Né le 5 juillet 1928 à Cartignies (Nord), mort le 7 juin 2013 à Clamart (Hauts-de-Seine) ; professeur d’enseignement technique puis permanent politique ; militant socialiste et syndicaliste ; membre du comité national (1948-1940) puis secrétaire national des Jeunesses socialistes (1950-1958) ; secrétaire général (1951-1972), puis président (1972-1981) de la Fédération nationale des Clubs de loisirs Léo Lagrange ; secrétaire général du SNETAA- FEN de 1954 à 1957, membre de la commission administrative de la FEN de 1955 à 1957, en novembre 1957 secrétaire de la commission fédérale pédagogique ; membre suppléant du comité directeur de la SFIO (1961-1963), puis membre de son bureau (1963-1966), enfin secrétaire général adjoint (1966-1969) ; membre du bureau du Parti socialiste (1969-1971) ; secrétaire politique de la fédération socialiste du Nord (1970-1981) : secrétaire national (n°2) du PS (1971-1979) ; Premier secrétaire national du PS (1988-1992) ; conseiller municipal de Cachan (1965-1971) ; conseiller général du Cateau (1967-1973) ; député du Nord (1973-1981 ; 1986-1992) ; maire de Lille (1973-2001) ; vice-président (1973-1981) puis président de la communauté urbaine de Lille (1989-2000) ; président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais (1974-1981) ; Premier ministre 1981-1984 ; sénateur du Nord (1992-2011) ; président de l’Internationale socialiste (1992-1999) ; président de la Fédération mondiale des villes jumelées (1984-1992) ; président de la Fondation Jean-Jaurès (depuis 1992).

Pierre Mauroy en 1986
(Assemblée nationale)
Pierre Mauroy est né le 5 juillet 1928 à Cartignies, petit village du Nord. Son grand-père paternel, bûcheron journalier, vivait, dans la région, au sein d’une communauté ouvrière et la même destinée était promise à ses enfants. Mais, à la fin de la guerre, en 1918, l’instituteur du père de Pierre lui proposa de reprendre des études afin de préparer l’école normale car on manquait cruellement d’enseignants à la suite de la terrible saignée de 1914-18. Il fut successivement maître d’école puis, en 1936, nommé directeur de l’école primaire d’Haussy, gros bourg céréalier de 2 500 habitants proche de Valenciennes.
Du côté maternel le grand-père était directeur d’une laiterie, aux confins de la Thiérache et de l’Avesnois, soit à la limite des départements du Nord et de l’Aisne, laiterie qui a popularisé le fromage « maroilles ». C’est à Cartignies que les parents de Pierre se rencontrent. Ils eurent sept enfants, dont Pierre, l’aîné, fut envoyé à trois ans dans un village voisin où les grand-oncle et grand-tante maternels exploitaient une ferme de trente hectares.
L’oncle était premier adjoint au maire du village de Boulogne-sur-Helpe, sur une liste qui comprenait les « blancs » et les « rouges », ce qui fournit déjà de la couleur à la politique pour le jeune Pierre. L’oncle avait voté en 1932 pour Léo Lagrange, devenu député, et persévéra en 1936. L’enfant, âgé de huit ans, vécut le Front populaire et les discussions enfiévrées entre paysans et ouvriers métallurgistes. Les cortèges de militants socialistes en chemise bleue et cravate rouge frappèrent Pierre, qui se souvint avoir entendu un ouvrier agricole lui dire : « c’est toi, Pierrot, qui deviendra un jour un vrai socialiste ». Les faits marquants de cette époque, tel le suicide de Roger Salengro et le début de la guerre civile en Espagne pénètrèrent l’esprit de Pierre Mauroy qui vit les unités militaires se déployer le long de la frontière toute proche alors qu’il atteignait ses onze ans, en 1939.
Dès le 17 mai 1940 les parents décidèrent qu’il fallait partir car les Allemands approchaient brutalement. C’était le début de l’exode. Pierre l’entreprit à vélo, avec son père. Ils ne dépassèrent pas Le Crotoy, rejoints par l’ennemi dont la fulgurante progression entraîna l’incroyable déroute de l’armée française. La famille s’installa au Cateau-Cambrésis, où Pierre fréquenta le collège et apprit la mort de Léo Lagrange, puis en 1943 à Cambrai, où lui suivait les cours du lycée alors que le père dirigeait une école, qui subit de constants bombardements. Il achèvera ses études à l’école normale d’apprentissage de Cachan.
