Né le 27 décembre 1933 à Berneuil (Haute-Vienne), mort le 1er décembre 2017 ; professeur agrégé de sciences physiques ; militant des Étudiants socialistes (1955) puis du Parti socialiste SFIO (1958) et du nouveau Parti socialiste (1971) ; conseiller municipal, adjoint au maire de Villeurbanne (municipalité Étienne Gagnaire 1965-1971 ; municipalités Charles Hernu (1977-1990) ; maire de Villeurbanne (1990-1998 ; 1999-2001) ; conseiller général du Rhône (1982-1992) ; conseiller régional Rhône-Alpes (1992-1995) ; sénateur du Rhône et vice-président de la commission des affaires sociales au Sénat (1995-2004) ; syndiqué au SNES ; membre de la FNACA.

Gilbert Chabroux
Les parents de Gilbert Chabroux, Auguste Chabroux et Amélie Faure, fermiers à Berneuil (Haute-Vienne), issus d’une longue lignée de cultivateurs limousins, eurent trois enfants : Gilbert était l’aîné de la fratrie ; ses frères, Roger et Claude naquirent respectivement le 4 février 1936 et le 17 août 1939. Le père de Gilbert Chabroux, grand invalide à la suite d’une maladie contractée pendant son service militaire, dut abandonner le travail de la terre ; pensionné, il installa sa famille dans la localité de Peyrat-de-Bellac, non loin de Bellac et d’Oradour-sur-Glane.
« Le 10 juin 1944, au soir, le ciel s’embrase au-dessus des monts de Blond : c’est Oradour-sur-Glane qui brûle, incendié par les Allemands. Ce sont des images qui ne s’effaceront jamais » note Stéphanie Chabroux, fille de Gilbert Chabroux, dans un récit biographique consacré à son père et à sa famille.
Le parcours scolaire et les études de Gilbert Chabroux s’effectuèrent dans la période d’après-guerre dans un « bain de laïcité » : remarqué par son institutrice à l’école communale de Peyrat, il obtint une bourse, fut interne au collège de Bellac, devint en 1950 élève-maître à l’École normale d’instituteurs de Limoges (major de sa promotion), puis après une année de classe préparatoire, il entra en 1954 à l’ENSET, future École normale supérieure de Cachan (à nouveau major de sa promotion). Il effectua des études supérieures en Sciences physiques, devint professeur agrégé.
Syndiqué dès l’École normale d’instituteurs, il côtoya notamment dans ses années de formation Pierre Desvalois, futur secrétaire national du SNI, Michel Bouchareissas, futur secrétaire général du CNAL. À son entrée à l’ENSET, Gilbert Chabroux prit sa carte syndicale, (il fut par la suite adhérent au SNES durant toute sa carrière) et en 1955, il adhéra au Mouvement des jeunesses socialistes et aux Étudiants socialistes. Durant cette période marquée par la guerre d’Algérie, les élèves des Écoles Normales supérieures, organisés en cartel syndical, s’opposèrent dans de nombreuses manifestations à la politique coloniale, au départ des soldats du contingent pour l’Afrique du Nord, puis au retour au pouvoir de De Gaulle après le 13 mai 1958. Au cours de l’une de ces manifestations, en juin-juillet 1958, Gilbert Chabroux fut arrêté et placé en garde à vue durant une journée et une nuit (le ministre de l’intérieur du gouvernement Pflimlin était le socialiste Jules Moch).
Nommé en septembre 1958 dans un établissement technique, le GETM de Villeurbanne, rue Dedieu, Gilbert Chabroux dut partir en janvier 1959 effectuer ses obligations militaires et fut envoyé en Algérie, affecté à la Section technique de l’armée, dans le secteur de Béni-Ounif, au Nord de Colomb-Béchar. Dans ce secteur situé à proximité de la frontière marocaine, les affrontements de l’armée française avec le FLN algérien furent sévères. Gilbert Chabroux effectua vingt-huit mois de service militaire avant de pouvoir reprendre son poste d’enseignant à Villeurbanne. Il devint membre de la FNACA, et plus tard titulaire de la carte de combattant en Afrique du Nord.
Il assura ses cours dans le secondaire technique et dans une classe de préparation à l’école d’ingénieurs des Arts et métiers. Son établissement, transféré rue de France, devint un IUT où il enseigna les cours de mécanique générale dans le Département de Génie mécanique. Il fut ensuite nommé à l’ENNA de Villeurbanne où il forma les enseignants stagiaires de l’enseignement technique court.
