MISTRAL Roger

Par Jacques Girault

Né le 3 mars 1909 à Alger, mort le 5 mai 1980 à Toulon (Var) ; ouvrier à l’Arsenal maritime de Toulon ; militant socialiste SFIO, membre du comité directeur du Parti socialiste SFIO (1944-1947) ; conseiller d’arrondissement (1937-1939), puis conseiller général (1939) du canton de Solliès-Pont ; maire de La Farlède (1938-1941, 1945-1977).

Fils d’un sous-officier d’un régiment de zouaves, Roger Mistral reçut les premiers sacrements catholiques. Après avoir vécu au Maroc au début de la Première Guerre mondiale, son père fut envoyé sur le front et sa famille vint habiter La Farlède. Il y obtint le certificat d’études primaires tandis que sa mère travaillait comme lingère chez un commerçant. Son père mourut en 1924 et Roger Mistral commença un apprentissage de boucher, puis de nickeleur dans un garage de Toulon. Il travailla par la suite comme poseur de rails, frappeur forgeron, serrurier avant de d’entrer le 3 avril 1928 à l’Arsenal maritime de Toulon comme ouvrier auxiliaire serrurier à l’atelier des constructions neuves (direction des constructions navales). Il suivit sans succès les cours de préparation à l’école de maistrance et effectua son service militaire (avril 1930-aveil 1931) dans la Marine nationale (défense antiaérienne au Cap Brun). Réadmis à l’Arsenal, affecté à l’atelier des machines, il devint ouvrier aux écritures à l’atelier de la peinture en janvier 1935.

Syndiqué à la CGT dès 1928, Roger Mistral, alors sympathisant socialiste, devint en 1932 secrétaire adjoint du syndicat de l’Arsenal, responsabilité qu’il conserva jusqu’à la fin de 1935. Deux ans plus tard, il fut désigné à la commission exécutive de l’Union départementale. A la fin de 1930, il adhéra aux Jeunesses socialistes SFIO et au Parti socialiste SFIO à La Farlède. En octobre 1931, alors secrétaire du groupe local des Jeunesses socialistes SFIO, il épousa uniquement civilement la fille du deuxième adjoint au maire socialiste, Gensollen. Le Progrès social du Sud-Est, hebdomadaire socialiste SFIO, annonça ce mariage. Dès lors, il habita alternativement à La Farlède et boulevard Sainte-Catherine à Toulon

Abonné à La Bataille socialiste, Roger Mistral représenta la section de La Farlède aux congrès fédéraux en 1933 et au congrès de reconstitution de la Fédération socialiste SFIO, tenu le 3 décembre 1933, où il fut désigné comme membre du comité fédéral dont il fut membre jusqu’à la guerre. Dans le même temps, il devint secrétaire fédéral des Jeunesses socialistes SFIO, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1937. Il fut en outre élu au comité national mixte en 1934 au congrès de Nîmes et y demeura jusqu’à la guerre.

Roger Mistral mena, au milieu des années 1930, une double activité militante, syndicale et politique. Il participa à toutes les initiatives syndicales à l’Arsenal en 1934-1935, parfois dans des positions essentielles (bureaux de réunions, président du meeting commun CGT-CGTU du 31 janvier 1935 par exemple). Délégué aux congrès locaux ou départementaux, il tira les leçons des événements d’août 1935 à Toulon, dans un article du Populaire du Var (« Opportunité d’action et discipline des masses », 17 août 1935). Réélu au conseil d’administration du syndicat des travailleurs réunis de l’Arsenal et à la commission exécutive de l’Union départementale, il choisit d’accorder la première place à son activité politique après la réunification syndicale réalisée à la fin de 1935. Ses interventions dans les réunions d’ouvriers de l’Arsenal maritime se firent rares mais toujours dans le cadre des organisations socialistes. En tant que responsable de l’Amicale socialiste de l’Arsenal, il fit un discours, le 1er février 1938 lors des obsèques d’un jeune ouvrier, Martin, épisode tragique dans la lutte entre les communistes et les socialistes de l’établissement. Dans le même état d’esprit, lors d’une réunion du syndicat, le 2 mars 1938, il demanda la démission collective du conseil d’administration du syndicat, dominé par les communistes.

