BALLU Alexandre

Par René Lemarquis, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 16 juillet 1887 à Paris (XVIIIe arr.), mort le 16 juillet 1968 en mer du Nord ; ouvrier typographe-linotypiste ; militant communiste de Paris.

Alexandre Ballu était le fils de Charles, Alexandre Ballu, camionneur déménageur, et de Marie, Célestine Deketelaire, blanchisseuse-teinturière. Le père, aîné de douze enfants, était fils d’un Communard, il avait conservé des sentiments de révolte, était antireligieux et « républicain avec tout ce qu’il peut y avoir de traditionalisme et de confusionnisme dans cette étiquette » (autobiographie du 26 octobre 1938). Il ne fut jamais organisé politiquement, ni syndicalement. Devenu veuf alors qu’Alexandre Ballu n’avait que cinq ans, ce dernier fut placé à l’Assistance publique et repris plus tard, après son remariage avec une ménagère qui apprit aussi le métier de blanchisseuse. Ayant travaillé très tôt, presque illettré, il eut à cœur que son fils suive avec assiduité l’école communale et insista pour qu’il soit typographe. Celui-ci n’avait donc suivi que l’école primaire et ne possédait qu’un bagage scolaire élémentaire mais il éprouva un désir extrême de connaissances qui se manifestera dans sa vie militante.

Son frère cadet, Charles Ballu (1899-1986), fut ouvrier imprimeur et devint conseiller municipal de Clichy.

Alexandre Ballu sortit en 1914 de son apprentissage de typographe mais, faute de travail dans cette branche, il dut pratiquer d’autres métiers : terrassier dans l’Oise puis, après 1915, charbonnier et débardeur à Paris jusque janvier 1916, date de sa mobilisation. Il fut donc à l’armée de cette date à octobre 1919 et y resta soldat de 2e classe. En décembre 1916, il fut condamné, avec sept camarades, à trois ans de prison pour refus collectif d’obéissance en présence de l’ennemi parce qu’ils avaient protesté, de façon concertée, contre les brimades de certains gradés. Mis au régime cellulaire, isolé, souffrant de la faim et du froid, il fit trois mois de prison à la maison d’arrêt de Châlons-sur-Marne et en sortit en février 1917 pour être envoyé dans les tranchées en Champagne. Il fut réhabilité à la suite d’une citation obtenue lors d’un « coup dur » en 1918. Par dégoût de la guerre il lisait La Vague, Le Journal du Peuple, de temps à autre Le Populaire et, après 1919, l’Humanité.

Après sa démobilisation, il entra comme typo à l’Imprimerie Paul Dupont, dont il fut licencié après la grève de 1920, puis à l’Émancipatrice, dont il fut licencié en 1922 parce qu’il était syndiqué à la CGTU. Devenu linotypiste, il vint travailler au « Croissant » et entra peu après, en septembre 1922, à l’Humanité comme metteur en page. En 1929, il était linotypiste à L’Imprimerie française (dite aussi Imprimerie Dangon).

Alexandre Ballu adhéra dès 1919 à la 15e section (Grenelle) du Parti socialiste qui lui apparaissait « comme le seul capable de mener à bien les rêves de libération du joug capitaliste faits dans les tranchées ». Mais déçu par les « parlotes », il délaissa les réunions au profit des CSR auxquels il adhérait, tout en suivant la lutte du Comité de la IIIe Internationale. Après avoir compté, vainement, sur l’honnêteté politique des longuettistes, il reprit son activité dans le nouveau Parti communiste. Au cours des crises de fin 1922 (départ de Frossard) et de 1924 (affaire Boris Souvarine), il fut, dit-il, fidèle à la majorité. Mais il suivit en 1926 la position prise par les camarades (le mot camarades est raturé dans l’autobiographie) Albert Treint et Suzanne Girault en accord avec Zinoviev. Cette position « plus sentimentale que de principe » affirmait-il en 1938, lui valut d’être exclu du parti pendant un an (la date exacte n’est pas indiquée, dans doute février 1928 quand les « zinovievistes » sont exclus, et non 1926 comme l’indique le résumé de l’autobiographie). Cette exclusion le désorienta et il connut « la plus grave crise morale de sa vie ». Réfugié dans l’étude et son métier de metteur en pages à l’Humanité, encouragé par Paul Vaillant-Couturier et Paul Bouthonnier, il demanda, avec l’appui de la cellule, sa réintégration qui fut acceptée après reconnaissance de ses erreurs passées. Il reprit son travail à la cellule 222 de Paris-Ville (2e section).

