QUENUM Valentine

Par Françoise Blum

Née le 31 octobre 1941 à Cotonou (Dahomey) ; Bibliothécaire ; Association des Etudiants dahoméens (AED) ; Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF) ; Membre du Comité national révolutionnaire (CNR) ; Secrétaire générale du Comité neutre des femmes.

Valentine Quenum est née le 31 octobre 1941 à Cotonou (Dahomey). Son père est fonctionnaire - agent expéditionnaire -, qui a exercé à Cotonou et Abomey. Ses parents sont catholiques et elle a été baptisée dès l’âge de 6 mois. Ils sont cinq enfants de la même mère. Pour effectuer sa scolarité, elle est d’abord placée chez une cousine à Porto Novo et va à l’école publique, jusqu’en 1953. Mais cette cousine se marie et part à Saint-Louis du Sénégal, avec Valentine, qui continue ainsi l’école dans cette ville. Elle revient au Dahomey et est inscrite cette fois à Allada, une commune proche de Cotonou, à Notre-Dame des apôtres où elle finit sa scolarité primaire et effectue son cycle secondaire. Elle y a la première partie du baccalauréat. Mais c’est à Dakar où elle va rejoindre son frère aîné qu’elle réussit, en candidate libre, la deuxième.

Elle est inscrite à l’université de Dakar et y connaît les événements de mai 1968. Hébergée et protégée, comme bien d’autres étudiants étrangers, par les pères dominicains dont la mission est en face de la cité universitaire, elle est finalement expulsée du pays, comme tous les étudiants étrangers. Elle va alors poursuivre ses études universitaires en France, pour laquelle elle obtient une bourse. Elle est d’abord inscrite en droit, à Rennes. Elle y fait une année. Mais le recteur de l’université de Cotonou lui demande de faire des études qui puissent la préparer à s’occuper de l’administration universitaire. Elle fait alors deux ans dans une école d’administration à Paris, l’Institut national d’administration universitaire et scolaire (INAS).

Elle rentre au Dahomey où elle obtient un poste à la bibliothèque universitaire, mais de ce fait doit repartir en France, pour améliorer sa formation. Elle fait donc deux ans à l’Ecole nationale supérieure des bibliothèques (ENSB), l’actuelle ENSSIB, qui se trouve à Lyon. C’est à Paris, où elle loge au 69 boulevard Poniatowski –la Maison des Etats d’Afrique de l’Ouest – qu’elle milite d’abord à l’AED (Association des étudiants dahoméens) puis à la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF). Elle y est élue secrétaire aux affaires sociales pour l’année 1972. Cela mérite d’être signalé car très rares ont été les femmes à occuper des fonctions au Comité exécutif. De cette époque militante, elle se souvient en particulier des tournées effectuées en province avec Robert Dossou, auprès des travailleurs dahoméens. Par ailleurs, elle participe aux réunions, assure des permanences au siège. Elle parcourt aussi la France, dans le cadre des voyages organisés par le CROUS : Avignon, Dijon d’où est originaire la femme de son frère.

Elle rentre au Bénin en 1973, à l’époque de la révolution béninoise. Elle y dirige la bibliothèque universitaire et passe sa licence de droit. Elle devient secrétaire générale du Comité neutre des femmes qui s’est mis en place par opposition à d’autres organisations de femmes, plus nettement politisées. Elle représente le comité neutre au Comité national révolutionnaire (CNR). Cela lui vaut des voyages à l’Est –URSS et Pologne – à l’invitation des femmes soviétiques. Elle va également en Guinée et au Congo-Brazzaville, invitée par le Parti Congolais du Travail (PCT). Mais elle n’est pas à l’aise au CNR, dont elle ne partage bien souvent pas les points de vue. La rupture décisive pour elle vient quand le CNR, transformé en tribunal, juge un certain nombre d’accusés dont son oncle, le père Alphonse Quenum. Les accusés sont condamnés à mort. Elle a exprimé son désaccord avec la sentence ce qui induira une méfiance des autorités révolutionnaires à son égard et une surveillance, alors même qu’une partie de ses proches lui en veulent pour cette condamnation qu’elle n’a pas voulue. La condamnation à mort ne sera pas exécutée et les accusés feront 10 ans de prison. Valentine Quenum, quant elle, est échaudée par cette expérience et quand l’Assemblée nationale révolutionnaire (ANR) se met en place en 1984 elle part un mois se cacher dans le Nord du pays pour être sure de ne pas y être déléguée. Elle continue par la suite à exercer ses fonctions de directrice de la bibliothèque universitaire jusqu’à sa retraite, au 1er Octobre 1997, sans plus s’occuper de politique.

Valentine Quenum a épousé Emmanuel Abiodun Lalèyè, qui avait été lui-même un actif militant de la FEANF. Ils ont eu un garçon. Elle vit actuellement dans une modeste maison de Cotonou.

Valentine Quenum est atypique, pour avoir eu un poste de responsabilité à la FEANF. Elle a ensuite, un peu malgré elle, pendant la révolution béninoise, un rôle politique dont elle se serait bien passée, tout en étant secrétaire générale d’un comité neutre des femmes. L’appellation signifie précisément ce non-désir de politique, qui est pourtant alors, aux temps de la révolution marxiste-léniniste béninoise, encore de la politique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article174833, notice QUENUM Valentine par Françoise Blum, version mise en ligne le 28 juillet 2015, dernière modification le 29 juillet 2015.

Par Françoise Blum

Sources : Entretien avec Valentine Quenum, Cotonou, 23 juillet 2015

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