Dès la Libération Pierre, âgé de seize ans, s’inscrivit aux Jeunesses socialistes à Cambrai et devint secrétaire du groupe l’année suivante. Il était alors proche de Raymond Gernez. En mars 1947 il fut délégué au congrès national qui se tint à Montrouge, en banlieue parisienne. Il se fit remarquer dès le premier jour, qui était le vendredi de Pâques, parce qu’il s’abstint de prendre de la viande, conformément à la tradition familiale ; c’était un scandale aux yeux de la majorité des délégués qui voulurent le traduire en commission de discipline ! Le jeune nordiste ne se démonta pas et intervient en séance plénière, fustigeant le maximalisme gauchiste et le terrorisme du dogme.
Ainsi remarqué il fut élu, deux ans plus tard, secrétaire à la propagande et devint en 1950, à vingt-deux ans, secrétaire national des Jeunesses socialistes, après l’exclusion de l’ancienne direction accusée d’être noyautée par les trotskistes.
À la fin de ses études secondaires, reçu au concours formant les professeurs d’enseignement général et technique, Pierre Mauroy fut maître d’internat à Hénin-Liétard. Mais, vu ses nouvelles fonctions politiques, il dut « monter » à Paris. Il avait un bureau au deuxième étage de la Cité Malesherbes, au-dessus de celui de Guy Mollet. En 1953 il y rencontra Michel Rocard*, nommé secrétaire général des étudiants socialistes. À partir de 1955 jusqu’en 1959, il fut par ailleurs secrétaire général du syndicat de l’enseignement technique (branche collèges).
L’activité du jeune responsable était impressionnante ; dès le début de son mandat, – qui fut renouvelé jusqu’à ce qu’en 1958, à trente ans, la limite d’âge lui imposa de céder la place – il créa la fédération Léo Lagrange afin d’offrir aux jeunes un cadre pour des activités culturelles et de loisirs. Des clubs et foyers furent progressivement ouverts en liaison avec les municipalités intéressées, favorisant le développement social des quartiers et bénéficiant d’un coup de pouce, dans les années 1980, de son fondateur devenu Premier ministre !
Les fonctions de Pierre Mauroy le conduisirent à s’intéresser de près aux grands enjeux nationaux. Il soutint le gouvernement de Pierre Mendès France* plus chaleureusement que Guy Mollet, dont il approuva la politique européenne, mais il s’en éloigna avec la guerre d’Algérie, tiraillé entre sa fidélité à son parti, qu’il ne quitta jamais, et sa conviction anti-colonialiste.
Celui qui restait nordiste de cœur mais que les activités amenèrent à Paris, troqua ses fonctions aux Jeunesses socialistes contre celles de secrétaire de la Commission pédagogique de la Fédération de l’Education nationale (FEN). On lui proposa, à trente ans à peine, de prendre la direction de la FEN ! Mais il préféra s’investir à la Fédération Léo Lagrange, étant mis à disposition par le ministère de l’Éducation nationale et n’exerçant donc plus son métier d’enseignant jusqu’en 1971. Il siégea au Haut-Comité de la Jeunesse. La politique n’était toutefois pas loin car, comme il l’écrivit dans ses Mémoires, secrétaire adulte des JS de 1958 à 1965, il veilla à « l’élargissement de [son] réseau d’influence au sein de la SFIO » ! Dans le noyau de fidèles qui se formait depuis les années cinquante, dominaient des figures comme Roger Fajardie, Robert Pontillon, Guy Marty, Pierre Thibault, Maurice Amiot-Chanal, Jean-Pierre Barrel, Antoine Blanca, Bernard Derosier, Michel Thauvin et Raymond Vaillant. Dès 1962, il devint membre du bureau de son parti qu’il entendait conduire vers un renouvellement. Mais il ne soutint pas Gaston Defferre dont il considérait qu’il poussait trop fort à droite pour permettre un authentique redressement socialiste.
