Né en janvier 1915 dans le Hubei, mort le 10 juin 1999 ; vétéran de l’Armée rouge ; ancien commandant de la région militaire de Pékin. A joué un rôle décisif dans l’élimination de la « Bande des Quatre ». Membre du B.P. et de la Commission des affaires militaires du P.C.C. et vice-premier ministre de la R.P.C. Rétrogradé à l’automne 1978 pour son rôle dans l’affaire de la place Tian’anmen (avril 1976). Exclu du B.P. en février 1980.

Chen Xilian, né en 1913 dans une famille de paysans pauvres du xian de Huang’an, au Hubei, garde le bétail avant de participer à treize ans, comme jeune incendiaire, à une révolte de paysans. Il est alors remarqué par Zheng Weisan, entre au Parti communiste et participe à la révolte de la Moisson d’automne de Ma-Huang (Macheng et Huang’an) en octobre 1927. Il fera ainsi plus tard partie du « groupe de Ma-Huang » qui comptera Zheng Weisan, Xu Xiangqian (徐向前), Li Xiannian (李先念), Xu Shiyou (許世友), Li Desheng (李德生), Wang Shusheng. Il combat dans la 4e Armée de front de Xu Xiangqian et Zhang Guotao (張囯燾), dont les restes, après la 4e campagne d’encerclement nationaliste en juin 1932, fuient au Sichuan. Nommé commissaire politique de son régiment, Chen Xilian se fait remarquer de Zhang Guotao au combat de Daxian en février 1932 : quoique blessé, il remplace le commandant de son régiment et force le passage de la rivière Tong. Remplaçant Xu Shiyou à la tête d’une division, il est dans l’ouest du Sichuan quand, en mars 1935, s’y rejoignent la 4e Armée de front de Zhang Guotao et la lre Armée de front de Mao Tse-tung (毛澤東) et Zhu De (朱德). Après la dramatique réunion de Mao’ergai en août 1935 qui voit la séparation entre les forces de Mao et celles de Zhang Guotao, il est du « mauvais côté » puisque avec Zhu De, Liu Bocheng (劉伯承) et Xu Shiyou, il suit Zhang Guotao vers l’ouest du Sichuan (voir Zhang Guotao).
En 1936, il succède à Xu Shiyou à la tête de la 9e Armée rouge (qui ne compte guère que 4 à 5 000 hommes), toujours sous Zhang Guotao, mais il essuie une sanglante défaite en octobre 1936 à Gaotai quand il est encerclé par les armées locales commandées par un des meilleurs généraux nationalisées, Xue Yue. Il ramène les survivants à Yan’an au printemps suivant. On ne sait pas s’il fait alors partie, comme Xu Shiyou, des cadres de Zhang arrêtés par Mao ou si comme Liu Bocheng il sort indemne de l’affaire Zhang Guotao.
Il suit les cours de Lin Biao (林彪) et Luo Ruiqing (羅瑞卿) à Kangda pendant l’hiver 1936. Lorsque l’Armée rouge devient la 8e Armée de route dans la lutte nationale contre les Japonais, il commande dans la 129e Division de Liu Bocheng un régiment à la tête duquel il se couvre de gloire en 1937 en attaquant un aérodrome japonais au Shanxi : il est alors désigné comme le plus brave commandant de régiment de la 8e Armée et c’est sans doute à cette époque qu’il s’acquiert le surnom de « Tigre féroce ». Li Desheng est alors un des ses meilleurs subordonnés. Chen combat sous Liu Bocheng en Chine du Nord et c’est de là qu’il attaque les troupes nationalistes après la défaite japonaise en août 1945, marquant le début de la troisième guerre civile. Jusqu’à la victoire communiste, il sert sous Liu Bocheng et Deng Xiaoping (鄧小平), notamment lors de la bataille de Huai Hai en octobre 1948. Mis à la tête de trois armées de la 2e Armée de campagne en mars 1949, il prend part au franchissement du Yangzi à hauteur de Nankin en avril, puis fait mouvement avec Liu Bocheng vers le Sichuan et occupe Chungking dont il devient maire.
