SAINJON André

Par Paul Boulland

Né le 23 juillet 1943 à Paris (Xe arr.) ; télégraphiste, tourneur, PDG de la SNET ; syndicaliste CGT, responsable du Centre confédéral de la jeunesse (1969-1974), secrétaire général de la Fédération des travailleurs de la Métallurgie (1976-1988), membre de la commission exécutive confédérale (1969-1988) ; militant communiste (1965-1988), membre du comité central du PCF (1976-1988) ; militant radical de gauche, vice-président du PRG (1998-2000 et 2005-2013) ; député européen (1989-1999).

Son père, Francis Sainjon, travailla comme OS dans la métallurgie, accomplissant l’essentiel de sa carrière professionnelle dans des petites entreprises, hormis un passage chez Citroën. Sa mère, Geneviève Sainjon, fut longtemps gardienne d’immeuble. Ils n’eurent aucun engagement militant et, selon ses témoignages, André Sainjon fut élevé dans une atmosphère familiale plutôt tournées vers les valeurs chrétiennes, teintées d’un certain anticommunisme, et par « la politique du bifteak » (Le Monde, 30 avril 1984). André Sainjon avait un frère, qui fut magasinier et adhérent à la CGT. Il passa son enfance et sa jeunesse à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis) où il effectua sa scolarité chez les Frères des écoles chrétiennes. Après l’obtention du certificat d’études primaires, il entra immédiatement dans la vie professionnelle, comme télégraphiste aux PTT. À dix-sept ans, il se réorienta vers le secteur de la métallurgie. Il obtint un CAP de tourneur dans le cadre de la formation professionnelle pour adultes et fut embauché comme OP1 chez Hotchkiss, à Saint-Denis. En janvier 1963, il fut appelé pour le service militaire, qu’il effectua en Allemagne, durant seize mois.

À son retour, la direction de l’usine freina son passage au statut d’OP2 (tourneur-outilleur) qui lui avait été promis lors de son embauche. Il obtint finalement gain de cause grâce à l’intervention du délégué CGT de son atelier. André Sainjon adhéra alors à la CGT, en novembre 1964. À peine quelques mois plus tard, dès le début de l’année 1965, il fut désigné comme responsable des jeunes syndiqués. Au cours de l’été 1965, il se rendit en RDA, dans le cadre de vacances organisées par la CGT et, à son retour, il adhéra au Parti communiste, en septembre 1965. André Sainjon accéda très rapidement à de nouvelles responsabilités. Dès 1966, il devint secrétaire du syndicat CGT chez Hotchkiss, intégrant également le bureau du syndicat des Métaux de Saint-Denis et la commission exécutive de la Fédération des travailleurs de la Métallurgie (FTM-CGT). Il suivit à cette période les stages élémentaire (1965) et moyen (1966) de la CGT. Dans le même temps, il fut élu au comité de la section PCF Saint-Denis-Pleyel et suivit une école de section (1965) et une école fédérale (janvier 1967) du PCF.

Dès septembre 1967, à l’âge de vingt-quatre ans, André Sainjon devint permanent de la Fédération de la Métallurgie, en charge des jeunes. Après le mouvement de mai-juin 1968, la confédération CGT, sous l’impulsion de Georges Séguy*, souhaita renforcer son action en direction des jeunes, avec la création du Centre confédéral de la jeunesse (CCJ-CGT). André Sainjon en fut désigné responsable, aux côtés de Jean-Luc Destrem, et intégra à ce titre la commission exécutive confédérale de la CGT, lors du XXXVIIe congrès (Vitry, novembre 1969). Au cours de cette période, il suivit les cours de l’école centrale d’un mois du PCF, en février 1969, et de l’école de quatre mois, de septembre 1971 à janvier 1972. Trois décennies plus tard, il continuait d’affirmer sa dette à l’égard de la formation politique et culturelle dispensée par le PCF et la CGT.

André Sainjon quitta le CCJ-CGT en 1974, date à laquelle son activité se concentra à nouveau sur la Fédération de la Métallurgie, cette fois comme membre du bureau fédéral. La perspective était alors celle du remplacement de Jean Breteau, secrétaire général depuis 1951. Âgé de trente-trois ans, André Sainjon fut élu secrétaire général de la Fédération des Travailleurs de la Métallurgie à l’occasion de son XXIXe congrès (Saint-Étienne, novembre 1976). Quelques années plus tard, il intégra le comité central du PCF, à l’occasion du XXIIIe congrès (Saint-Ouen, mai 1979). Cette promotion rétablissait une situation de double appartenance aux organes dirigeants de la FTM et du PCF, qui avait déjà été la position de Jean Breteau jusqu’au milieu des années 1960, mais qui n’était plus en vigueur depuis le début des années 1970. En tant que membre du comité central, il fut notamment chargé de suivre la fédération de la Manche.

