BERTRAND Mireille [épouse COMMARET, épouse LYONNET]

Par Claude Pennetier

Née le 15 novembre 1941 à Lyon (Rhône) ; aide chimiste, puis secrétaire administrative ; militante communiste du Rhône puis de l’Essonne ; membre du comité central et du bureau politique du PCF.

Mireille Bertrand naquit dans une famille ouvrière lyonnaise très marquée par l’Occupation. Son père, Jean Bertrand, aide-maçon puis ouvrier chez Lumière, communiste, ancien des Brigades internationales (né le 21 septembre 1913 à Lyon, blessé, revenu en 1938), résistant, fut exécuté en mars 1944 par la gendarmerie française dans un maquis de la Loire ; son oncle Émile Bertrand fut guillotiné en novembre 1943 ; sa tante, également résistante, était liée à Juliette Dubois. Sa mère travaillait comme ouvrière tulliste. Si le père venait d’une famille catholique, la mère avait été élevée hors de la religion et elle fit de même avec ses deux filles.

La famille habitait Villeurbanne. Mireille Bertrand fit sa scolarité en pension, en Isère ; elle revint pour suivre la 6e au cours complémentaire de Villeurbanne, obtint le BEPC et fréquenta pendant trois ans l’École technique lyonnaise de chimie-dessin industriel.

Diplômée de cette école, elle fut embauchée, en août 1959, comme aide-chimiste à l’usine Crème Simon pendant trois ans, mais isolée dans son laboratoire elle ne s’y plaisait pas. Ses tentatives pour lancer une grève pour la Paix en Algérie furent un fiasco. Elle travailla ensuite à la Société des électrodes et réfractaires (groupe Péchiney) à Vénissieux ce qui la mit davantage en rapport avec le monde ouvrier. Son action syndicale et politique provoqua son licenciement à la fin de l’année d’essai et une grève de solidarité infructueuse. Après une période de chômage qui lui parut difficile à vivre, refusée partout où elle se présentait, elle accepta d’être secrétaire au comité d’entreprise de Berliet.

Membre des JC depuis 1956, Mireille Bertrand fut entraînée dans un militantisme intense par une militante un peu plus âgée, Lisette Prudent, fille de Jean-Marie Prudent (plus tard épouse De Philippi) ; « je n’ai jamais tant milité de ma vie », dit-elle. Elle adhéra au Parti communiste en 1959, à Lyon. Elle se maria à dix-huit ans, en juillet 1960 à Lyon (IIIe arr.) avec Jacques Commaret, instituteur, militant communiste, futur maire adjoint de Vaulx-en-Velin. Ils divorcèrent au début des années soixante-dix. Le couple avait deux enfants : une fille (1961) et un garçon (1964).

Elle suivit une école centrale d’un mois en 1963, pendant son chômage, puis une école de quatre mois en 1965. Mireille Commaret entra au comité fédéral du Rhône en 1962, au bureau fédéral en 1965 puis au secrétariat fédéral du Rhône en 1968, avec la responsabilité de la jeunesse et des organisations de masse, et vécut le mouvement de mai en ayant l’impression de ne « rien maîtriser ». Elle fut candidate aux élections législatives de 1967, avec une campagne intéressante, et en juin 968 contre Louis Joxe. Elle entra au comité central du PCF en 1970 (XIXe congrès) et enfin au bureau politique en 1972 comme chargée de la main-d’œuvre féminine, en liaison avec Madeleine Vincent.Les journalistes Harris et Sédouy la décrivait alors ainsi : elle « était depuis six mois seulement à Paris lorsque nous l’avons rencontrée. Elle est toute menue, presque fragile, avec des cheveux courts à la Jeanne d’Arc, encadrant un visage sérieux et réfléchi. »
Installée à Palaiseau (Essonne), remariée avec un architecte lyonnais, Jean-Maur Lyonnet (l’architecte français travaillant avec Oscar Niemeyer pour la deuxième tranche de l’immeuble Fabien, et pour le siège de l’Humanité à Saint-Denis), elle suivit cette fédération départementale. Elle eut un troisième enfant, une fille, en 1972.