Roger Mistral prit part à l’effort de propagande socialiste SFIO pour la reconstitution d’un mouvement fortement affecté par la scission de 1933. Cette poussée se marqua notamment par la signature d’un pacte d’unité d’action fédérale entre les organisations de Jeunesses communistes et de Jeunesses socialistes SFIO, le 24 avril 1935, dont il fut l’un des artisans. Dès lors, on le vit tenir de fréquentes réunions avec des militants communistes. Membre de la commission exécutive de la Fédération sportive et gymnique du travail, il fut nommé par le conseil général, le 25 novembre 1936, au comité départemental des sports et loisirs.

Roger Mistral se présenta aux élections pour le siège de conseiller général dans le canton de Solliès-Pont, et obtint, le 7 octobre 1934, 251 voix sur 1 706 inscrits. Candidat le 10 octobre 1937 au conseil d’arrondissement dans le même canton, il réunit 426 voix sur 1642 inscrits. Arrivé en deuxième position derrière le candidat du Parti populaire français, il l’emporta le dimanche suivant avec 718 voix. Après la démission du conseiller général Gerfroit*, candidat à sa succession, il l’emporta le 15 janvier 1939, avec 691 voix sur 1 722 inscrits (411 voix au 1er tour).

Au conseil général, Roger Mistral participa à la troisième commission (agriculture, instruction publique,vœux), aux commissions des transports, des bourses scolaires, de classification des contributions foncières des propriétés non bâties, de la chasse, des HBM. Il représenta l’assemblée départementale au comité de surveillance de l’école pratique d’horticulture d’Hyères et à la commission interdépartementale des eaux de Fontaine-l’Évêque). Il fut suspendu du conseil général à la fin de 1940.

Pour les élections municipales de La Farlède, Roger Mistral, en mai 1935, conduisit la liste incomplète de socialistes "liste républicaine et socialiste SFIO et d’intérêt local" contre celle soutenue par le Parti socialiste de France. Le 5 mai, il obtint 94 voix sur 354 inscrits. Après la démission du conseil, il figura pour les élections municipales complémentaires sur la liste de Front populaire, associant socialistes SFIO et communistes. Le 3 avril 1938, seul élu avec 139 voix sur 349 inscrits, il fut rejoint pas ses colistiers qui l’emportèrent au deuxième tour. Il devint maire.

Membre depuis longtemps de la Ligue des droits de l’Homme, libre penseur, ami du député socialiste SFIO Michel Zunino initié à la Franc-maçonnerie en 1938 (loge « La Réunion », Grand Orient de France), apprenti encore à la déclaration de la guerre, Roger Mistral ne fut définitivement admis qu’après la Deuxième Guerre mondiale.

Roger Mistral, au congrès de la fédération socialiste SFIO du 22 mai 1938, approuva les sanctions de la fédération de la Seine contre Marceau-Pivert et fut délégué au congrès socialiste national de Royan (4-8 juin 1938). Alors qu’il s’était toujours montré favorable aux positions exprimées par Jacques Toesca, il cessa de suivre ses analyses après les accords de Munich. Le 30 novembre 1938, après la grève des bras croisés à l’Arsenal, il subit un jour de mise à pied et une réduction de salaire horaire de 0,10 F. pendant six semaines. Le 1er janvier 1939, sanctionné, il perdit son emploi d’ouvrier aux écritures pour être réaffecté dans son ancien atelier des machines. Il refusa en décembre 1939 d’adhérer au syndicat des ouvriers de l’Arsenal réorganisé par les amis de René Belin après la mise à l’écart des dirigeants communistes. La police le décrivit alors sur la "réserve", gagné par la "résignation".