André Sainjon fut reconduit au poste de secrétaire général de la FTM-CGT lors des trois congrès suivants. La période fut à la fois marquée par la victoire de la gauche en 1981, source de contradictions croissantes pour la CGT et le PCF, et par l’approfondissement de la crise sociale et économique, qui affectait tout particulièrement le secteur de la métallurgie. André Sainjon participa aux critiques énoncées par la CGT, surtout après la constitution du gouvernement Fabius, lorsque d’importants mouvements se développèrent à Renault-Le Mans, à Citroën-Aulnay et à Creusot-Loire, à l’automne 1984. Mais il se démarqua progressivement de mobilisations jugées minoritaires, émaillées par des affrontements violents, comme à la SKF à Ivry, en juin 1985. De fortes tensions travaillaient alors les différents secteurs de la CGT et du Parti communiste, particulièrement dans le secteur de l’automobile, autour de l’affaire des « dix de Billancourt » en 1986 (voir Jean-Pierre Quilgars), ou lors des grèves chez Peugeot, qui faisaient rejouer le conflit entre la fédération communiste du Doubs et la direction du PCF. De plus, en quelques années, la Fédération de la Métallurgie avait connu une véritable hémorragie de ses adhérents, passés de 250 000 à 150 000 entre 1981 et 1985, selon les indications fournies par les congrès.

Lors du XXXIIe congrès de la FTM-CGT (Marseille, novembre 1986), André Sainjon conserva le poste de secrétaire général, avec le soutien d’Henri Krasucki, qui vint défendre le bilan de la direction sortante devant les délégués. Toutefois, sa position était désormais fragilisée voire marginalisée par l’intégration de nouveaux dirigeants, notamment Jean-Louis Fournier, responsable du syndicat Renault, et Jean Desmaison. En septembre 1988, alors que s’amorçait une restructuration de l’appareil permanent de la fédération, André Sainjon démissionna finalement de son poste de secrétaire général. Au sein du Parti communiste, il ne souhaita pas prendre part aux courants qui émergeaient alors, bien qu’il ait indiqué compter des amis parmi les « reconstructeurs ». En janvier 1989, il démissionna du comité central et ne reprit pas sa carte du PCF.

André Sainjon entama alors une reconversion politique et professionnelle qui, par sa rapidité, lui attira les critiques parfois virulentes de ses anciens camarades. La presse ne fut pas en reste, évoquant rétrospectivement un dirigeant syndical qui tranchait par son « éternel costume trois-pièces et son air bon chic bon genre » (Le Monde, 20 octobre 1989), ou ironisant plus tard sur le « patron métallo » (La Tribune, 9 mars 2003). En 2003, il indiquait cependant que sa rupture, après plusieurs années de tensions, avait été « mûrement réflechie ». Ayant quitté ses responsabilités syndicales, il fit partie, avec d’autres anciens cadres de la CGT, des fondateurs de l’Institut de recherches et d’initiatives sociales européennes (IRISE), dont il devint président du conseil scientifique. En avril 1989, il intégra la liste du Parti socialiste aux élections européennes, conduite par Laurent Fabius, et fut élu député européen en juin suivant. Cinq ans plus tard, il se présenta à nouveau, cette fois sur la liste conduite par Bernard Tapie au nom du Mouvement des radicaux de gauche (MRG) et fut réélu. Pour ce second mandat, il intégra la commission des Relations économiques extérieures. En 1995, il se lança dans la campagne des élections municipales à Clichy-sous-Bois, au nom du MRG, mais fut éliminé au premier tour, avec moins de 8 % des voix. Lorsque le MRG se transforma en Parti des radicaux de gauche (PRG), il en devint l’un des vice-présidents, fonction qu’il conserva jusqu’en 2000, puis occupa à nouveau de 2005 à 2013, avant de siéger au bureau national du parti. En 1999, au terme de son second mandat au Parlement européen, il ne se représenta pas.

En 2000, sur proposition de Laurent Fabius, ministre des Finances, et de Christian Pierret, secrétaire d’État à l’Industrie, André Sainjon fut désigné PDG de la Société nationale d’électricité et de thermique (SNET), entreprise publique, filiale des Charbonnages de France. L’objectif explicitement assigné par le gouvernement était de mener à bien l’ouverture du capital et ainsi d’opérer la première privatisation consécutive à l’adoption, en 1999, de la directive européenne sur la libéralisation du secteur de l’énergie. Au cours de l’année 2003, la SNET fut rachetée par l’opérateur électrique espagnol ENDESA. Déchargé de son poste de PDG, André Sainjon resta président du conseil de surveillance (2003-2005) puis du conseil d’administration d’ENDESA-France jusqu’en 2009, et fut également délégué général auprès de Charbonnages de France, chargé de l’électricité et des questions internationales.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article174812, notice SAINJON André par Paul Boulland, version mise en ligne le 26 juillet 2015, dernière modification le 7 septembre 2015.

Par Paul Boulland

SOURCES : Arch. du comité national du PCF. ─ Arch. de la fédération PCF de Seine-Saint-Denis. ─ Arch. IHS-CGT. ─ Le Monde. ─ G. Quenel, Étude sur l’entrée en double appartenance dans les direction du PCF et de la CFGT de 1981 à 2001. Entretiens avec les intéressés, janvier 2012.

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