RAMETTE Arthur, Jean-Baptiste

Par Yves Le Maner

Né le 12 octobre 1897 à Caudry (Nord), mort le 15 décembre 1988 à Seclin ; ajusteur-mécanicien-forgeron ; militant communiste ; secrétaire de la Région puis de la Fédération du Nord du PC (1925 à 1939) ; membre du comité central (1930-1967) et du Bureau politique (1932-1950) du PC ; conseiller général (1937-1940 et 1945-1955).
Député (1932-1939, 1945-1951, 1956-1958, 1962-1973) et sénateur du Nord (1952-1956) ; secrétaire du groupe communiste à l’Assemblée nationale, secrétaire de l’Assemblée nationale ; directeur de Liberté.

Arthur Ramette
Arthur Ramette
Almanach de l’Humanité, 1949

Arthur Ramette naquit dans une famille ouvrière de Caudry, la cité du tulle. Sa mère était issue d’un milieu catholique mais n’était pas pratiquante, quant à son père, un artisan plafonneur, il professait des opinions républicaines, vaguement socialisantes ; il mourut brutalement en 1906 ce qui contraignit la mère d’Arthur Ramette à s’embaucher comme dévideuse dans une usine textile. Après avoir obtenu son Certificat d’études primaires à l’école Victor-Hugo à Caudry, il commença à travailler, à l’âge de douze ans, comme apprenti dans un atelier de fabrication de tulle. En 1911, il entra comme apprenti mécanicien (ajustage et forge) chez un petit patron et adhéra peu après au syndicat de sa corporation. sous l’influence d’Edmond Bricout*, secrétaire de la Bourse du Travail de Caudry. Dans ces années qui précédèrent la Première Guerre mondiale, Arthur Ramette était sympathisant des Jeunesses socialistes dont il devint secrétaire de la section de Caudry au lendemain du conflit ; il avait été poussé à ce premier engagement par l’un de ses frères, actif militant du Parti socialiste SFIO, qui devait être tué au combat. N’ayant pas été mobilisé en 1914 car il n’avait que dix-sept ans, Arthur Ramette refusa à plusieurs reprises d’être intégré aux « brassards rouges » (travailleurs forcés réquisitionnés par la Reichswehr) alors que Caudry était occupée ; cette attitude lui valut deux mois de prison en mars-avril 1918. Malgré les sérieuses difficultés provoquées par l’occupation, il avait pu se forger une solide culture autodidacte et s’était très tôt enthousiasmé pour la Révolution russe. Au physique, c’était un véritable colosse d’un mètre quatre-vingt-dix, pesant plus de cent kilos (il pratiquait alors régulièrement la boxe), au visage massif. Plus tard, un nez cassé et épaté, de petites lunettes rondes devaient rendre son personnage encore plus aisément reconnaissable.

Au lendemain de la guerre, A. Ramette reprit son métier de mécanicien et participa à sa première grève lors des grands mouvements qui secouèrent le pays pour l’obtention des 8 heures. En 1919, il devint secrétaire du syndicat CGT des Métaux de Caudry et, en octobre de la même année, il adhérait à la section caudrésienne du Parti socialiste SFIO que dirigeaient alors Lucien Sandras* et Léonce Delacourt*. Au début de l’année 1920, il participa avec ces derniers à la fondation du Comité de la IIIe Internationale qui entra en contact avec Boris Souvarine par l’intermédiaire de Sandras. Lors des débats qui précédèrent le congrès de Tours, les partisans de l’Internationale communiste obtinrent une nette majorité au sein de la section caudrésienne (90 sur 120), Sandras les représentant à Tours. Ramette adhéra évidemment au Parti communiste dès la scission et, en 1922, il succéda à Sandras comme secrétaire de la section de Caudry. En 1923, il fut nommé secrétaire du Comité de l’arrondissement de Cambrai et accéda à ce titre à la commission exécutive de la Fédération communiste du Nord, alors dirigée par Guy Jerram* et Edmond Devernay* (voir ces noms). Cette même année, il épousa Alia Bricout qui lui donnera un fils et le soutiendra durant toute sa vie militante.