Pierre Mauroy chercha à s’implanter électoralement dans les années soixante, nécessité politique dans un parti profondément électoraliste. Militant à Cachan (Val-de-Marne), où il avait enseigné à l’ENSET, il fut élu conseiller municipal en 1965. Mais il resta tenté par le Nord et se fit élire conseiller général du Cateau-Cambrésis en 1967 et se trouva porté à la vice-présidence de l’Assemblée départementale.
En 1965, à l’occasion d’un meeting que tint François Mitterrand* à Lille dans le cadre de sa campagne présidentielle, Pierre Mauroy fut séduit par l’homme qu’il allait désormais accompagner durant toute sa carrière, à de rares écarts près. Revenu dans le Nord, il créa en 1966 un club, le Centre national d’études et de promotion, CEDEP, destiné à regrouper ses partisans dans le cadre de la SFIO, dont il était devenu secrétaire général adjoint, veillant à ne pas se couper de Guy Mollet, inamovible secrétaire général, tout en favorisant le courant modernisateur.
François Mitterrand, auréolé d’avoir mis de Gaulle en ballotage, créa la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (FGDS) qui regroupait la SFIO, le parti radical et ses propres partisans. Il tenta d’asseoir son emprise en constituant un « contre-gouvernement » dans lequel Pierre Mauroy était chargé de la Jeunesse. Ses fonctions dans la Fédération montrèrent sa progression politique : membre du Comité exécutif de la FGDS au nom du CEDEP à sa fondation en décembre 1965, il était encore secrétaire de la fédération FGDS du Nord en 1966, siègea à la “Commission octobre”, chargée de préparer la fusion des partis membres de la Fédération en octobre 1967 pour finir par devenir 3e secrétaire général adjoint de la FGDS en février 1968. Il apparaissait alors comme le plus qualifié pour succéder à Guy Mollet.
En 1967, il se présenta aux législatives au Cateau-Cambrésis, proche des origines de sa famille, dans une circonscription acquise à la gauche, sur le siège de Narcisse Pavot qui accepta de devenir son suppléant en mars 1967. Le candidat communiste le devança de quelques voix au premier tour mais, dans le cadre d’un accord national, était prêt à se désister pour le socialiste. Toutefois des frictions entre les deux partis dans le département du Nord conduisirent Mauroy à refuser ce cadeau et à laisser la victoire au PC. Il en fut de même aux législatives qui, l’année suivante, succédèrent aux événements de Mai 1968.
C’est à leur suite que Pierre Mauroy accéda véritablement à un rôle national. La SFIO avait décidé de se transformer en un nouveau parti socialiste et sa mue se situa au lendemain du référendum qui, en avril 1969, conduisit au départ de de Gaulle. En 1968, il fut chargé de l’organisation du congrès d’Alfortville où fut lancé le nouveau parti socialiste en mai 1969, et y présenta le rapport introductif. Mais Pierre Mauroy était en compétition pour le diriger avec Alain Savary*, soutenu par Guy Mollet, qui se retira sans se retirer vraiment ; il échoua d’une voix. Mauroy déplora le « machiavélisme » du maire d’Arras et se rapprocha encore davantage de François Mitterrand, l’aidant à obtenir, de justesse, la majorité au fameux congrès d’Epinay de juin 1971. La direction de celui qui, plus nettement qu’en 1969, devenait le nouveau Parti socialiste, lui paraissait promise car le député de la Nièvre se réservait la fonction de leader politique et de futur candidat à la présidentielle.
Mais c’était sans compter avec un problème local : Mauroy était entré quelques semaines plus tôt, en mars 1971, au conseil municipal de Lille avec la promesse d’Augustin Laurent, maire prestigieux, de lui succéder dans deux ans. Mais celui-ci estima que le postulant ne pouvait exercer parallèlement une lourde charge nationale et il lui ordonna de refuser le poste de premier secrétaire du PS, que Mitterrand occupa pendant dix ans. Il en devint toutefois le numéro 2, chargé de la coordination, alors que Pierre Mauroy devint effectivement maire de Lille en avril 1973, ce qui lui laissait quatre années pour faire ses preuves. Il assura son leadership sur la fédération socialiste dès le lendemain du congrès d’Épinay et renforça sa position élective en cumulant les mandats locaux. S’il abandonna son mandat de conseiller général lors du renouvellement de l’automne 1973, il intégra la nouvelle assemblée régionale dont il devint le président de 1974 à 1981. Il siégea également à la communauté urbaine de Lille, dont il fut vice-président de 1973 à 1981, ayant de fréquents conflits avec le président, Arthur Notebart, avant de succéder à celui-ci à la présidence en 1989 et y demeurer jusqu’en 2008.
