BERENGUIER Adrien, Césaire

Par Jacques Girault

Né le 26 mars 1876 à Grimaud (Var), mort le 15 janvier 1956 à Toulon (Var) ; secrétaire général de la section du Var du Syndicat national des instituteurs (1923-1927).

Fils d’un bouchonnier, ancien élève de l’École normale d’instituteurs de Draguignan, marié en septembre 1901 à Claviers (Var), Adrien Bérenguier exerça comme instituteur à La Garde-Freinet, à Callian, puis devint directeur d’école à Vidauban. Il fut en 1907 initié à la Franc Maçonnerie (loge "L’Égalité" à Draguignan, Grand Orient de France). Il fut élu au bureau du syndicat des instituteurs et institutrices du Var, affilié à la seule fédération des amicales d’instituteurs, le 22 décembre 1910, avec 121 voix. Le 30 mars 1911, il devint président de la Ligue autonome contre les accidents et la diffamation qui regroupait syndicalistes et amicalistes du Var. Mais il n’adhéra pas à la section syndicale du Var (section du syndicat des Bouches-du-Rhône), fondée en mai 1911 et affiliée à la CGT.

Avec Joseph Pascal, son adjoint à Vidauban, et Laurent Bellon (voir ces noms), en décembre 1911, Bérenguier, "unioniste", réclamait la fin des luttes entre syndicat et cercle des instituteurs et le regroupement corporatif en une seule amicale départementale. Il préconisait aussi, lors de l’assemblée générale de Carnoules, une candidature commune au syndicat et au cercle pour l’élection des représentants au Conseil départemental et mena une vive campagne dans la presse corporative dans ce sens. Mais les partisans du statu quo dominaient le syndicat ; un référendum fut organisé sur la question : "Êtes-vous pour le maintien du syndicat actuel ?" Bérenguier et ses camarades appelaient à répondre négativement "car nous sommes pour l’achèvement de l’union corporative dans le Var et non pour le maintien de la désunion". Cette position resta minoritaire. Pourtant les syndiqués décidaient d’éliminer les exclusives contre les anciens syndiqués qui avaient fondé le Cercle en 1907 suivant les conseils de Clemenceau.

Un débat analogue anima l’assemblée générale de l’Autonome à Carnoules, le 7 mars 1912. Bérenguier, partisan de l’admission des membres par la seul décision du bureau, fut mis en minorité et démissionna de la présidence. Des instituteurs avaient en effet adhéré à l’Autonome des Bouches-du-Rhône après leur départ du cercle puisqu’en 1907, syndicat et autonome ne se distinguaient pas. En 1911, la séparation entre ces deux organisations avait été décidée. Bérenguier pensait qu’il fallait réintégrer les dissidents ; il justifia sa démission en des termes désabusés : "le Var qui se vante de vouloir rester à l’avant-garde patauge dans le marais."

Après la dissolution du syndicat ordonnée par le gouvernement, une commission provisoire de la nouvelle amicale, présidée par Coulet (voir ce nom), fut nommée, avec Bérenguier, lors de la réunion du 19 novembre 1912 à Carnoules. Elle regroupa bientôt les anciens membres du cercle. Les idées "unionistes" de Bérenguier triomphaient. Non candidat, il ne fut pas élu au conseil d’administration de l’amicale en mai 1913.

Bérenguier, sans être adhérent, gardait des contacts avec les instituteurs, membres de l’amicale, et syndiqués à la CGT par le biais de la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs. Il signa, avec eux, le 15 décembre 1913, une lettre à Dol (voir ce nom). Ce dernier, ancien animateur du syndicat, n’avait pas voulu être candidat au Conseil départemental contre son directeur Pastoret ; cet ancien amicaliste, conseiller sortant, avait renoncé à se présenter, puis sous la pression de ses amis, était revenu sur sa décision afin de faire échec à une candidature syndicaliste. "Pour le bon renom du syndicalisme varois, osons espérer que la majorité des électeurs ne va pas se prêter à cette manœuvre des ennemis de l’association" souhaitaient les signataires. Bérenguier et Dol présentèrent un projet sur la collaboration avec l’administration, discuté et adopté par l’assemblée générale du 14 mai 1914. Il établissait des règles à suivre pour les mutations, les promotions et les récompenses honorifiques.

