MOUTON Adrien

Par Antoine Olivesi

Né le 12 février 1902 à Molières-sur-Cèze (Gard) ; mort le 19 juin 1988 à Arles (Bouches-du-Rhône) ; ouvrier mineur, puis électricien ; militant socialiste puis communiste, secrétaire de la région méditerranéenne du Parti communiste de 1930 à 1934, député des Bouches-du-Rhône de 1936 à 1940 et de 1945 à 1958.

Adrien Mouton vint au monde, en compagnie d’un frère jumeau, Marius, dans une famille modeste d’origine cévenole. Il était le fils d’Auguste Mouton, « rouleur de houille », et d’Ernestine Leyrauth ou Lhayraud, comme il l’écrit dans son livre, Notes d’un vétéran (1981). Côté paternel, on était mineur à la Compagnie houillère ou cheminot au PLM. Côté maternel, on était paysan. « Dix-huit mois après, mon père mourait. Il travaillait en plein vent sur le carreau de la mine. Voilà ma mère redevenue veuve avec quatre gosses à nourrir » par son seul travail de laveuse de linge. Dès l’âge de douze ans, il fut employé aux mines de Bessèges dans le Gard.

La famille de sa mère qui compta huit enfants, était pauvre et très pieuse (un oncle abbé, une tante religieuse) : « J’allais à l’école des frères entretenue par la Compagnie des mines dont tout dépendait... À douze ans, Marius et moi fûmes reçus au Certificat d’études. Le curé de Molières offrit à ma mère de m’envoyer dans un séminaire, c’était gratuit disait-il. » Il fut étonné du refus de la mère et du fils, mais il fallait gagner sa vie et, aussitôt, le jeune Adrien et son jumeau commencèrent à travailler au triage du charbon puis, « l’année d’après à descendre à la mine... à plus de 400 mètres », dans des conditions d’hygiène et de sécurité déplorables. Les mineurs « travaillaient dur » pendant la guerre de 1914-1918 et le jeune Adrien écoutait « avec attention tout ce que disaient les adultes... son chef d’équipe surtout, Désiré, mineur du Nord mobilisé à Molières, socialiste, qui s’indignait contre les profiteurs de guerre ».

La haine du Kaiser et de la guerre fut renforcée par la mort, à Verdun, de son demi-frère aîné, Louis, en 1916. Simultanément, ses lectures, Jules Verne, Alexandre Dumas, puis Émile Zola, Victor Hugo et Anatole France (L’île des Pingouins) sensibilisèrent l’adolescent, passionné aussi par les événements. La Révolution russe et ses répercussions l’orientèrent vers l’action syndicale. Malgré les craintes de sa mère, Adrien Mouton adhéra au syndicat minier de Molières qui « décida de créer une section des jeunes... et les camarades me désignèrent comme secrétaire délégué au bureau syndical ».

Ainsi, à dix-sept ans — les rapports de police concordent avec ses souvenirs — dès les premiers mois de l’année 1919, pendant la grève des mineurs du bassin de Bessèges, Adrien Mouton s’engagea dans l’action syndicale puis politique. En 1919, il participa aux grèves locales du bassin minier et conduisit plusieurs délégations syndicales. Abonné à l’Humanité et à la Vague, il participa, au cours de l’été, avec d’autres jeunes, à la création d’un groupe de Jeunesses socialistes ; il en devint le secrétaire et adhéra ensuite au Parti socialiste SFIO. Il représenta en 1920 la région du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales au congrès national des JS qui vota l’adhésion de ces dernières à l’Internationale communiste des Jeunes.