Membre de la section SFIO de Villeurbanne, Gilbert Chabroux fut remarqué par Étienne Gagnaire, maire socialiste de la ville. En 1965, élu au conseil municipal, il reçut la délégation des écoles mais entra en conflit avec le maire lors des législatives de 1967 sur la question des alliances avec le Parti communiste. Alors qu’un accord de désistement liait la FGDS (dont faisait partie la SFIO) au PCF, Étienne Gagnaire, candidat sur la circonscription, se maintint au second tour contre le candidat communiste arrivé nettement en tête (Marcel Houël, maire de Vénissieux), et fut battu malgré le retrait de la droite. Aux législatives de mai-juin 1968, une configuration politique identique se reproduisit. Gagnaire fut exclu de la SFIO et la section socialiste dissoute. Gilbert Chabroux, privé de délégation, s’inscrivit désormais dans l’opposition au maire qui assuma la gestion de la ville en alliance avec la droite.
Avec quelques camarades socialistes qui partageaient la ligne politique de la FGDS (Rolland Massard, André Valance*), il participa à la reconstruction de la section socialiste. Celle-ci s’étoffa lentement. En 1969, elle comptait une trentaine de membres après avoir accueilli des éléments venus de la CIR (Convention des Institutions Républicaines), notamment Jean-Jacques Queyranne et Pierre Piovesan. Aux municipales de 1971, Gilbert Chabroux et ses camarades participèrent à la liste unitaire de la gauche conduite par le communiste René Desgrand mais celle-ci ne put s’imposer face à la liste Gagnaire alliée à l’UDR. La section socialiste était alors majoritairement acquise aux idées du courant CERES, orientation que Gilbert Chabroux ne partageait pas : il s’inscrivait dans le courant du maire de Lille, Pierre Mauroy. Le congrès d’Épinay en 1971 et le ralliement du CERES à François Mitterrand, la création du nouveau Parti socialiste, la conclusion du Programme commun en 1972, créèrent à Villeurbanne une dynamique favorable aux socialistes.
En novembre 1976, Gilbert Chabroux eut un premier contact avec Charles Hernu dont la candidature aux municipales de Villeurbanne en 1977 avait été pressentie par le premier secrétaire de la fédération socialiste du Rhône, Roland Bernard. Cette candidature fut imposée en définitive par François Mitterrand, aux commandes du nouveau Parti socialiste et appuyée par Jean-Jack Queyranne, devenu secrétaire de la section socialiste de Villeurbanne. Gilbert Chabroux participa à l’élaboration du manifeste municipal qui servit de base politique à la liste Hernu où il fut candidat. Celle-ci s’inscrivit en concurrence avec la liste du communiste Desgrand et réussit à la dépasser de trois points. Les communistes se désistèrent en faveur de la liste Hernu au deuxième tour. La victoire socialiste acquise, Gilbert Chabroux devint deuxième adjoint au maire (le premier adjoint était Jean-Jack Queyranne) et reçut plusieurs délégations : éducation et petite enfance. Aux élections municipales de 1983 et 1989, il fut réélu sur les listes Hernu qui intégrèrent désormais des candidats communistes (voir la biographie de Pierre Grannec). En 1989, après le départ de Queyranne pour Bron, il devint premier adjoint chargé des finances et de la vie associative.
Gilbert Chabroux exerça d’autres mandats locaux et régionaux : en 1979, il représenta la ville au conseil régional où il fut élu de 1992 à1995 (tête de liste pour le département du Rhône). En 1982, il fut élu conseiller général du nouveau canton de Villeurbanne centre, réélu en 1985. Il devint conseiller communautaire à la COURLY (Communauté urbaine).
Après le décès de Charles Hernu le 17 janvier 1990, Gilbert Chabroux assura sa succession à la mairie de Villeurbanne. Il se mit alors en disponibilité sur le plan professionnel pour assurer ses fonctions de maire et renonça en 1992 à son mandat de conseiller général. La liste unitaire de la gauche qu’il conduisit aux municipales de 1995 rassembla 52 % des suffrages dans le cadre d’une triangulaire, mais le 1er mars 1997, il fut temporairement privé de son siège de maire, suite à un recours pour « infraction à la législation sur le financement des campagnes ». La majorité municipale l’assura de sa solidarité et l’intérim de premier édile fut assuré par Raymond Terracher*. Les élections municipales anticipées de 1998 permirent à Gilbert Chabroux de retrouver son mandat de maire avec une majorité renforcée. Jean-Paul Bret, son premier adjoint, député du Rhône, lui succéda en 2001. Élu au Sénat en 1995, Gilbert Chabroux y devint vice-président de la commission des affaires sociales et il se consacra à ce mandat national jusqu’en 2004.
Dans l’exercice de ses mandats municipaux, départementaux, communautaires et régionaux, Gilbert Chabroux participa à de nombreuses commissions et se fit une spécialité des problèmes et des équipements liés à la petite enfance, à l’éducation, à la formation professionnelle, au sport. L’effort d’équipement de la ville qui accusait un retard certain, fut intense.