Roger Mistral, affecté spécial à bord du Rhin, le 12 septembre 1939, comme quartier-maître, reprit son service dans son atelier le 18 janvier 1940, restant encore sous contrôle militaire.

Selon un rapport préfectoral du 14 juin 1941, la municipalité de La Farlède, « sans être en opposition ouverte contre l’œuvre de redressement entreprise par le gouvernement, semblait ne prendre aucune initiative propre à la favoriser ». Le 14 juillet 1941, Roger Mistral ne prit pas la tête du cortège officiel. Le 14 septembre 1941, il ne vint pas à la remise du fanion à la Légion des combattants par le général Laure. Le conseil municipal fut dissous le 29 novembre 1941.

Dès le fin de 1940, Roger Mistral commença à élaborer des tracts qu’il fabriqua dans le secrétariat du chef de l’atelier de peinture et qu’il diffusa dans l’entreprise et dans les communes voisines. En relations avec quelques socialistes toulonnais, dont Joseph Risterucci et Albert Lamarque il prit contact avec le réseau de résistance "Interallié", puis avec "Franc-Tireur" dont il devint rapidement le responsable dans la région hyéroise. Avec son groupe, il organisa la distribution de matériel de propagande des mouvements "Libération" et "Franc-Tireur". Le 8 août 1942, arrêté, inculpé de détention et distribution de tracts gaullistes, il resta à la prison maritime de Toulon jusqu’à sa mise en liberté provisoire, le 20 novembre (selon son témoignage) ou le 17 décembre selon (d’autres sources). En résidence surveillée à La Farlède, à la veille de son passage devant le conseil de guerre avec un autre inculpé Yves Le Goff, il fut convoyé jusqu’à la frontière espagnole. Condamné par contumace à deux ans de prison et à 10 000 francs d’amende, arrêté, il passa plus de huit mois dans la prison de Gerone. Grâce à l’intervention des autorités britannique, déclaré comme Canadien, libéré le 17 juillet 1943, arrivé à Gilbraltar, il s’engagea dans les Forces françaises libres.

Au lieu de gagner Londres, Mistral, à la demande d’André Le Troquer, devenu commissaire à la guerre, le suppléa à l’Assemblée consultative siégeant à Alger où il arriva au début novembre 1943. Il participa au congrès interfédéral des fédérations algériennes socialistes SFIO les 15-17 janvier 1944 à Alger. Envoyé en mission dans divers territoires d’outre-mer, il fut nommé chef des services de l’information rattaché à la Première armée française, chargé de l’épuration des milieux de l’information dans l’ancienne France libre. Ayant participé au débarquement de Provence, en août 1944, il dirigea la mission d’information dans le Sud-Est avec le grade de commandant.

Administrativement licencié de l’Arsenal maritime, le 1er mars 1943, pour "manifestations antinationales et antigouvernementales", Roger Mistral fut réadmis le 2 mars 1945 et affecté à l’atelier central. Naturellement, il ne reprit pas son emploi, en congé sans salaire du 29 août 1945 au 13 mai 1950, date de sa mutation au Laboratoire central des constructions et armes navales à Paris.

Démobilisé, Roger Mistral retrouva son poste de maire de La Farlède à compter du 18 novembre 1944. Dès lors, après son élection en avril 1945, à la tête de la liste « socialiste SFIO et d’intérêt local », il fut régulièrement reconduit dans ses fonctions en 1947, 1953, 1959, 1965 et 1971. A la fin de ce mandat, il décida de ne pas se représenter et devint maire honoraire. Son ancien adjoint, classé à droite, lui succéda.

Le comité fédéral socialiste S.F.I.O., le 4 décembre 1944, décida son maintien dans les rangs du Parti, au comité fédéral et confirma qu’il pouvait reprendre ses fonctions de conseiller général. Délégué au conseil national du Parti socialiste SFIO et aux instances nationales des Jeunesses socialistes SFIO, membre du Comité directeur du Parti depuis le 13 novembre 1944, Roger Mistral fut confirmé par le congrès national (11-15 août 1945), chargé de la commission de la jeunesse et secrétaire de la commission des sports, avant de devenir délégué adulte au comité national des Jeunesses socialistes, sur nomination du Comité directeur, le 26 septembre.

