AUZAS Edmond

Par René Gallissot

Un des fondateurs d’Oran républicain en 1937, quotidien de Front populaire.

Né dans une famille de colons d’Oranie, Edmond Auzas a conservé des biens agricoles. Il est devenu professeur à Oran dans l’entre-deux guerres, quand le port, par le vin, et la ville, par peuplement venu d’Espagne, font encore d’Oran la première ville coloniale d’Algérie. Edmond Auzas appartient au parti français radical et radical socialiste ; il se situe à gauche en devenant une personnalité notable du Front populaire. Dès 1935, il entre dans le projet de lancer un quotidien républicain face à l’Écho d’Oran qui se fait l’écho de l’Abbé Lambert, le maire démagogue qui soutient les Unions latines pro-fascistes et s’appuie sur le parti social français, et face à Oran Matin qui se fait le relais du Parti populaire français de J. Doriot* qui s’implante en Oranie en 1936-1937 et va se doter d’un hebdomadaire L’Oranie populaire. Edmond Auzas rassemble amis et capitaux pour lancer Oran républicain. Avant qu’il ne paraisse, la droite dénonce dans le journal, un organe « judéo-maçonnique ». Oran républicain sort en février 1937 quand retentit particulièrement à Oran, la fureur de la guerre d’Espagne.
Le journal représente l’union de Front populaire dans ses inflexions et ses hyperboles oranaises. L’administrateur est Pierre Tabarot*, communiste à sa façon patronale, le rédacteur en chef Michel Rouzé*, membre de la SFIO mais plus gauche révolutionnaire, et donc suspect de trotskisme, que socialiste banal, le rédacteur des pages syndicales, le secrétaire de la CGT Élie Angonin* qui vient de l’anarcho-syndicalisme, la voix des comités du Congrès musulman, le Cheikh Zahiri*, en guerre avec le représentant de l’Association des Oulémas, le Cheikh Ibrahimi à Tlemcen, et le Directeur politique le radical-socialiste Edmond Auzas. Rappelons que le parti radical est dominé en Algérie par le sénateur Jacques Duroux, le tombeur du Gouverneur Viollette*, grand capitaliste et homme de presse à Alger, et qu’Oran a un député SFIO, l’instituteur Marius Dubois*, qui a du mal à se faire entendre. Aussi le rôle d’Edmond Auzas devient central pour tenir une ligne antifasciste qui est poussée à gauche par la mobilisation de masse favorable aux communistes.

Edmond Auzas va non seulement réussir l’exercice jusqu’en 1938 mais porter une orientation de gauche socialisante, antifasciste et antiraciste. Par-delà l’aventurisme du Cheikh Zahiri* à l’encontre de l’Association des Oulémas, il entretient l’alliance entre Front populaire et Congrès musulman jusqu’à établir des Comités communs. En Oranie, les dirigeants communistes se sont vivement réjouis de la dissolution de l’ENA par le gouvernement de Front populaire. Alors que le PCA et les communistes espagnols et français vitupèrent le fascisme et le franquisme de Doriot et désignent le PPA créé par Messali* en l’appelant Parti populaire algérien et non pas Parti du peuple algérien pour le faire passer pour un doublon du Parti populaire français, Edmond Auzas s’efforce de maintenir des contacts avec les partisans de Messali qui vient au reste en tournée en Oranie.
Certes Oran républicain fait jusqu’au bout campagne pour le projet Blum-Viollette, mais le journal renvoie à la lutte contre les décrets répressifs Régnier pris en 1934 et appliqués à nouveau contre les Oulémas et les nationalistes, la défense de la liberté d’expression, de la presse et des emprisonnés. En 1938, c’est Michel Rouzé* qui sert d’intermédiaire entre messalistes et communistes. Ce front est brisé après les grèves de novembre 1938 contre les décrets de défense nationale qui font entrer les autorités, l’armée et la police françaises dans la suspicion et l’internement des étrangers susceptibles d’activités anti-françaises et de ceux qui sont accusés de séparatisme ou d’être agents de l’ennemi, qualifié de panislamiste, de bolchevique, ou d’être au service du complot judéo-maçonnique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article150030, notice AUZAS Edmond par René Gallissot, version mise en ligne le 3 novembre 2013, dernière modification le 19 juillet 2016.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. de la Wilaya d’Oran, notes d’A. Taleb-Bendiab –Communication de Fouad Soufi, « Oran républicain et les problèmes algériens (1937-1938) », texte ronéoté – Entretien avec Élie Angonin*.

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