au pilon par les Allemands. Messac entra dans la Résistance pour organiser la fuite et le ravitaillement des jeunes gens qui voulaient échapper au Service du travail obligatoire (STO). Arrêté le 10 mai 1943, il fut déporté, à la fin de l’année, au camp de Natzwiller, puis à celui de Gross-Rosen, enfin à celui de Dora où, à partir de mars 1945, on perdit sa trace. Mort, on lui octroya des distinctions auxquelles il n’aurait jamais prétendu : la Croix de guerre, la Légion d’honneur et les galons de sous-lieutenant, à titre posthume. Nul doute qu’une telle dérision l’eût fait rire, car Régis Messac, s’il se révélait parfois pessimiste, savait être également un humoriste.

ŒUVRE : La bibliographie de Régis Messac comprend plus de trente ouvrages et de nombreux inédits. Parmi eux : Poèmes guerriers (sans date). — Le "Détective-Novel" et l’influence de la pensée scientifique, Éd. Champion, Paris, 1929. — Influences françaises dans l’œuvre d’Edgar Poe. Étude sur les origines du roman scientifique, Éd. Picard, Paris, 1929. — A bas le latin ! Pamphlet, Éd. de la Fenêtre ouverte, Paris, 1933. — Quinzinzinzili, roman, Éd. de la Fenêtre ouverte, 1935. — Micromégas, essai, Imp. La Laborieuse, Nîmes, 1936. — La Cité des asphyxiés, roman, Éd. de la Fenêtre ouverte, 1937. — La Révolution culturelle, n° spécial de Nouvel âge, 23 avril 1938. — Brève histoire des hommes, n° spécial de Nouvel âge, 31 décembre 1938/6 janvier 1939. — Smith Conendrum, le roman d’une université américaine, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1940.

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, 9 M 378. — Le Travail, 1932-1934. — Bernard, Bouet, Dommanget, Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, op. cit. — Notes de Jean Sagnes. — J.-J. Bridenne, Hommage à Régis Messac, Fiction, n° 48, 1948. — « Dossier Régis Messac » : notice publiée par Édition spéciale, Publications premières (J.-C. Lattès, Paris) à l’occasion de la réédition de Quinzinzinzili, de Valcrétin et de La Cité des asphyxiés. — Correspondance de Régis Messac. — René Bianco, Un siècle de presse anarchiste d’expression française, Thèse d’Etat, Aix-en-Provence, 1988. — La Société des amis de Régis Messac publie une revue Quinzinzinzili l’univers messacquien ; le numéro 21, du prIntemps 2013, indiqué 6e année. — Natacha Vas-Deyres, Olivier Messac, Régis Messac, l’écrivain journaliste à re-connaître, Éditions ex nihilo, Université de Bordeaux.

Jean Prugnot

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