Née en 1900 à Paris ; employée des PTT ; journaliste, écrivain.

Née dans une famille d’artisans tailleurs, Henriette Valet dont le père était un syndicaliste actif, vint très jeune à Moulins (Allier). Elle aurait probablement appris un métier manuel s’il n’y avait eu la guerre qui réduisit l’activité des ateliers et des magasins. Après avoir obtenu le brevet élémentaire, elle entra comme téléphoniste dans l’administration des PTT. Aimant la lecture, et influencée par sa sœur aînée qui, dès l’âge de quatorze ans, écrivait des poèmes et des romans, elle aurait essayé elle-même d’écrire « des livres à thèse » après son départ pour Paris où elle continua d’exercer son métier dans un central téléphonique.
Le hasard voulut qu’Henriette Valet rencontrât chez une amie de jeunes intellectuels révolutionnaires : Pierre Morhange*, Norbert Guterman*, Michel Matveev et Henri Lefebvre* qu’elle devait épouser par la suite (vers 1930 ?). Ceux-ci lui prodiguèrent des conseils pour ses lectures. Ainsi amenée à découvrir des œuvres qu’elle ignorait, dont Jean-Christophe de R. Rolland, elle comprit que « la littérature n’était pas un jeu ni un passe-temps, mais une action ». Ses amis, auxquels elle avait raconté sa vie, l’engagèrent vivement à en faire le récit. Et Henriette Valet, pendant ses heures de liberté, reprit la plume. « Je suis téléphoniste, c’est un dur métier, énervant, avec des heures de présence irrégulières. Et j’écris très lentement, confiait-elle, je refais dix fois la même phrase... » Henry Poulaille* a raconté dans Le Peuple comment N. Guterman lui apporta un jour, enfin, le manuscrit de Madame 60 Bis. Le roman parut en 1934 aux Éditions Grasset. Henriette Valet, qui ne connaissait pas Neel Doff, n’avait pu être influencée par elle, mais celle-ci fut la première à témoigner de la valeur exceptionnelle de l’œuvre. Ce roman, qui ne comporte aucune intrigue, est un récit pathétique dont l’action se situe à la maternité de l’Hôtel-Dieu, à Paris. « Je n’ai pas eu à chercher des thèmes, à inventer des situations, devait écrire plus tard H. Valet, j’ai vécu ce que j’ai écrit. » Henriette Valet fut cette « Madame 60 Bis » depuis le soir où elle poussa la porte de cet asile-refuge de la maternité jusqu’au jour où elle le quitta avec son enfant.
Dans un second roman, Le Mauvais temps, publié en 1937, et dont l’action se passe en 1914, Henriette Valet fit appel à ses souvenirs d’adolescence pour faire revivre toute une galerie de personnages qu’elle avait connus et qu’elle présenta avec un certain souci de stylisation artistique.
Dans les années d’avant-guerre, sans abandonner son métier, Henriette Valet travailla comme journaliste à Ce Soir, journal pour lequel elle fit de longs reportages.

ŒUVRE : Madame 60 Bis, Paris, Éd. Grasset, 1934. — Le Mauvais temps, Paris, Éd. Grasset, 1937.

SOURCES : H. Poulaille, « Littérature prolétarienne. Un début : Henriette Valet », le Peuple, 1934. — M. Lapierre, « Madame 60 Bis », le Peuple, 1934. — H. Lefebvre, « Madame 60 Bis », NRF, 1934. — L. Massé, « Henriette Valet », Lectures du Soir, 1934. — Biographie d’Henri Lefebvre dans le Maitron.

Jean Prugnot

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