BLOCH Gérard, dit Varenne, dit Octave Boisgontier, dit Michel Chardin, dit Monge

Par Jean-Jacques Marie

Né le 6 septembre 1920 à Paris (XIVe arr.), mort le 14 août 1987 à l’hôpital d’Orsay (Essonne) ; agrégé de mathématiques, enseignant ; trotskyste, membre des JSR, du POI, des CFPQI, du PCI-SFQI, puis du PCI exclu à partir de 1952, de l’OCI, de l’OT et du PCI.

Étudiant en mathématiques, Gérard Bloch adhéra en avril 1938 aux Jeunesses socialistes révolutionnaires, constituées en 1935 lors de l’exclusion des Jeunesses socialistes de la Seine par 1a direction de la SFIO, puis au Parti ouvrier internationaliste-section française de la IVe Internationale (POI). Trotsky conseilla alors aux militants trotskystes d’adhérer au Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) formé en juin 1938 par l’ancienne Gauche révolutionnaire de la SFIO suite à l’exclusion de la fédération de la Seine, précédemment dissoute, lors du congrès de Royan de la SFIO et fort de quelque 6 000 à 7 000 adhérents. Comme la majorité du POI, Gérard Bloch était hostile à cette adhésion sur laquelle insistait néanmoins le comité exécutif de l’Internationale. Il adhéra finalement aux Jeunesses du PSOP en avril 1939 à Boulogne-Billancourt.

Dans les semaines qui suivirent la guerre, le PSOP s’effondra. Une partie des anciens dirigeants du POI constituèrent en septembre 1939 des Comités français pour la IVe Internationale. Gérard Bloch participa dès le début à la constitution du Comité de Paris qu’il quitta pour Lyon en zone sud au début de 1941. Il joua un rôle dans l’activité des Comités français pour la IVe Internationale de la zone sud qui le désignèrent comme délégué à la Conférence nationale des comités tenue en septembre 1941 puis l’élurent au comité régional de la zone sud lors de la conférence nationale de décembre 1941. Il accomplit un travail clandestin important en assurant le transport dans diverses villes de la zone sud du matériel de propagande trotskyste. Il fut arrêté par la police le 2 août 1942 à Lyon, inculpé « d’activité communiste » et d’ « atteinte à la sûreté extérieure de l’État », traduit devant le tribunal permanent de Lyon et condamné le 7 septembre à douze ans de travaux forcés.

Il fut interné d’abord à la prison de Nontron en Dordogne puis à la centrale d’Eysses où en octobre 1943, arriva un groupe d’une douzaine de membres du POUM, dont leur dirigeant, Wilebaldo Solano, condamné à vingt ans de travaux forcés. Lorsqu’au prétoire, Victor Michaut, membre du comité central du Parti communiste, déclara au directeur de la prison que la plupart des détenus étaient communistes Gérard Bloch prit la parole et déclara : « Pardon je suis communiste mais j’appartiens à la Quatrième Internationale ». Gérard Bloch et les militants du POUM organisèrent des cours et des conférences pour les détenus malgré le règlement intérieur de 1a centrale qui interdisait toute activité politique. Les dirigeants du PCF décidèrent de les mettre en quarantaine et exigèrent du directeur qu’il isole Bloch et les militants du POUM, en les transférant au quartier cellulaire. Le 30 mai 1944, les SS de la division Das Reich « nettoyèrent » la prison. Bloch et plusieurs militants du POUM furent déportés à Dachau où Gérard Bloch, arriva le 18 juin 1944. Asthmatique, il réussit à se faire affecter à un commando de travail extérieur en utilisant sa connaissance de l’allemand. Malgré cela, la déportation affaiblit plus encore une santé déjà fragile.

À son retour de déportation en mai 1945, il adhéra au Parti communiste internationaliste-section française de la IVe Internationale (PCI-SFQI), né en 1944 de la fusion des divers groupes trotskystes. Reçu à l’agrégation de mathématiques, il fut nommé enseignant à Clermont-Ferrand et fut également élu au comité central du PCI-SFQI au congrès de 1946 et présenté comme tête de liste du PCI-SFQI aux élections législatives de juin où il reçut 2 891 voix (1,23 %). L’hebdomadaire local du PCF La Voix du peuple le qualifia d’« hitlérien », de « mouchard », d’« hitléro-trotskyste » et définit le PCI comme un « groupement d’hitlériens qui veut excuser les barbares nazis », tous qualificatifs repris sur les affiches électorales du PCF. La fédération du PCF organisa un grand meeting à Clermont-Ferrand pour « expliquer » qui était exactement « l’hitléro-trotskyste Bloch ». Gérard Bloch y demanda la parole qui lui fut refusée et que, par précaution, le service d’ordre couvrit par une tapageuse Marseillaise. Gérard Bloch intenta un procès en diffamation aux responsables du journal que le Tribunal correctionnel de Clermont- Ferrand condamna en octobre. Gérard Bloch dirigea à nouveau la liste du PCI-SFQI aux élections de novembre et obtint 3 591 voix (1,62 %). Il appartint au comité central du PCI exclu (et au Comité international pour la reconstruction de la IVe Internationale) dit « groupe Lambert ». Ses problèmes de santé lui permirent d’obtenir un détachement au Centre national d’enseignement par correspondance (rebaptisé un peu plus tard Centre national d’enseignement à distance) sis à Vanves, ce qui lui permit de se fixer dans la région parisienne.

