Né à Florence (Italie) le 23 octobre 1864, mort à Rome (Italie) le 28 mars 1926 ; graveur ; anarchiste.

Antonio Agresti (1891)
Album Bertillon, 1894.
Le père d’Antonio Agresti était un des fondateurs de la fédération florentine de l’AIT, et il lui arrivait d’emmener son fils aux réunions.
Encore enfant, il vit la police perquisitionner le domicile familial à plusieurs reprises, et il assista au procès des bombes (1879) au cours duquel Scarlatti et Vannini défendirent les théories de l’Internationale anarchiste. Il assista également aux funérailles de Garibaldi (1882). À la mort de son père, il devint anarchiste par « haine sans borne pour tout commandement », mais aussi à la lecture « des œuvres de Guerrazzi, de Byron et de l’histoire ».
Fiché dès 1883 comme anarchiste « exalté et audacieux », Antonio Agresti fut condamné le 19 septembre 1884 avec d’autres compagnons pour avoir édité et diffusé un manifeste « gravement offensant pour l’ordre constitutionnel monarchique ». Ayant fui en France, d’abord à Marseille puis à Paris, il fut arrêté le 6 août 1888 pour avoir crié « Vive la Commune ! » lors des obsèques du blanquiste Émile Eudes. Cela lui valut d’être expulsé pour « activités subversives ». Il rentra alors à Florence où il venait de bénéficier d’une mesure d’amnistie.
En mars 1890, pour refus du recrutement militaire, il fut condamné à un mois de prison. À sa libération il reprit son activité de propagandiste anarchiste à Florence et dans la région puis, en août repartit illégalement pour Paris. Il fréquenta alors le Cercle anarchiste international qui tenait des assemblées salle Horel, à Paris 3e (voir Alexandre Tennevin).
A l’occasion du 1er mai 1891, il fut victime de la vague de répression qui visa les milieux anarchistes, et subit une condamnation.
Le 20 juin 1892 il fut arrêté à Paris pour « infraction à arrêté d’expulsion », et condamné en août à dix mois de prison. Après sa sortie, il gagna Bruxelles puis Londres où il habita, au moins jusqu’en 1894, au 80, Grafton Street.
Il collabora alors au périodique The Torch, lieu de rencontre et d’échange entre compagnons français, italiens et britanniques qui publiait également des articles de Saverio Merlino, de Louise Michel, d’Émile Pouget, de Gustave Mollet*, d’Augustin Hamon ou d’Edward Leggatt. Il épousa en 1897 Olivia Rossetti, une des jeunes fondatrices du journal.
Selon Constance Bantmann, il est possible qu’Antonio Agresti ait influencé les idées de Pouget sur le sabotage, que ce dernier avouera lui-même plus tard avoir emprunté aux pays anglo-saxons. Dans The Torch de mai 1894, Agresti expliquait ainsi : « La loi n’a pas anticipé le cas du travailleur qui oublie un marteau dans un engrenage, éteint soudainement les flammes d’un four soufflant, glisse des ciseaux dans un tissu neuf ou qui détruit ses outils en les affûtant. De cette façon, les travailleurs peuvent en toute impunité, ruiner leurs employeurs quand ceux-ci rejettent leurs exigences légitimes. »
Il se peut qu’il ait passé quelques mois aux États-Unis en 1895-1896, avant de revenir à Londres. Il collabora en effet au journal La Questione sociale (publié à Paterson, États-Unis) ainsi qu’à La Protesta Umana publiée par Nicolo Converti à Tunis de février à novembre 1896. Il fut aussi l’un des éditeurs du numéro unique de L’Anarchia, en août 1896, dans lequel Malatesta publia un manifeste-programme pour la réorganisation du mouvement anarchiste.
En juillet 1896, Agresti participa à l’opération anarcho-allemaniste au congrès socialiste international de Londres (voir Fernand Pelloutier), où il fut délégué avec un mandat du Cercle des travailleurs de Morez (Jura), affilié au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Jean Allemane. Il habitait alors au 7, Frederick Street à Portland.
Proche d’Augustin Hamon, qui le cite dans sa Psychologie de l’anarchiste socialiste, Agresti collabora à L’Humanité nouvelle quand celui-ci lança ce périodique à son retour d’exil. Il lui donna notamment des « Souvenirs d’un communard », en mai 1900, qui fut publié en brochure. Les deux hommes devaient correspondre au moins jusqu’en 1903.
En août 1897 il rentra à Florence où il sembla mettre un frein à ses activités anarchistes. À la fin de 1902, il s’installa définitivement à Rome où il fit partie de la rédaction du journal socialiste Il Domani et collabora à L’Avanti ainsi qu’à la revue La Lupa (Florence) fondée par Paolo Orano et dans laquelle se côtoyaient syndicalistes révolutionnaires et certaines franges du nationalisme italien. Il écrivit toutefois aussi pour le journal de Malatesta, Volontà, en 1913.
Lors de la Première Guerre mondiale il fut l’un des plus fervents partisans de l’intervention de l’Italie dans la guerre et l’un des promoteurs – avec Attilio Paolinelli, Massimo Rocca, Maria Rygier et Torquato Malagola – du numéro unique de La Sfida (octobre 1914), journal interventionniste publié par « les anarchistes indépendants d’Italie ». Il fut également l’auteur du pamphlet Perché sono interventista dans lequel il polémiquait avec Luigi Fabbri et exposait les raisons purement libertaires de la lutte contre l’autocratie austro-allemande. Puis il évolua vers le mazzinisme et abandonna l’anarchisme. Dans l’après-guerre il se rapprocha du fascisme et, en mars 1925, fut rayé du fichier des « subversifs » pour être « devenu un homme d’ordre ».

SOURCES : Notice de A. Luparini dans le Dizionario Biografico degli Anarchici Italiani, BFS Edizioni, 2003-2004 ― La Révolte du 23 mai 1891 — Le Journal des débats du 24 août 1892 — Aug. Hamon, Psychologie de l’anarchiste socialiste, Stock, 1895 — René Bianco, « Cent dans de presse... », op. cit. ― L. Bettini, Bibliografia..., op. cit. ― Constance Bantman, « Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 : Échanges, représentations, transferts », thèse en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, Paris-XIII, 2007 — La Tribune libre, 5 juin, 12 juin 1900 et sq. (note de Michel Cordillot).

Rolf Dupuy, Guillaume Davranche

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