Né en février 1911 dans le Shangdong, mort le 18 mai 1966 pendant la Révolution culturelle. Journaliste communiste spécialisé dans les problèmes éducatifs et culturels ; rédacteur en chef du RMRB de 1952 à l’automne 1959, puis secrétaire de Peng Zhen ; coauteur au début des années 1960 d’articles ridiculisant Mao Tse-tung et la politique du Grand Bond ; éliminé en mai-juin 1966, réhabilité à titre posthume après la chute des « Quatre ».

Les débuts politiques de Deng Tuo sont inconnus. Il est en 1938 le rédacteur principal du Kangdi bao (Journal de la Résistance), dans la région frontalière du Shanxi-Chahar-Hebei. Il y reste au moins jusqu’en mai 1944, puis devient rédacteur du journal du P.C.C. à Chungking, avant de retourner à Yan’an.
En 1949, il dirige le département de la Propagande de la municipalité de Pékin, et préside aussi le Comité de l’Enseignement Supérieur formé en juin de cette année. La première fonction recoupe ce qui sera toute sa vie une aire d’influence notable ; la deuxième constitue, avec le journalisme, son terrain d’activités lé plus marquant. Mais il a aussi publié, en 1937, et sous le pseudonyme de Deng Yunte, une histoire de la lutte contre la famine en Chine, qui sera rééditée après la Libération à Taiwan aussi bien qu’en R.P.C.. A l’occasion, il ne dédaigne pas de publier des poèmes, et c’est sans aucun doute la verve — et parfois la férocité imagée — avec lesquelles il manie la plume qui lui vaudront la notoriété, pour le meilleur’ et pour le pire.
Deng Tuo exerce après 1949 de nombreuses fonctions : député à trois A.N.P. successives, membre de l’Association d’amitié sino-soviétique, membre à partir de 1955 du Département de Philosophie et de Sciences Sociales de l’Académie des Sciences, membre du Comité de popularisation de la langue commune, actif aussi dans les années 1960 dans la réforme de l’opéra de Pékin, il détient néanmoins ses responsabilités principales au Quotidien du Peuple, dont il est le gérant de 1950 à 1952, le rédacteur en chef de 1952 à novembre 1957, puis seulement le gérant jusqu’à la fin de l’année 1959. Durant ces années, il y publie régulièrement, ainsi que dans l’influente revue théorique Xuexi (Étude). Ce n’est qu’à partir de son éviction du RMRB que son rôle se singularise réellement. A cette époque, dans la vague de critiques qui accompagne les difficultés du Grand Bond, les divergences au sein du Parti deviennent de plus en plus tranchées. Éliminé, Deng Tuo va trouver de nouvelles positions, lourdes de signification pour l’avenir : il devient le secrétaire de Peng Zhen (彭真), maire de Pékin, et aussi rédacteur du journal de la municipalité, Qianxian (Le Front). Cette dernière fonction, exercée de novembre 1958 à mai 1966, lui permettra de participer aux premières loges à la lutte idéologique des factions rivales au sein du Parti. Avec, en 1961-1962, les « Causeries du soir à Yanshan », et de 1961 à 1962 la « Chronique du village des Trois », écrite sous le pseudonyme de Ma Nancun, et avec la collaboration de Wu Han (吳晗) et Liao Mosha (廖沫沙), il va pousser très loin la satire politique déguisée sous la fable ou l’allusion historique. A partir d’une critique de l’étroitesse de la politique culturelle adoptée lors du Grand Bond, il en vient à des éléments de condamnation plus larges, culminant dans une mise en cause de Mao Tse-tung (毛澤東) lui-même : « Il est des personnes qui sont habiles surtout en paroles (...) Elles peuvent parler pendant longtemps et vous ne savez toujours pas de quoi elles parlent. Plus elles s’expliquent et plus elles deviennent confuses, comme si elles n’avaient rien expliqué du tout. » (Qianxian, n° 21, 1961). Les remèdes préconisés par Deng Tuo, toujours de façon allusive, sont plus nets encore : « Quelquefois, la méthode des médecins occidentaux actuels, lorsque la maladie de l’amnésie se manifeste pour la première fois, consiste à utiliser une matraque spéciale pour frapper le sujet sur la tête, provoquant ainsi un choc après lequel celui-ci se réveille. » (Qianxian, n° 14, 1962).
Deng Tuo participe également à une série de réunions clandestines organisées par Peng Zhen, dans un pavillon de la ménagerie impériale de Pékin : le but de cette manœuvre, en 1961, est de rassembler des documents permettant d’incriminer politiquement Mao. En septembre 1962, quand Mao reprend quelque peu l’initiative, Deng Tuo conclut sa première série d’articles par une pirouette. Énonçant « trente-six stratagèmes » inspirés d’un manuel classique, il conclut sur le trente- sixième : « savoir partir à temps » (Beijing wanbao) (Pékin-Soir), 2 septembre 1962).
Cette habileté publique ne le sauvera pas. Chargé par Peng Zhen de critiquer Wu Han en réponse à l’offensive maoïste dénonçant Hai Rui démis de ses fonctions (voir Wu Han), il est compromis dans la défense comme dans le « crime ». En mai 1966, une campagne de presse est engagée contre Deng Tuo et ses collègues, ainsi que contre la revue Le Front accusée de le protéger. Deng Tuo devient le « gardien de la taverne noire anti-parti et anti-socialiste du Village des Trois », accusé d’avoir profité des difficultés du Grand Bond pour démasquer sa véritable nature d’opportuniste droitier. Il perd toutes ses fonctions au début du mois de juin de la même année. Mort pendant la Révolution culturelle, il a été réhabilité après la chute des « Quatre ».

ŒUVRE : Zhongguo jiuhuang shi (Histoire des mesures contre la famine en Chine), Shanghai, 1937, 509 p. (sous le pseudonyme de Deng Yunte). — Lun Zhongguo lishi de jige wenti (A propos de quelques problèmes concernant l’histoire de Chine), Pékin, 1963, 233 p. — Deng Tuo shiwen xuanji (Œuvres poétiques choisies de Deng Tuo), Taibei, 1966. — Xuanji (Œuvres choisies), éditées par Ting Wang, Hong Kong, 1966. — Ce dernier recueil réédite notamment les plus marquants des « Yanshan yehua » (Causeries du soir à Yanshan) parmi les 153 articles parus dans le Beijing wanbao (Pékin-Soir) de mars 1961 à septembre 1962 ; ainsi que certaines des chroniques intitulées « San jia cun zhaji » (Chroniques du vil¬lage des Trois), parues d’octobre 1961 à juillet 1962 dans la revue Qianxian (Le Front).

SOURCES : Outre KC et WWCC, voir : Dittmer (1974). — Rice (1972).

François Godement

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