Pendant les grandes grèves de 1920, il prit, pour la première fois, la parole sans préparation mais avec éloquence devant une assemblée générale de 2 000 mineurs. Entre 1920 et 1922, Mouton passa aux Jeunesses communistes, (constituées avant le congrès de Tours) puis au Parti communiste. Il se consacra essentiellement à la propagande et au recrutement des JC d’abord dans le Gard, puis dans la 21e Entente régionale dont il devint le secrétaire, entre Nîmes et Perpignan. Il fut l’un des animateurs du premier congrès national de la JC à Paris, en mai 1921 qui le confirma dans son poste jusqu’à son départ pour le service militaire. Il effectua ce dernier d’abord à Marseille et à Aix, au 22e régiment d’infanterie coloniale, puis à Toulon, au 4e régiment de tirailleurs sénégalais : « Je m’étais promis qu’après le régiment je chercherais un autre travail que la mine. »

Libéré en 1924, il trouva un emploi à Marseille dans la compagnie ferroviaire du PLM, au service de la voie, à la gare de la Blancarde, près de laquelle résidait son oncle paternel. « Mais voilà que la Direction nationale de la JC me demande d’assurer une tournée de propagande dans plusieurs départements » du sud-est au Jura, afin d’y implanter ou de renforcer des groupes de la JC. L’année 1924 constitua, pour lui, un autre tournant important, à un double titre, dans sa jeune existence. Il fut désigné, en effet, pour faire partie de la délégation qui devait représenter la JC française au IVe congrès de l’Internationale communiste des Jeunes à Moscou où il retrouva, après un voyage mouvementé, les cinq autres délégués, [ Jacques Doriot, Henri Barbé, François Chasseigne, François Billoux et Félix Fossat. Il prit part également au Ve congrès de l’IC. Il ne retourna pas tout de suite en France, ayant été nommé délégué de la JC française auprès de l’ICJ. « Parti célibataire en juin 1924, je revins marié en automne 1925 », écrit-il dans ses Notes. Il avait épousé, en effet, en septembre, à Moscou, une jeune russe, étudiante et orpheline (Voir Zoïa Mouton).

De retour en France avec son épouse, il fut envoyé par la direction du parti comme instructeur dans la région limousine (six départements) où il organisa diverses manifestations et réunions, notamment contre la guerre du Maroc. Elles eurent assez peu d’impact en milieu rural ainsi qu’à Limoges même ; c’est pourquoi, à la fin de l’année 1925, « après cette délégation, je demandais à Maurice Thorez qui s’occupait des questions d’organisation de retourner à Marseille où j’aurais probablement plus de chance de trouver du travail et où le parti était alors très faible », de même que la CGTU.

Mouton et sa femme s’installèrent donc à Marseille à partir de mai 1926. Lui-même fut engagé comme manœuvre aux services généraux de l’entreprise métallurgique Roberty, à La Capelette. Nommé secrétaire du syndicat des Métaux, il remplaça à ce poste Henri Rivière en qui le PC n’avait plus confiance depuis quelques mois. L’arrivée de Mouton à Marseille est signalée au préfet des Bouches-du-Rhône par Chiappe, le 5 juin, et située aux alentours du 15 mai. Il fut hébergé chez Bonnet avec sa femme. Adrien Mouton ne tarda pas à être licencié en raison de son action politique et syndicale. Il exerça, entre 1926 et 1929, une douzaine d’emplois — dix-sept, d’après sa nécrologie. Ainsi, le 1er mai 1929, en période électorale, il fut renvoyé du PLM. Il fut embauché ensuite à la Compagnie provençale d’électricité (CPE) où il adhéra au syndicat « réformiste » CGT qu’il dirigea en tant que secrétaire peu après.

Mouton écrivit plus tard, dans Rouge-Midi, des articles sur les privilèges excessifs consentis par la municipalité marseillaise à la société « spoliatrice » de l’Électricité de Marseille. Mais dans l’immédiat, il fut heureux de trouver enfin son premier emploi stable, grâce à Joseph Calisti. Dès 1926, il avait mené de front plusieurs tâches dans cette « région méditerranéenne immense qui va de Bollène à Menton ». Il trouva « un parti faible mais des camarades dévoués » et s’appuya surtout sur les structures syndicales, un peu plus solides, quoique très surveillées et, au surplus divisées, au sein même de la 8e Union régionale unitaire.

