CURIEN Paul, Marie [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche et Dominique Petit

Né le 29 août 1866 à Haguenau (Bas-Rhin), décédé à Panama en mars 1885 ; anarchiste.

Paul Curien était fils d’un officier et sa mère, veuve, s’était remarié en secondes noces avec un négociant de Lille. Placé au prytanée militaire de La Flèche (Sarthe), il fut renvoyé pour indiscipline. Mis en pension à Lille chez les frères, il fit le désespoir de ses maîtres.

À 15 ans, Curien s’engagea d’abord chez un négociant en toiles, puis chez un confectionneur comme aide-coupeur, mais le métier lui déplut. Il s’embaucha comme apprenti chez deux bouchers et un boulanger, contre l’avis de sa mère mais fut mal vu en raison de ses idées sociales.

Hostile aux idées politiques de son beau-père, il s’enfuit de chez lui par trois fois. Un jour, il s’en alla vagabonder, en mendiant, jusqu’à Paris. Un autre, il fut retrouvé à Douai, alors qu’il s’apprêtait à se suicider. Revenu à Lille, il fut placé comme apprenti chez un boulanger, M. Bœuf. Il s’affilia alors à une société ouvrière, Les Amis du progrès. Il y lisait à ses camarades les journaux anarchistes La Lutte et Le Forçat. Louise Michel était son héroïne.

Le 10 novembre 1883, il partit pour Paris avec le projet d’assassiner le président du conseil, Jules Ferry. Il emportait avec lui 35 francs, montant des factures qu’il venait d’encaisser pour son patron, ainsi qu’un revolver qu’il avait volé au fils de son employeur.

Le 11 novembre, il se présenta à la primature, et demanda à voir Jules Ferry. L’huissier lui demandant s’il avait une lettre d’introduction, il répondit qu’il était « délégué d’un groupe ouvrier de Lille » pour lui parler. Curien fut éconduit mais, ayant repéré une porte qu’il croyait être celle du bureau de Ferry, il s’y précipita, revolver à la main. L’huissier s’interposa et, après une brève lutte, le désarma. En se débattant Curien cria : « Je suis anarchiste ; quand je travaille, je gagne 2,5 francs par jour, et vous, vous volez des millions. » En traversant, menotté, la cour du ministère, il cria à tue-tête : « Vive l’anarchie ! Vive la Sociale ! Vive la Commune ! » aux employés venus aux fenêtres. Au poste, on trouva sur lui une trentaine de cartouches. Il affirma avoir fait voter par un groupe anarchiste du Nord la condamnation à mort du chef du gouvernement. Il était venu à Paris pour appliquer cette décision.

La police perquisitionna sa chambre, à Lille, et saisit de nombreux journaux : Le Forçat, Le Travailleur, La Voix du peuple, La Révolution sociale.

Le 4 janvier 1884, la 8e chambre du Tribunal correctionnel lui accorda les circonstances atténuantes « à cause de sa jeunesse et des excitations dont il a subi l’influence ». Curien fut condamné à trois mois de prison et s’écria : « Vive la révolution sociale ! »

Ayant purgé sa peine, il revint sur Lille où il continua à se faire remarquer par la violence de son langage dans les réunions anarchistes.

Le préfet du Nord s’entendit avec sa famille pour lui trouver une place dans l’administration du canal de Panama. Il traversa alors l’Atlantique mais n’occupa ce poste que peu de temps. Dès mars 1885, apprenant la révolte de la ville de Colón, il rejoignit les insurgés. Blessé de deux balles à la cuisse, il fut transporté à l’hôpital de Panama, où il mourut quelques jours après.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155857, notice CURIEN Paul, Marie [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche et Dominique Petit, version mise en ligne le 26 mars 2014, dernière modification le 19 mars 2019.

Par Guillaume Davranche et Dominique Petit

SOURCES : Le Temps, des 18 et 20 novembre 1883, et du 9 août 1885. — La Presse, du 19 novembre 1883. — Le Journal des débats, du 5 janvier 1884. — Albert Bataille, Causes criminelles et mondaines, 1884.

Version imprimable Signaler un complément