Mobilisé comme sergent au 114e régiment territorial, Bérenguier termina la guerre comme adjudant.

Après la guerre, l’amicale fusionna avec le syndicat affilié à la CGT. Mais tous les instituteurs varois, dont Bérenguier, n’acceptèrent pas et le syndicat fut l’objet de poursuites judiciaires. Ses membres refusèrent de suivre la Fédération des membres de l’enseignement laïc à la CGTU et cette organisation dut se dissoudre dans le département en novembre 1922. L’assemblée d’instituteurs, à Toulon le 11 janvier 1923, mit sur pied un projet d’association de défense corporative selon la loi de 1901. Bérenguier, directeur à La Valette, puis nommé à la tête de l’école de la rue Hoche, dans le centre de Toulon, en octobre 1923, fit partie du conseil provisoire, nommé le 18 janvier, pour élaborer les statuts. Il devint le secrétaire général de l’Union générale des membre de l’enseignement du Var qui restait autonome. Son activité fut surtout administrative. Il laissait le soin au secrétaire-adjoint Carréga (voir ce nom) de représenter le groupement dans les congrès régionaux ou nationaux, dans les réunions de fonctionnaires.

A la suite de la conférence "fusionniste" convoquée par le syndicat général de l’enseignement des Bouches-du-Rhône (5 août 1924), le 4 décembre 1924, sur proposition de Bérenguier, l’assemblée générale de Toulon vota à l’unanimité la transformation de l’union en syndicat qui restait toujours autonome. Bérenguier signé les statuts déposés à la mairie de Toulon, le lendemain. Dans son rapport moral, outre l’appel lancé aux hésitants, il se félicitait de la victoire du Cartel des gauches aux élections législatives et souhaitait "la fusion de toutes les associations d’instituteurs" sur le plan national.

Nommé directeur de l’école de garçons du Pont-du-Las pour la rentrée d’octobre 1925, Bérenguier, lors de l’assemblée générale du 26 novembre 1925, critiqua ceux qui ne voulaient pas adhérer à la CGT, "nous vivons en marge de la vie corporative générale du pays et, à certains moments, nous nous sentons impuissants, notre voix ne peut s’entendre au loin". Il avait manifesté le désir de "rentrer dans les rangs", mais les participants lui demandèrent de conserver ses fonctions de secrétaire général.

Dans le syndicat, Bérenguier et ses amis à l’esprit plus corporatiste s’opposèrent souvent aux jeunes instituteurs, partisans d’un syndicalisme actif et qui adhéraient aussi souvent à la Fédération de l’enseignement, Alziary notamment (voir ce nom). Quand ces derniers lancèrent une proposition d’unité, Bérenguier, tout en approuvant le programme, refusa de signer et s’en expliqua, le 31 janvier 1927, dans une lettre à Alziary : "Il me paraît que l’appel lancé […] va à l’encontre du but […]. Il fait la part trop belle à la Fédération de l’enseignement et nie absolument les résultats obtenus par le Syndicat national.". Plus tard, lors de la réunion du conseil d’administration, le 10 février 1927, il expliqua qu’une "campagne sournoise" était menée contre lui et l’association par "certains éléments hostiles à notre groupement". Dans son rapport moral, lors de l’assemblée générale du 13 octobre 1927, il indiquait : pour que nos élus "travaillent en toute sécurité, que la masse se garde de cette défiance mauvaise envers les dirigeants, de ces critiques irraisonnées et souvent injustes, que les meilleurs d’entre le militants ne se déchirent point et évitent par le spectacle des zizanies intestines, ce lent travail de désagrégation qui détruit les meilleures associations". Répondant à son ami Joseph Pascal qui ne l’avait pas ménagé, il expliquait, le 15 octobre 1927, "je suis parti parce que je ne crois pas qu’il est bon de s’éterniser dans la fonction que la confiance de tous m’avait donnée, mais surtout parce que je sentais que des amitiés se ternissaient et parce qu’enfin mon départ montrait la nécessité de terminer la dissension entre les meilleurs militants." Bérenguier, critiqué, comme le secrétaire-adjoint Paul Maurel (voir ce nom), quittait sa responsabilité de secrétaire général et le conseil syndical, le 13 octobre 1927.

