GABORIAU Bernard [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né le 22 février 1949 à Paris XIVe ; ouvrier du bâtiment puis imprimeur ; communiste libertaire et syndicaliste.

Bernard Gaboriau connut peu son père, décédé alors qu’il était en bas âge. Avec ses trois frères et sœurs, il fut élevé par sa mère et son beau-père, ouvrier dans la métallurgie et la savonnerie.

En 1966, il débuta comme apprenti dans le bâtiment. Non politisé, il était « loubard », mais suffisamment doté d’une conscience de classe pour se syndiquer à la CGT.

Vint Mai 68. Durant les événements, il fut pris dans les affrontements avec la police, et participa à l’occupation de la Sorbonne. La découverte de l’univers gauchiste entraîna une rapide et brutale politisation. Estimant que dans les groupes maoïstes et trotskistes il retrouvait les « petits chefs » que déjà il fuyait sur les chantiers, il ne fréquenta bientôt plus que « l’escalier E », zone attribuée à l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) par le comité d’occupation de la Sorbonne, qui avait refusé la Fédération anarchiste (FA) en tant que telle. L’ORA était à l’époque encore une tendance de FA, mais était sur la voie de la rupture.

À l’automne 1968, Bernard Gaboriau adhéra au groupe de Vincennes de l’ORA, mais refusa d’adhérer à la FA, composée selon lui de « tendres rigolos » plus portée sur le verbe que sur l’action.

Licencié en 1968 de l’entreprise où il était apprenti, il se reconvertit comme imprimeur et entra au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), où il milita dès lors à la CFDT.

En 1971, il rejoignit le groupe de Champigny. L’ORA se dota alors d’une imprimerie, Edit 71, installée rue Auguste-Métivier à Paris XXe. Bernard Gaboriau fut pressenti pour y travailler avec Patrick Ferrage, mais il déclina l’invitation devant les réticences de l’organisation à faire adhérer l’entreprise à la convention collective de l’imprimerie de labeur et des industries graphiques. Il resta donc au CIRAD où, par ailleurs, son action syndicale commençait à porter ses fruits.

En 1972, il prit ses premières responsabilités nationales dans l’organisation en devenant responsable de la coordination des cercles Front libertaire (CFL). En octobre 1970, l’ORA avait en effet cessé la parution de sa feuille L’Insurgé, pour lancer un mensuel plus ambitieux, Front libertaire. Les cercles du même nom, lancés peu après, devaient servir de structure d’accueil pour les centaines de militantes et de militants venus dans l’enthousiasme de l’après-68, et dont l’afflux risquait de déstabiliser l’ORA.

Pendant trois ans, de 1972 à 1974, Bernard Gaboriau assura donc le suivi et le développement de ces CFL. Quand il passa son mandat à Daniel Jusot, leur nombre était passé d’une dizaine à 130 dans toute la France. Durant cette période, il participa aux réunions du comité national de l’ORA, puis redevint « militant de base » pendant un an.

En 1975, Bernard Gaboriau entra à la commission journal de Front libertaire. D’à peine mensuel à l’époque, il le fit passer à bimensuel, et s’efforça d’en diversifier le contenu, et de créer un réseau de correspondants régionaux. La réalisation du journal, qu’il portait à bout de bras, occupa le plus clair de ses activités, jusqu’au congrès d’Orléans, en 1976.

Lors de ce congrès, l’ORA se scinda en deux, une minorité exclue formant l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), et la majorité se rebaptisant Organisation communiste libertaire (OCL).

Bernard Gaboriau continua pendant deux ans à militer dans une OCL qui devait rapidement décliner. La scission avait entraîné à l’UTCL une partie de la base ouvrière de l’ORA, et l’OCL recevait l’adhésion de plus en plus de militants ultra-gauche ou se disant « situationnistes ». Lorsqu’au congrès de Reims, en 1978, Gérard Sebag, des PTT, défendit une motion qui posait la question « est-il compatible d’être militant à l’OCL et dans un syndicat ? », Bernard Gaboriau quitta l’organisation. Il estimait que le fait que l’OCL mette une telle question à l’ordre du jour constituait une régression qui ramenait le mouvement dix ans en arrière, aux balbutiements théoriques de l’ORA.

Il cessa alors de militer, puis collabora en 1986 à la revue Ruptures, animé par Philippe Barre à Champigny. Ruptures disparut en 1987, et Bernard Gaboriau confectionna l’ultime numéro.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154152, notice GABORIAU Bernard [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 23 avril 2014, dernière modification le 3 juin 2014.

Par Guillaume Davranche

SOURCES : Témoignage de Bernard Gaboriau — archives Roland Biard (IISG, Amsterdam) — notes de Rolf Dupuy.

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