MACEDO Blanche [née GUÉRIN Blanche]

Par Claude Pennetier

Née le 13 mars 1893 à Montélimar (Drôme)  ; dactylographe  ; employée à la Fédération CGTU des Services Publics  ; militante anarchiste puis sympathisante communiste.

Le père de Blanche Guérin, Isidore Guérin, palefrenier à la Compagnie l’Urbaine mourut en 1904 d’alcoolisme dans un asile. Sa mère, "dont les idées ont toujours été tournées vers la classe ouvrière, vécut dans la misère, travaillant de 5 heures du matin à minuit comme ouvrière à domicile, essentiellement comme brodeuse. Sa mère lui donna les premières notions de lecture et d’écriture. En 1934, Blanche Guérin écrivit : « J’avais beaucoup de goût pour la lecture et l’instruction, de même que pour les langues étrangères et j’ai appris beaucoup de choses seule avec facilité ».

Aidée par des cousines, Blanche Guérin fit des études à l’École des sœurs de la Charité, à la Charité-sur-Loire (Nièvre). Elle obtint le certificat d’études primaires et le brevet élémentaire. Cependant, entraînées pas ses mêmes cousines, elle mena une vie dissolue, selon son témoignage, qui lui sera reprochée dans les années 1930 lorsqu’elle entra en conflit avec Marcel Paul.

Toujours par l’intermédiaire de ses cousines, elle fut recrutée comme secrétaire d’un cadre de la Cie des Eaux de Pougues-les-Eaux (Nièvre), Ad. Bedel, juif russe émigré des pogroms de 1904, anarchiste, ancien collaborateur du Bonnet rouge, dont elle écrivit, en 1934, un portait sans complaisance. Elle rencontra un américain, Joseph Macedo, qu’elle dit « illettré » (il est vrai qu’il quitta l’école à sept ans), garçon de ferme, manœuvre puis soldat. Ils se marièrent le 15 février 1919 à Paris XVIIIe arr. Elle écrivit en 1934  : « C’est ma mère qui m’a poussée à ce mariage parce qu’en mon mari, soldat américain, elle avait reconnu tout de suite un honnête paysan bien qu’illettré et justement à cause de cela à priori réfractaire aux idées révolutionnaires, alors que moi, au contraire, je commençais à être dégoutée de la saleté des milieux bourgeois ». Elle écrit  : « Lorsque je me suis mariée j’étais écœurée la saleté de la bourgeoisie, mon mari n’ayant jamais vécu parmi elle était au début réfractaire aux idées révolutionnaires, c’est moi qui lui ai inculquées ». Elle suivit Joseph Macedo aux États-Unis, dans les environs de New-York, et acquit la nationalité américaine.

Le couple vécut dans de grandes difficultés, d’autant qu’elle se fixait comme objectif d’envoyer de l’argent à sa mère. Ils revinrent en France où elle obtint à nouveau sa place à la Compagnie des eaux de Pougues pendant que son mari travaillait comme garçon de magasin. Mais en 1925, ils reprirent le chemin de l’Amérique où elle comptait faire venir sa mère mais ce fut impossible. Le couple travailla au réglage des chaudières pour des habitations.

Ils décidèrent de rejoindre la mère de Blanche en France, en travaillant sur un bateau qui les débarqua en Allemagne, sans argent. Sa mère leur fournit de quoi gagner Paris où Blanche Macedo travailla chez Alsthom et son mari à l’hôpital américain. « Nos idées étaient nettement révolutionnaires » écrit-elle, et en octobre 1931, après des disputes avec leurs patrons respectifs, ils passèrent une troisième fois l’Atlantique. Son mari malade fut hospitalisé et elle s’occupa d’enfants, envoyant l’essentiel de ses revenus à sa mère. « Les idées là-bas commençaient à changer ; mon mari et moi-même ne bien que faisant pas partie des organisations, nous commencions à devenir un peu gênants ; nous déployions une assez grande activité surtout parmi les nègres et les cubains ; mon mari était maltraité à l’hôpital à cause de ses idées et menacé de prison à sa sortie. ». Ils demandèrent à être rapatriés en Californie mais l’État de New-York préféra participer aux frais de deux billets pour Le Havre. Son mari malade, elle-même sans revenus, elle vendit ses vêtements et fréquenta à Paris les milieux d’extrême gauche, dont les anarchistes. Sa connaissance de la dactylographie, comme des langues étrangères (son mari parlait, outre l’anglais, espagnol et portugais, elle-même fit un séjour en Espagne) la firent recruter au service de Marcel Paul à la Fédération CGTU des Services publics. Elle était alors gagnée aux idées communistes et son mari avait la carte du parti. Domicilié dans la XVIIIe arr. de Paris, elle militait au Secours rouge international et aux Amis de l’Union soviétique. Début 1934, épuisée par deux années de travail intense dans ce lieu syndical (« J’étais tellement fatiguée que j’ai subi une grande dépression morale »), elle en fit part à un journaliste du Libertaire, Frémond, qui sans la consulter évoqua la question dans le journal anarchiste. Elle lui avait demandé s’il n’avait pas un autre emploi à lui proposer  : « Je pensais obtenir un emploi, non pour servir leurs idées, mais au contraire étant donné qu’il ne s’agissait (dans mon idée) que d’une petite quantité d’égarés, de les rallier à l’IC [Internationale communiste] ». Frémond lui proposa une place dans un syndicat réformiste, mais ses papiers n’étant pas en règle il abandonna l’idée.

Aussitôt une procédure fut engagée par le Parti communiste, dont elle n’était pourtant que sympathisante. La commission des cadres lui demanda de remettre son passeport, de s’expliquer sur ses erreurs de jeunesse et de fournir un rapport détaillé sur sa vie, ses déplacements, ses finances, notamment le coût de ses voyages. Elle s’exécuta par un texte de 13 pages d’un grand intérêt, en demandant formellement son adhésion au Parti communiste, la réintégration de son mari et son retour dans le service de Marcel Paul.

Elle écrivait  : « Je suis trop dégoûtée maintenant de la bourgeoisie pour ne pas me raccrocher à vous comme à mon seul but d’existence ». « Je vous demande même d’exercer le contrôle le plus rigoureux sur tous mes actes, dépenses etc. Et de ne pas craindre de me rappeler sévèrement à l’ordre au moindre écart afin que toute atmosphère de soupçon soit définitivement écartée ».

Rien n’y fit. Son mari fut exclu et elle, écartée des organisations ouvrières.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article142244, notice MACEDO Blanche [née GUÉRIN Blanche] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 5 octobre 2012, dernière modification le 4 avril 2018.

Par Claude Pennetier

SOURCE  : RGASPI, 495 270 6449, autobiographie, 12 janvier 1934.

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