Après avoir reconstitué le syndicat des Métaux, Mouton commença aussitôt son travail de propagande, participant à de nombreuses réunions, notamment à Arles le 28 août 1926, avec Jeannette Vermeersch, contre la guerre. Peu après, il critiqua sévèrement l’incapacité du bureau régional à la suite de l’échec du grand meeting organisé le 10 octobre à Marseille, où malgré la venue de Marcel Cachin, André Marty et Julien Racamond, le PC n’arriva qu’à mobiliser 1 800 à 2 000 personnes. Lui-même accueillit plus tard Jacques Sadoul et s’attacha à appliquer les consignes du parti dans tous les domaines : création de cellules, diffusion de journaux — il était correspondant de l’Humanité —, nombreuses actions communes en 1927 pour lutter contre le chômage, notamment avec Simon Sabiani, dans le 5e canton de l’époque, très populaire, qui englobait le quartier de La Belle de Mai, célébration du premier Noël rouge à Marseille en 1928, etc.

À partir de 1928, il utilisa le tremplin des campagnes électorales — quasi-permanentes dans la ville et le département — et en profita pour « porter la contradiction » aux socialistes, surtout, Paul Faure, Oscar Frossard, Vincent Auriol, Georges Monnet, Henri Tasso et autres leaders nationaux ou locaux de la SFIO. Adrien Mouton fut lui-même candidat aux élections législatives en 1928 dans la 4e circonscription de Marseille où il obtint, au premier tour, 863 voix sur 21 340 électeurs inscrits et 1 690 au second. Il bénéficia du renfort d’un certain nombre de suffrages socialistes, le candidat socialiste SFIO, placé devant lui, s’étant retiré, mais sans alliance officielle.

En novembre 1928, Mouton était secrétaire du rayon de Marseille. Accusé d’inactivité par Roques et Roger Duisabou, au nom du bureau régional, il leur retourna cette accusation, appuyé par l’ensemble du comité du rayon, rejetant la responsabilité des mauvais résultats obtenus par le PC sur les dirigeants de la région.

L’année suivante, il fut candidat sur la liste communiste conduite par le docteur Paul Morucci, aux élections municipales à Marseille ; il obtint 5 331 voix au premier tour et 6 203 au second. La profession indiquée dans la déclaration de candidature est celle de manœuvre. Quelques jours plus tard, pour avoir manifesté le 1er mai, il fut, on l’a vu, licencié du PLM. La période était difficile, certes, en raison de la crise mais aussi, des divergences au sein du PC. Toujours en conflit avec Roger Duisabou (voir Dictionnaire, t. 21, pp. 148-149), suspect d’être favorable au « groupe » Barbé-Celor, Mouton lui succéda en 1930, année où il devint membre du bureau régional du PC puis secrétaire régional. Selon un rapport du comité régional, il avait refusé son concours à la lutte contre les « dangers de droite », niant la radicalisation de masse. Il fit son autocritique mais fut néanmoins blâmé par la conférence régionale de février 1930. La même année, il fit campagne pour Gabriel Péri, lors de l’élection législative partielle de la 2e circonscription de Marseille. Aux élections pour le conseil général d’octobre 1931, il fut lui-même le candidat du PC dans le 5e canton. Il trouva aussi sur sa route Simon Sabiani, qui avait viré à droite, et qu’il affronta en réunion contradictoire et houleuse, le 22 février à La Belle-de-Mai.

L’année suivante, Adrien Mouton fut de nouveau candidat aux élections législatives, dans la 2e circonscription de Marseille, cette fois, et il obtint 2 496 suffrages au premier tour, puis 2 502 au second sur 21 124 inscrits, toujours contre Ambrosini. En 1932, Mouton essaya de relancer, en qualité de rédacteur en chef, le périodique communiste Rouge-Midi, qui végétait. La situation du Parti communiste à Marseille n’était guère brillante et le Comité central s’en préoccupa. Mouton fut mis en cause pour « son attitude hésitante », son « indécision » en qualité de secrétaire régional, selon un rapport de police du 1er décembre 1933. On lui reprocha également d’avoir écrit le 25 novembre 1933, dans Rouge-Midi, un article maladroit sur les conditions d’hygiène déplorables qui régnaient à l’hôpital de la Conception à Marseille, article où il critiquait non seulement l’administration des hospices mais aussi le personnel. Or une scission récente survenue au sein du syndicat des hospitaliers de Marseille avait permis à la CGTU de l’emporter sur la CGT, d’où le caractère inopportun de cet article qui entraîna une enquête de Marcel Paul à Marseille et une rectification dans Rouge-Midi le 2 décembre 1933.