En 1978, c’est à Évry (Essonne) qu’elle se présenta aux élections législatives.
Ses divergences avec les orientations données par Georges Marchais prirent naissance au moment du XXIIe congrès (février 1976) où on refusa aux militantes femmes d’amender le texte sur la « morale », en prenant en compte les avancées du mouvement des femmes. Pendant cette période, ses rapports furent mauvais avec Jean Kanapa qu’elle jugeait « méprisant « et Georges Marchais qui fut alors « haineux « à son égard ; « on s’est opposé assez durement. Et, à partir de ce moment-là, il aurait aimé me virer du bureau politique, mais ce n’était pas possible. D’ailleurs il l’a dit ’on a dit qu’on ne changeait pas, donc on ne peut pas se permettre parce que ça serait interprété’, mais sinon, moi, ils m’auraient expédiée, et ils auraient bien fait parce que ça m’aurait gagné des années » déclara-t-elle à Aude Marécaille. Elle fut marginalisée au bureau politique, mais le temps passant elle retrouva sa place et obtint un secteur de travail intéressant : environnement, cadre de vie, logement, santé, protection sociale. Le XXIIIe congrès (mai 1979) qui marquait la fin de la politique de programme commun ne fit pas taire ses inquiétudes, d’autant qu’elle avait été une négociatrice de l’actualisation du programme : l’accord avait été trouvé avant le retour de Georges Marchais et sa mise en œuvre de la rupture. Dans cette période, son nom était cité pour entrer au secrétariat national même si aucune proposition formelle ne lui fut faite. Elle eut le sentiment que son ventre rond en attente d’un quatrième enfant (un garçon né en 1979) découragea les velléités d’en faire la « femme « du secrétariat ; le choix se porta sur Gisèle Moreau. Mais l’annonce d’un quatrième enfant n’est sans doute pas la seule raison.
Ses divergences s’accentuèrent dans les années suivantes, notamment en 1984 lorsqu’il fallut tirer le bilan du recul du PCF aux élections européennes. Elle fut cependant réélue au comité central et au bureau politique lors du XXVe congrès (février 1985), mais en perdant la moitié de son secteur de travail, l’autre moitié étant confiée à Claude Poperen dont elle se sentit proche. Le travail quotidien devenait difficile : peu d’écoute, peu de moyens. Elle se retira volontairement des instances dirigeantes lors du XXVIe congrès, en décembre 1987.
Elle cessa alors d’être permanente et entreprit des études d’ergonome au CNAM et exerça pendant quinze ans. Elle s’éloigna progressivement du Parti communiste et n’eut plus d’engagements politiques. La deuxième vague de révélations sur le séjour en Allemagne de Georges Marchais en 1991 provoqua son départ définitif. « Je ne pouvais plus rester, ce n’était plus possible, avec un secrétaire général qui nous avait menti à ce point-là sur un sujet aussi sensible. Et puis, tout le reste. » disait-elle à Aude Marécaille. Le « reste » qui la conduisait à jeter un regard critique sur son itinéraire communiste au point de ne plus voter pour le PCF.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16547, notice BERTRAND Mireille [épouse COMMARET, épouse LYONNET] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 10 juillet 2019.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Comptes rendus des congrès du PCF. — André Harris, Alain de Sédouy, Voyage à l’intérieur du Parti communiste, Seuil, p. 304-306. — Didier Buffin, Dominique Gerbaud, Les Communistes, Albin Michel, 1981. — Aude Marécaille, De l’engagement au détachement : itinéraire d’un dirigeant communiste, Claude Poperen, mémoire de maîtrise, Paris 1, 2002. — Notes de Jacques Girault. — Entretien avec Mireille Bertrand, septembre 2007.

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