À l’issue de la réorganisation des structures du PC décidée par le congrès de Lyon de 1924, Ramette conserva la direction de la section de Caudry, devenue cellule et prit celle du rayon, fonction qu’il conserva jusqu’en 1925 ; il faisait alors fonction de correspondant de l’Enchaîné pour le Cambrésis. Ce fut en 1924 qu’il fit la connaissance de Maurice Thorez qui avait été nommé secrétaire de la Région Nord du PC après l’éviction de Jerram ; une forte amitié devait par la suite constamment lier les deux hommes. Toujours en 1924, Ramette fut candidat aux élections législatives sur la liste du Bloc ouvrier et paysan du Nord : ayant obtenu 64 999 voix sur 451 026 votants, il manqua de 30 voix seulement son élection par rapport à son colistier Augustin Desoblin* ; la liste communiste n’emporta à cette occasion que trois des vingt-quatre sièges du département. Candidat aux municipales de mai 1925 à Caudry, il fut désigné, ce même mois, comme délégué permanent à la direction du rayon de Roubaix-Tourcoing-Halluin dont dépendaient cinq sous-rayons ; il conserva cette fonction jusqu’en octobre 1925. En juin-juillet 1925, il suivit les cours de l’École léniniste de Tourcoing et participa, en octobre 1925, à la préparation, dans le Nord, de la grève contre la guerre du Maroc, aux côtés de Fernand Grenier*, alors secrétaire de la section de Tourcoing. Puis, de novembre à fin décembre 1925, Ramette fit un stage à l’École centrale du parti à Clichy où enseignaient alors Fontenay, Marion et le militant allemand Kurella. Ce fut à cette occasion qu’il rencontra pour la première fois Manouilsky qui venait d’arriver à Paris le 2 décembre 1925 avec pour tâche de réorganiser le PCF.

À son retour dans le Nord, Ramette travailla quelque temps comme mécanicien à la coopérative de Caudry, puis, en 1926, peu avant le congrès de Lille (Ve du PC), il fut désigné comme secrétaire à l’organisation de la Région Nord aux côtés de Devernay et de Jerram qui était revenu au secrétariat à l’issue de la conférence régionale qui précéda le congrès. Mais, de profonds désaccords opposèrent Jerram à Ramette qui était chargé de veiller à la stricte application des consignes du comité central. Hostile à la tactique « classe contre classe », Guy Jerram* avait formé le Groupe de Valenciennes où il prônait un rapprochement avec la SFIO. À l’issue des élections municipales partielles de Valenciennes au cours desquelles il avait fait liste commune avec la SFIO, Jerram fut éliminé du secrétariat de la région Nord et « muté » en Meurthe-et-Moselle. Il fut remplacé par Henri Jacob*, nommé par le CC sur proposition de Semard. Ramette fut maintenu au bureau régional mais détaché dans le Pas-de-Calais (juin 1927) où il résida à Avion, dans la banlieue de Lens. Secrétaire du rayon de Lens, il réorganisa le comité départemental du Pas-de-Calais et prit une part active à l’organisation des grèves des mineurs unitaires. Candidat aux législatives de 1928 dans la 5e circonscription de Béthune, il permit une progression des voix du PC mais fut largement distancé par le député socialiste sortant. La même année, il anima une grève de deux mois des métallurgistes d’Arras aux côtés de Croizat délégué par la Fédération unitaire des Métaux. Pendant son séjour dans le Pas-de-Calais, Ramette fit porter l’essentiel de ses efforts sur Lens, bastion de la SFIO dans le bassin minier. Le 1er Mai 1929, communistes et socialistes organisèrent simultanément deux manifestations dans le centre de Lens, sur un même trajet. Ramette refusa une modification de trajet proposée par la police ce qui entraîna de violents heurts entre les militants communistes et les forces de l’ordre. Avec leur leader qui faisait le coup de poing au premier rang, les communistes parvinrent à atteindre la place de la Mairie où ils s’affrontèrent avec les socialistes. En conséquence de ces événements, Ramette fut arrêté le 6 octobre 1929 et condamné à un mois de prison qu’il effectua à Béthune. Pendant son séjour dans le Pas-de-Calais, il avait été tête de liste du PC aux municipales à Lens (complémentaires de 1928 et générales du 5 mai 1929) sans être parvenu à ébranler les positions d’Alfred Moës et de ses disciples.

