Né le 15 avril 1887 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe ; avocat à la cour d’appel de Paris, militant de la Ligue des droits de l’Homme ; membre du comité exécutif de l’Union intercoloniale, première organisation anticolonialiste du Parti communiste français.

Max Bloncourt naquit en Guadeloupe dans une famille qui avait compté Melvil-Bloncourt (1823-1880) qui avait été député de la Guadeloupe. Max Bloncourt contribua activement à la fondation du Comité d’études coloniales (siégeant au 120 rue Lafayette), comité chargé par le Parti communiste français, au lendemain de sa création de lui fournir des renseignements sur les colonies pour qu’il puisse définir une stratégie en conséquence. Il participa également, en 1924, à la constitution de la commission coloniale centrale, puis section coloniale du Parti avec l’aide de divers militants originaires des colonies dont le futur Hô Chi Minh chargé des questions concernant l’Indochine, Stephany Samuel pour Madagasikara, Monnerville Louis pour la Martinique... etc. Cette section coloniale se transforma en un groupement plus large appelé « Union intercoloniale ». Par la suite, le local de l’Union fut loué pour un bail de douze ans au nom de Bloncourt et c’est dire la grande influence et confiance dont il bénéficiait auprès de ses camarades. A cette époque, 1921, il était aussi militant du Parti communiste français dans le Ve arr. Mais avant la création de ce Parti, Bloncourt était déjà signalé comme un anticolonialiste, car en 1920, lors de la création de la « Ligue française pour l’accession des indigènes de Madagascar aux droits de citoyens », à la fondation de laquelle il participa activement contribuant ainsi à la naissance du mouvement national malgache, le siège de cette Ligue était fixé à son domicile (10 bis, boulevard de Port-Royal, Ve arr.). Il prit plusieurs fois la parole en faveur de l’assimilation des malgaches lors de meetings organisés par cette Ligue, ainsi le 10 mars 1920, devant 3 000 personnes réunies pour une fête organisée par la Ligue, il s’écria en s’adressant aux anciens combattants malgaches présents dans la salle : « ... Si l’on ne vous donne pas satisfaction, vous prendrez de force ce que l’on ne vous accordera pas de bonne grâce ».
Ami et proche du futur Ho Chi Minh, il eut à cosigner des articles dans le journal de l’Union intercoloniale, Le Paria. Avocat, il défendit l’association, « la Solidarité des locataires du XIIIe ». Du 15 au 19 octobre 1922, il se rendit au congrès du Parti communiste français qui se tint à Paris, en compagnie du futur dirigeant du mouvement national malgache J. Ralaimongo ; la deuxième journée de ce congrès fut consacrée aux problèmes coloniaux et la séance fut présidée par Ferdinand Faure et Ho Chi Minh. Un rapport interne de juin 1926 le présentait comme secrétaire général de l’Union intercoloniale et membre de la commission coloniale du PC. En juin 1927, il était élu au comité directeur de la section française de la Ligue contre l’impérialisme (Voir Camille Drevet). La même année, il participait encore à la fraction des avocats communistes. Il n’est pas cité en 1931 parmi les avocats susceptibles d’être utilisés.
Rappelons qu’il eut deux frères blessés à la guerre dont l’un est resté aveugle, il s’agit d’Élie Bloncourt, député socialiste de l’Aisne de 1936 à 1942, député à la Première assemblée constituante de 1945 à 1946. C’est sans doute pour cette raison que Max Bloncourt appartint également à la « Société de souvenir, de propagande et de commémoration de l’apport des noirs dans le conflit européen », fondée par M. Lara au lendemain de la guerre. Il avait gardé de liens forts avec Hô Chi Minh, qui présent à Paris pendant l’été 1946 le reçut et fit la connaissance de son neveu Gérald Bloncourt. Celui-ci fut interpellé par la commission des cadres du PCF sur ces liens avec ces deux oncles, Élie et Max, ce qui indique que l’avocat n’était pas en odeur de sainteté au siège du PCF. Gérald le décrit dans les Mémoires : « La soixantaine passée, mon oncle Max habitait l’appartement situé au cinquième étage [rue Claude Bernard], juste au-dessus de celui que nous occupions, Tante Yo et moi. Autrefois ténor du barreau de Paris, il ne recevait plus que de rares clients qu’il attendait dans nos bureaux à longueur de journées. Ses consultations lui permettaient tout juste de vivre. Il descendait prendre ses repas chez sa sœur qui le maternait. Ce qui m’avait surpris, c’est que "ce vieux nègre de la Caraïbe", marxiste en diable, membre de l’Internationale communiste, qui avait caché Ho Chi Minh dans son appartement lorsqu’il était, dans les années vingt, pourchassé par la police française, s’entichait désormais de "science chrétienne" prétextant que c’était l’une des voies qui permettraient à l’Humanité d’accéder à la plénitude de l’amour et de la paix universelle. »

SOURCES : SLOTFOM carton 29, 53, 24, 5, série III. — I.M.Th., bobine 172. — S. Randrianja le Mouvement anticolonialiste à Madagasikara, 1914-1940, DEA sous la direction de Mme Raison, Université, Paris VII, 1978-79. — Compte rendu d’un voyage effectué à Madagascar de juillet à décembre 1921, par Jean Ralaimongo, Paris, l’Émancipatrice, 1922, 7 p. — RGASPI, 517.1.99 pp. 26-30, rapport du comité d’études coloniales au comité exécutif de l’IC, s.d. (fin 1922 ?), RGASPI 517.1.607 p 34. Réunion de 3 mars 1927 (Frédéric Genevée). — Mathieu Meance, La Ligue des droits de l’homme et les Africains, 1898-1939, Mémoire de maîtrise, 2004, Paris VIII. — Gérald Bloncourt, Le regard engagé. Parcours d’un franc-tireur de l’image, Éd. Bourin, 2004. — Pierre Durand, Cette mystérieuse Section coloniale. Le PCF et les colonies (1920-1962), Messidor, 1986.

Solofo Randrianja

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