BORKER Jules

Par Frédérick Genevée

Né le 20 mai 1919 en Lithuanie, mort le 24 février 2014 ; avocat communiste à Paris.

Son père, d’origine russe, et sa mère d’origine lithuanienne, quittèrent ce pays en 1921. Son père, graveur sur métaux s’occupa de petits commerces, d’abord au marché du Kremlin Bicêtre et de Villejuif puis ouvrit une petite boutique, rue Quincampoix à Paris. Pendant la période du Front populaire, Jules Borker sympathisa avec les idées communistes.

Lors du Pacte germano-soviétique, il fut même d’accord avec la position communiste. Dès décembre 1940, il distribua des tracts communistes toujours en tant que sympathisant. Il débuta des études de médecine à la faculté de Toulouse, puis rejoignit à Marseille le service d’urologie à l’hôpital de la conception. Témoin d’une grave insuffisance professionnelle, il perdit la vocation. Il avait par ailleurs débuté une formation d’ajusteur sans doute attiré par le modèle de l’ouvrier métallurgiste que portait le PCF. Il retrouva le contact avec le PCF par hasard à Grenoble et devint alors un des responsables jeunes de la MOI. À Toulouse, il commandait le groupe juif. Il condamna alors une exécution sommaire d’un juif accusé par ses camarades de collaboration. Sans véritable profession, ce fut le secrétaire fédéral du PCF de la Haute-Garonne qui lui conseilla de mener des études de droit car il y "avait encore une forteresse de la bourgeoisie : la justice". Le PCF finança ses études.

Profitant de son statut d’ancien officier démobilisé, il put passer sa licence par correspondance en neuf mois sans jamais mettre les pieds à la faculté de droit. Après avoir prêté serment le 23 janvier 1947, il fut d’abord embauché comme juriste à la fédération des locataires. Pour cause de mésentente salariale, il quitta le cabinet de l’avocat communiste Fernand Plas* alors secrétaire général du groupe communiste au Parlement. Il ouvrit alors son propre cabinet, boulevard Jean Jaurès à Paris. Il fut ensuite de tous les combats des avocats communistes. Il défendit notamment les militants inculpés pour leur activité contre la guerre d’Indochine. Il poursuivit cette activité pendant la guerre d’Algérie. Il fut le premier patron de Jacques Vergès*. Il anima avec Pierre Vidal-Naquet* et Madeleine Rebérioux* le comité Maurice Audin et participa à l’organisation du pont aérien des avocats.

Parallèlement à ses activités professionnelles, il fut un des organisateurs des colloques juridiques de Royaumont où se retrouvaient pour débattre des personnalités de toute la gauche. Ces colloques devaient, dans son esprit, permettre au PCF de rompre son isolement. Poursuivant sur cette lancée il fut avec l’autorisation bienveillante de Waldeck Rochet à l’origine des contacts entre le PCF et François Mitterrand qui aboutirent à la candidature unique à l’élection présidentielle de 1965. Il poursuivit ce travail politique de haut niveau jusqu’en 1969 avec comme contact permanent Claude Fuzier*. Il participa par la suite à la défense d’Angela Davis, participant à son procès en Californie. Il fut membre de la présidence du comité français pour la libération de cette dernière. Après le renversement de Salvador Allende, il se rendit au Chili et rédigea un rapport sur l’ampleur de la répression qu’il commenta publiquement à Washington. L’année suivante, en 1974, il présenta un nouveau rapport sur le même thème au président du Mexique. Il fit de même dans d’autres capitales (Helsinki, Athènes, Berlin). Continuant ses activités d’avocat, il fut l’avocat des parties civiles dans l’affaire de l’incendie du collège Pailleron. Il ne put plaider, en 1980, lors du procès, du criminel de guerre nazi Licka, car le gouvernement de Bonn n’avait pas encore ratifié la convention permettant aux avocats de la CEE de plaider partout. En 1987, il organisa une rencontre entre Élie Wiesel et les autorités soviétiques afin de trouver une solution aux problèmes des juifs soviétiques.

Depuis les années 1960, il est l’avocat du journal l’Humanité. En 2002, il plaidait encore et était toujours membre du PCF. Il était titulaire de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17310, notice BORKER Jules par Frédérick Genevée, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 16 mars 2014.

Par Frédérick Genevée

SOURCE : Entretien avec Jules Borker.

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