En 1929, Jacob réédita à Valenciennes l’opération d’« autonomie » tentée par Jerram en 1925 et 1927, ce qui entraîna de profonds remous dans la Région Nord du PC. Arthur Ramette intervint alors au congrès de La Bellevilloise (VIe congrès du PC, Saint-Denis, avril 1929) pour demander un aménagement de la tactique « classe contre classe » dans les départements tels le Nord et le Pas-de-Calais où la classe ouvrière était fortement encadrée par la SFIO. Il s’opposait donc à Benoît Frachon* et à Maurice Thorez partisans de l’application systématique et à Devernay et Jacob opposés au principe même. Les deux derniers nommés durent quitter la direction régionale à l’issue du congrès (Jacob démissionna du PC) et Ramette, ayant la confiance de Thorez malgré leur opposition sur la tactique à suivre, fut chargé de prendre la direction de la Région Nord avec un jeune militant du Pas-de-Calais, Jean-Baptiste Constant*. La région regroupait alors trois départements : le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme qui en fut détachée peu après. Suite à « l’affaire Jacob », le PC connaissait dans cette région une sérieuse crise se traduisant par la désorganisation et l’apathie des cellules. Ramette chercha en premier lieu à améliorer le rendement des organisations de base (cellules, rayons) et favorisa l’arrivée d’une nouvelle génération de cadres après avoir éliminé les éléments dits « opportunistes ». Pour tenter d’enrayer la chute des effectifs, il chercha à resserrer les liens entre cellules locales et cellules d’entreprise, se démarquant ainsi dans la pratique des consignes du CC, ce qui constituait l’amorce d’un retour aux anciennes sections locales. Sa première tâche à son retour dans le Nord fut d’organiser la journée de lutte contre la guerre impérialiste du 1er août 1929, dans un contexte de répression (arrestation de Thorez et des membres du CC) et de luttes internes au sein du PC (constitution du « groupe » Barbé-Celor). Cette même année, il coordonna l’action des militants communistes pendant les grandes grèves du Textile dans le Nord contre l’application de la loi sur les Assurances sociales, les anciens demandant une augmentation de salaire correspondant au versement obligatoire.

