CISSON Georges, Félix, Joseph, Marie [Pseudonymes dans la Résistance : LEBRUN, Lucien, Roumi, DUBOSC]

Par Jacques Girault, Jean-Marie Guillon

Né le 21 mars 1910 aux Arcs (Var), fusillé le 18 juillet 1944 à Signes (Var) ; chef de bureau aux Ponts et Chaussées ; membre du bureau départemental de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) ; chef départemental du mouvement Libération, membre du Comité départemental de Libération (CDL) du Var, membre du directoire régional des Mouvements unis de la Résistance (MUR) R2 en juin 1943, chef régional du Noyautage des administrations publiques (NAP) et de la presse clandestine.

Georges Cisson
Georges Cisson
Source : JM Guillon

Fils d’Augustin Cisson, fabricant de bouchons, et de Rossoline Demuth, né aux Arcs (Var), Georges Cisson fut reconnu comme pupille de la Nation le 22 janvier 1919, son père ayant été tué à la guerre en 1917. Il fut élève des maristes, d’abord à Toulon (Var), à l’externat Saint-Joseph, puis puis à l’institution Sainte-Marie à La Seyne (Var), jusqu’au baccalauréat qu’il réussit en 1928. Il suivit ensuite des cours par correspondance d’une école de Travaux publics. Après un stage à Fréjus, il fut reçu au concours d’adjoint technique des Ponts et Chaussées en 1930. Devançant l’appel, il fit son service militaire dans les chasseurs alpins à Hyères. Il fut nommé en 1931 adjoint technique aux Ponts et Chaussées à Draguignan, où il devint chef de bureau à l’Arrondissement du Nord-Est. Habitant boulevard Maréchal Foch à Draguignan, il se maria le 27 avril 1935 avec Yvonne Rebuffel, une collègue de travail, dont il eut deux filles.
Ce catholique fervent, décrit comme un « saint laïc », adhéra au groupe Saint-Vincent-de-Paul en 1935. Hostile à l’idée d’héritage, ayant choisi de vivre sa condition de chrétien sans compromission, il se dévoua sans compter pour les autres. Membre des Équipes sociales, dirigeant les Éclaireurs de France du secteur, il s’engagea en politique et en syndicalisme. Influencé par le Sillon, il milita à Jeune République et écrivit dans la presse démocrate chrétienne (Jeune République, L’Aube, L’Âme populaire). Il devint le correspondant de l’hebdomadaire Temps Présent. Il fut le créateur de la CFTC à Draguignan. Il était le secrétaire de l’Union locale en 1937 et fut élu membre du bureau départemental et secrétaire fédéral adjoint au congrès fédéral du 11 février 1939.
Il s’engagea en faveur du Front populaire, auquel il resta fidèle jusqu’au bout comme le prouva son intervention lors de la commémoration du 150e anniversaire de la Révolution française, le 14 juillet 1939, à Draguignan.
Mobilisé en août 1939 dans les Chasseurs alpins comme sous-officier, il fut blessé et perdit l’œil gauche le 8 juin 1940, dans l’Aisne, ce qui valut d’être reconnu comme « invalide de guerre ». Rentré dans son foyer, il adhéra à la Légion française des combattants avec un groupe d’amis pour combattre l’esprit de collaboration en son sein. Il y resta jusqu’à sa démission, qu’il data significativement du 14 juillet 1943. Cette adhésion paradoxale, puisqu’il s’engagea très tôt dans la Résistance, peut s’expliquer par son souci de ne pas se couper des gens et de faire entendre une parole plus libre. Sans doute était-il proche de la ligne défendue par Emmanuel Mounier, cherchant à « utiliser » les créations vichystes. Aussi ses amis affirmèrent-ils qu’il voulut « noyauter » cette organisation pétainiste. À l’appui de cette thèse, il accueillit Stanislas Fumet à Draguignan pour y faire une conférence en faveur de Temps nouveaux au printemps 1941. Georges Cisson animait un cercle d’études qu’il avait créé à Draguignan. Il diffusait La Voix du Vatican et fut ensuite un des contacts de Témoignage chrétien. Il fut désigné par André Ruelle, autre démocrate chrétien, pour prendre en charge le mouvement Combat dans le secteur fin 1941, mais sans doute en fut-il coupé lorsque la direction du mouvement fut en partie arrêtée à Lyon (Rhône) en janvier 1942. En effet, son domicile et son bureau auraient été perquisitionnés en 1942 par des policiers venus de Lyon, d’après le témoignage de l’ingénieur Vidal, directeur départemental des Ponts et Chaussées.
