Né le 4 août 1907 à Saint-Dizier (Haute-Marne), mort le 15 août 1980 à Haguenau (Bas-Rhin) ; ingénieur ; écrivain ; militant syndicaliste et antimilitariste.

Mis à la Une à l’occasion de la publication du livre posthume, Jean Prugnot, Des voix ouvrières, Plein chant, 2016
Jean Prugnot est l’auteur d’une soixantaine de notices d’écrivains prolétariens dans le Maitron. Voir la liste avec les liens d’accès en fin de notice.

Haut-marnais, les ascendants de Jean Prugnot avaient été, du côté paternel, charpentiers de père en fils, et du côté maternel, petits paysans-vignerons. Son père, Gaston Prugnot, originaire de Wassy, et sa mère, Marthe Jacquin, originaire de Saint-Urbain, étaient employés des PTT. En 1913, ils quittèrent Chaumont pour Vesoul (Haute-Saône) où Prugnot poursuivit des études secondaires au lycée Gérôme jusqu’au baccalauréat. En septembre 1914, en vacances chez ses grands-parents, non loin du front au moment de la bataille de la Marne, il assista à l’exode des réfugiés, et des scènes vécues au cours de ces tragiques événements lui inspirèrent, dès son jeune âge, une horreur de la guerre qui ne devait que s’accentuer par la suite.
Il passa en 1925 le concours de surnuméraire des PTT. Reçu, il se fit mettre en disponibilité pour poursuivre ses études et il entra, en 1926, à l’Institut industriel du Nord, à Lille, d’où il sortit ingénieur civil en 1929, après avoir été menacé d’exclusion pour refus des cours obligatoires de préparation militaire supérieure. Après une nouvelle année d’études à l’École supérieure d’électricité de Paris (1929-1930), il effectua son service militaire au 1er génie à Strasbourg (Bas-Rhin). Versé au peloton des élèves officiers de réserve, il échoua volontairement aux examens. Détaché dans une brigade topographique du service géographique de l’armée, il y rencontra Henri Philippon, alors directeur de la revue la Courte paille, qui lui fit connaître Monde de Barbusse et Nouvel âge littéraire d’Henry Poulaille. C’est Henri Philippon qui, en 1932, le mit en relation avec ce dernier dont les idées le marqueront profondément et qui deviendra l’un de ses intimes.
En janvier 1932, Prugnot trouva un emploi d’ingénieur sur un chantier de la ligne Maginot, à Lembach (Bas-Rhin), où il se maria en 1933. Mais à la suite de licenciements dûs à la crise économique, il perdit cet emploi en juillet de la même année. Après être resté en chômage deux ans pendant lesquels il écrivit un roman, Béton armé, où il retraça son expérience des chantiers de travaux publics et montra l’angoisse et la révolte d’une jeunesse sans travail (roman qui sera publié dans le Peuple en 1937, puis aux Éditions Grasset en 1946), il parvint en 1935 à se faire réintégrer dans l’administration des PTT, fut nommé surnuméraire à Paris, puis commis au Central téléphonique de Strasbourg. Adhérent à la Fédération postale CGT, il milita au syndicat national des agents des PTT et tint pendant deux années la chronique littéraire dans le journal PTT, hebdomadaire de ce syndicat, chronique dans laquelle il s’attacha particulièrement à faire connaître des écrivains prolétariens. À l’occasion de ses voyages à Paris, il se lia avec Marcel Hasfeld, Pierre Monatte, puis Louis Lecoin, et fréquenta à partir de 1936 Le Musée du soir, rue de Médéah ; il y noua des relations suivies avec de nombreux écrivains, artistes et militants.
En 1938, il fut délégué au congrès de la Fédération postale à Vichy, devint secrétaire de la section du Bas-Rhin de son syndicat et créa avec Jean Magri, militant de l’enseignement, un groupe du Centre syndical d’action contre la guerre. Au cours de l’été 1938, par l’intermédiaire de Maurice Wullens, il fit la connaissance de Marcel Martinet hospitalisé à La Robertsau, dans la banlieue strasbourgeoise, et, après lui, celle de Victor Delagarde directeur de l’Association des ouvriers en instruments de précision, à Paris, qui le fit embaucher comme ingénieur d’études dans cette importante coopérative ouvrière de production où il travailla jusqu’à la retraite en 1972.
