BLEIBTREU Amélie, dite Lily [née BUNLE Amélie, dite aussi Amélie ZYROMSKI]

Par Claude Pennetier

Née le 5 juillet 1922 à Paris (IVe arr.), morte dans la nuit du 16 au 17 mars 2019 ; institutrice puis professeur de mathématiques ; militante trotskyste puis syndicaliste École émancipée ; belle-fille de Jean Zyromski.

Lily Bleibtreu vers 1962
Lily Bleibtreu vers 1962

Si la vie de Lily Bleibtreu fut marquée par la présence « paternelle » de Jean Zyromski de sa naissance à la mort de celui-ci en 1975, elle n’était pas sa fille légitime mais fut élevée comme telle. Sa mère, née Marcelle Coquegniot, veuve de guerre [ou plus exactement femme d’un journaliste disparu pendant la bataille de la Marne donc empêchée légalement de mariage pendant dix ans], rédactrice à l’hôtel de ville de Paris, enceinte d’un de ses collègues à la Ville de Paris, un expert-comptable (Bunle), avait rompu en réalisant son peu de fiabilité et avait noué une relation avec un autre rédacteur, le militant socialiste Jean Zyromski déterminé à reconnaître l’enfant et à se marier avec elle. Le couple ne put réaliser que le mariage qu’en 1925 car le géniteur prit sur lui de déclarer la naissance de l’enfant et fit même un procès pour en réclamer la garde, procès qu’il perdit, et fut condamné à payer une pension. Elle ne connut pas ce père mais n’en souffrit pas, tant elle fut intégrée dans le couple fusionnel qui unissait sa mère, belle femme de caractère, et « Zyrom ». Elle avait une demi-sœur du premier mariage de sa mère, Raymonde Vaysset qui épousera Léon Boutbien.

La famille bourguignonne de sa mère était au départ modeste et catholique. La grand-mère travaillait comme lingère, puis venue à Paris, elle eut plus d’aisance grâce au grand-père, comptable chez Saint-Gobain, par ailleurs sensible aux arguments du Sillon. Sa mère fréquenta l’école religieuse puis l’EPS Edgar Quinet. Sténodactylo, elle suivit des cours de droit et passa avec succès le concours de rédactrice de la Ville de Paris.

Lily Bunle vécut place Jussieu puis dans une HBM de la porte d’Orléans. Elle fréquenta l’EPS Sophie Germain, passa le concours de l’École normale mais refusa d’intégrer et passa en candidate libre les deux baccalauréats mathématiques et philosophie. Elle s’inscrivit en faculté des Sciences mais la guerre mit à mal ses études. Sur les conseils de Zyromski, elle se rendit à Rennes et entra en classe préparatoire mathélem. À la première occasion, elle revint à Paris et refusa de suivre Zyromski et sa mère dans le Lot-et-Garonne. À Paris, elle participa à la vie clandestine des organisations trotskystes.

Dès l’âge de quatorze ans, membre active des Faucons rouges, elle avait participé à un séjour de deux semaines en Belgique, puis à des activités d’agit-prop dans la région de Dieppe. Elle se consacra ensuite à la vie d’une Auberge de jeunesse très active à Villeneuve-sur-Auvers (Seine-et-Oise, Essonne), fit un camp à Collioure et rencontra pour la première fois, à Avignon, Marcel Bleibtreu avec sa petite amie du moment, le modèle Dina Vierny. Amélie connaissait depuis longtemps, dans le cadre des Faucons rouges, son frère René Bleibtreu. Elle devint l’amie de Marcel Bleibtreu dont elle partagea l’engagement politique pendant la guerre et à la Libération, dans le cadre du mouvement trotskyste. Ils se marièrent à Paris (VIIe arr.) le 12 janvier 1946.

Après diverses activités salariales, elle choisit d’être institutrice puis professeur de collège. Syndicaliste du SNI, son militantisme à l’École émancipée se ralentit lorsque le courant lambertiste domina la tendance dans la région parisienne. Elle y revint très activement dans l’après 1968, lors de la mise à l’écart des lambertistes. Elle fut membre de l’équipe responsable de l’École émancipée avec Michel Bouvet, Martine Masot, Franz Rutten et Volovitch, "responsable national de la tendance". Avec Joseph Volovitch dit Volo, elle fut l’animatrice du local de l’École émancipée 8 impasse Crozatier, Paris XII, lieu de réunions et de débats. Elle contribua à y fonder la librairie coopérative EDMP (Édition et diffusion de matériel pédagogique) et y créa une ambiance qui venait de son expérience des Auberges de jeunesse : convivialité, partage des taches...

Elle était mère de trois enfants : Jacques Bleibtreu, décédé en 2006, militant étudiant et trotskiste notamment actif dans la période de mai 1968 ; Pierre Bleibtreu, médecin généraliste qui fut également militant trotskiste dans ses jeunes années et Françoise Bleibtreu enseignante en élémentaire, militante syndicale.

Lily Bleibtreu fit don des archives de Jean Zyromski au Centre d’histoire sociale du XXe siècle. Elle mourut à 97 ans, dans la nuit du 16 au 17 mars 2019.


Interview en ligne(image et montage : Jeanne Menjoulet)

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article147111, notice BLEIBTREU Amélie, dite Lily [née BUNLE Amélie, dite aussi Amélie ZYROMSKI] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 16 septembre 2013, dernière modification le 16 mai 2019.

Par Claude Pennetier

Lily Bleibtreu vers 1962
Lily Bleibtreu vers 1962

SOURCES : Entretien avec Lily Bleibtreu, juin 2012. — Interview par Quentin Dauphiné, dans L’Émancipation, janvier 2014, p. 30-31. — Interview en ligne (image et montage : Jeanne Menjoulet). — État civil.

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