Né le 16 mars 1883 à Castagneto Carducci (Livorno), mort à à Campiglia Marittima (Livorno) le 11 avril 1964. Avocat ; socialiste, anarchiste, puis communiste italien, l’une des têtes de l’opposition « bordiguiste ». Kominternien de 1922 à 1936, traducteur du GPU. Exilé en Belgique de 1936 à 1942. Rentré en Italie, sera de 1956 à sa mort membre du PCI.

Ambrogi Ersilio
Carte de service (n° 398) d’Ambrogi lui donnant droit d’accès à la salle des réunions du VIIe Plenum élargi de l’Exécutif du Komintern
(Moscou, nov.-déc. 1926). En-tête, en caractères minuscules : « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! »
Fils d’un médecin catholique d’une bourgade proche de Livourne, Ersilio Ambrogi se révolta contre son éducation. Il adhéra au PSI en 1901, où il déploya, à son aile gauche, en 1904 une activité antimilitariste. Lors d’une grève générale à Sestri Ponente (Gênes), il fut condamné à onze mois de prison. Il se réfugia après sa libération en Suisse en 1905, puis en France et en Allemagne où il fréquenta activement les milieux anarchistes. Rentré en Italie, il contribua à la naissance du groupe anarchiste « Pietro Gobi », fort de 70 adhérents. Il obtint en 1912 son diplôme de droit (jurisprudence) à l’université de Bologne, qui lui permit de devenir avocat. Il fut emprisonné pendant la guerre pour antimilitarisme et « défaitisme ». À la fin de la guerre, il abandonna ses positions libertaires et adhèra à la tendance maximaliste du Parti socialiste, dont il fut député en novembre 1919. Il était maire de Cecina (Livourne) à la fin de 1920, puis président de l’administration provinciale de Pise. Membre du PC d’Italie dès 1921, il fut destitué de ses charges en février, puis arrêté pour « homicide » dans des affrontements avec les fascistes. Il sortit de prison en mai 1921, quand il fut élu député. Condamné à 21 années de prison, il dut quitter le pays. Il fut délégué à l’Exécutif du Komintern à Moscou avec Gramsci en 1922-1923. Jusqu’en 1924 il représenta auprès du KPD le parti italien. Il fut délégué par la centrale du PCI au côté de Bordiga, Gramsci, et de Graziadei (qui représentait la minorité), au IVe congrès du Komintern. Il résida à Moscou, en 1924, où il travailla comme traducteur pour le GPU qui le nomma général de division. Présent en 1926 au VIe plenum de l’IC. Défenseur des positions bordiguistes, il tenta avec Virgilio Verdaro* et Arnaldo Silva de créer un petit noyau en contact avec la Fraction italienne en France et Belgique. Ce fait fut découvert, à l’occasion d’une fouille de valise, et lui valut, ainsi que Verdaro et Silva, d’être convoqués le 23 février 1929 devant un véritable tribunal (la commission de contrôle du CC du PCR), présidé par Iemelian Iaroslavski et Aron Sol’ts (1872-1945), membre de la Commission de contrôle du Komintern. Avec Virgilio Verdaro et Arnaldo Silva, qui le soupçonna de l’avoir « donné », il fut exclu du PCR le 10 mai 1929. Il continua néanmoins à travailler pour le GPU, et bien que soupçonné de « fractionnisme » et de « trotskysme », il fut envoyé par son employeur à Berlin de 1930 à 1932, où il resta sous surveillance. Il fut pourtant actif dans la Fraction et a des contacts avec l’Opposition trotskyste allemande, en particulier avec le groupe de Wedding (quartier rouge de Berlin) et Kurt Landau, et Andres Nin, présent à Berlin. Il fut rappelé par le GPU à Moscou en 1932. Relégué avec sa famille, il capitula en mai 1934 et fit acte d’allégeance au stalinisme, « pour l’unité du parti ». Toujours agent du GPU, il prit contact avec les autorités fascistes pour gagner la Belgique et surveiller la Fraction italienne. Il obtint de l’ambassade italienne à Moscou l’autorisation de passer ses archives par la valise diplomatique et quitta l’Union soviétique le 10 avril 1936. Le 7 septembre, le ministère de l’intérieur italien communiqua aux autorités belges des renseignements favorables sur son compte. À Bruxelles de 1936 à 1940, la Fraction italienne refusa tout contact avec lui. Selon Dante Corneli, ancien membre du PCI qui vécut en URSS, il fut très tôt un agent stalinien, voire un espion fasciste qui aurait fourni à la police italienne d’importants renseignements sur l’activité clandestine que le Parti (communiste) déployait en Italie ».
En 1940, il fit dans un journal belge l’éloge du fascisme mussolinien. Il rentra en Italie au début de l’année 1942, où il fut acquitté en mars par la Cour d’assises de Padoue pour ses activités antérieures. D’octobre 1943 à mai 1945, ne bénéficiant plus de la protection des autorités fascistes, il fut déporté en Allemagne. Retourné en Italie, il reprit sa profession d’avocat. De 1956 à sa mort, il fut membre du PCI. Il décéda à Campiglia Marittima (Livorno) le 11 avril 1964. Le PCI, auquel appartenait son fils Ellenio, fit son éloge public en passant sous silence tout un trouble passé. La ville de Cecina a donné son nom à l’une de ses rues.

SOURCES : ACS CPC busta 92. – « Uno dei fondatori del PCI : La morte del compagno Ersilio Ambrogi », L’Unità, 16 avril 1964. – Recueil de documents (Ambrogi, Smilga, Radek, Trotsky, comptes rendus de réunion) d’Ersilio Ambrogi (en russe, 1922-1934), BDIC Nanterre (cote : F Δ Res. 455). – Anne Mettewie-Morelli (éd.), Documenti inediti dal fondo di Ersilio Ambrogi (1922-1936), Annali 1977, Fondazione Giangiacomo Feltrinelli, Milano, 1977. – Giovanni Somai (éd.), « Quattro lettere da Mosca di Gramsci e Ambrogi », Il Ponte, XXXIV, 9, sept. 1978. – Dante Corneli, Lo stalinismo in Italia e nell’emigrazione antifascista, vol. 3, Tivoli, 1979, p. 32. – Agustín Guillamón, « Rapporti e corrispondenza tra Andrés Nin ed Ersilio Ambrogi, 1930-1931 », Laboratorio Storico, n° 1, Gênes, mai 1992. – Konstantin A. ZALESSKIJ (Залесский), Империя Сталина. Биографический энциклопедический словарь (« L’Empire de Staline. Dictionnaire biographique encyclopédique »), Moscou, Vetche (« Вече »), 2000. - Maurizio ANTONIOLI, Giampietro BERTI, Santi FEDELE, Pasquale IUSO, Dizionario biografico degli anarchici italiani, « Ambrogi, Ersilio », BFS edizioni, Pisa, 2003, p. 32-33.

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