Son envergure s’accrut dès lors et l’amena, au lendemain de la présidentielle de 1974, perdue de peu par Mitterrand, à s’investir dans un rapprochement avec la CFDT et avec Michel Rocard, dont il était resté proche en dépit de leur parcours différent. Le PSU n’avait jamais tenté Mauroy mais il souhaitait que ses meilleurs éléments rejoignent désormais le PS, ce qui fut le cas à la fin de l’année et permit entre autres à Jean Le Garrec de devenir un très proche collaborateur du maire de Lille et son ministre en 1981.
Pierre Mauroy participa activement à la négociation du programme commun avec le Parti communiste en 1972. Sans illusion sur la formation rivale, il veilla à ne pas fragiliser l’union de la gauche. Lors de la rupture de 1977, il n’eut aucune hésitation sur la responsabilité du PC mais entendait, en accord avec Mitterrand, maintenir la ligne unitaire du PS.
Le Beffroi fut facilement conservé aux municipales de 1977 et lui resta acquis jusqu’à ce qu’il appelle Martine Aubry à lui succéder en 2001. Mais c’est au plan national que le député du Nord, enfin élu à l’Assemblée nationale en 1973, connut des difficultés ; une césure passagère se produisit avec Mitterrand car celui-ci, inquiet des ambitions de Michel Rocard, qui se présentait en rénovateur des idées socialistes, regroupa ses fidèles sans y inclure Mauroy qu’il soupçonnait de connivence avec Rocard, ce qui n’était pas exact sans être faux. C’est ainsi qu’en vue du Congrès de Metz de 1979 le maire de Lille constitua son propre courant, intitulé courant B, qui fit cause commune avec celui de Rocard face à Mitterrand, qui l’emporta avec l’aide du CERES. La même année, figurant en deuxième position sur la liste socialiste, il se fit élire député européen, mais choisit de démissionner en janvier 1980.
Pierre Mauroy a toujours eu une vocation de majoritaire et sa mise à l’écart de la direction du PS lui pesa. Le courant qu’il avait constitué n’avait pas, dans son esprit, vocation à se perpétuer. Au surplus, il se rendit compte, avec un profond sens politique qui l’a rarement quitté, que Mitterrand allait être à nouveau candidat à l’Elysée alors que Rocard, qui avait sans doute de bonnes idées sur le plan économique mais moins sur la politique internationale et la tactique politique, allait être déporté sur la droite du parti sans pouvoir jouer le rôle national qu’il briguait. Alors, à petites touches, Mauroy se rapprocha de Mitterrand, lequel n’était pas fâché de voir revenir à lui un homme pour lequel il avait gardé une grande considération.
Le Premier secrétaire du PS confia dès lors au maire de Lille que, s’il l’emportait en 1981, il serait son Premier ministre. En attendant il en fit son porte-parole en vue d’une campagne qui allait enfin le couronner.
Désigné Premier ministre le 21 mai 1981 et dirigeant d’abord un gouvernement socialiste homogène de transition, il accueillit après les élections législatives de juin 1981, largement gagnées par la gauche, une participation très minoritaire du Parti communiste.
