Membre de la gentry, Dai Shifu dirige l’étape initiale d’un mouvement de résistance à l’impôt à Yangzhong (à l’est de Zhenjiang, dans le Jiangsu) durant l’été et l’automne de 1932.

Avec Huang Zhisan, autre membre de la gentry locale, Dai Shifu avait d’abord animé une campagne réclamant l’unification du xian peu étendu de Yangzhong et d’un xian voisin, afin de réduire les dépenses administratives et partant la charge fiscale. Cette campagne n’ayant pas abouti, Dai et Huang, qui représentent les quatrième et cinquième districts du xian de Yangzhong, expriment leur opposition à l’augmentation d’un impôt supplémentaire. Le sous-préfet du xian charge le secrétaire de la sous-préfecture, Lin Murong, d’aller sur place convaincre les chefs de canton des quatrième et cinquième districts, ainsi que les membres de la gentry locale, de la nécessité d’augmenter les impôts. Accueilli par une foule qui refuse de se disperser, Lin prend peur et s’enfuit déguisé en femme (août 1932). Le sous-préfet démissionne, un nouveau sous-préfet à poigne décide de lever trois impôts supplémentaires et six surtaxes. Comparant l’échec des pétitions pour la fusion des deux xian au succès du rassemblement qui a intimidé le secrétaire Lin et provoqué la démission d’un sous-préfet, les contribuables locaux décident de résister. Dai Shifu et Huang Zhisan prennent tout naturellement la tête du mouvement, jusqu’au moment où celui- ci sécrète des dirigeants plus radicaux (voir Dai Zhongxuan (戴中選)), issus de la paysannerie. Tandis que ces derniers seront arrêtés, Dai et Huang s’enfuiront momentanément à Shanghai.
La participation de membres de la gentry, tels que Dai Shifu et Huang Zhisan, à des mouvements antifiscaux n’est ni exceptionnelle, ni surprenante. Ces mouvements pouvaient rassembler un très large front uni de contribuables (c’est une des raisons de leur fréquence, de leur importance et parfois de leur succès, par contraste avec les soulèvements de fermiers contre les propriétaires fonciers ou les protestations et revendications d’ouvriers agricoles). Les petits et moyens propriétaires fonciers (dizhu), membres de la gentry locale, ne disposaient ni de l’influence ni des moyens de pression qui entretenaient l’évasion fiscale des grands propriétaires fonciers et de celles des familles de la gentry qui comptaient dans leurs rangs un ou plusieurs fonctionnaires. Aussi étaient-ils les premiers intéressés à une réduction de l’impôt foncier, en même temps que les dirigeants naturels, en raison de leur influence locale, de leurs relations et de leur capacité à s’exprimer, de ces mouvements éminemment traditionnels qui visaient à contenir ou réduire une pression fiscale croissante.

SOURCES : Dai Wen (1957), p. 5, 6, 8, 10, 29.

Lucien Bianco

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