ALLANOS Rémy

Par Pierre Alanche, Jacques Debesse

Né le 25 avril 1937 au Saint (Morbihan) ; technicien électronicien ; secrétaire du syndicat CFDT de la construction électrique et électronique (SCEE) de 1970 à 1975, secrétaire général de l’UPSM-CFDT (1974-1978), membre de la commission exécutive de la FGM-CFDT (1977-1978) et du conseil confédéral de la CFDT (1974-1978).

Rémy Allanos était fils unique de Mathurin Allanos et Marie-Françoise Beurnez, agriculteurs bretons qui, pour subvenir aux besoins de la famille, devaient laisser leur ferme deux fois par an pour s’embaucher comme travailleurs saisonniers en Beauce ou en région parisienne. La famille quitta la Bretagne en 1941 pour s’installer à Marseille (Bouches-du-Rhône) où le père devint marin pompier. Après la séparation de ses parents en 1946, Rémy Allanos habita à L’Haÿ-les-Roses (Seine, Val-de-Marne) avec sa mère qui trouva une place dans une teinturerie puis devint employée de lingerie à l’hôpital de la cité universitaire à Paris (XIIIe arr.) où, en 1972, elle fut élue déléguée du personnel CFDT. Au gré des changements de résidence, Rémy Allanos fréquenta l’école maternelle à Marseille, l’écoles primaires à Marseille et brièvement au Saint (Morbihan) quand Marseille fut bombardée et à L’Haÿ-les-Roses. Il poursuivit ses études au cours complémentaire de Sceaux (Seine, Hauts-de-Seine) de 1948 à 1952, puis à l’École française de radio-électricité, au 10 rue Amyot à Paris (Ve arr.). Il y obtint en 1955 le diplôme de technicien en électronique. Sa mère, catholique pratiquante, l’avait inscrit en 1947 au mouvement des Scouts de France. Il fut louveteau, scout puis routier. Ce fut la branche Route qui le sensibilisa aux enjeux du conflit algérien et l’incita à rester en contact avec le scoutisme en milieu populaire jusqu’en 1969, en qualité de « cadre vert ».

Il fut embauché en octobre 1955 au laboratoire d’acoustique sous-marine de la Société alsacienne de construction mécanique, d’énergie nucléaire, de télécommunication et d’électronique (SACM) au 51 de la rue de l’Amiral-Mouchez à Paris (XIIIe arr.), avant d’effectuer son service militaire à Annecy (Haute-Savoie) de juillet 1957 à novembre 1958, puis en Kabylie (Algérie) jusqu’en novembre 1959. De retour à la SACM, il retrouva son emploi au laboratoire d’acoustique sous-marine, transféré entre-temps au sein de l’usine, au 1er de l’avenue Aristide-Briand à Arcueil (Seine, Val-de-Marne). Avec l’aide capitale de Jean Auger, permanent à l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM-CFTC), qui le soutint efficacement face à Pierre Herreng, directeur des laboratoires de la SACM, obligé de négocier avec un syndicat de salariés, Rémy Allanos fut élu délégué du personnel sans étiquette, se syndiqua puis, avec Maurice Allézy, créa aux laboratoires, en 1960, une section syndicale CFTC dont il devint le secrétaire. Fervent partisan de la déconfessionnalisation de la CFTC, Rémy Allanos et sa jeune équipe entreprirent une consultation de l’ensemble des personnels de l’usine d’Arcueil et des laboratoires de la région parisienne. À une large majorité, elle donna raison à l’évolution de la CFTC qui allait devenir CFDT lors de son congrès confédéral de 1964. Avec l’équipe militante, il publia de 1965 à 1968 L’Irréductible, un mensuel destiné aux adhérents de la CFDT, traitant des problèmes de l’entreprise et de l’actualité sociale. Sous son impulsion, la CFDT se développa dans cette entreprise à forte proportion de techniciens et de cadres, devenue en avril 1964 Alcatel (société alsacienne de construction atomique, de télécommunication et d’électronique). Rémy Allanos contribua à y faire reconnaître le fait syndical que le PDG de l’époque, Robert Julia, considérait comme un crime de lèse majesté.