En juin 1930, une nouvelle grève éclata pour la même raison, puis une autre en juin 1931, au cours de laquelle se produisirent de violents incidents entre grévistes CGTU et policiers, connus sous le nom de « barricades de la rue des Longues-Haies » à Roubaix qui allaient attirer à Ramette de sérieux ennuis avec la justice. En 1930, il avait été une nouvelle fois inquiété pour avoir mené la contre-manifestation communiste lors de la venue à Lens de Paul-Boncour, le 30 mars. Cette manifestation, qui marqua l’apogée de la lutte fratricide entre le PC et la SFIO, s’était achevée par des combats d’une extrême violence avec les socialistes ; alors que les militants communistes tentaient de pénétrer dans la Maison des syndicats, plusieurs coups de feu furent échangés. Mais, en 1931, les poursuites judiciaires allèrent plus loin : pour avoir exalté les barricades de la rue des Longues-Haies dans les colonnes de l’Enchaîné, Ramette fut arrêté le 24 juin pour « provocation aux crimes de meurtre, pillage et incendie » et condamné, en août, à deux ans de prison et à 500 francs d’amende par le tribunal de Lille, peine qui fut réduite en appel, le 9 avril 1932, à dix-huit mois de prison. Écroué à la centrale de Loos puis à Douai, Ramette se consacra à la lecture et renforça notablement ses connaissances théoriques par l’étude des principaux classiques du marxisme. Alors qu’il était toujours incarcéré, il fut désigné comme candidat du PC aux législatives de 1932 dans la 2e circonscription de Douai et élu, seul député communiste du Nord, le 8 mai ; il l’emporta au second tour par 10 717 suffrages sur 21 724 votants contre 9 951 au radical indépendant Debève ; au premier tour, il était arrivé en tête avec 8 316 voix sur 21 804 votes exprimés, précédant Debève (6 781), le radical-socialiste Le Fèbvre (3 096) et le socialiste SFIO (3 080). Ramette fut libéré de la prison de Cuincy-Douai le 7 juin 1932 après un vote de la Chambre mais dut attendre un an pour que la validité de son élection soit prononcée, le docteur Debève ayant avancé une objection juridique qui ne fut pas retenue après une consultation de droit auprès du ministère de la Justice. En octobre 1932, Ramette fut candidat, sans succès, au renouvellement triennal du Sénat, dans le Nord. L’année 1932 marqua également son entrée officielle au comité central du PC à l’occasion du congrès de mars (VIIe congrès, Paris) toujours pendant sa détention ; il siégeait en fait au CC comme suppléant depuis 1930. Dès son élection à la députation, Ramette fut convoqué à toutes les réunions du Bureau politique comme membre coopté et considéré comme tel dans toutes les assemblées et délégations. Il n’y entra officiellement (comme membre suppléant) en compagnie de François Billoux* qu’au congrès de Villeurbanne (VIIIe congrès) en janvier 1936, sur proposition de Maurice Thorez dont il fut toujours le fidèle parmi les fidèles.