Il termine ainsi plus de vingt ans de combats. Sa bravoure sauvage, sa résistance extraordinaire, mais aussi sa prudence et sa souplesse d’adaptation aux circonstances ont été bonifiées par les leçons du grand stratège Liu Bocheng. Certaines de ces qualités ne manqueront pas de le servir dans sa future carrière politico-militaire.
Mais la Chine doit très bientôt faire face à une nouvelle épreuve : la guerre de Corée. Chen Xilian y est envoyé, mais est rappelé à Pékin en 1951 afín de prendre le commandement de l’artillerie de L’A.P.L. : il forme et instruit les divisions envoyées en Corée. C’est au même titre qu’il organise en août 1958 le bombardement des îles Jinmen (Quemoy). Entre temps il est entré au Conseil de la Défense (1954) et au C.C. (1956, comme membre suppléant) et a fait son premier voyage à l’étranger en accompagnant le maréchal Peng Dehuai (彭德懷) à Moscou (novembre 1957). C’est justement Peng Dehuai qui va lui valoir, indirectement, son affectation décisive. A la suite de l’affaire Peng Dehuai (voir ce nom), il remplace en octobre 1959 Deng Hua, ex-adjoint de Peng en Corée, comme commandant de la région militaire de Shenyang qui couvre tout le Nord- Est (ancienne Mandchourie). C’est là une mesure inhabituelle, car les commandements régionaux revenaient d’ordinaire à des cadres bien installés dans leur région. Et c’est là aussi un tournant décisif pour sa carrière, car il va à la tête de cette région stratégique devenir l’un des grands barons du régime.
La Révolution culturelle renforce sa puissance. C’est lui qui rétablit l’ordre dans la province du Liaoning passablement troublée au printemps 1967 et il n’a pas besoin d’obéir aussitôt à « l’ordre commun » du 23 janvier donné à l’A.P.L. d’aider la gauche : le comité révolutionnaire du Liaoning n’est créé que le 10 mai 1968 et ne fait que refléter le contrôle des militaires sur la province ; Chen en est le président. Il contrôle en fait toute l’ex-Mandchourie.
Les affrontements frontaliers de 1969 contre l’U.R.S.S., et notamment l’incident de l’île de Chenbao en mars, le mettent à l’épreuve mais aussi renforcent sa notoriété. Il entre au B.P. en avril 1969. En 1970, alors que commence le reflux de la Révolution culturelle, il est un des quatre commandants de région militaire à avoir conservé son poste d’avant la Révolution culturelle et, avec Xu Shiyou, le seul membre du B.P. résidant hors de Pékin. Comme Xu Shiyou (qui contrôle Nankin), Huang Yongsheng (黃永勝) (qui contrôlait Canton jusqu’à sa nomination comme chef d’état- major général en juin 1968), il est un des « gardiens célestes » que doit ménager le Centre, ces héritiers des « seigneurs de la guerre » d’antan, en plus honnête... Il sait aussi se montrer loyal envers Mao, qu’il cite abondamment pendant la Révolution culturelle, ce qu’il continue à faire en 1971, notamment dans un article du Hongqi en novembre, mais il sait qu’il a intérêt à s’accrocher à son fief, ce que lui confirmera la chute de Huang Yongsheng lors de l’affaire Lin Biao (voir ce nom). Et le Centre le respecte, comme le montre le choix de son adjoint Ceng Siyu pour commander la région militaire de Wuhan en 1967.
Il montre d’ailleurs son sens politique en s’accommodant des huit officiers généraux de l’ancienne 4e Armée de campagne que Lin Biao a affectés à son quartier général de Shenyang. Il contrôle toujours la province du Liaoning et est élu 1er secrétaire du comité provincial du P.C.C. en janvier 1971. Après l’affaire Lin Biao, qui éclate en septembre 1971, il mène rondement le nettoyage de sa région militaire et sort de cette épreuve, très éprouvante pour PA.P.L., aussi puissant qu’avant. La campagne nationale « pour apprendre de Lei Feng (雷鋒) », lancée au printemps 1973, est un signe de son influence (Lei Feng étant un de ses subordonnés dans la région militaire de Shenyang) de même que le début dans le Quotidien du Liaoning le 19 juillet 1973 de la campagne au sujet des examens universitaires (affaire Zhang Tiesheng) : il tolère ainsi et exploite habile¬ment le radicalisme du Liaoning (Mao Yuanxin, le neveu radical de Mao, est son subordonné à l’état-major militaire de Shenyang, comme au comité du Parti du Liaoning).
