Né au Hunan le 9 septembre 1897 ; fusillé à Nankin en octobre 1933. Bel exemple d’intellectuel chinois, éveillé à la vie politique par le mouvement du 4 mai 1919, et devenu militant syndical par conviction révolutionnaire. Deng Zhongxia joua un rôle de premier plan dans le mouvement ouvrier de 1920 à 1928, puis fut mêlé aux dissensions internes du P.C.C. au début des années 1930.

Deng Zhongxia
Deng Zhongxia est né dans une famille de propriétaires fonciers hunanais et de lettrés. Malgré les revers de fortune de son père il reçut une éducation classique de haut niveau. Diplômé de l’enseignement secondaire, il poursuit ses études à l’Université de Pékin (Beida). Il y subit l’influence de Chen Duxiu (陳獨秀) et de Li Dazhao (李大釗). Il participe avec ses amis Luo Zhanglong (羅章龍), He Mengxiong (何夢雄), et Zhang Guotao (張囯燾) au bouillonnement des idées nouvelles annonciateur du mouvement du 4 mai 1919 : à l’appel de Li Dazhao, il est un des fondateurs en juin 1918 de la Société Jeune Chine puis de la Société pour le salut du pays. Dès mars 1919 il est membre de l’Association pour l’éducation des masses par la parole, puis il rejoint la Société de recherches marxistes. Il est encore très éclectique dans ses choix philosophiques et politiques : influencé par les anarchistes, il participe avec Zhang Guotao (en octobre 1919) à la création de la « commune du nouveau village du jardin du matin Xiyuan », avec une dizaine d’autres Hunanais. Ces partisans du mouvement de la « vie nouvelle » sont persuadés de parvenir à la réforme sociale par l’éducation. Deng Zhongxia est encore un étudiant à l’ancienne mode, conseillant à ses condisciples de ne pas négliger leurs études, doublé d’un orateur aux allures de prédicateur. Cependant, il a depuis près d’un an entrepris d’exposer les idées nouvelles et surtout le marxisme aux cheminots du dépôt du chemin de fer de Pékin à Zhangxindian : après une étude attentive, il a adapté son langage à ce nouveau public. Quand l’unanimité initiale du mouvement du 4 mai 1919 s’achève et que des choix politiques nouveaux s’imposent, il rompt avec les anarchistes, se rallie au marxisme et, en septembre 1920, adhère au groupe de Beida de la Jeunesse Socialiste.
Désormais, cet intellectuel devient un militant syndical révolutionnaire. Il participe à la publication de Laodong yin (La Voix du travail), aide les cheminots, auxquels il donne des cours du soir, à fonder un club ouvrier, parcourt les dépôts ferroviaires de Chine du Nord au printemps 1921. II n’est pas présent lors du congrès de fondation du P.C.C. mais il devient membre du Secrétariat du travail pour la Chine du Nord durant l’été 1921 avec Luo Zhanglong comme adjoint. Il rédige de nombreux articles pour Laodong zhoukan (L’Hebdomadaire du Travail) édité par le Secrétariat. Parallèlement son rôle et ses idées politiques se précisent : élu en juillet 1922 au C.C. lors du IIe congrès du P.C.C., il est très favorable, ainsi que son maître à penser Li Dazhao, à l’entrée des communistes dans le G.M.D., ce qui l’oppose à la plupart des dirigeants communistes en Chine du Nord (voir Maring). Il anime en août 1922 une grève au dépôt de Zhangxindian et cherche à influencer la grande grève de la Kailan Mining Administration (K.M.A.) en octobre de la même année (voir Peng Lihe (彭禮和)). Réfléchissant sur cette défaite, il analyse la faiblesse de l’organisation syndicale et critique la coupure séparant les communistes du Secrétariat du travail, intellectuels pour la plupart, et les masses ouvrières. Cependant le Secrétariat du travail, qui a quitté Shanghai pour Pékin, semble connaître des succès rapides parmi les cheminots de Chine du Nord. La terrible répression qui suit le « massacre du 7 février 1923 » (voir Yang Defu (楊德甫)) dissipe les illusions nourries par les communistes à l’égard de Wu Peifu.
Deng Zhongxia confirme à cette occasion l’appréciation qu’il a ébauchée dès 1922 : le mouvement ouvrier chinois, isolé, mal organisé, ne peut à lui seul obtenir un succès durable. C’est pourquoi Deng Zhongxia se rallie à la version « organique » du Front uni, prônée par Maring, à qui il apporte son soutien lors du IIIe congrès du P.C.C. (Canton, 10-20 juin 1923). Il critique les vues pessimistes du secrétaire général du P.C.C., Chen Duxiu, qui répugne à soutenir aussi fermement les vues de Maring.
Deng Zhongxia est de plus en plus souvent à Shanghai à partir de 1924. Il participe ainsi à la brève mais féconde expérience de l’« Université de Shanghai » (Shangda : voir Qu Qiubai (瞿秋白)) où il est « doyen des étudiants » et au débat naissant sur la question paysanne auquel il apporte, de concert avec Yun Daiying (惲代英), une note de pragmatisme. Surtout, habillé en ouvrier, il suit de très près la grande grève des 40 000 travailleurs des filatures japonaises en février 1925 qui, après divers rebondissements, débouche sur le puissant mouvement du 30 mai 1925 (voir Liu Hua (劉華)). A cette date, il participe à Canton au IIe Congrès du travail et à la mise sur pied du Syndicat général pan-chinois (affilié à l’internationale syndicale rouge) dont il est un des vingt-cinq responsables centraux. Son rôle est considérable dans la grève-boycott de Hong Kong-Canton : membre du comité central de grève à partir de juin 1926, il est aussi responsable de la « fraction communiste » au sein de ce véritable « parlement ouvrier » (voir Su Zhaozheng (蔌兆症)). Ses articles le montrent partisan d’une ligne souple : l’adversaire, pour lui, est l’impérialisme et non la bourgeoisie cantonaise. Aussi est-il de ceux qui, isolant Hong Kong, cherchent à développer le commerce de Canton en modernisant le port et ses voies d’accès.
En mai 1926, le IIIe Congrès du travail, réuni à Canton, le réélit à la direction centrale. A cette époque ses activités sont mal connues : on sait cependant qu’il enseigne entre mai et octobre 1926 à l’institut des cadres du mouvement paysan où Mao Tse-tung (毛澤東) dirige la 6e promotion. Une brochure qu’il publie à Canton au printemps 1927 permet de préciser ses idées politiques alors que l’échec du Front uni était de moins en moins douteux (voir Borodine). Conformément à la « ligne » de l’I.C., Deng s’oppose aux partisans de la rupture avec le G.M.D. en montrant qu’une lutte politique de tous les instants au sein du G.M.D. est nécessaire pour conquérir les classes intermédiaires, paysans et petits bourgeois. Deng reprend ainsi une analyse purement boukharinienne de la dynamique sociale du Front uni (voir Roy, Qu Qiubai, Cai Hesen (蔡和森)).
La dernière partie de la vie de Deng Zhongxia est marquée essentiellement par des combats politiques aux résultats douteux. Ayant participé en août 1927 aux préparatifs du soulèvement de Nanchang et à la conférence extraordinaire du C.C du P.C.C. le 7 août 1927 (voir Lominadzé, Qu Qiubai), Deng Zhongxia prend la tête du comité du Parti pour la province du Jiangsu — en fait pour la ville de Shanghai. A ce titre il dirige, fin novembre 1927, une puissante grève de cent mille travailleurs du textile, écrasée par la répression policière. Laissant son poste à Xiang Ying (項英), il s’enfuit à Canton où il devient secrétaire d’un comité du Parti décimé par la récente « Commune ». De mars 1928 au printemps 1930, il séjourne à Moscou. Avec Qu Qiubai, Huang Ping, Zhang Guotao et Yu Fei (余飛), il est un des cinq représentants du P.C.C. auprès de l’I.C. Les âpres luttes menées à l’Université Sun Yat-sen entre étudiants chinois le bouleversent : il prend parti contre les Vingt-huit Bolcheviks et Mif. Il souffre d’être coupé de la réalité chinoise et rédige son Histoire abrégée du mouvement ouvrier chinois, tout en ayant la malchance d’être l’auteur en mars 1930 d’un article nécrologique publié dans la presse soviétique et dans l’organe de l’I.C. sur... Mao Tse-tung. De retour en Chine au printemps 1930, il se range aux côtés de Li Lisan (李立三), ce qui à l’époque du 3e plénum du VIe C.C., signifie surtout qu’il s’oppose aux Vingt-huit Bolcheviks (voir Li Lisan). Il dirige le « bureau du Sud » du P.C.C., puis rejoint les guérillas de la seconde armée de He Long (賀龍) dont il est le commissaire politique dans la région du lac Hong-Hu (soviet de Xiang’exi). Le 25 novembre 1931 le B.P., tirant argument de la défaite de cette petite troupe contrainte de fuir vers le Nord, inflige à Deng Zhongxia un blâme sévère pour « couardise, opportunisme de droite et esprit capitulard ». Guan Xiangying (関向應) et Xia Xi (夏曦) lui succèdent auprès de He Long. Deng Zhongxia est ainsi la principale victime (dans le soviet de Xiang’exi) d’une vague d’épuration beaucoup plus sévère ailleurs (voir Chen Changhao (陳昌浩)). Privé de ses responsabilités de membre du C.C., Deng Zhongxia est placé en stage probatoire durant l’hiver 1931-32. Il est notamment chargé d’animer à Shanghai un comité d’aide aux membres du Parti frappés par la terrible répression du G.M.D. Ce militant que rien ne semble ébranler joue cependant bientôt à nouveau un rôle important à Shanghai : il soulève, non sans succès, les ouvriers contre l’attaque japonaise en janvier 1932. Arrêté, le 15 mai 1933, par la police de la Concession française de Shanghai, il est extradé par les autorités consulaires françaises et livré au gouvernement de Nankin qui le fait fusiller à la mi- octobre 1933.
Li Ang (op. cit., p. 91), repris par R. Thornton (op. cit., p. 67), rapporte que Deng aurait été capturé dès 1929 à la suite d’un « piège » que lui aurait tendu Li Lisan (en l’affectant à un poste dangereux à Shanghai). Si ces méthodes ne sont pas étrangères à Li Lisan, le scénario, en revanche, est invraisemblable à cette époque.

ŒUVRE : Nombreux articles dans Zhongguo gongren (L’Ouvrier chinois). — L’opuscule de 1927 Yiqiuerliu nianzhi Guangzhou gongchao (La vague ouvrière à Canton en 1926), Canton, printemps 1927, est partiellement traduit in Chesneaux (1962), p. 542. — L’ouvrage essentiel de Deng Zhongxia est son Zhongguo zhigong yundong jianshi (Abrégé d’histoire du mouvement ouvrier chinois), mis en chantier à Moscou en 1928-30 et publié en 1943 à Moscou puis en 1949 à Pékin. Il ne couvre que la période antérieure à la Beifa (Expédition du Nord), de 1920 à 1926. — La « nécrologie » de Mao Tse-tung fut publiée dans Vlnprekorr, vol. X, n° 14, 20 mars 1930. — La contribution de Deng Zhongxia à la compréhension de la « question paysanne » intervient dans le cadre de la réflexion animée par Yun Daiying au sein des jeunesses communistes : « Lun nongmin yundong » (Sur le mouvement paysan) in Zhongguo qingnian (La Jeunesse chinoise), n° 11, 29 décembre 1923, p. 24 et « Zongguo nongmin zhuangkuang ji women yundong de fangzhen » (La situation des paysans chinois et le cours de notre mouvement), ibid., n° 13, 5 janvier 1924, p. 5-10.

SOURCES : Outre BH et KC, voir : Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), I (1971) et II (1972). — Chesneaux (1962). — Hu Chi-hsi (1982). —Kuo, II (1968). — Li Ang (1942). — Meisner (1967). — Thornton (1969). — Zhongguo gongchandang lieshizhuan (Vies des martyrs du P.C.C.), p. 58-62. — Voir aussi les articles et les ouvrages de Deng Zhongxia mentionnés ci- dessus.

Alain Roux

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