Né le 21 juillet 1886 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), mort le 4 février 1942 à Montfermeil (Seine-et-Oise) ; linotypiste ; anarchiste individualiste, puis syndicaliste révolutionnaire.

Victor Godonèche milita d’abord dans le Puy-de-Dôme où il travailla comme linotypiste à L’Avenir du Puy-de-Dôme. En 1907 il était le second secrétaire du groupe anarchiste La Jeunesse libre de Clermont-Ferrand, qui en octobre accueillit une conférence de Sébastien Faure* au profit de la Ruche. C’est à son initiative que le groupe anarchiste de Clermont invita des conférenciers individualistes comme Libertad* ou E. Armand*. Godonèche collaborait à L’Anarchie, à L’Insurgé (Limoges, 1910-1911) et au Combat (Roubaix-Tourcoing, 1905-1914).
En janvier 1908 il fut arrêté à Paris pour émission de fausse monnaie, mais ne cessa jamais de clamer son innocence. De retour à Clermont-Ferrand il fut en 1909 membre du Comité de défense sociale fondé en avril ou mai par Paulin.
À la fin 1910 il semble qu’il travaillait dans une imprimerie à Villeneuve-Saint-Georges, et qu’il était en train de se détacher de l’individualisme pour passer au syndicalisme révolutionnaire. Ainsi, il signa le manifeste dénonçant en Paraf-Javal* un charlatan et un mouchard dans Le Libertaire du 9 octobre 1910 (voir André Mournaud).
En mars 1911, Godonèche était le secrétaire du Comité de vigilance et d’action syndicaliste du Livre, qui venait de se constituer pour grouper la minorité révolutionnaire de la fédération du Livre. Il habitait alors 9, rue de Savoie, à Paris 6e. Le Comité de vigilance avait pour organe Le Réveil typographique qui, en mars 1911, en était à son 5e numéro, et dont le siège était au 119, boulevard de la Villette, à Paris 10e. Ses militants se réunissaient à quelques pas de là, dans les locaux de La Vie ouvrière de Pierre Monatte* au 96, quai de Jemmapes.
Pendant la Grande Guerre, Victor Godonèche fut mobilisé comme auxiliaire au 92e régiment de ligne à Clermont-Ferrand. D’idées « très avancées » mais considéré « comme un ouvrier sérieux et travailleur », selon la police, il signait des éditoriaux dans Le Syndicaliste du pseudonyme de F.-V. Casanovas. Sa femme aurait appartenu à une riche famille du Paraguay mais « qui ne leur viendrait pas en aide ».
En janvier 1920, Victor Godonèche était de nouveau à l’animation du Comité de vigilance du Livre, remis sur pied pour regrouper la minorité révolutionnaire de cette fédération. Il habitait alors 17, rue André-del-Sarte, à Paris 18e, au loyer annuel de 410 francs.
À l’occasion du congrès confédéral CGT d’Orléans, du 27 septembre au 2 octobre 1920, Godonèche fut délégué (minoritaire) par les lithos-papetiers de Roubaix, et fut un des porte-parole de la minorité révolutionnaire. Avec Tommasi et François Mayoux*, il signa la motion minoritaire qui recueillit 552 voix contre 1515 à la motion du bureau confédéral et 44 à la motion Verdier*.
Autour du congrès confédéral, les syndicats minoritaires se réunirent en assemblée générale les 25, 26 et 27 septembre, puis le soir du 2 octobre. Ils s’y prononcèrent en faveur de la IIIe Internationale, et créèrent leur organisme de coordination : les Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR). Pierre Monatte, alors en prison, fut désigné secrétaire de leur comité central, et Victor Godonèche, suppléant, assuma cette fonction.
Du 16 au 21 décembre 1920, Godonèche fut, avec Jean Ceppe*, délégué des CSR à la conférence syndicaliste révolutionnaire internationale organisée à Berlin par la FAUD allemande et le NAS néerlandais. Suivant la tactique des CSR, qui dès octobre 1920 avaient déclaré s’aligner sur Moscou, Godonèche et Ceppe freinèrent du mieux qu’ils purent la constitution d’une internationale syndicaliste révolutionnaire indépendante (voir Jean Ceppe).
A quel moment adhéra-t-il au Parti communiste ? En tout cas, le 18 mai 1921, il fut élu à la commission exécutive du Comité de la IIIe Internationale, avec entre autres Pierre Monatte, Gaston Monmousseau*, Marcel Hasfeld*, Camille Pothion, Fernand Loriot, Rappoport, Souvarine, Treint… A ce moment, il n’était plus en France, ayant pris le train pour Moscou le 13 mai afin d’assister, avec une délégation des CSR, au congrès constitutif de l’Internationale syndicale rouge (ISR).