De 1932 à 1939, Arthur Ramette partagea sa vie entre Paris et le Nord, faisant preuve d’une formidable activité. À la Chambre, il siégea, de 1932 à 1936, au sein du « groupe des dix » et, en raison des multiples tâches des autres députés du groupe communiste, assura, avec Renaud Jean* une sorte de permanence du PC sur les bancs de l’hémicycle. Il intervenait alors au moins une fois par semaine à la tribune pendant les sessions de l’Assemblée. Pendant son premier mandat, Ramette fit partie de quatre commissions ordinaires (Mines et Forces motrices, Législation civile et criminelle, Algérie, Colonies et pays de protectorat, Marine militaire) et de la commission d’enquête constituée au lendemain des événements du 6 février 1934. Malgré ce travail intense, il ne reçut la charge d’aucun rapport en raison de la faiblesse numérique du groupe communiste. Il en fut tout autrement au cours de son second mandat. Réélu en 1936 dès le premier tour avec 11 246 voix sur 22 142 votants, contre 7 742 au radical indépendant Dufour et 2 257 au socialiste Lanselle, il fut secrétaire de la Chambre de 1936 à 1939, se contentant cette fois de l’appartenance à deux commissions : commission des Finances (dont il fut vice-président et souvent rapporteur pour avis) et commission des Mines et de la Force motrice. Il fut à l’origine d’une quinzaine d’initiatives législatives, de plus d’une vingtaine de rapports et de près de 250 interventions à la tribune. Parmi ses propositions de loi ou de résolutions, une seule fut sur le point d’aboutir, celle tendant à relever les pensions des anciens mineurs retraités, en pratiquant une indexation sur le salaire des mineurs en activité ; adopté par la Chambre des députés le 31 mars 1938, le texte fut repoussé au Sénat. Parmi les rapports qu’il eut à effectuer, figurèrent ceux du budget du Travail pour les exercices 1937, 1938 et 1939. En outre, il présenta, en tant que rapporteur pour avis de la commission des Finances, de nombreux textes sur les Assurances sociales, les retraites, les assurances vieillesse et d’invalidité et en particulier l’important projet en faveur des assurances sociales modifiant l’assurance vieillesse, adopté le 14 mars 1939, mais que le Sénat ne put mettre à son ordre du jour du fait des événements. Ses interventions à la tribune, ayant comme dénominateur commun la défense de la classe ouvrière, furent très variées quant à leurs sujets : chômage, questions salariales, marché charbonnier, ligues fascistes, brutalités policières, etc... Il se signala également par ses interpellations au cours desquelles sa stature, sa voix puissante faisaient merveille : ainsi lors des grèves d’Armentières en 1933, lors des débats de politique générale en 1933 et 1936 contre le gouvernement Chautemps, les 11 et 12 janvier 1934 à propos de l’affaire Stavisky. Si, dans cette dernière occasion, le président du Conseil eut à louer la « mesure habituelle » de Ramette, ce dernier se signala également à l’Assemblée par son caractère violent et emporté et par ses goûts pugilistiques prononcés : le 21 février 1936, dans un salon du Palais-Bourbon, il frappa au visage Philippe Henriot qui avait la semaine précédente lancé une violente diatribe contre les communistes ; Henriot porta plainte, mais l’affaire n’eut pas de suite. En juin 1937, un nouvel incident l’opposa, dans l’enceinte de la Chambre à l’un de ses collègues : il versa son verre de vin rouge sur le plastron blanc de Des Isnards, député de Paris, qui arrivait en smoking d’une soirée mondaine pour participer à un vote de nuit. Enfin, Ramette joua un rôle de premier plan dans deux circonstances qui marquèrent profondément les dernières années de la IIIe République. Le 13 janvier 1938, il répondit à la tribune de la Chambre à Camille Chautemps, président du Conseil en exercice, qui avait accusé à mots couverts les communistes d’être prêts à pousser la classe ouvrière à la violence. Ramette rappela alors dans sa déclaration de vote les mesures sociales que le PC exigeait pour compléter les acquis du Front Populaire. Chautemps dans sa réplique, déclara : « Je propose des mesures d’austérité et vous me présentez un catalogue de revendications. S’il en est ainsi, M. Ramette, je vous rends votre liberté ! » Cet échange déboucha donc sur la rupture définitive du Front Populaire, même si Ramette, encore lui, vint apporter au nom du groupe communiste, la confiance et les pleins pouvoirs au cabinet Chautemps-Daladier, le 12 avril 1939.

Parallèlement à cette activité parlementaire, Ramette continuait à jouer un rôle de premier plan dans l’organisation du PC dans le Nord. Présent en semaine à Paris lors des sessions de l’Assemblée, il se rendait dans le Nord le samedi, le dimanche et le lundi, en résidant à Aniche, près de Douai, jusqu’en 1936, puis à Lille. Pendant cette période, il tint à peu près deux cents réunions publiques par an, dans les communes de sa circonscription, dans le département du Nord et parfois dans d’autres régions de France. Le lundi matin, il se chargeait de l’étude critique de l’Enchaîné de la semaine en cours et de la préparation de l’édition du vendredi ; l’après-midi, il participait à la réunion du secrétariat régional du Nord avant de prendre le train pour Paris. Sur le plan régional, il joua un rôle important dans le processus de formation du Front Populaire. Au lendemain du 6 février 1934, ce fut lui qui organisa la contre-manifestation communiste vers le siège de l’Humanité à Paris, manifestation au cours de laquelle il fut sévèrement matraqué par la police. Dans l’Enchaîné du 13 février 1934, Ramette affirmait que les chefs socialistes avaient été incapables de s’opposer à la réalisation du Front unique à la base lors de la manifestation du 11 février ; or, cette manifestation, organisée par la SFIO avait été marquée à Lille par des affrontements entre les militants des deux partis. Malgré ces difficultés, Ramette participa aux premières réunions visant à l’établissement du front commun dans la région Nord et, le 7 juillet 1934, il tint, avec Augustin Laurent* le premier meeting commun PC-SFIO dans le département du Nord, à Hellemmes. Ramette bénéficiait alors du soutien de son ami Grandclément (alias E. Fried*, voir ce nom), délégué de l’Internationale communiste, qui orientait alors la politique du PCF, stratégie qui fut approuvée à posteriori par Staline et Dimitrov lors du VIIe congrès de l’Internationale. Ses efforts de réorganisation de la région Nord portèrent leurs fruits lors du formidable ébranlement de 1936. En une année, les effectifs du PC dans le département du Nord passèrent de 4 000 à 24 000 et l’Enchaîné vit son tirage grimper à 44 000 exemplaires pour le Nord et à 27 000 pour le Pas-de-Calais. Sur le plan électoral, le PC remporta sept sièges de députés dans le seul département du Nord en 1936 et de nombreux postes au conseil général en octobre 1937, Ramette lui-même étant élu dans le canton de Douai-Nord. En novembre 1936, il avait rédigé la célèbre « Lettre au Cardinal Liénart » (cosignée par J. Hentgès et Martha Desrumeaux), parue dans les Cahiers du bolchevisme, qui proposait « la main tendue » aux catholiques du Nord. À la veille de la déclaration de guerre de 1939, Ramette était toujours secrétaire de la Fédération communiste du Nord, en compagnie de Joseph Hentgès* père et de Louis Lallemand*.

