Né le 19 janvier 1912 à Plouguernével (Côtes-du-Nord), mort le 29 mars 1961 à Paris (Ier arr.) ; écrivain, journaliste et homme de radio ; membre de la Fédération anarchiste.

Armand Robin (1960)
Emission En français dans le texte, ORTF, 12 août 1960.
Issu d’une famille paysanne bretonne illettrée, fils de François Robin, cultivateur, et de Marie Rose Goupil, ménagère, Armand Robin fit des études de lettres et de langues à Lyon. Il revint très troublé d’un voyage en URSS en 1933, et mit deux ans à reconnaître le cauchemar qu’il y avait traversé, ce qui le désenchanta de l’engagement politique.
Polyglotte remarquable – au cours de sa vie, il devait maîtriser 25 à 30 langues –, il fut engagé en 1941 aux écoutes radiophoniques du ministère de l’Intérieur. Rapidement il livra ses bulletins à des organes de la Résistance et fut licencié. Il reprit alors à titre privé ses écoutes, qu’il diffusait à des journaux et à des services gouvernementaux.
En 1945, il figura sur la liste noire du Comité national des écrivains (CNE), dominé par les intellectuels communistes, qui mettait à l’index les auteurs ex-collabos mais aussi les critiques de l’URSS, leur fermant les portes de nombreuses rédactions. Par provocation, Armand Robin fit la « demande officielle » d’être placé sur toutes les listes noires : « une liste noire où je ne serais pas m’offenserait ».
Il adhéra à la Fédération anarchiste et fut bientôt une des figures du groupe de Paris 15e, où militait également Georges Brassens*. Bien des années plus tard, interviewé par Louis Nucéra, ce dernier devait se souvenir de Robin en ces termes : « Je l’ai connu en 1945 au groupe du quinzième, affilié à la Fédération anarchiste du quai de Valmy. Il était, disons, président de ce groupe. On se réunissait une fois par semaine. On traitait des problèmes sociaux, mais souvent aussi de livres, de peinture. Comme il avait des accointances avec le milieu littéraire, il invitait des auteurs. Je me rappelle qu’André Breton vint nous faire une causerie… »
Le premier article d’Armand Robin dans Le Libertaire fut sans doute « Escroquerie du jour », non signé et paru dans le n°7, de juillet 1945. Les Editions anarchistes publièrent bientôt ses Poèmes indésirables (il les distribuait gratuitement, mais demandait qu’on aide les anarchistes espagnols emprisonnés), puis des traductions de Boris Pasternak et André Ady.
Il continua de mener sa lutte contre le CNE, le dénonçant comme « Comité d’épuration pour les lettres » dans une de ses Lettres indésirables. Mis en cause par le journal communiste Les Lettres françaises, Robin répliqua par un article cinglant, « Des maladresses des bourgeois staliniens dans la calomnie », dans Le Libertaire du 29 novembre 1946.
Armand Robin s’attaquait souvent à la novlangue soviétique qui inversait le sens des mots comme dans le 1984 de George Orwell. Ce qui existait était l’exact contraire de ce qui était : le « socialisme » en lieu et place de la surexploitation des travailleurs, la « révolution » en lieu et place de la pire oppression qui soit, l’« avenir radieux » en lieu et place de la plongée dans les ténèbres. Il n’envisageait de tâche plus urgente que celle de remettre le langage sur ses pieds en décodant ce lexique du mensonge généralisé. Les colonnes du Libertaire lui offrirent la possibilité d’entamer ce travail, qu’il prolongea par la suite dans Combat et qui aboutit à la publication de La Fausse Parole.
Entre 1945 et 1948, Robin donna une vingtaine d’articles au Libertaire, puis sa production s’espaça : entre 1949 et 1955, il ne donna plus que quatre articles à l’hebdomadaire de la FA puis de la Fédération communiste libertaire.
L’autorité morale du CNE s’était étiolée, et Armand Robin put de nouveau publier à la NRF et à Combat, ainsi qu’aux Editions de Minuit. Il resta néanmoins sympathisant de l’anarchisme. Sa dernière contribution à la presse anarchiste fut un poème pour Le Monde libertaire de mai 1958.
Il mourut dans des circonstances jamais élucidées à l’Infirmerie spéciale du Dépôt, à Paris.
Il s’était marié le le 24 octobre 1940 à Paris (XVe arr.) avec Jacqueline Jeanne Dastros, dont il divorça en avril 1948.

ŒUVRE : Une bibliographie complète est donnée sur le site armandrobin.org. On retiendra notamment ici La Fausse Parole, Editions de Minuit, 1953 — Le Combat libertaire, édition établie par Jean Bescond, Jean-Paul Rocher éd., 2009.

SOURCES : Le Combat libertaire, op. cit. — L’écriture et la vie, trois écrivains de l’éveil libertaire (Stig Dagerman, Georges Navel, Armand Robin), Les éditions libertaires 2011 (notamment Gilles Fortin, « Armand Robin au Libertaire », À Contretemps, avril 2008). — Michel Ragon, D’une berge à l’autre. Pour mémoire, 1943-1953, Albin Michel, 1997. — État civil.

Guillaume Davranche, Marianne Enckell

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