Pourtant, malgré ces critiques, Mouton ne fut pas remplacé, parce que, selon le même rapport, il n’y avait personne sur le plan local pour lui succéder. Il se souvient d’avoir suscité quelques adhésions dont « il gardait la fierté », celle de Pierre Doize, en particulier. Mais numériquement, le parti restait faible, ce que confirment les rapports préfectoraux : 575 membres dans toute la région méditerranéenne, dont la moitié environ dans le rayon de Marseille, à la fin de l’année 1933 qui fut, vraiment, celle des plus « basses eaux ». On sait que cette décrue des effectifs du PC et de la CGTU, aggravée à Marseille par des scissions syndicales en faveur de Sabiani, dans le port surtout, correspondait à un phénomène national, lorsque François Billoux arriva à Marseille, peu après, en janvier 1934, puis orienta entre février et juin, le PC marseillais, avec une légère avance, vers la nouvelle politique d’unité d’action au sommet. Lui et Adrien Mouton se connaissaient depuis les Jeunesses communistes.

Force est de constater que François Billoux, homme « neuf » venu de l’extérieur, plus énergique, plus « dur », assurément, que Mouton, exprima mieux que lui ces qualités de « chef » très valorisées alors dans tous les milieux politiques. Mouton, en revanche, d’après les témoignages de militants plus jeunes qui l’ont connu à cette époque, apparaissait comme « un brave homme », sérieux, efficace, discipliné, mais jugé « plus conciliant que révolutionnaire ». Quoi qu’il en soit, Mouton, « communiste conséquent » comme l’écrivit beaucoup plus tard la Marseillaise participa, avec François Billoux et Jean Cristofol, au cours de l’année 1934, à de nombreux meetings antifascistes, notamment à Marseille, les 10 février et 28 octobre, à Aubagne et à Arles, en août, avec le socialiste Sixte Quenin, pour l’unité d’action. Il écrivit, dans la même période, plusieurs articles dans Rouge-Midi. Par exemple, le 13 octobre, il dénonça « le rôle singulier de la police » lors de l’attentat contre « le roi dictateur » Alexandre de Yougoslavie, tué à Marseille, et, tout en évoquant Sarajevo, rappela que le PC était hostile au terrorisme. Il assimila par ailleurs Dolfuss à Thiers, à propos de la célébration de l’anniversaire de la Commune, le 17 mars 1934, et les 24 et 29 novembre, attaqua Vandervelde et l’Internationale ouvrière socialiste, accusés, selon lui, d’être hostiles à l’antifascisme et de défendre la contre-révolution en condamnant la violence qui régnait en général dans le monde, y compris en URSS, ceci à propos de l’assassinat de Kirov et de la répression qui y fut déclenchée.

Adrien Mouton continua à s’occuper de Rouge-Midi, et contribua jusqu’à la fin de l’année 1935 à organiser, avec François Billoux, une école régionale du PC destinée à former des cadres. La même année, il fut candidat aux élections municipales à Marseille dans le 2e secteur sur la liste Billoux-Cristofol et il obtint 7 767 voix au premier tour. Fin 1935-début 1936, il anima avec Charles Tillon une grève très dure des dockers marseillais.