Au cours de la première partie de sa carrière militante, Arthur Ramette assista à tous les congrès nationaux du PC à partir de 1925 (à l’exception du VIIe congrès, Paris, 11-19 mars 1932, pendant lequel il était en prison) : VIe, (Saint-Denis, 31 mars-7 avril 1929), VIIIe (Villeurbanne, 22-25 janvier 1936) et IXe (Arles, 25-29 décembre 1937). « Komminternien », Ramette resta évidemment fidèle au PC lors de la conclusion du Pacte germano-soviétique en août 1939 et fut appelé à jouer un rôle capital dans l’histoire du PC pendant la période de la « drôle de guerre » alors que la répression gouvernementale s’abattait sur lui. Le 26 septembre 1939, le PCF était dissous par le gouvernement. Mais dès le lendemain, le Groupe ouvrier et paysan français était créé et remplaçait à la Chambre le groupe communiste ; la naissance du nouveau groupe était même enregistrée par le Journal officiel, le 29 septembre. Ramette en était le président, Florimond Bonte, le secrétaire général. Le gouvernement saisi d’une plainte du tribunal militaire de Paris, lança immédiatement une information pour reconstitution de ligue dissoute.

Dès cette période (derniers jours de septembre), Ramette assura la liaison entre la direction clandestine du parti (Duclos et Frachon) et Maurice Thorez qui était mobilisé. Mis au courant avec Duclos, de la procédure d’arrestation des leaders communistes, Ramette se rendit avec ce dernier en Belgique où eut lieu, dans les tous premiers jours d’octobre, une réunion des dirigeants de plusieurs partis communistes occidentaux ; les deux hommes évitèrent d’extrême justesse l’arrestation à la frontière. À l’issue de cette réunion, il fut décidé de constituer une « réserve » de la direction du PCF en Belgique, avec Duclos à sa tête. Le nom d’Arthur Ramette fut également associé à la fameuse lettre adressée le 1er octobre 1939 à Herriot, président de la Chambre des députés, co-signée par Bonte et Ramette. Dans un entretien, en décembre 1978, Ramette nous a donné de cet épisode la version suivante : « Ayant un rendez-vous avec Frachon, Duclos et Ramette confièrent à Bonte et Berlioz le soin de rédiger la lettre à Herriot. Le texte n’étant pas au point à leur retour, ce fut Jacques Duclos* qui prit une feuille de papier... et l’on peut dire que d’un trait, en un quart d’heure, il écrivit le texte qui fit date dans l’histoire du parti. » D’autre part, contrairement à ce que laisse entendre Jacques Fauvet dans son Histoire du Parti communiste français (t. 2, p. 16), il ne semblerait pas que Ramette ait été au volant de la voiture qui vint chercher Thorez à Chauny lors de sa désertion. Sur ce point de détail qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, Ramette nous a donné, dans des circonstances définies plus haut, les indications suivantes : il fut personnellement chargé, dès le début de la mobilisation, de tenir les contacts avec Thorez qui était alors mobilisé entre Douai et Arras. Puis, il le rejoignit à Chauny pour lui annoncer que la direction du parti avait jugé que le moment était venu de le mettre à l’abri et pour lui transmettre les consignes pour le rendez-vous du lendemain (soit le 4 octobre 1939) ; la mission de Ramette se serait donc résumée à fixer des heures de rendez-vous pour son départ. Revenu à Bruxelles, Ramette rencontra Thorez à trois reprises, ce qui semblerait accréditer l’idée d’un rapide départ de Belgique du secrétaire général du PCF. De son côté, Arthur Ramette resta en liaison permanente avec l’avocat Fontaine pendant le procès des députés restés fidèles au PCF et ce fut lui qui rédigea la Lettre ouverte aux députés anglais dans laquelle il protestait contre l’arrestation des dirigeants communistes français. Il collabora également avec Duclos à la rédaction de la déclaration lue par Billoux, lors du « procès des 44 ».

Porté insoumis le 9 mars 1940, Ramette fut condamné par contumace au cours du même procès, le 3 avril 1940, à cinq ans de prison et à 5 000 francs d’amende pour reconstitution de ligue dissoute. De Bruxelles, il contribua à la rédaction du matériel de propagande dont Martha Desrumeaux assurait le passage et la diffusion en France. Ramette bénéficiait alors d’un passeport luxembourgeois et utilisait de multiples identités empruntées à des militants bruxellois. Le 9 mai 1940, Madame Ramette était arrêtée par la police belge ; jugée peu après, elle fut acquittée. Le jour de son arrestation, Ramette, après une dernière rencontre avec Duclos, se dirigea vers Amsterdam pour s’embarquer sur le Molotov qui venait d’être construit par un chantier naval hollandais et fut accueilli par un délégué de l’IC. Le Molotov arriva à Léningrad à la fin mai 1940 après quelques jours d’escale dans le port lithuanien de Lipaga. Ramette, qui avait voyagé en compagnie du leader communiste italien Togliatti et de Raymond Guyot*, se rendit à Moscou où il retrouva Maurice Thorez et André Marty*. Chargé des émissions vers la France à « Lino-Radio », il dut quitter Moscou pour Oufa (Bachkirie) dès l’ouverture du conflit entre l’URSS et l’Allemagne nazie, en juin 1941. Il continua d’assurer les émissions d’information radio vers la France par l’intermédiaire du « Poste du front national de lutte pour la libération de la France », aidé par une équipe restreinte comprenant notamment Gouin. Ramette fournissait alors un travail considérable : utilisant les données obtenues par l’écoute des différentes radios et les informations transmises de France par Raymond Guyot* et Léon Mauvais*, il rédigeait une moyenne de huit pages de copie par jour qu’il lisait lui-même au micro. Outre des informations sur le cours général de la guerre, les émissions vers la France comportaient des conseils pratiques (comment faire des explosifs, sabotages ferroviaires, etc...). Ce fut une période éprouvante sur le plan physique en raison des conditions climatiques sévissant à Oufa (températures de l’ordre de — 40°) et des privations alimentaires : de 105 kg en 1939, Ramette était tombé à 70 kg en 1943. Utilisant alors le pseudonyme de Dupuis, du nom d’un militant passé à la clandestinité en France, il revint à Moscou en mars 1943 pour y remplacer Marty dans les négociations avec la légation française, d’abord avec Garraud puis avec le général Petit ; il poursuivit cependant son travail d’information radiodiffusée jusqu’en 1944. Le 24 février 1944, Thorez et Ramette demandèrent au délégué du CFLN à Moscou l’autorisation de se rendre à Alger mais, ils se virent opposer un refus et il fallut attendre la libération de la France pour qu’un accord puisse être trouvé. Après que Maurice Thorez ait eu un dernier entretien avec Staline et Molotov, le 7 novembre 1944, il fut rapatrié en compagnie de Jeannette Vermeersch* (et de leurs enfants) par un avion soviétique qui quitta Moscou le 8 novembre 1944. L’appareil s’arrêta quelques jours à Téhéran, fit escale au Caire, à Naples et arriva à Istres le 24 novembre 1944, ses occupants gagnant aussitôt Paris. Arthur Ramette y retrouva sa femme dont il était sans nouvelles depuis l’arrestation de cette dernière, le jour même de son départ de Bruxelles en mai 1940.