Comme adjoint, il s’investit, notamment dans les dossiers qui permirent de créer un réseau de crèches et de garderies qui faisaient défaut à la ville, de reconstruire ou construire les collèges Louis Jouvet, Jean Vilar, Tonkin ( avec une médiathèque intégrée dans ce dernier établissement). Il suivit de près l’implantation du lycée professionnel Magenta (dans les anciens locaux du collège Louis Jouvet) et la reconstruction de l’École des Déficients Visuels rue du 4 août, obtenant que cet établissement soit doté d’un gymnase. Il impulsa le projet qui aboutit à la modernisation du lycée professionnel Alfred de Musset, orienté vers la logistique des transports.
Dans la décennie où il exerça son mandat de maire, Gilbert Chabroux prolongea cette politique qui lui était familière : construction de groupes scolaires (École Antonin Perrin), d’équipements sportifs (salle multisports de l’Astroballe), aménagement de terrains de proximité dans les quartiers.
Il inscrivit son action de premier édile dans la continuité de celle des municipalités de la gauche villeurbannaise avec le souci d’une participation plus directe de ses concitoyens à la vie de la cité : en 1993 fut aménagée une Maison du citoyen et en 1995 furent créés les conseils de quartier, premiers jalons de démocratie participative, qui précédèrent la loi de solidarité urbaine qui en fit une obligation aux communes.
Logement et cadre de vie furent des préoccupations essentielles de sa municipalité. La transformation de l’Office public HLM en OPAC lui permit d’entreprendre la réhabilitation des grands ensembles (quartiers des Buers, de Saint-Jean, des Brosses) et de poursuivre la construction de logements sociaux (plus du quart du parc des logements villeurbannais). Président de la Société Villeurbannaise d’Urbanisme, héritée des années trente, il conduisit durant la presque totalité de son mandat la délicate opération de rénovation des immeubles du quartier historique des Gratte-ciel.
Sensible aux préoccupations écologiques, Gilbert Chabroux n’hésita pas à réorienter certains aménagements. Ainsi, il préserva de l’urbanisation les quarante hectares du quartier de la Feyssine, pour créer un parc naturel sur les rives du Rhône, qui jouxte les soixante dix hectares du parc lyonnais de la Tête d’or, soustraits à Villeurbanne en 1884. À cette réalisation, son équipe municipale ajouta celle d’autres aménagements de parcs et jardins dans les quartiers les plus urbanisés de la ville.
La municipalité Chabroux renouvela la tradition de l’aide médicale et sociale propre à Villeurbanne en renforçant le rôle du Centre communal d’Action sociale et en créant en 1994 un Espace santé-environnement au centre de la ville. Celui-ci s’ajouta à un ensemble d’autres structures (Maison de l’emploi, de la formation et du développement des entreprises, maison de la justice et du droit…). En 1999, fut créée la MAPAD Camille Claudel ( centre d’accueil pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer).
Dans le domaine culturel, Gilbert Chabroux négocia auprès du ministère de la culture la succession de Roger Planchon à la tête du TNP, et obtint la création des Studios 24, centre d’accueil d’activités de tournage et de spectacle vivant. Il impulsa un nouvel événement culturel qui devint pérenne, la fête du livre Jeunesse et mit sur pied deux institutions municipales dédiées aux jeunes (le service municipal Jeunesse et le Bureau d’information jeunesse).
Au cours de son mandat de sénateur, Gilbert Chabroux fit de nombreuses interventions sur des textes de lois à caractère social et institutionnel (…). Il joua un rôle actif auprès de ses collègues pour la reconnaissance officielle du génocide arménien et des droits des combattants en Afrique du Nord (reconnaissance de la Guerre d’Algérie).
L’épouse de Gilbert Chabroux, Madeleine Cannard, née le 10 mars 1938 à Montpont-en-Bresse, institutrice en Saône-et-Loire puis professeur des écoles à Villeurbanne, militante socialiste et syndiquée au SNI, fut pendant longtemps enseignante à l’école Berthelot de Villeurbanne, au cœur d’un quartier populaire (Olivier de serres) où le couple résidait. Le 30 juillet 1975 naquit à Saint-Priest (Rhône) leur fille Stéphanie qui devint médecin endocrinologue.
ŒUVRE : Les cent ans du Parti socialiste. L’action des municipalités villeurbannaises au cours du siècle écoulé, note de synthèse de Gilbert Chabroux, 2005.

SOURCES : Bernard Meuret, Le socialisme municipal, Villeurbanne, 1880-1982, PUL, 1982. — Lionel Grifo, La section du Parti socialiste de Villeurbanne, de sa refondation en 1968 aux élections de 1983, mémoire de master 1 (Dir. Claude Prudhomme), Université Lyon II, 2007. – Notice de Stéphanie Chabroux, Gilbert Chabroux du Limousin à Villeurbanne (s.d). – Questionnaire Maitron renseigné par Gilbert Chabroux et entretien avec l’intéressé (P. Bonnaud, C. Coupaud), 2011. – Collection Le progrès de Lyon, bibliothèque municipale de La Part-Dieu. – Vivre à Villeurbanne, 1977-1983, bulletin municipal de Villeurbanne. – Arch. de l’OURS et notes de Gilles Morin.

Pierre Bonnaud

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