Né le 28 novembre 1899 à Sallertaine (Vendée) ; ouvrier agricole, métayer, fermier ; fondateur de la Fédération des syndicats paysans de la Vendée ; militant syndicaliste et pacifiste ; journaliste, écrivain.

Fils d’un journalier agricole qui prit en 1906 une ferme en métayage dans le Lot-et-Garonne, Henri Pitaud fréquenta l’école primaire jusqu’à l’âge de dix ans ; travaillant à la ferme avec ses parents, il ne passa pas le certificat d’études. À huit ans, il lisait déjà tout ce qui lui tombait sous la main. À onze ans, il s’abonna à la Feuille littéraire, et à douze ans commença à s’acheter des livres avec les dix sous qu’on lui donnait chaque dimanche. En 1915, la famille retourna en Vendée pour exploiter la ferme d’un cousin tué à la guerre. En mars 1918, Pitaud fut mobilisé et monta au front en juillet. En janvier 1919, il partit comme volontaire dans la Légion polonaise du général Haller, fit la campagne d’Ukraine et de Silésie. De retour en France en novembre, il repartit en janvier 1920 comme volontaire au Levant. Revenu en France en mai 1921, il alla entendre Marc Sangnier dans une réunion, ce qui l’amena, un peu plus tard, à adhérer au mouvement de la Jeune République.
En 1922, Pitaud, qui venait de se marier, travaillait avec ses parents comme métayer chez le marquis de Baudry d’Asson, mais il fut obligé de partir en 1926 et prit une ferme en location à Sallertaine. En 1927, il organisa, en Vendée blanche, la première conférence publique et contradictoire sur « Rome et la Paix », qui obtint un grand succès. L’abbé Trochu, fondateur de l’Ouest-Éclair, lui rendit visite dans sa ferme et lui demanda de lancer, aux élections de 1928, la candidature d’un démocrate chrétien Charles Gallet contre celle du royaliste Biré, candidat désigné par de Baudry d’Asson, qui fut battu. Par l’abbé Trochu, il fit la connaissance de l’abbé Mancel qui avait créé la Fédération des syndicats paysans de Bretagne (« ...Elle fit trembler les hobereaux bretons », devait écrire Henri Pitaud dans l’Émancipation paysanne de novembre 1935). De son côté, en 1929, il fonda la Fédération des syndicats paysans de Vendée. En février 1933, il présente une liste paysanne aux élections à la Chambre d’agriculture qui bénéficie d’un certain succès. La Fédération des syndicats paysans de Vendée qui s’est dotée d’un organe La Voix des Paysans fin 1932, ne dura que trois ans, « liquidée, en 1933, par la coalition de toute la Vendée réactionnaire de droite et de gauche » et surtout par l’évêché qui fait paraître un communiqué contre ces syndicats paysans dits de cultivateurs-cultivants. Pitaud se présentait comme « catholique anticlérical ». Il avait été élu adjoint au maire de Sallertaine . Il venait de soutenir la candidature de Marc Sangnier et du démocrate populaire l’abbé Buchou en Vendée, aux législatives de 1932, dont la candidature avait été condamnée par l’évêché. Engagé dans le journalisme comme correspondant pour L’Entente paysanne et son hebdomadaire Le Courrier agricole et viticole de Limoges, il collabore à l’édition vendéenne de L’Émancipation paysanne (n°1, 26 mars 1933). Henri Pitaud adhère à la CNP Confédération Nationale Paysanne dès sa création en 1933. Il intervient au second congrès de la CNP à Toulouse en 1934, chargé du rapport sur « Les Paysans et la Paix ». Henri Pitaud sillonne la Vendée en particulier mais aussi l’Ouest en général au nom de la CNP dans des conférences et des meetings où il s’oppose au Front paysan de Dorgères.
En mars 1934, Pitaud créa, à La Roche-sur-Yon, les Cahiers de l’Émancipation paysanne, revue mensuelle du prolétariat paysan, puis, en octobre 1935, à Paris, l’Émancipation paysanne, mensuel qui devint hebdomadaire, et dont la rédaction et l’administration siégeaient à Paris d’abord chez l’éditeur Pierre Bossuet, puis, l’année suivante, chez Jean Flory, libraire boulevard Saint-Germain. Syndicaliste et pacifiste, ami de Victor Serge, Henry Poulaille, Louis L’Hévéder, Henri Pitaud fit, jusqu’à la guerre, preuve d’une grande activité militante. Il participe notamment aux manifestations antifascistes en Vendée. En juin 1936, il publia La Terre au paysan, et fut invité par Luis Companys, président de la Généralité de Catalogne, à faire un reportage sur la guerre civile. Henri Pitaud rompt avec la CNP en 1937.
En 1939, il essaya mais en vain de créer une « Internationale paysanne » pour lutter contre la guerre menaçante. Le dernier numéro de l’Émancipation paysanne parut en mai 1940. Entré, en 1942, dans le mouvement « Résistance » créé en Dordogne par Charles Serre, Pitaud fut arrêté et emprisonné à deux reprises par la Gestapo.
À la fin de 1946, Pitaud tenta de faire reparaître l’Émancipation paysanne mais l’époque ne s’y prêtait pas. C’est alors qu’il entreprit, en mai 1948, un premier voyage au Paraguay, d’où il revint enthousiaste. Il publia, en 1950, Paraguay, terre vierge ; il y retourna, la même année, avec deux de ses fils pour s’y installer définitivement, donnant libre cours à de nombreuses activités, car fermier et éleveur, Pitaud ne cessa pas d’écrire.

ŒUVRE : En français : La Terre au paysan, Éd. Pierre Bossuet, 1936. — Paraguay, terre vierge, Éd. Frédéric Chambriand, 1950. — Les Français au Paraguay, Bordeaux, Éd. Bière, 1955. — Le pain de la terre, éd. J.C. Lattès, 1982. — Les chemins sauvages, éd. France-Paraguay, Ascuncion, 1988. — Mes chemins sauvages. Souvenirs (1921-1940), L’Étrave, 2001— En espagnol : Madame Lynch, 1re édition, Ascuncion, 1948 ; 3e édition, France-Paraguay-Ascuncion, 1970. — El Mar de palmas (La Mer des palmes), Éd. France-Paraguay, 1971. — El general Caballero, Éd. France-Paraguay, 1976. — La Ciutad brillante de los Guaranies, idem, 1977, roman.

SOURCES : Correspondance d’Henri Pitaud. — Édouard Lynch, Moissons rouges. Les socialistes français et la société paysanne durant l’entre-deux-guerres (1918-1940), Presses Universitaires du Septentrion, 2002.

Jean Prugnot, Florence Regourd

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