L’année 1936 marqua dans la carrière de Mouton une nouvelle étape. Grâce à une conjoncture favorable et, aussi, à ses mérites personnels d’éloquence et de chaleur dans les contacts humains, son activité politique se déplaça de Marseille à Arles où il était connu et où il fut candidat du PC aux élections législatives. Il arriva en tête au premier tour devant le député-maire SFIO Sixte-Quenin, grâce en partie, à l’apport tactique de voix radicales et modérées destinées à éliminer ce dernier ; la politique du pire avait toujours été pratiquée dans la région arlésienne, et Sixte Quenin lui-même en avait bénéficié avant 1914 aux dépens des radicaux. Mouton obtint 7 240 voix sur 31 584 inscrits et fut élu au second tour, après le désistement de Sixte Quenin, avec 13 494 suffrages, dans la foulée du Front populaire, contre un adversaire d’extrême droite.

À la Chambre des députés, Adrien Mouton fit partie des commissions de l’armée, de la marine, des Affaires étrangères, de l’agriculture, des douanes, et des conventions commerciales. Il fut le rapporteur d’une proposition de loi émanant de Félix Gouin tendant à accorder des avantages spéciaux aux veuves et aux orphelins des ouvriers poudriers tués lors de l’explosion de la poudrerie nationale de Saint-Chamas, proche d’Arles. Il prit part aux débats concernant les crédits de la guerre, de la santé publique et de l’agriculture, dans la discussion des budgets de 1937 et de 1938 et défendit notamment les oléiculteurs provençaux.

Dans sa circonscription, Mouton participa notamment, avec Waldeck Rochet, au grand rassemblement paysan organisé par le PC à Saint-Rémy au début de juillet 1937, protesta l’année suivante contre la manifestation organisée par les royalistes, à Maussane, pour célébrer le tricentenaire de la naissance de Louis XIV, et prit la parole le 30 juillet 1939 à Arles en faveur d’un gouvernement de rassemblement populaire. Il était, par ailleurs, délégué à Radio-Liberté. Mais sa tâche principale fut la préparation fin décembre 1937 du IXe congrès national du PC, à Arles. Il mobilisa tous les militants, obtint notamment les concours du maire socialiste, Imbert, de la veuve de Frédéric Mistral et du marquis de Baroncelli. Son discours d’ouverture fut « accueilli par une ovation » écrivit Florimond Bonte qui salua aussi « son souffle républicain », purificateur, par allusion au mistral glacé qui s’était levé dès le deuxième jour du congrès (cf. aussi, sur ce thème, la caricature de Mouton par Henri-Paul Gassier dans l’Humanité). Arles était aussi un centre important pour l’aide à l’Espagne républicaine où Mouton se rendit trois fois, à Barcelone principalement.

En février 1938, il fut candidat, sans succès, à l’élection cantonale partielle des Saintes-Maries-de-la-Mer, en Camargue, après l’annulation de celle d’Esprit Pioch proche du PC. En 1939, Mouton résidait à Arles. Il ne parle pas, dans ses Notes du Pacte germano-soviétique signé le 23 août.

Après la déclaration de guerre, Mouton fut mobilisé à Toulon, puis suivit son régiment jusqu’en Moselle (Saint-Avold) où il se trouvait au début du mois de décembre. Pourtant Mouton fut avec Étienne Fajon le seul député du « groupe ouvrier et paysan » présent à la Chambre, le 16 janvier 1940, lors de la dernière séance du débat consacré à la déchéance des députés communistes. Il avait obtenu très difficilement sa permission et n’arriva à Paris qu’à la veille de la clôture de cette session parlementaire extraordinaire. Il encouragea et applaudit Étienne Fajon, à la tribune, protestant, au nom du PC, contre cette mesure, et, bien sûr, vota contre. Mouton fut déchu de son mandat le 21 janvier 1940. Il avait déjà rejoint son unité après avoir revu sa femme à Paris.