En décembre 1956, il fut, avec Daniel Renard*, alors directeur de La Vérité, Pierre Lambert et Stéphane Just, l’un des quatre dirigeants du PCI traduits devant la 19e chambre correctionnelle de Paris au titre de l’article 80 du Code pénal pour « atteinte à la sécurité de l’État » à cause de la campagne que menaient le PCI et La Vérité, dont il était l’un des collaborateurs les plus réguliers, contre la guerre en Algérie. Suite à une série de reports successifs dus à la volonté du gouvernement de dessaisir 1a juridiction civile pour faire passer les quatre accusés devant le tribunal militaire, le procès fut interrompu par le coup d’État de mai 1958 en Algérie. De 1958 à 1964, Gérard Bloch dirigea La Vérité qui passa du stade d’hebdomadaire à celui de revue trimestrielle à parution plus ou moins régulière. À dater de cette époque, il fut l’un des collaborateurs les plus réguliers de La Vérité où il publia de nombreux articles sous les pseudonymes de Varenne (son pseudonyme le plus utilisé dans son organisation), Octave Boisgontier, Michel Chardin et Monge. Il mena en particulier une polémique contre « le pablisme » et les analyses économiques d’Ernest Mandel.

Bloch rédigea le Manifeste adopté lors du congrès de proclamation de l’Organisation communiste internationaliste (OCI) en 1967. Dans les années 1968-1973, Gérard Bloch prononça de fréquentes conférences lors des Cercles d’études marxistes organisés par l’OCI et son organisation de jeunesse, l’Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS). Ces conférences, reproduites dans la revue Études Marxistes puis dans Les Nouvelles études marxistes qui lui succédèrent en 1970, portaient sur les problèmes internationaux (« la montée du prolétariat à l’est et à l’ouest de l’Europe »), sur les problèmes théoriques généraux (« marxisme et anarchisme »), sur les problèmes de la science (« Sciences, lutte des classes et révolution ») et sur l’obscurantisme religieux et clérical.

À partir de 1977, bien que n’appartenant plus au comité central de l’OCI, il dirigea la commission Europe de l’Est de l’OCI qui s’occupait de l’activité de cette organisation en direction des pays de l’Est, en particulier la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie. Il était aussi chargé du travail de formation théorique des nouveaux militants de l’OCI.

Il se lança au même moment dans une entreprise qu’il ne put mener à son terme : la réédition de la vie de Karl Marx par Franz Mehring dont il publia un premier tome entièrement revu et riche d’un appareil de notes minutieux et fouillé jusque dans le plus petit détail.

Gérard Bloch publia son dernier article intitulé « Qu’est-ce que le Sida ? À quoi l’utilise-t-on ? » dans le n° 1318 d’Informations ouvrières (mai 1987). Il intervint encore au 32e congrès du PCI (proclamé reconstitué en 1981) en juin 1987. Son dernier texte est une lettre datée du 28 juillet 1987 à « un jeune camarade du PCI ». Elle était consacrée à une réflexion sur les « êtres mathématiques » et à l’énumération d’un ensemble de questions liées aux mathématiques, à leur origine, à leur rapport avec 1a physique, la technique, les forces productives, toutes questions, dit-il, « qui n’ont pas reçu même un début de réponse sérieuse », alors que « les connaissances scientifiques, y compris en mathématiques, en logique mathématique, et même en histoire des mathématiques, sont [...] un bon milliard de fois plus étendues et développées » qu’à l’époque de Marx et Engels.

Gérard Bloch mourut à l’hôpital d’Orsay dans l’Essonne en 1987. Il habitait Orsay depuis 1958.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16925, notice BLOCH Gérard, dit Varenne, dit Octave Boisgontier, dit Michel Chardin, dit Monge par Jean-Jacques Marie, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 29 janvier 2014.

Par Jean-Jacques Marie

ŒUVRE : Écrits volumes I et II, Paris, Selio, 1989 et 1995 (ils rassemblent les plus importants de ses textes publiés dans La Vérité, les Études marxistes et les Nouvelles Études marxistes à l’exception du Manifeste de l’OCI ; ces deux volumes comportent en outre un témoignage de Solano sur le séjour de Gérard Bloch à la centrale d’Eysses et un témoignage de Georges Bardin sur son activité à Clermont-Ferrand en 1946).
Réédition de la vie de Karl Marx par Franz Mehring dont il publia un premier tome entièrement revu et riche d’un appareil de notes minutieux et fouillé aux éditions Apio en 1985. Le deuxième tome paraît en 2014 aux Éditions page2.

SOURCES : Presse. — Témoignages recueillis par l’auteur.

Version imprimable Signaler un complément