Née le 25 septembre 1905 à Montjean (Maine-et-Loire), morte le 15 septembre 1972 à Nice (Alpes-Maritimes) ; institutrice, puis employée de bureau ; militante socialiste puis anarchiste et syndicaliste.

Suzy Chevet
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Née en Anjou d’un père instituteur syndicaliste et mutualiste, Suzanne Goubard, élève de l’École normale d’institutrices d’Angers, n’exerça pratiquement pas. Elle adhéra au Parti socialiste et fut de la tendance Marceau Pivert qui devait donner naissance en 1938 au Parti socialiste ouvrier paysan. Elle partit pour Saint-Malo et y travailla dans les bureaux du service de l’emploi, s’occupa des Auberges de la jeunesse et en fonda une dans cette ville ; elle participa également aux comités d’aide lors de la guerre civile d’Espagne.
Révoquée en 1941, elle fut, avec sa fille, assignée à résidence à Saint-Malo. Après avoir mis sa fille en sûreté, elle se rendit dans l’île anglo-normande de Jersey où elle organisa une filière d’évasion. Arrêtée par la Gestapo en 1942, elle fut transférée à Angers mais réussit à s’évader et gagna Lorient. Sous une nouvelle identité, elle entra dans les bureaux du STO et jusqu’à la Libération, put renseigner utilement la Résistance et la jeunesse réfractaire locale. Elle y noua également des amitiés avec des anarchistes espagnols travaillant au mur de l’Atlantique et notamment avec Pepito Rosell* qui animait un petit groupe clandestin et qui sera son gendre par la suite.
À la Libération, Suzy Chevet regagna Paris où elle connut des difficultés pour faire valoir ses droits et retrouver un poste. Elle entra finalement au ministère du Travail. En mai 1945, lors d’une vente à la criée du Libertaire dans les rues de Belleville, elle rencontra le militant anarchiste Maurice Joyeux* qu’elle introduisit dans les milieux syndicalistes révolutionnaires et anarcho-syndicalistes et notamment ceux de la CNT espagnole en exil. Elle milita dès lors à ses côtés à la Fédération anarchiste où dès 1947 elle fit partie du Comité national.
Administratrice du groupe Louise Michel du 18e arrondissement et organisatrice des galas annuels du groupe au Moulin de la Galette, elle collaborait régulièrement à l’hebdomadaire Le Libertaire où elle signait souvent « Suzy ».
En 1947, sur le plan syndical, elle prit part aux débats qui aboutirent à la fondation de Force Ouvrière ; elle allait être membre de la commission exécutive de la région parisienne. Contrôleur du travail à Paris, elle fut en janvier 1948 la responsable provisoire du syndicat national FO des agents des services extérieurs du travail et de la main-d’œuvre, en cours de constitution. Lors du congrès constitutif de ce syndicat, tenu les 20 et 21 mars 1948 à Paris, elle fut élue secrétaire administrative aux côtés de Robert Joli nommé secrétaire général. Elle assuma cette fonction jusqu’en mars 1959 au moins. Les 12 et 13 avril 1948 elle participa à la salle de la Mutualité à Paris au congrès de fondation de la CGT-FO où, comme Alexandre Hébert*, elle défendit notamment l’idée que la commission administrative confédérale soit élue par le congrès, « émanation directe de la base », et non par le comité confédéral national composé de secrétaires d’unions départementales et de fédérations professionnelles. Elle était membre de la Fédération des fonctionnaires et allait participer en tant que déléguée de sections départementales de son syndicat à la plupart des congrès de FO entre 1948 et 1971. Au dernier congrès auquel elle participa en 1971 comme déléguée de la Main-d’œuvre-Travail (Xe congrès de Force Ouvrière), elle intervint dans le débat sur le rapport moral au nom de la minorité anarcho-syndicaliste.
Après l’exclusion en 1952 du groupe Louise Michel de la FA par les partisans de la tendance animée par Georges Fontenis*, elle participa activement aux côtés de son compagnon au regroupement l’Entente anarchiste à l’origine de la réorganisation en 1954 de la Fédération Anarchiste. Elle devint alors, dès novembre 1954, la principale organisatrice de la plupart des galas annuels de soutien au journal Le Monde Libertaire auxquels participèrent de très nombreux artistes dont Georges Brassens* et Léo Ferré*. Membre du comité de lecture – avec notamment M. Joyeux, , M. Fayolle*, M. Laisant*, A. Devriendt* – et chargée au marbre de l’imprimerie de la mise en pages et en forme et de la correction de ce nouvel organe de la FA –, elle y collabora très régulièrement.
Début janvier 1962, après la multiplication des attentats de l’OAS, dont l’un contre le siège de la Fédération anarchiste, 3 rue Ternaux (Paris XIe arr.), Suzy Chevet, sous le couvert de la Ligue des Droits de l’homme dont elle présidait la section du 18e arrondissement, fut l’organisatrice d’un meeting tenu dans un cinéma de la rue Myhra auquel participèrent l’ensemble des organisations de gauche.
En avril 1952, elle fut signalée comme étant secrétaire générale adjointe de la Fédération FO de l’Administration générale (FAG).
Elle dirigea également la revue La Rue (Paris, n°1, mai 1968) qu’édita le groupe libertaire Louise Michel et en août 1968 participa avec Joyeux au congrès international des Fédérations anarchistes tenu à Carrare (Italie), où ce dernier était l’un des délégués de la FA.
Outre la Ligue des Droits de l’homme, Suzy Chevet, qui appartenait à la Fraternelle maçonnique du 18e arrondissement, milita aussi à la Libre Pensée.
Renversée par une voiture à Port Grimaud, Suzy Chevet mourut à Nice le 15 septembre 1972. Elle a été incinérée au cimetière du Père-Lachaise.
Dans ses mémoires Maurice Joyeux, à propos de sa rencontre avec Suzy Chevet, l’évoquait en ces termes : « C’était une femme capable, excellente organisatrice, connaissant admirablement la langue, tenace et allant jusqu’au bout d’un projet une fois la décision prise. Elle sera plus tard précieuse à l’organisation et finira par policer le personnage turbulent que j’étais alors. »

SOURCES : La Rue, n° 15, 1er juin 1973 (nécrologie de J. F. Stas) — Le Monde, 22 septembre 1972 — APpo BA 1900 — Le Monde Libertaire, n°183, septembre 1972 (nécrologie) — Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT-FO, 22 janvier & 8 avril 1948 — Comptes rendus des congrès confédéraux de Force ouvrière de 1948 à 1969 — Guillaime Davranche « 1948 : les anarchistes rejoignent à regret la CGT-FO », Alternative libertaire, mai 2008 — M. Joyeux, Sous les plis du drapeau noir, Ed. du Monde libertaire, 1988. — La Nouvelle tribune des fonctionnaires et retraités, organe du Comité interfédéral des fonctionnaires FO, puis de la Fédération générale des fonctionnaires FO, avril 1952 (BNF, GR FOL-JO-5243). —

Jean Maitron, notice complétée par Louis Botella et Rolf Dupuy

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