Pierre Mauroy eut à Matignon, selon son souvenir, « la plus large initiative dans les domaines qui ne relevaient ni de la politique étrangère ni de la défense ». Les relations personnelles entre les deux hommes demeurèrent toujours excellentes mais l’analyse des trois ans et deux mois passés à Matignon amène à relativiser cette affirmation. Le chef de l’Etat entendait marquer de son empreinte l’ensemble de son action y compris dans les domaines économiques et sociaux. Ainsi il décida que les nationalisations programmées le seraient à 100%, sans que l’avis du Premier ministre sur le sujet soit sollicité. Ainsi le passage de la durée hebdomadaire du travail de 40 à 39 heures s’effectua sans négociation ni réduction de salaire, points qui ne suscitaient pas l’enthousiasme du maire de Lille qui écrivit, alors qu’il était toujours en fonction, que pour un prolongement vers les 35 heures il faudrait procéder autrement, en associant en particulier les partenaires sociaux à l’opération, ce que se garda de faire Martine Aubry en 1997. Surtout, lorsque se produisit le grand débat économique de mars 1983, c’est Mitterrand qui trancha en faveur du maintien dans le SME (serpent monétaire européen) à l’encontre de divers ministres et conseillers qui souhaitaient que la France en sorte, afin de pouvoir mener une politique économique et financière indépendante. Mauroy avait opté fermement pour la première solution et s’apprêtait à quitter le gouvernement si la seconde politique était décidée, ce que le président de la République avait un temps envisagé.
La popularité de Pierre Mauroy dans l’opinion, élevée au cours des premiers mois, subit le contrecoup des mesures de rigueur économiques et financières imposées par la situation. Les élections municipales de 1983 furent dominées par la droite même si le maire de Lille conserva son fauteuil.
C’est la querelle sur l’école qui entraîna le départ de Matignon. Pierre Mauroy, en plein accord avec Alain Savary, ministre de l’Education nationale, avait tenté de faire prévaloir un accord négocié avec la hiérarchie catholique sur la mise en œuvre d’un grand service public unifié de l’enseignement. Au constat de son échec Savary démissionna et Mauroy le suivit bien que Mitterrand ait voulu le retenir.
Le bilan du Premier ministre est contrasté. On a reproché à Mauroy l’étalage d’un optimisme excessif sur le redressement économique et un manque de fermeté dans la conduite de son équipe. Mais les aspects positifs étaient nombreux ; il y eut des avancées sociales (loi Auroux, 5e semaine de congé…), une grande loi de décentralisation avec Gaston Defferre, un développement culturel conséquent avec Jack Lang, une modernisation industrielle courageuse lorsqu’il avait fallu fermer des sites sidérurgiques, une entente maintenue avec les quatre ministres communistes du premier gouvernement d’Union de la gauche, qui marquent sa place dans l’Histoire.
Laurent Fabius succéda en juillet 1984 au maire de Lille à Matignon. Il présenta un autre style, qui se voulait particulièrement moderniste et affranchi de la tradition socialiste, ce qui laissait présager les divisions de 1988 et 1990.
Pierre Mauroy fut réélu en mars 1986 à l’Assemblée nationale et y resta jusqu’à son passage au Sénat en 1992. Parallèlement il exerça la présidence de la Fédération mondiale des villes jumelées, de 1984 à 1992. Il exerça aussi des responsabilités dans les associations d’élus. Il fut ainsi membre du Comité directeur de l’Association des maires de France et président de la FNESER en 1988-1989.
Une joute l’opposa, de façon feutrée, à François Mitterrand en 1988. La réélection de ce dernier à l’Elysée rendait vacante la direction du PS puisque Lionel Jospin intégrait le gouvernement Rocard. Le chef de l’Etat souhaita que Fabius lui succède, Mauroy devenant président de l’Assemblée nationale. Mais l’élu normand fut vivement rejeté par une majorité de mitterrandistes qui s’affranchissaient de l’allégeance envers leur chef et élirent le maire de Lille, qui ne s’était pas mis en avant mais n’avait pas non plus décliné l’offre de candidature pour un poste dont il avait longtemps rêvé. Il y demeura près de quatre ans avec un bilan mitigé en raison de l’affrontement violent entre Jospin et Fabius, qui culmina au congrès de Rennes en 1990 et que le chef du parti fut incapable d’arbitrer, pas plus d’ailleurs que le président de la République et le Premier ministre.
En revanche des résultats furent obtenus dans la création d’un hebdomadaire et d’une structure pour la formation des militants ; les élections municipales de 1989 se traduisirent par un succès. Malgré cela Pierre Mauroy décida de laisser la place à Laurent Fabius en janvier 1992 afin d’aider à refermer les plaies récentes qui nuisaient à l’unité et à l’image du Parti socialiste.