Il réintégra immédiatement le BP du parti où il fut officiellement réélu lors du XIe congrès (Strasbourg, 1947) et reprit la direction de la Fédération communiste du Nord, fonction qu’il conserva jusqu’en 1949, date à laquelle il fut remplacé par Louis Lallemand*. Il assura également la direction politique du quotidien communiste lillois Liberté de 1944 à 1950, puis la direction générale de 1950 à 1956. Délégué à l’Assemblée consultative en 1944, Ramette fut élu député dans la 2e circonscription du Nord (il avait abandonné le bassin minier pour Lille) en 1945 pour les deux Constituantes, puis à l’Assemblée nationale. Il fut alors secrétaire du Parlement et secrétaire du groupe communiste à l’Assemblée (Duclos en étant président). Battu aux législatives de 1951, en raison de l’application du scrutin par apparentements qui bénéficia aux socialistes et aux indépendants, malgré une progression de voix, il fut élu sénateur du Nord l’année suivante mais parvint à reconquérir son siège de député après la dissolution de l’Assemblée par Edgar Faure en 1956, élu tête de liste dans le Nord. Battu lors du raz-de-marée gaulliste de 1956, il retrouva son mandat en 1962 et le conserva jusqu’en 1973 (15e circonscription du Nord). Outre sa présence à l’Assemblée nationale, Ramette fut conseiller général de Douai de 1945 à 1955 et conseiller municipal de Lille de 1947 à 1963. Evincé du BP en 1950 au profit de Jeannette Vermeersch*, il continua de siéger au CC du PC jusqu’en 1967, lorsqu’un très grave accident d’automobile le cloua sur un lit d’hôpital pendant dix-sept mois. Malgré son immobilisation, il fut facilement réélu aux législatives de 1968. En 1973, après une vie politique très chargée, après avoir traversé la plupart des crises et des jours de gloire du PCF, Arthur Ramette prit sa retraite politique à l’âge de soixante-seize ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article128042, notice RAMETTE Arthur, Jean-Baptiste par Yves Le Maner, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 5 juin 2019.

Par Yves Le Maner

Arthur Ramette
Arthur Ramette
Almanach de l’Humanité, 1949

SOURCES : Arch. Dép. Nord, M 35/8, M 37/75, M 37/76B, M 37/90B, M 154/189A et B, M 154/191, M 154/195E et F, M 595/68. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 182, M 2387 et M 2396. — Arch. Jean Maitron. — RGASPI, 495 270 83, donnsier dans les archives du Komintern, mais il a été déplacé dans le service de politique extérieure du PCUS puis versé au RGANI de Moscou où il est inconsultable. — A. Ramette, « Un an avant le congrès de Tours », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 18, 2e trimestre 1970, pp. 77-85. — Y.-M. Hilaire, Atlas électoral Nord-Pas-de-Calais, Lille, 1973. — P. Wecksteen, « La formation du Front Populaire à Lille à travers la presse locale (janvier 1934-mars 1936) », Revue du Nord, n° 203, octobre-décembre 1969. — Ch. Tillon, On chantait rouge, Paris, 1977. — J. Fauvet, Histoire du Parti communiste français, op. cit. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires, op. cit. — Entretiens avec Arthur Ramette en décembre 1978.

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