Au cours de l’offensive allemande sur la Somme, son régiment fut encerclé et il fut fait prisonnier le 10 juin 1940. Il resta en captivité d’abord en Westphalie puis en Prusse orientale jusqu’en janvier 1945 où il réussit à s’évader et à rejoindre l’Armée Rouge. Revenu en France en juin 1945, le 17 à Paris puis le 22 à Arles, Adrien Mouton assista, dès le 26, au congrès national du PCF et fut aussitôt délégué à l’Assemblée consultative provisoire, puis élu député de la 2e circonscription des Bouches-du-Rhône à l’Assemblée constituante en octobre 1945. Il y fut réélu, à la tête de la liste communiste en juin 1946, puis à l’Assemblée nationale, en octobre 1946, juin 1951 et janvier 1956. Mais il perdit son siège en 1958, au scrutin uninominal, au profit du socialiste Charles Privat dans la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône, celle d’Arles. Il fut battu de nouveau par Privat, maire de la ville, en 1962.

En revanche, il fut réélu conseiller municipal d’Arles en 1971 sur la liste communiste qui battit la liste socialo-centriste du maire sortant Privat et qui, pour douze ans, s’installa à l’hôtel de ville. Mais il ne fut pas candidat en 1977. Il ne mentionne en effet dans ses Notes que dix-sept années de mandat municipal en 1981. Or il avait déjà été élu en 1947 à Arles où il résidait depuis la Libération. Il avait été, par ailleurs, élu membre du bureau national de l’ARAC en 1965, puis réélu au comité national de cette association en 1967. Il en était le président fédéral en 1980-1982. Il fut longtemps aussi président du Comité France-URSS et se rendit souvent à ce titre en Union soviétique.

Veuf depuis 1979, habitant toujours à Arles, Adrien Mouton, vétéran respecté et influent, était toujours en campagne lorsqu’il rédigea son ouvrage, achevé au printemps 1981. Il mit surtout l’accent sur les luttes menées alors par le PCF et la CGT contre « la casse » des industries françaises, notamment dans le Midi, en particulier dans le Gard, à Marseille et à Arles qui furent les trois principaux foyers de « cette existence active et mouvementée [qui] si elle a créé des soucis et des difficultés m’a apporté bien des satisfactions. Je continue à militer dans des organisations de masse et dans mon parti. Oui, en choisissant en décembre 1920 la route que j’ai suivie, j’ai pris le bon chemin » écrit-il en conclusion.

À sa mort, la Marseillaise souligna « la résonance nationale » du décès de « cette figure illustre du mouvement ouvrier, grand ami du peuple soviétique ». Il fut inhumé au cimetière de Trinquetailles, en présence d’une foule nombreuse.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article123473, notice MOUTON Adrien par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 4 septembre 2013.

Par Antoine Olivesi

ŒUVRE : Notes d’un vétéran sur les soixante ans du Parti communiste français, 1920-1980, Arles, 1981 (photos), 248 p.

SOURCES : RGASPI, 495 270 624. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M3/56, 57, 58, 59, 60, 61 et 62 ; M 2 III/1 ; III M/56 ; V M2/276 et 283 ; M 6/10804-10807, 10809, 11246, 11379. — Arch. Dép. Var, 4 M 59. 4.1 et 4.2 (Jacques Girault). — Provence ouvrière et paysanne, 20 avril 1929. — Rouge-Midi, de 1933 à 1939 (photos). — Le Petit Provençal, 30 avril 1935, avril-mai 1936 (photos). — Rouge-Midi et La Marseillaise, 1945 à 1947, notamment Rouge-Midi, octobre 1945, puis La Marseillaise, jusqu’en 1971. — Le Provençal, 17 avril 1980, 19-23 juin 1981, édition d’Arles. — La Marseillaise, 21 juin 1988. — A. Olivesi et M. Roncayolo, Géographie électorale des Bouches-du-Rhône, op. cit.Dictionnaire des parlementaires français, op. cit., t. VII. — A. Rossi, Les communistes français pendant la drôle de guerre, pp. 146, 148, 153. — J. Varin, Jeunes comme JC, op. cit., p. 179. — Ch. Tillon, On chantait rouge, op. cit. — É. Fajon, Ma vie s’appelle Liberté, op. cit.Les Communistes français de Munich à Châteaubriant, op. cit., pp. 238-270. — Réponse du militant au questionnaire (1981-1982).

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