L’évolution sociologique de la classe ouvrière dans les années 1955 à 1965 était marquée, surtout en région parisienne, par une progression importante du nombre de techniciens, dessinateurs et ingénieurs et l’émergence des métiers de l’électronique. De nombreux mouvements de grève et des manifestations avaient permis la négociation en 1959 d’avenants à la convention collective de la métallurgie de la région parisienne, traitant des qualifications pour ces nouveaux métiers avec une grille de classification spécifique pour les agents techniques. Encore fallait-il mettre en œuvre concrètement ces dispositions dans les entreprises. Rémy Allanos anima plusieurs conflits de techniciens et dessinateurs portant sur les salaires et la reconnaissance de leurs compétences. Lorsque le syndicat de la construction électrique et électronique (SCEE-CFTC) se créa en 1962, il fut désigné par sa section syndicale, pour la représenter au conseil syndical. Cette composante de l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM-CFTC) était au cœur de l’action pour la reconnaissance de ces nouveaux métiers. En mai et juin 1968, Rémy Allanos anima la grève avec occupation des locaux qui toucha pendant plus d’un mois tous les établissements d’Alcatel. Il conduisit l’équipe CFDT de négociation. L’accord permit une augmentation substantielle des salaires et l’institution d’un droit d’information du personnel après chacune des deux réunions annuelles du comité central d’entreprise, sous forme d’assemblée générale du personnel, d’une durée de trois heures, prises sur le temps de travail et payées comme telles. Il devint membre du conseil fédéral de la Fédération générale de la métallurgie lors de son congrès de Rouen (Seine-Maritime) en avril 1968, par désignation de l’UPSM pour la représenter, puis fut reconduit dans son mandat au congrès de Dijon (Côte-d’Or) en mai 1971.

Sollicité par Claude Michelot*, secrétaire général de l’UPSM, Rémy Allanos quitta Alcatel en mai 1970 pour être embauché comme permanent de l’UPSM et lui succéder en qualité de secrétaire général du SCEE. Il fut confronté aux restructurations industrielles, notamment le plan calcul CII-Bull, la fusion entre Alcatel et CIT, aux délocalisations des établissements de Paris vers les nouvelles zones industrielles de la grande couronne parisienne. Il devint secrétaire général de l’UPSM en 1974 à la suite de Roger Dumas*. Il prolongea son mandat de conseiller fédéral de la FGM par son élection au titre de son syndicat, le SCEE, lors du congrès fédéral de Grenoble en novembre 1974, et fut élu à la commission exécutive fédérale au congrès de Strasbourg en novembre 1977. Parallèlement à son activité fédérale, il entra au bureau de l’Union régionale parisienne (URP-CFDT) en 1974 et, à ce titre, siégea au conseil national confédéral CFDT (1974-1978).

Le développement de la CFDT dans la dynamique de Mai 1968 et le dégraissage industriel de Paris vers les départements de l’Ile-de-France qui accueillaient les établissements des grands groupes en zones industrielles, conduisit l’UPSM à la mise en place, à partir de 1975, de syndicats des métaux départementaux pour se substituer aux syndicats régionaux d’industrie (mécanique, électrique-électronique, automobile et aéronautique). Rémy Allanos forma des équipes locales, représentatives d’intérêts très diversifiés, qui allaient des ouvriers spécialisés de l’automobile, français et immigrés, aux ingénieurs de l’informatique. Il contribua à la mise en place de permanents immigrés, notamment Alberto Gonzáles Marcos en 1971, ou de permanents ingénieurs et cadres, tel Pierre Alanche* en 1978, qui, tout en s’intégrant au travail syndical collectif, étaient porteurs de sensibilités spécifiques. La structuration des syndicats et sections syndicales, l’information et les campagnes de syndicalisation étaient cruciales. Les tracts de l’UPSM, distribués dans les entreprises de la métallurgie du périmètre régional, étaient souvent distribués à plus de 100 000 exemplaires. Dans toutes les instances auxquelles il participa, Rémy Allanos fut le représentant rigoureux de cette UPSM à la sociologie complexe, parcourue par toutes les influences des partis et groupuscules de l’après Mai 1968. Les analyses et les propositions qu’elle en tirait n’étaient pas toujours partagées par les instances régionales, fédérales ou confédérales, mais c’est toujours dans un esprit loyal et constructif que Rémy Allanos les exprimait et elles servaient souvent de référence dans les débats. En fin de mandat, il quitta l’UPSM en août 1978.

Sollicité par Edmond Maire*, il devint rédacteur à Syndicalisme hebdo, le journal confédéral, chargé de couvrir le secteur économique, les fédérations de la métallurgie, de la santé et des finances, ainsi que les régions Bretagne, Alsace et Midi-Pyrénées. Il réalisa dans ce cadre de nombreux reportages dans les entreprises de la sidérurgie, de la construction navale, de l’automobile, de la construction électrique et de la téléphonie, touchées par des restructurations et des fermetures. En 1981, il effectua un reportage sur le Japon au cours d’une mission confédérale, invitée par le Sohyo, une des confédérations syndicales japonaises, marquée à gauche. Dans une série d’articles, il contribua à faire découvrir aux militants l’envers de ce que l’on appelait alors « le miracle économique japonais ». Il fut à l’origine du contact entre Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, Roger Briesch*, responsable du secteur international confédéral, et Claude Sardais*, son successeur au secrétariat général de l’UPSM, qui avait décidé de se rendre en Pologne. La décision fut prise de missionner Claude Sardais qui, le 26 août 1980, devant les 360 membres du comité de grève des chantiers navals de Gdansk, au nom de toute la CFDT, apporta un soutien financier. Ce fut la première intervention publique d’un syndicaliste d’Europe occidentale en faveur de Solidarnosc. Rémy Allanos rendit compte dans les colonnes de Syndicalisme hebdo de la visite de Lech Walesa, le 15 octobre 1981, à l’usine Snecma à Corbeil-Essonnes (Essonne), où il était invité par la section syndicale CFDT.

Rémy Allanos quitta l’Ile-de-France en 1984 pour la région Rhône-Alpes. Il intégra les groupes de Lyon (Rhône) et de Grenoble (Isère) du cabinet Syndex, au sein duquel il devint intervenant confirmé. Il entra également au Cefore (association régionale de comités d’entreprises qui développait une activité de conseil, de formation et d’études pour les élus des comités d’entreprise). Pour se préparer à cette nouvelle activité, il suivit des cours à l’Institut de l’administration des entreprises (IAE) de l’université de Lyon III, pendant une année, en auditeur libre. Il devint directeur du Cefore (1986-1997) où il assura la formation économique et de droit social, ainsi que la publication d’un bulletin bimestriel, Initiative sociale, destiné aux militants syndicaux et aux élus des comités d’entreprise. À la demande de l’Union départementale CFDT de Savoie, il réalisa une étude en 1985 avec Dominique Gaudron : Impact économique prévisible des jeux olympiques d’hiver de 1992 en Savoie, puis une autre en 1989 : Diversification des activités de l’ONERA sur le site de Modane (Savoie) dans le domaine de la métrologie.

Il prit sa retraite en 1997 et continua à militer à l’Union des retraités CFDT de Savoie. Il adhéra au Parti socialiste (2007-2010), devint militant d’Amnesty international en 1995 et de Greenpeace en 1997.

Marié à Annette Peruzzo le 1er octobre 1960 à L’Haÿ-les-Roses, Rémy Allanos eut quatre enfants : Christine (1961), Étienne (1964), Véronique (1965) et François (1969). À Morsang-sur-Orge (Essonne), son épouse fut membre de la Confédération syndicale du cadre de vie (CSCV) de 1966 à 1979 et de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de 1972 à 1977.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136405, notice ALLANOS Rémy par Pierre Alanche, Jacques Debesse, version mise en ligne le 9 mars 2011, dernière modification le 21 juin 2011.

Par Pierre Alanche, Jacques Debesse

ŒUVRE : Collaboration à la rédaction de l’ouvrage collectif de l’Union départementale CFDT de Savoie : Éléments d’histoire de la CFDT en Savoie, de 1930 à 1980, imprimerie Lienhart, Aubenas, 2001.

SOURCES : Archives UPSM, FGMM et confédérales CFDT. — Vidéo du CARDE, Michel Marcon, 29 juillet 1998. — Entretien avec Pierre Alanche, octobre 2010. — Document écrit de Rémy Allanos, septembre 2010.

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