Au cours de ces assises, qui se tinrent du 3 au 19 juillet 1921, Godonèche fut isolé au sein de la délégation des CSR, qui cette fois était dominée par les syndicalistes « purs » et anarchistes, très critiques à l’égard du gouvernement bolchevik (voir Henri Sirolle). Tandis que les délégués français multipliaient les démarches pour rencontrer l’opposition de gauche au régime, Victor Godonèche fut un des seuls, avec Tommasi, à travailler assidûment pour le congrès. Le 28 juillet, il écrivit à Monatte une lettre amère : « Alors que beaucoup de délégués, avant le congrès, passaient leur temps en excursions intéressantes, moi je faisais une besogne de rond-de-cuir, corrigeant des manuscrits franco-russes ou des épreuves de typos ne connaissant pas un mot de français. Tant pis pour moi. »
Pressé par les dirigeants de la IIIe Internationale, Godonèche outrepassa d’ailleurs le mandat des CSR en signant avec Tommasi et Rosmer la déclaration finale du congrès de l’ISR établissant une « liaison organique et technique » avec l’Internationale communiste. Dès que cette déclaration fut connue en France, ils furent désavoués par une déclaration de plusieurs personnalités des CSR, publiée dans La Vie ouvrière du 22 juillet 1921. Godonèche fut blessé de ce désaveu et écrivit une longue lettre à Monatte pour justifier son attitude. Quant à Tommasi, il fut démis de son mandat à l’UD de la Seine.
De retour en France en septembre 1921, Godonèche reprit son travail de linotypiste. Il était administrateur de L’Imprimeur communiste, organe corporatif de la Chambre typographique parisienne et collaborait à L’Humanité.
Après la scission confédérale de décembre 1921, il opta pour la CGTU, se classant dans la tendance Monmousseau*, et fut secrétaire adjoint de la Fédération unitaire du Livre.
En 1922, Godonèche assura, avec Rosmer, Tommasi et Guy Tourette, la rédaction de La Lutte de classes, bulletin bimensuel de l’ISR.
En 1923, il défendit les « commission syndicales » communistes au sein de la CGTU. Dans Le Bulletin communiste du 5 juillet 1923, il écrivait : « Le travail des commissions syndicales consiste à faire de chaque membre du Parti un syndiqué actif, toujours au premier rang dans les batailles quotidiennes, qui provoque dans son syndicat des initiatives ayant pour objet la création des délégations d’atelier, des comités d’usine, la tenue de réunions d’entreprises où seront convoqués, sans distinction, syndiqués, non syndiqués, communistes et sans parti. Belle leçon de syndicalisme pour ceux qui, trop purs sans doute, veulent faire du syndicat non un groupement de masses, mais un petit groupe d’affinités. »
Il avait intégré la commission administrative de L’Humanité en janvier 1923, et y fut confirmé au congrès PCF de Lyon, en janvier 1924. Cependant, des désaccords profonds surgirent bientôt entre la direction du Parti alors représentée notamment par Treint et l’équipe des syndicalistes révolutionnaires groupés autour de Monatte qui assuraient la rubrique sociale de L’Humanité. Tous démissionnèrent le 23 avril 1924.
En 1925, Godonèche participa à la fondation de La Révolution prolétarienne, dont il avait trouvé le titre, et qui, pour les cinq premiers numéros, fut domiciliée chez lui, rue André-del-Sarte.
Au congrès CGTU de juillet 1925, Godonèche se prononça pour la non-rééligibilité des fonctionnaires syndicaux. En 1931, il soutint la campagne des « 22 » pour la réunification syndicale (Le Cri du peuple, 21 janvier 1931).
Chômeur sous l’Occupation, il fut secouru par la mairie de Monfermeil où il résidait alors mais, devant assurer des gardes de nuit sur les voies de chemin de fer, il ne put physiquement supporter ce travail et fut contraint à l’opération d’une hernie dont il souffrait depuis longtemps. Cela lui fut fatal.

SOURCES : État civil de Clermont-Ferrand — Arch. Nat. F7/13611, rapport du 14 novembre 1918 — Arch. PPo. 50, rapport du 27 janvier 1922 — Le Libertaire du 9 octobre 1910 — La Guerre sociale du 22 mars 1911 — Bulletin communiste du 3 juin 1920 — Le Peuple d’août 1924 — La Révolution prolétarienne de mai 1947 — Alfred Rosmer, Moscou sous Lénine, Pierre Horay éd., 1953 — Syndicalisme et Communisme. Les Archives de Pierre Monatte, Maspéro, 1968 — Cahiers Maurice Thorez, 3e trimestre 1976 — François Ferrette, « Le Comité de la IIIe Internationale et les débuts du PC français », mémoire de maîtrise, université Paris-I, 2004.

Jean Maitron, révisé par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

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