Il représenta le PC aux élections municipales du 5 mai 1929 dans le IIe arr., quartier Vivienne. Il recueillit 91 voix sur 1 865 inscrits, le candidat socialiste Cuchet n’en ayant que 56. Aux élections législatives du 1er mai 1932, dans l’ensemble de l’arrondissement, Ballu obtint 827 voix sur 11 484 inscrits (7,2 %) et 10 028 votants. Paul Reynaud fut élu dès le 1er tour. Devenu secrétaire de sa cellule, il assurait la diffusion littéraire et la propagande. Il fut chargé par son parti d’organiser la première conférence des lecteurs des Cahiers du Bolchevisme le 9 juin 1932. Son rapport sur la diffusion indiqua qu’il y avait 561 abonnés dans la région parisienne et 2 000 à 2 100 revues vendues dans toute la France dont 1 300 par abonnement.

À la demande de Joanny Berlioz*, il assura à titre bénévole les fonctions de rédacteur sportif à l’Humanité de 1930 à 1935. À ce titre, il contribua à redonner au journal son intérêt informatif en ce qui concerne les grands événements sportifs et à la mise en place des grandes épreuves populaires qu’il patronnait. Il militait depuis 1927 à la FST puis à la FSGT, il fut l’un des fondateurs du Club sportif du Croissant qui organisa le Grand prix des Amis du sport ouvrier, il fut enfin collaborateur à Sport et appartenait au Touring Club de France. Il était par ailleurs membre du SRI puis du Secours populaire et de la Coopérative « La Famille nouvelle ».

Ballu vécut maritalement avec Pauline Forter, factrice, 1920-21 puis avec Louise Papon en 1926-27. En 1934, Alexandre Ballu épousa la veuve d’un militant communiste, Guy Tourette, rédacteur à l’Humanité jusqu’à sa mort en mars 1924. Elle était sténodactylo à l’Humanité et mère de trois enfants membres des Jeunesses communistes (en 1938) dont Pierre Tourette et Jacques Tourette. Ses parents avaient eux-mêmes milité. Son père, le docteur Trinité, comme secrétaire avant-guerre de la section socialiste d’Épernay, sa mère ex-infirmière, retraitée de la Préfecture de la Seine, communiste, travaillait comme correctrice à domicile.

Alexandre Ballu eut, syndicalement, une activité limitée : militant du syndicat unitaire des typographes parisiens il fut, après la réunification, délégué d’atelier à son imprimerie et membre de la commission linotypiste de son syndicat. Il consacrait beaucoup de temps à sa formation intellectuelle. Il suivait les cours de l’Université ouvrière. En plus des textes théoriques marxistes traditionnels, il lisait des ouvrages scientifiques et philosophiques de Marcel Prenant, Paul Labérenne, René Maublanc, Georges Politzer, des ouvrages scientifiques et philosophiques, des romans : tout Maupassant, Balzac, Zola, Romain Rolland, les « romans sociaux » d’Aragon, Malraux ainsi que des auteurs soviétiques et étrangers contemporains. Sur le plan politique, il apparaît comme un militant très averti des différentes oppositions ou tendances en relation avec les militants fréquentés dans son milieu de travail. C’est ainsi qu’il citait dans son autobiographie Gaston Faussecave et sa femme Marguerite Faussecave exclus comme zinovievistes, qu’il qualifiait de trotskystes ne s’avouant pas tels, Marceau Pivert qui influença beaucoup d’ouvriers du Livre, Pierre Rimbert du groupe « Que faire ? », membre comme lui de la commission linotypiste du syndicat. Il transmit en 1933 à André Marty un rapport détaillé d’un camarade d’Ermenonville sur les relations entre Jacques Doriot et les hobereaux de cette localité.

En 1939, il fut mobilisé, mais fut rendu à la vie civile avant juin 1940. Dès cette époque, il participait à la vie du PCF clandestin. Il fut interné administrativement à Pithiviers, jusqu’à la fin octobre 1942. Puis il travailla comme linotypiste au Parizer Zeitung. Il participa au groupe d’ouvriers du Livre qui aidèrent, depuis leur atelier, à la confection de journaux clandestins du PCF, du Front national et de la CGT. Il fut touché par l’arrestation de camarades mais aussi par celle de son beau-fils Pierre Tourette en 1942.

Sous son impulsion, les typographes du Petit parisien composèrent le premier numéro légal de l’Humanité à la Libération.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15563, notice BALLU Alexandre par René Lemarquis, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 3 août 2019.

Par René Lemarquis, Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13064. — Arch. PPo. B A/1715, janvier 1935 et 1 W 77 33 898. — RGASPI 495 270 8603. — L’Humanité, 28 avril 1929, 21 août 1944. — Le Temps, 7 mai 1929. — Cahiers du Bolchevisme, 1er mai et 15 mai 1932. - Paul Chauvet, La Résistance chez les fils de Gutenberg dans la Deuxième Guerre mondiale. A compte d’auteur, 1979.

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