Bérenguier se contenta par la suite de participer aux assemblées générales du syndicat ; ses interventions préconisaient souvent la modération. Lors de l’assemblée générale du 21 novembre 1929, il fit adopter une motion qui permettait au secrétaire général Rougier (voir ce nom), malgré ses quatre années de présence et sa désignation comme Conseiller départemental, de continuer à exercer ses responsabilités dans le syndicat. Il retrouva un siège au conseil syndical où il s’opposa souvent aux propositions d’Alziary. Il cessa de siéger le 16 octobre 1930 et ne se représenta pas lors du renouvellement, le 15 janvier 1931.

Bérenguier joua un rôle important, au printemps 1931, lors de la célébration du Cinquantenaire de l’école laïque. Le syndicat, ayant pour faire aboutir ses revendications, décidé le principe de l’abstention à toutes les commissions d’examen de 1931, Bérenguier exprima son désaccord et fut exclu du syndicat. Il écrivit plus tard à Joseph Pascal, "J’aimais trop le syndicat pour ne pas être déchiré de la séparation."

Veuf en 1931, toujours franc-maçon (orateur en 1933 de la loge "La Réunion" du Grand Orient de France), tout comme son ami Maurel, était un membre actif du cercle Victor Brémond. Retraité, chevalier de la Légion d’Honneur en 1933, il fut candidat aux élections municipales de Toulon sur la liste ".V. Brémond d’action républicaine et socialiste et de défense des intérêts de la cité" constituée par les amis du député "rouge" et le Parti socialiste de France. Il figurait aussi sur la liste du "bloc antiescartefiguiste" affichée par le président du syndicat des pêcheurs à la veille du scrutin. Le 5 mai 1935, sur 29 381 inscrits, il obtenait 4 696 voix. Pour le deuxième tour, sur la liste dite de "Front populaire" conduite par Brémond, il réunissait 10 106 voix.

Le 14 janvier 1936, Bérenguier devint secrétaire adjoint de la section de Toulon du Parti d’union socialiste, résultat de la fusion du Parti socialiste de France et du cercle V. Brémond. Il participa à la campagne électorale de ce dernier au printemps suivant. Candidat de l’Union socialiste républicaine pour le Conseil général, dans le premier canton de Toulon (ouest de la ville), il obtint, le 10 octobre 1937, 639 voix sur 9 028 inscrits et se désista pour le candidat socialiste SFIO. Resté d’opinions radicales-socialistes, il ne suivit pas Brémond au Parti socialiste SFIO.

Après la Deuxième Guerre mondiale qu’il passa à Signes, sans contact apparent avec la Résistance, Bérenguier, remarié, devint maire de ce village. Son élection résulta d’une tentative pour briser l’unité sortie de la Résistance de la part du Parti socialiste SFIO, comme ce fut le cas dans plusieurs communes. Le président de la délégation municipale installée par le Comité départemental de Libération, considéré comme "socialiste" par le Préfet, avait proposé une liste d’union pour ces premières élections. La section socialiste SFIO s’y opposa ; une liste socialiste, comprenant ce président, se présenta sans que les bulletins de vote portent une mention politique. Avec une moyenne de 220 voix sur 382 votants, le 29 avril 1945, elle devançait la liste soutenue par la majorité du Comité local de Libération. Le 18 mai 1945, Bérenguier réunissait six voix contre six qui se portèrent sur le président de la délégation municipale. Au troisième tour, il était élu au bénéfice de l’âge ; son adversaire devenait son adjoint. Cette association fut reconduite deux ans après. Bérenguier ne se représenta pas en 1953.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article169910, notice BERENGUIER Adrien, Césaire par Jacques Girault, version mise en ligne le 15 janvier 2015, dernière modification le 15 janvier 2015.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F7/13746. — Arch. dép. Var, 2 M 5 29 4, 2 M 7 35 4, 4 M 59 2, 3 Z 2 6, 3 Z 2 12, 3 Z 2 14, 3 Z 4 2. — Arch. H. Alziary.. - Arch. Loge "L’Egalité" (transmise par M. Mistre) — Presse locale et corporative. — PASCAL (Joseph), Une existence en toutes lettres, Genève, Perret Gentil, 1972. — Renseignements fournis par la mairie de Signes, par la veuve de l’intéressé, par Joseph Pascal, par Jocelyne George.

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