POISSON Roger, Fernand

Par Madeleine Singer.

Né le 24 janvier 1913 à Ménetou-Salon (Cher) ; instituteur ; membre du bureau national du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) de 1955 à 1968.

Roger Poisson était l’aîné des trois enfants de Fernand Poisson, bourrelier à Ménetou-Salon : celui-ci avait épousé une fille de boulanger et exerça d’abord son métier, tandis que sa femme tenait une épicerie attenante à l’atelier. Mais la rapacité de leur propriétaire les conduisit à la faillite. F. Poisson se fit alors embaucher à Paris, à la Compagnie du gaz, et y devint chef d’équipe.

Comme ses deux frères, Roger Poisson fit de bonnes études. Il fréquenta l’EPS Jean Baptiste Say où il fut membre de l’association Paul Henry qui regroupait un certain nombre d’élèves catholiques, puis passa à la JEC quand celle-ci absorba ladite association. Entré en 1930 à l’École normale d’Auteuil, il appartint alors au groupe « tala » (ceux qui vont-à-la messe), tout en fréquentant comme Guy Giry* le groupe Légaut. Il participa aux Journées universitaires de Montpellier (1931) et, à sa sortie de l’École normale, il fut nommé instituteur à Bagneux, en 1933.

Marié deux ans plus tard avec un professeur d’enseignement manuel et ménager dans les écoles de la ville de Paris, il assistait alors chez G. Giry aux réunions des anciens « tala ». Il devint ainsi un des membres fondateurs du SGEN, faisant partie du premier conseil syndical de 1937, dont les dix-sept membres avaient été mis en place par cooptation. Il joua aussitôt un rôle actif dans la section de la Seine, exposant par exemple aux adhérents, le 19 mai 1938, le résultat des dernières élections au Conseil départemental. Il s’occupait également de l’animation du groupe « tala » parmi les normaliens d’Auteuil qu’il voyait tous les jeudis. A cette époque il lisait Temps présent, l’hebdomadaire qui, en 1937, avait pris la relève de Sept, dont les dominicains avaient dû sur ordre suspendre la parution.

Vint la guerre. Roger Poisson fait prisonnier ne revint qu’en 1945 et s’efforça aussitôt de renouer avec les normaliens. Mais il eut peu de succès, dit-il, vu l’opposition des « Équipes enseignantes ». Ce groupement d’instituteurs et d’institutrices catholiques, né en 1943, s’efforçait d’entraîner ses adhérents vers le SNI : il fallait pensait-il, rejoindre la masse des instituteurs afin d’être « le levain dans la pâte ». Il eut la tâche d’autant plus facile qu’à son congrès de Nancy en 1949, le SNI avait interdit tout contact avec le SGEN. L’adhérent de ce dernier syndicat était donc désormais en butte à toutes les suspicions, y compris celles de son directeur.

Tandis que sa femme militait dans la section SGEN des « enseignements spéciaux », R. Poisson, membre du bureau national (premier degré), représentait le SGEN au comité technique paritaire de la Seine. Il prit une part active à la grève des instituteurs de la Seine en 1947, en sa qualité de membre du comité départemental de grève.

En 1949 il fut élu au comité national où il siégea jusqu’en 1970. Responsable premier degré dans la commission nationale des traitements et statuts, il appartint en outre au bureau national général de 1955 à 1968 : ce fut, dit-il, la plus enrichissante de mes responsabilités syndicales, « j’y ai été longtemps président de séance et ce fut parfois une rude tâche ». Cette période qui couvre notamment la guerre d’Algérie, l’arrivée de de Gaulle au pouvoir, la déconfessionnalisation de la CFTC, fut effectivement mouvementée, riche en problèmes suscitant des débats animés. Sur une photo qui nous avait été offerte par Paul Vignaux* et qui fut prise, dit-il, au congrès de Marseille (1962), on voit en effet autour d’une table Vignaux avec à sa droite Madame Bouveret et Claude Bouret, à sa gauche R. Poisson, en face Paul Caspard* et Yves Vié Le Sage, (voir ces noms) c’est-à-dire les principaux acteurs qui avaient mené la politique algérienne du SGEN.

Toutes ses responsabilités n’empêchaient pas Roger Poisson de s’occuper de ses deux enfants et de militer à la base. « dans mon école, dit-il, il y eut toujours cinq ou six adhérents SGEN sur les douze postes qu’elle comportait ». Ses collègues savaient trouver en lui un responsable particulièrement compétent. Il prit sa retraite en 1969, quittant alors cette école du XVe arrondissement où il exerçait depuis 1935. Ayant peu de goût pour les fonctions administratives, il n’avait pas souhaité devenir directeur ; il n’avait pas non plus sollicité une nomination en cours complémentaire car les postes de son secteur étaient pourvus. Il aurait donc dû accepter un éloignement peu compatible avec ses activités : il a ainsi renoncé à toute promotion au sein de l’Éducation nationale pour se consacrer au syndicalisme.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article126771, notice POISSON Roger, Fernand par Madeleine Singer., version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Madeleine Singer.

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, Th. Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J.1471). — Madeleine Singer, Histoire du SGEN, 1987, PUL. — Lettres de G. Poisson à Madeleine Singer, 7 février 1995, 18 décembre 1995. — Entretien du 29 décembre 1995. — Photographie de 1962 (Arch. personnelles).

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