Rapidement une autre fonction prestigieuse lui fit oublier la période difficile de Solférino. Il fut en effet, élu dans les mois suivants, président de l’Internationale Socialiste au décès de Willy Brandt. Sa chaleur communicative, son empathie naturelle, facilitèrent l’exercice d’une tâche plus conciliatrice qu’exécutive. Mauroy était flatté qu’un Latin soit appelé à diriger une structure largement influencée par les Anglo-saxons (ou sociaux-démocrates du nord de l’Europe). Il s’y attela avec enthousiasme pendant sept ans, tout en demeurant parlementaire, à la tête de la mairie de Lille et président de sa communauté urbaine.
Dans la période de grands bouleversements politiques qui suivit la chute du mur de Berlin, la tâche était exaltante au niveau du socialisme international. Son président engagea une grande campagne pour la création d’un tribunal pénal international à l’occasion des conflits qui morcelèrent la Yougoslavie. Il tenta aussi d’intervenir pour conforter les nouvelles démocraties d’Amérique latine et d’Afrique et de favoriser la paix au Moyen-Orient. Les résultats ne furent pas toujours au rendez-vous.
Au début de sa présidence, le Lillois avait constaté l’importance des fondations politiques, en particulier en Allemagne. Il créa en conséquence en 1992, la Fondation Jean-Jaurès qu’il présidait encore en 2012. Il transmit progressivement ses autres mandats : la mairie de Lille en 2001, la présidence de sa communauté urbaine en 2008, le siège de sénateur en 2011.
Mais il ne cessa jamais de suivre la vie politique et soutint tous les candidats socialistes aux élections présidentielles. Il fut particulièrement engagé auprès de Lionel Jospin en 1995 et agit de même en 2002. Toutefois, contestant l’orientation de sa seconde campagne, il avait déclaré : « Parler des ouvriers, ce n’est pas dire un gros mot ».
Son autorité en matière de finances locales et de décentralisation conduisit le gouvernement à lui confier en 2000, la présidence d’une Commission pour l’avenir de la décentralisation. En 2007 Edouard Balladur fit appel à lui dans le cadre d’une Commission pour la révision des institutions.
Pierre Mauroy n’a jamais défrayé la chronique sur les plans privé et financier, sauf pour un emploi très bref à la mairie de Lille considéré comme fictif. Son ouverture d’esprit, sa tolérance, son pragmatisme sont unanimement reconnus. La direction de la Communauté urbaine de Lille exercée avec le concours d’élus de droite s’ effectua dans l’harmonie ce qui contribua à un bilan très remarquable de l’action conduite à Lille et aux alentours. La ville a été considérablement modernisée en trente ans, sur les plans de l’urbanisme, du développement économique et de la culture avec en particulier la création d’Euralille. C’est sans doute ce qui restera le plus notable dans le bilan de Pierre Mauroy, avec un équilibre remarquablement maintenu entre tradition et modernité, davantage jauréssien que guesdiste. Ses livres relatent bien son ambition de se situer dans l’axe d’une gauche régulièrement renouvelée et rénovée mais sans jamais abandonner l’esprit du socialisme, en gardant toujours solidement le cap de la lutte contre les inégalités.
Pierre Mauroy décéda à l’hôpital Percy à Clamart.

ÉCRITS : Héritiers de l’avenir, Paris, Stock, 1977. — C’est ici le chemin, Paris, Flammarion, 1982, 249 p. — A gauche, Albin Michel, en 1985. — « Parole de Lillois », Lieu Commun, 1994. — « Vous mettrez du bleu au ciel », Paris, Plon, 2003.

SOURCES : Arch. Nat., 19810410/15, dossier Mauroy ; F/1cII/554, 564 ; 19890523/8. — Arch. de l’OURS, fonds FGDS, 2/APO/1. — Arch. de la Fondation Jean-Jaurès, fonds Pierre Mauroy. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 111, 122. — Rapports de congrès fédéraux du Nord, 1945-1967. — La Documentation socialiste, décembre 1968, avril 1969. — Thierry Pfister, Les socialistes, Albin Michel, 1975. — G. Ayache, M. Fantoni, Les barons du PS, Paris, intervalle-Fayolle, 1977, p. 120. — Notes de Gilles Morin.

Raymond Krakovitch

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