En fait, dans le mouvement Libération – à base syndicale – Georges Cisson prit des responsabilités dans l’arrondissement de Draguignan avant l’Occupation. En 1943, il participa à la création des MUR dans l’arrondissement et fut chargé de l’action politique. Il fut le créateur de Résistance, journal des MUR de l’arrondissement. Devenu chef départemental, puis régional de Libération, chef départemental du NAP, il devint membre du directoire régional MUR en R2 d’août à octobre 1943, chargé de la presse, du mouvement ouvrier et de la jeunesse. Il fut alors mis en congé maladie par le directeur départemental des Ponts et Chaussées qui était en contact avec la Résistance. Selon le témoignage de son chef, il aurait utilisé ses fonctions pour servir la Résistance, camouflant des optiques de feux et des phares de Sainte-Maxime et de Saint-Raphaël, fournissant des renseignements à ses camarades, délivrant des laissez-passer aux entrepreneurs résistants et de fausses cartes grises, fournissant des listes falsifiées lorsqu’elles pouvaient servir les adversaires de la Résistance.
À la demande du chef du directoire régional MUR, Max Juvénal (Maxence), Georges Cisson créa le journal mensuel des MUR de la R2, Provence libre en décembre 1943, qu’il rédigea avec l’aide du représentant du Parti socialiste clandestin au CDL du Var, le Henri Michel. Les deux hommes exposèrent leurs idées dans plusieurs articles où ils préconisaient le rapprochement entre chrétiens et laïcs dans un grand parti travailliste. Dans le même temps, Georges Cisson prit la responsabilité du NAP régional (sans doute en janvier 1944). Il était aussi membre du CDL du Var et, à ce titre, il fut délégué avec Henri Michel pour assurer la présence de la Résistance à Draguignan, préfecture du Var, si, comme on le croyait, le débarquement en Méditerranée avait lieu en même temps que celui de Normandie, le 6 juin 1944. Mais, ayant été retardé, le combat continuait alors que la répression allemande atteignait des sommets. Mais, ayant été retardé, le combat continuait alors que la répression allemande atteignait des sommets. Cisson et Michel, dans la commission du CDL chargée de la presse, commencèrent à préparer un hebdomadaire régional culturel. Il devait porter en frontispice « Nous n’attaquons pas nos adversaires, nous leur ouvrons nos colonnes ». Les statuts furent déposés chez Maître Arnaud à Toulon.
Georges Cisson fut arrêté à Marseille, le 12 juillet, par l’équipe d’Ernst Dunker (Delage), responsable de la section IV de la Sipo-SD au magasin de Charles Boyer, devenu une souricière. Il y était passé sans doute pour prendre du courrier, avant de se rendre à une réunion chez René Mariani (Gaillard) avec, notamment, André Aune (Berthier). On trouva sur lui un carnet de poche qui prouvait son rôle dans la Résistance. Son pseudonyme, Dubosc, permit à la Sipo-SD de savoir qu’elle détenait le chef régional NAP. Sur le carnet, figuraient aussi diverses adresses dont celle d’André Hérouard, agent technique aux Ponts et Chaussées, à Draguignan, l’un des adjoints de Cisson. Torturé, celui-ci donna le moins d’indications possible (ni son adjoint NAP dans le Var, Fernand Roustan, ni Henri Michel ne furent inquiétés), mais il fut contraint d’aller à un rendez-vous pris avec Jules Moulet, chef départemental NAP des Bouches-du-Rhône, le 13.