Mobilisé comme sergent au 1er génie en septembre 1938, puis en septembre 1939 dans la zone évacuée du Rhin, et ne cachant pas ses opinions antibellicistes, sa mise en affectation spéciale qui avait été accordée fut annulée ; Prugnot fut cassé de grade et changé de corps. Passé au 38e génie dans la région de Haguenau, il réussit en juin 1940, avec quelques camarades à échapper à l’armée allemande. Démobilisé à Villeveyrac (Hérault), il rejoignit Paris en août et reprit son travail à l’usine. « Antifasciste et antistalinien », il ne prit pas part directe à la Résistance pendant l’occupation allemande, mais apporta, au sein de son entourage, une aide efficace à certaines victimes des persécutions raciales. Il fut très lié, pendant cette période avec Paul Delesalle et le resta, jusqu’à sa mort, avec sa femme Léona retirée à la Fondation Galignani.
Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Prugnot adhéra à la CNT, puis à l’organisation autonome : la Fédération des techniciens ingénieurs, cadres et assimilés de la Métallurgie (FTICAM), enfin à la CGT. Très attiré par l’étude des sciences humaines et des traditions populaires, Prugnot avait suivi, pendant la guerre, les cours de l’Institut d’ethnologie de l’Université de Paris. Devenu un familier d’Arnold van Gennep, il collabora après 1945 aux revues que celui-ci avait fondées avec Henry Poulaille.
Jean Prugnot écrit une soixantaine de biographies pour le Maitron
AUTRY Pierre, Antoine
BELLIARD Camille, Auguste, Joseph
BOCHOT Pierre
BONNET René
BOUJUT Pierre
BOUNIOL Bathild
BOURGEOIS Lucien
BREPSON Auguste
BUSSIÈRES Raymond, dit Bubu
CARPENTIER Marie
CILLY Suzanne, Marie-Louise
CRESSON Georges
DAVID Georges, Auguste, Aubin
DECAUNES Luc
DELATOUSCHE Germain
DEPRESLE Gaston, Maurice, Alexandre, Léandre
DUFOUR Cécile
FAUTRAD Marcel, Pierre, Émile. Pseudonyme : BARNERY Jacques
FLACZYNSKI Ignace. Pseudonymes : I. GORNIK, I. ZBOROWSKI
FLORY Jean
FOURNIER Albert
FROSSARD Henri, Albert, Ulysse
GERBE Léon, Antoine
GOBRON Gabriel
HASFELD Marcel dit LECRAM (anagramme de Marcel)
HENRY Fernand, Jules
HILBEY Constant
HISQUIN Henri, Abel
JACQUES Gabriel, Xavier
JOUVENOT Jean-Charles
LABATUT Joseph
LANOIZELÉE Louis, Urbain
LAPIERRE Marcel
LEMIRE Albert, Adolphe
LIME Maurice pseudonyme de KIRSCH Maurice, Antoine
MAILLET Alphonse
MALICET Théophile, Louis, Émile
MARTINET Jean-Daniel
MARTINET Marcel
MASSÉ Ludovic, Clément, Denis
MAUREL Charles, Joseph, dit BONTOUX-MAUREL Charles
MESSAC Régis, Gilbert, Antoine
MICHAUD René (pseudonyme de PROVOST Adrien, Hippolyte)
MOREAU Élise
NADEAU Maurice
PATOU Hélène [épouse CHARRODEAU]
PAZ Magdeleine [MARX Magdeleine]
PEISSON Édouard, Émile, Marie, Joseph, Thomas
PERNETTE Maurice [PERNETTE Marius, dit Maurice]
PETITJEAN Pierre
PHILIPPE André [LIOGIER Claude, Pierre dit]
PITAUD Henri, Armand, Joseph
ROBINET Jean
ROLY Michel
ROTH Lucien
SAMSON Jean-Paul
SÉVRY André [SÉVRY Auguste dit André]
SOULILLOU Albert
VALLET Charles
VALET Henriette
VIOLEAU Hippolyte
VOISIN Joseph
WOLFF Charles [WOLF Charles dit]
WULLENS Maurice

ŒUVRE : Béton armé, Grasset, 1946. — Avant-propos à Lettres de Georges Sorel à Paul Delesalle, Grasset, 1947. — Introduction à La Librairie du Travail de Marie-Christine Bardouillet, Maspero, 1977. — Collaboration au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

SOURCES : Le Réfractaire, n° 59, octobre 1980. — Notes de l’intéressé. — Jean Prugnot, Des voix ouvrières, Plein chant, 2016.

Nicole Racine

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