Le Xe congrès du P.C.C., en août 1973, le confirme dans sa place au B.P., alors que l’A.P.L. y est moins bien représentée, mais il voit un de ses anciens subordonnés, Li Desheng, le dépasser et entrer au comité permanent du B.P. en tant que vice-président du Parti. Mais l’avantage de Li ne dure guère : le RMRB du 2 janvier 1974 révèle, publicité tout à fait inhabituelle pour ce genre de mutations, que huit commandants de régions militaires sur onze ont permuté, que Li Desheng remplace Chen Xilian à Shenyang et que ce dernier prend le commandement de la région militaire de Pékin (voir Li Desheng). La lumière sur cette affaire n’est pas encore faite : volonté de briser les fiefs provinciaux des militaires, ou mesure préparatoire à la succession de Mao et aux règlements de compte entre droite et gauche ?
En tout cas Chen Xilian occupe dorénavant un poste particulièrement important, vacant depuis le limogeage de Zheng Weisan en 1970. Mao n’a-t-il pas révélé qu’après avoir été convaincu lors du 2e plénum du IXe C.C. (Lushan) en août 1970 du complot tramé par Lin Biao, il avait commencé par démanteler l’état-major de la région militaire de Pékin et y placer des hommes sûrs ? C’est d’ailleurs la garnison de Pékin qui est politiquement importante, plus que la région militaire elle-même, dont elle dépend dans l’organisation territoriale militaire. Or, elle est dirigée par deux anciens subordonnés de Chen Xilian.
Résidant dorénavant à Pékin, promu vice-premier ministre lors de la IVe A.N.P. en janvier 1975, « camarade dirigeant » de la puissante Commission des affaires militaires du Parti, Chen participe plus directement aux affaires du Centre. Et il est amené à jouer un rôle direct dans le processus de la succession de Mao. Il est d’abord impliqué dans l’affaire de la Place Tian’anmen qui entraîne la deuxième chute de Deng Xiaoping en avril 1976. A Shenyang et à Pékin, des « dazibao » ont critiqué à plusieurs reprises le rôle qu’il a joué dans la répression des manifestations. Il semble bien que sa diligence à maintenir l’ordre maoïste, de même que celle de Wu De (吳德), n’a pas été oubliée à la faveur du rôle déterminant qu’il a sans doute joué dans la chute des « Quatre » et l’ascension de Hua Guofeng : la division de garde du C.C. n’a pu intervenir contre les « radicaux » que sur son ordre ou du moins avec son aval (voir Wang Dongxing (汪東興)). Le retour en force de Deng Xiaoping a scellé son destin en même temps que celui de ses trois comparses (Wu De, Wang Dongxing et Ji Dengkui (紀登奎), son subordonné) de la « petite bande des Quatre ». Comme eux, il est exclu du B.P. (mais non du C.C.) et du gouvernement en février 1980 après avoir perdu son commandement dès la fin de l’année 1978.

SOURCES : Outre CCWW, voir : Barnett (1974). — Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), II (1971). — Ching Ping et Bloodworth (1973). — China News Analysis, no 708, 801, 929, 931, 948, 1057, 1061. — Dômes in CQ n° 44, octobre-décembre 1970. — Hongqi, n° 12, 1971. — Huang Chen-hsia (1968). — Issues ans Studies, Vol. XII, n° 6, juin 1976. — RMRB, 5 mars 1973, 2 janvier 1974. — Whitson in CQ, n° 57, janvier-mars 1974. — Zafanolli (1981).

Jean-Pierre Maurer

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