Né le 25 février 1932 à Paris (VIe arr.), mort le 4 juin 2018 à Semur-en-Auxois (Côte-d’Or) ; chanteur, interprète ; militant syndicaliste du Syndicat français des artistes-interprètes (SFA-CGT) ; membre de la société civile pour l’Administration des droits des artistes et musiciens interprètes (Adami), vice-président du collège variétés de l’Adami ; figure majeure de la chanson française à texte dite « chanson Rive-gauche ».

Fils d’une couturière et d’un fonctionnaire du ministère de la Guerre, Marc Ogeret naquit dans le Quartier Latin, rue de l’Abbé-Grégoire. Élève aux lycées Montaigne puis Louis-le-Grand, il connut une scolarité difficile, qu’il interrompit à ses dix-sept ans pour devenir apprenti dans une fonderie. L’expérience fut de courte durée en raison de problèmes de santé et il entra alors chez IBM puis aux usines Renault, où il travailla un temps.
Entraîné par quelques-uns de ses amis, il quitta vite l’usine pour tenter d’embrasser une carrière de comédien. Ses premiers pas sur les planches – en compagnie, notamment, de Guy Bedos et Jean-Pierre Marielle – furent néanmoins eux-aussi éphémères et, en 1950, la troupe se sépara. Marc Ogeret entra alors au centre d’art dramatique de la rue Blanche (Paris, XVIIe arr.), où il resta trois ans. 
Pour subvenir à ses besoins, il commença dans le même temps à chanter aux terrasses des cafés parisiens et sur la Côte-d’Azur, interprétant alors essentiellement les répertoires d’Aristide Bruant, de Léo Ferré ou encore de Jacques Douai. Remarqué par un passant qui lui conseilla de rendre visite à Pierre Prévert, il se rendit au cabaret que dirigeait ce dernier, « La Fontaine des Quatre-Saisons », où il fut embauché. Il commença alors à se produire sur la scène des cabarets de la rive gauche, à « La Colombe », « La Contrescarpe » ou « chez Georges ». En 1958, il enregistra ses premiers disques, qui reprenaient son répertoire habituel puis, ayant fait la connaissance de Marc Alyn et Roger Piault, il décida de se consacrer au répertoire poétique.
Au début des années 1960, Roger Piault prit la direction, au sein de la firme Pacific, d’une collection des disques consacrée à ces mêmes répertoires, « Chansons d’Orphée », et Marc Ogeret enregistra, entre 1961 et 1963, six 45 tours reprenant des poèmes de Marc Aly, Pierre Seghers, Louis Aragon ou Luc Bérimont. Ces disques lui valurent, dès 1962, le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros. Luc Bérimont organisait alors, à la Maison de la Radio, des jam-sessions poésie, où Marc Ogeret fit la connaissance de Georges Brassens. En 1964, celui-ci demanda à Marc Ogeret d’assurer sa première partie à Bobino.
Trois ans plus tard, en 1967, Marc Ogeret fut à l’affiche d’un co-récital au Théâtre des Trois-Baudets, « Aragon ». Louis Aragon y assista et lia alors connaissance avec le chanteur. En 1968, peu avant les mouvements de mai, Marc Ogeret enregistra deux disques reprenant des chants révolutionnaires, Autour de la Commune. Prévue en avril, la sortie fut repoussée, et les deux albums bénéficièrent d’un bon écho.
Marc Ogeret avait alors rencontré Hélène Martin qui, en 1970, lui confia l’enregistrement de la version intégrale du Condamné à mort de Jean Genet, qu’elle avait mis en musique. Cette même année, il fit une apparition au cinéma, dans un film antimilitariste de René Gilson, L’escadron Volapuk. En 1971, alors que l’on célébrait le centenaire de la Commune de Paris, il donna un récital consacré à cet épisode de l’histoire sociale. L’année suivante, il collabora de nouveau avec Hélène Martin pour un spectacle dédié à Louis Aragon et Elsa Triolet, Le Chemin des oiseaux.
Le début des années 1970 fut, pour Marc Ogeret, le temps d’une longue tournée à l’étranger qui le conduisit en Autriche, en Belgique, et dans l’Europe de l’Est. En 1974, il partit pour cinq semaines en URSS, où il voyagea dans de nombreuses républiques et où ses tours de chants furent un succès. Peu après son retour, il participa avec Francesca Solleville au spectacle Quelle heure peut-il être à Valparaiso ?, écrit par Sergio Ortega à partir de poèmes de Pablo Neruda, et qui se tint au Théâtre des Amandiers de Nanterre deux ans après le coup d’État de Pinochet. Une longue et durable amitié le lia alors avec la chanteuse et, ensemble, ils s’engagèrent alors auprès du Syndicat français des artistes-interprètes (SFA), affilié à la Confédération générale du travail (CGT). Il y joua longtemps un rôle important, préférant l’engagement syndical à l’engagement auprès d’un parti politique. Ainsi, il assuma longtemps le fait de n’avoir jamais eu sa carte d’un parti politique, et revendiqua aussi bien ses amitiés communistes que ses liens avec le mouvement libertaire. En parallèle à son engagement syndical, Marc Ogeret joua également un rôle important au sein de l’Adami, dont il devint ultérieurement le vice-président du collège Variétés jusqu’à sa retraite. Il se produisit également, tout au long de sa carrière, dans de nombreuses manifestations militantes, tous courants du mouvement social confondus, de la Fête de l’Humanité aux rassemblements du Parti socialiste et de Lutte ouvrière, en passant par les Fêtes du Mouvement de la Paix et celles du Premier Mai, à l’initiative de la CGT.
Marc Ogeret poursuivit, dans les années 1980, son engagement artistique, interprétant de nombreuses chansons des répertoires révolutionnaires (notamment pour les périodes de la Révolution française et de la Résistance). En 1983, il fut fait chevalier de l’Ordre national des Arts et de Lettres au siège de l’Adami.
En 1991, à l’occasion du dixième anniversaire de la disparition de Georges Brassens, il fut à l’affiche du festival « Brassens 91 » et, quelques années plus tard, il consacra l’un de ses derniers spectacles à un hommage rendu à Léo Ferré, décédé peu de temps auparavant. Durant sa carrière, Marc Ogeret avait reçu nombre de distinction, parmi lesquelles le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros (1962 et 1970), le Prix de l’Académie de la chanson (1963) et le Grand Prix de l’Académie du disque français (1975).
Marc Ogeret avait épousé sa regisseuse, Anita, avec laquelle il eut une fille, Zoé. Après sa retraite, il fit l’acquisition d’une maison et d’un terrain dans l’Yonne, où il vécut ses dernières années.

SOURCES : L’Humanité. – Je Chante Magazine, n° 10 et 13, 1993. – Sites internet. – Témoignage de Francesca Solleville. – Notes de Julien Lucchini.

Christian Marcadet

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