Cette fonction permanente à la direction du parti l’éloigna du Var et l’empêcha de participer à la campagne électorale dans le canton de Solliès-Pont pour le conseil général. Il refusa d’organiser une réunion publique pour riposter, comme l’avait suggéré la fédération socialiste,. En effet un dirigeant de la résistance varoise, Roger Mentha, alors responsable de la diffusion de FrancTireur, l’avait accusé d’avoir permis son arrestation en août 1942. Il s’ensuivit un trouble dans l’électorat dont profita le communiste Georges Durando qui l’emporta. Roger Mistral fut alors suspendu pendant cinq ans de ses responsabilités dans le parti par décision de la commission fédérale des conflits au début de 1946. Le rapport pour le congrès national de 1946 évoqua indirectement cette cessation d’activités :"L’effort particulier fourni au cours de l’année écoulée par Roger Mistral lequel a payé d’une déficience physique grave son dévouement au mouvement" (p. 87). Il ne retrouva pas le Comité directeur en août 1947. Toutefois, il resta délégué adulte au Comité national des Jeunesses socialistes SFIO. Dans le rapport au congrès national de juillet 1948, à propos de "l’aide précieuse qu’ont apportée au Bureau national certains camarades adultes", l’action de Mistral fut soulignée, les jeunes ayant "unanimement manifesté le désir de le voir continuer son activité au BN" (p. 43).

En juillet 1949, le Comité directeur le désigna au Comité national comme responsable des sports et loisirs, spécialement chargé "de tout un programme de manifestations intéressant la presse, le cinéma et la radio". Cette responsabilité fut reconduite en 1951 et en 1953. A partir de 1951, Roger Mistral participa à la mise en place de la Fédération Léo-Lagrange et en resta le vice-président national jusqu’à son décès. Il partageait son activité entre Paris où il résidait dans XVIIeme arrondissement et La Farlède qu’il continuait à administrer. Candidat à la candidature sur la liste socialiste SFIO pour les élections législatives de 1956, il arriva en septième position (cinq candidats). Président départemental de la Fédération des clubs Léo-Lagrange créée en septembre 1956, régulièrement délégué dans les congrès nationaux du Parti, lors du congrès de la Fédération socialiste SFIO, le 7 septembre 1958, il intervint dans le débat sur l’attitude à adopter vis-à-vis du référendum, ne prenant position pour le « oui » que de façon implicite, axant son argumentation sur la défense du parti : "Le parti doit se préoccuper de l’avenir de la République et la République sera valable dans la mesure où nous aurons un parti puissant." A nouveau délégué au congrès national, il intervint dans le débat de politique générale, appelant au respect de la discipline « tous les camarades du parti ». Il demeura dans le Parti socialiste SFIO, défendant le maintien de l’intégrité du parti et une politique d’alliances électorales avec les éléments modérés, politique qu’il mit en application sur le plan local, prenant des distances avec le programme commun, tout en appartenant au nouveau Parti socialiste au début des années 1970.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article122501, notice MISTRAL Roger par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 15 juin 2018.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch.Dép.Var : 2 M 5 292, 296, 6 25, 7 35 2, 4 M 47, 48, 50, 54, 55 2, 59 3, 18 M 13, 74, 91, 101, 3 Z 2 12, 14, 23, 3 Z 4 19. — Arch. Troisième Région maritime, dossier individuel. — Arch. Jean Charlot (Centre d’Histoire sociale du XXeme siècle). — Muracciole (Jean-François), Les enfants de la défaite. La Résistance, l’éducation et la culture, Paris, Presses de sciences po, 1998. — Renseignements communiqués par l’intéressé. — Sources orales dont S. Liberace. — Notes de Jean-Marie Guillon.

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