Georges Cisson porte le no 6 dans le rapport « Antoine » rédigé par Dunker le 11 août 1944 pour faire le bilan de la vague d’arrestations qui avait décimé la résistance régionale. Le rapport indique que l’on avait « trouvé dans son bureau de Lyon [ce qui est une erreur car il s’agit de Marseille] une importante documentation NAP donnant des renseignements sur la situation des organisations et sur le noyautage des administrations ».
Georges Cisson fut fusillé après un jugement sommaire sur place, le 18 juillet, au fond d’un vallon isolé, dans les bois de Signes avec vingt-huit autres résistants pris, pour la plupart, dans la même affaire. D’après Dunker, le jugement aurait été prononcé par la cour martiale de la 244e Division d’infanterie. Les corps furent exhumés le 17 septembre 1944. Un monument funéraire a été inauguré le 18 juillet 1946 dans ce lieu, connu désormais comme le « Vallon des fusillés », et devenu nécropole nationale en 1996. Les obsèques de Georges Cisson eurent lieu le 20 septembre à Draguignan. Une association des Amis de Georges Cisson fut créée en octobre 1944, sous la présidence d’honneur d’Henri Sarie, préfet du Var et ancien chef départemental des MUR. Selon ses statuts, les membres de cette association, qui devaient recevoir l’agrément de sa veuve, devaient avoir à cœur de défendre sa doctrine politique et morale (tolérance, recherche de la vérité, défense de la liberté, amour pour ceux qui souffrent et amélioration de leur sort, confiance en l’homme, loyauté, désintéressement, mépris de la violence, etc.).
À titre posthume, Georges Cisson fut homologué comme commandant (il l’avait été dans un premier temps avec le grade de lieutenant-colonel), cité à l`ordre du Corps d’armée et décoré Croix de guerre avec étoile de vermeil le 21 mars 1949, puis fait chevalier de la Légion d’honneur le 21 juillet suivant.
Sa mémoire est honorée en plusieurs lieux du Var : une stèle a été inaugurée le 11 novembre 1944 sur le mur de sa maison des Arcs, à l’angle de la rue qui porte son nom. En mai 1945, son nom a été donné à une rue à Draguignan, mais aussi d’autres communes du Var (Solliès-Pont, Ginasservis) et il a été attribué, à Toulon (Var), à l’un des principaux lycées d’enseignement professionnel du département. Il a été déclaré « Mort pour la France ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article171358, notice CISSON Georges, Félix, Joseph, Marie [Pseudonymes dans la Résistance : LEBRUN, Lucien, Roumi, DUBOSC] par Jacques Girault, Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 8 mars 2015, dernière modification le 17 janvier 2019.

Par Jacques Girault, Jean-Marie Guillon

Georges Cisson
Georges Cisson
Source : JM Guillon

SOURCES : Arch. Nat. 72 AJ (fonds Comité d’histoire de la 2e guerre mondiale). – Arch. Dép. Var 4M5, 16 M19 4, 1W98. – Arch. mun. Toulon, 60 W 26. — Témoignages divers dans le carton “Var“, Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale devenu Institut du Temps présent. — Presse locale (Le Var libre 21, 22, 28 septembre et 15 octobre 1944, La Marseillaise, 18 septembre 1944, Front national no 4 23 septembre 1944). – Angelin German, Les chemins de la mémoire. Docteur Angelin German, « le toubib des maquis du Var », Draguignan, chez l’auteur, 2005. – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français 1919-1939 (J. Girault), Paris, Éd. de l’atelier. – Jean-Marie Guillon, La Résistance dans le Var, thèse d’histoire, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1989 et Résistance Var no 49, juin 2003. – Henri Michel, 4 années dures, Paris, Grasset, 1945. – André Ruelle, L’ombre couvrait l’effort mais le soleil se leva, La Seyne, chez l’auteur, 1979. – Renseignements fournis Mme Arnaud-Cisson et Guillaume Vieira.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément