LANG Jacques [Haut-Rhin]

Né le 17 mai 1914 à Melun (Seine-et-Marne), mort le 14 octobre 1996 à Crégy-lès-Meaux (Seine-et-Marne) ; directeur de grand magasin à Colmar (Haut-Rhin) ; militant JS à Paris, ajiste CLAJ en 1936-1939, militant PSOP en 1938-1939 à Colmar, militant PCF de 1942 à 1956 en captivité en Allemagne, puis en Dordogne, puis dans la Seine, puis dans le Haut-Rhin, capitaine FTP en Dordogne en 1944, militant Nouvelle Gauche, puis UGS, puis PSU dans le Haut-Rhin.

Jacques Lang était l’aîné d’une famille de quatre enfants. Ses parents, Gaston Lang et Germaine Schwab, étaient d’origine juive, mais peu pratiquants. Le jeune garçon fit une partie de sa scolarité primaire et commença ses études secondaires dans le petit village d’Argentières (Seine-et-Marne), où un couple d’instituteurs tenait un internat. Il apprit le latin chez le curé du village. Après le baccalauréat, il prépara l’École coloniale au lycée Chaptal à Paris tout en commençant à militer aux Jeunesses socialistes. Son portefeuille égaré ou plus vraisemblablement dérobé à dessein, aboutit chez le proviseur qui y découvrit la carte des JS et signifia au jeune homme qu’il était inutile dans ces conditions de se présenter au concours. Après son service militaire accompli au 146e RI de 1935 à 1937, il trouva un emploi de vendeur dans un magasin de confection à Colmar, où, « pacifiste bêlant » comme il se qualifia rétrospectivement, il adhéra au PSOP en 1938-1939. Le caporal Lang, déjà mobilisé en septembre 1938, fut rappelé à l’activité le 25 août 1939. Affecté au 28e régiment d’infanterie de forteresse, indigné des remarques antisémites de ses officiers qui prétendaient que les Juifs étaient tous des froussards et des planqués, il fut volontaire « pour toutes les missions dangereuses » dans le corps franc de son unité au bord du Rhin. Il épousa le 29 février 1940 à Colmar, Anne-Marie Blum, fille du fondateur du grand magasin « Aux Villes de France », qu’il avait rencontrée dans l’équipe d’ajistes du CLAJ qui construisait depuis 1937 l’auberge « Dynamo » sur les pentes du Petit Ballon dans les Hautes-Vosges. Après le franchissement du Rhin par les troupes allemandes le 15 juin 1940, il joua un rôle important dans une contre attaque qui permit de reprendre temporairement un des ouvrages des berges, ce qui lui valut la croix de guerre avec citation à l’ordre de la division. Fait prisonnier dans les Vosges, il tenta à deux reprises de s’évader, mais fut chaque fois repris.

C’est au Stalag, à Hambourg, qu’il aurait adhéré au PCF dans une cellule qui produisait un journal clandestin écrit sur papier toilette. Finalement, il réussit à se rendre malade en respirant du gaz sulfureux, ce qui lui valut un asthme chronique et un rapatriement sanitaire en mars 1944. Il retrouva à Tourtoirac (Dordogne) son épouse et son premier fils né à la fin de 1940, qui après avoir échappé à la déportation à Parthenay (Deux-Sèvres) en zone occupée en avril 1943, avaient réussi à franchir clandestinement la ligne de démarcation. Elle s’était présentée d’abord chez sa tante, Denise Naville*, alors à Agen, qui refusa de les accueillir car son mari, Pierre Naville* « étant fonctionnaire de Vichy, ne pouvait pas se permettre d’avoir des relations avec des juifs », mais on ignore si ce dernier fut mis au courant. Anne-Marie rejoignit alors d’autres membres de sa famille réfugiés en Dordogne. Après avoir travaillé comme scieur de long, Jacques Lang rejoignit le maquis FTP du commandant René Coustellau dit « Soleil », sous le nom de guerre de « Mézigue ». Nommé capitaine, il fut un moment, après la Libération, commandant de la place de Sarlat (Dordogne). Il combattit encore dans la poche de Royan, puis en Lorraine. Démobilisé en septembre 1945, il se retrouva sans situation à Périgueux. À la fin de 1945, le ministère des Colonies lui proposa, comme à d’autres anciens officiers FFI, un poste d’administrateur stagiaire à Madagascar. En cours de traversée, il opta pour une affectation aux Comores à Dzaoudzi, où Anne-Marie et ses deux fils le rejoignirent en août 1946. Son épouse ne supporta pas la vie coloniale et les perspectives de titularisation d’un communiste étaient de toutes façons infimes : Jacques Lang démissionna et rentra en France à l’automne 1947. Installé à Maisons-Alfort (Seine), il fut chargé de représenter le grand magasin « Aux Villes de France » de Colmar auprès de la centrale d’achat SCA. Il y aurait repris son activité militante communiste et aurait même fait trois jours de prison préventive à la suite d’une manifestation contre la guerre d’Indochine. En 1952, il revint à Colmar pour participer à la direction des « Villes de France ». Fait sans doute exceptionnel, surtout en Alsace, pour un chef d’entreprise privée, il continua à militer au PC à la cellule Paul Langevin de Colmar, dont le secrétaire fut en 1956 l’historien Pierre Lévêque*.

Dans son magasin, il suscita la constitution d’une section CGT pour avoir un interlocuteur représentatif de son personnel. Tout cela ne lui fit pas que des amis dans la bourgeoisie locale d’autant qu’il fréquentait des enseignants de gauche plutôt que ses pairs économiques. Personnage très cultivé, abonné aux Temps modernes, il s’intéressait à la philosophie, à la littérature et aux arts, de même que son épouse, nièce de Denise Naville, petite cousine des épouses d’André Breton* et de Raymond Queneau, traductrice d’ouvrages allemands d’esthétique et de philosophie. En 1956, il critiqua vivement l’intervention soviétique en Hongrie et le suivisme du PCF, ce qui lui valut des accrochages avec Charles Cromer* qu’il avait surnommé « Kadar ». Il fut dénoncé au Comité central qui demanda son exclusion. Le premier vote de la cellule fut négatif. Paris envoya au printemps 1957 un émissaire (Paul Courtieu* ?) qui n’obtint qu’une suspension d’un an. À la fin de cette période, Jacques Lang ne reprit pas sa carte du parti. Mais, il ne renonça pas à l’action politique. Dans les années suivantes, on le retrouva d’abord en 1957-1958 au Comité colmarien pour la Paix en Algérie présidé par Jacques Fonlupt - Esperaber*, puis successivement à la Nouvelle Gauche, à l’UGS et enfin au PSU. Le 27 janvier 1960, au cours de la semaine des barricades d’Alger , il envoya un télégramme de soutien au général de Gaulle. Il avait refusé d’adhérer au Rotary Club, mais il entra brièvement en Maçonnerie dans une loge de Mulhouse, qu’il quitta au bout de deux ans. Durant toute sa période de retraité, il rédigea des courriers pour Amnesty International.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137287, notice LANG Jacques [Haut-Rhin], version mise en ligne le 8 juin 2011, dernière modification le 8 juin 2011.

SOURCES : Souvenirs manuscrits d’Anne-Marie Lang. – Témoignages de Bernard Lang et Annette Trientz, deux de ses cinq enfants - son livret militaire. – Témoignage de Léon Strauss. – Témoignage de Pierre Lévêque.
Léon Strauss

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément