Née le 12 octobre 1904 à Chang De, morte le 4 mars 1986. Née dans une famille de riches propriétaires hunanais, cette romancière est l’une des figures les plus représentatives du mouvement de dissidence qui se développa dans les milieux intellectuels communistes pendant les années quarante et cinquante. Arrêtée lors de la campagne antidroitière consécutive aux Cent Fleurs, libérée en 1979. Vice-présidente de l’Association des écrivains.

Ding Ling est venue au P.C.C. sous la double influence de sa mère, entrée au Parti en 1927, et de son mari, l’écrivain Hu Yepin, exécuté par le G.M.D. en 1931. Après avoir pendant un certain temps fréquenté les milieux anarchistes et communistes de Shanghai, elle arrive à Pékin en 1924, date de ses débuts littéraires. Elle se fait un nom en publiant dans le Xiaoshuo yuebao (le Mensuel du roman, voir Mao Dun (矛盾)) de courtes nouvelles sur le thème de la jeunesse chinoise face à l’évolution de la société, où l’on retrouve l’influence de Tolstoï et Flaubert bien plus que celle de Gorki dont elle s’inspirera plus tard. Elle adhère au P.C.C. en 1930 et rejoint peu de temps après la Ligue des Écrivains de gauche dont Hu Yepin fait déjà partie (voir Lu Xun (魯迅)). A la mort de son mari, ses virulentes attaques contre le G.M.D. lui valent d’être arrêtée à son tour. Elle reste emprisonnée ou assignée à résidence à Nankin pendant plus de trois années. Libérée en 1936, Ding Ling rejoint Xi’an, puis le soviet du Shenxi. Elle y enseigne à Kangda (voir Luo Ruiqing (羅瑞卿)), fonde avec Deng Yingchao (鄧穎超) une « Association des femmes chinoises pour le salut de la nation », et dirige, pendant les premières années de la guerre, le service chargé du moral des troupes au front. En 1941, elle prend en charge la page littéraire du Jiefang ribao (Libération), ce qui lui donne un rôle déterminant dans la vie culturelle de Yan’an.
A la fin des années Trente, Ding Ling avait déjà soutenu Lu Xun et Hu Feng (胡風) dans la polémique qui les opposait à Zhou Yang (周揚). En 1941 et 1942 c’est avec une ardeur nouvelle qu’elle reprend dans le Jiefang ribao les thèmes qui lui sont chers sur la liberté de création et d’inspiration. Le mouvement de rectification (zhengfeng) de 1942 tente de mettre au pas les intellectuels rebelles et ranime la polémique. Ding Ling prend alors ouvertement le parti des anti-doctrinaires et ouvre sa page littéraire aux dissidents : Ai Qing, Wang Shiwei (王實味), Xiao Jun (蕭軍). L’intervention de Mao au cours du forum sur l’art et la littérature à Yan’an (1942) tranche le débat. Ding Ling est destituée, perd son poste au Jiefang ribao et, après une autocritique en règle, passe le reste de la guerre dans les écoles du Parti. On la retrouve propagandiste en Mandchourie en 1945. Elle y reste encore plusieurs années et assiste aux premiers essais de la réforme agraire en Chine du Nord-Est. Cet épisode lui inspirera son chef-d’œuvre : Le Soleil brille sur la Sanggan (1948), hymne à la gloire de la révolution dans les campagnes que récompense, honneur suprême, le Prix Staline 1951. Ce succès suffit à la réhabiliter. En juillet 1949 elle devient l’un des dirigeants de l’Association pan-chinoise des travailleurs littéraires et artistiques et entre au comité de rédaction du Wenyibao (Journal des arts et des lettres). En septembre 1953, l’Association des écrivains chinois l’élit à sa vice-présidence, fonction qu’elle conservera jusqu’en 1958.
Ce regain d’activité correspond cependant à une reprise de la polémique avec Zhou Yang dans Wenyibao et Remin wenxue (Littérature populaire). A la fin de l’année 1954, Zhou Yang attaque violemment une partie de la rédaction du Wenyibao, en particulier Ding Ling, Feng Xuefeng (馮雪峰) et Chen Qixia. La campagne contre Hu Feng l’épargne mais les Cent Fleurs, en 1957, permettent à la campagne anti-droitière qui leur succèdent d’éliminer les derniers dissidents actifs. Ding Ling, pourtant modérée au cours du mouvement de libre critique lancé en 1956-1957 (voir Chu Anping (儲安平)), est au nombre des boucs émissaires. A la fin de l’année 1957, elle est destituée de toutes ses fonctions comme elle l’avait déjà été quinze ans auparavant. Elle passe deux décennies emprisonnée, puis reléguée à la campagne, avant de reparaître à Pékin en 1979. Élue vice-présidente de l’Association des écrivains en novembre, elle reprend ensuite son activité littéraire et prend parti à diverses reprises pour une libéralisation du régime mais sans mêler sa voie à la nouvelle et plus radicale génération dissidente (voir Wei Jingsheng (魏京生)) qui s’oppose à la restauration de l’orthodoxie après la mort de Mao.

ŒUVRE : Une quinzaine de romans et recueils de nouvelles, écrits entre 1926 et 1948, dont : Zisha riji (Journal d’un suicidé), 1929. — Muqin (La Mère), 1933. — Taiyang zhaozai Sanggan he shang (Le Soleil brille sur la Sanggan), 1948. — Divers articles dans le Jiefang ribao (Libération), 1941-1943, en particulier : « Sanba jie yougan » (Réflexions sur la fête du 8 mars), Jiefang ribao, 9 mars 1942, traduit et commenté in Hua Chang-ming (1978). — Depuis sa dernière réhabilitation, on a traduit d’elle un recueil intitulé La Grande Sœur (Paris, 1980), d’après le titre d’une brève nouvelle écrite après le retour en grâce dans un style conforme au réalisme socialiste.

SOURCE : Outre BH et KC, voir : C.T. Hsia (1961). — Merle Goldman (1967). — Hua Chang-ming (1978). — Spence (1981).

Jacques Manent

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