Né en mars 1896 à Sangzhi, Hunan ; mort en 1969. Vétéran de l’Armée rouge, fondateur du soviet du Hunan-Hubei occidental (Xiang’exi) en 1930 ; maréchal de l’A.P.L. ; une des plus illustres victimes de la Révolution culturelle. Réhabilité après la chute des « Quatre ».

La vie de He Long est constamment revue et corrigée par la légende, mais elle est par maints détails révélatrice de l’histoire du mouvement paysan dans le Hunan. On lui prête des origines paysannes. En réalité, son père était tailleur. Il appartenait cependant à la Société des Aînés et des Anciens (Gelaohui), société secrète très influente dont furent membres plusieurs cadres du P.C.C. et que Mao Tse-tung (毛澤東) dut par la suite ménager pour s’en faire un allié. L’éducation de He Long fut totalement négligée. Le Nord-Ouest du Hunan était alors une région arriérée et sujette à de fréquentes famines, les soulèvements paysans y étaient monnaie courante, le banditisme y sévissait à l’état endémique. Toute la famille de He Long disparut, semble-t-il, en combattant dans les rangs communistes au cours de la guerre civile. Lui-même, à vingt ans, passa dans la clandestinité à la suite de l’assassinat d’un gabelou. La marge qui séparait le bandit du révolutionnaire était à cette époque assez étroite : en 1912 He Long avait regroupé sous son autorité plusieurs milliers d’hommes, sans armes, qualifiés un peu pompeusement d’« armée paysanne » (Nongminjun). La légende veut encore qu’il ait fait partie du Tongmenghui. En fait, He Long chercha à obtenir de Sun Yat-sen (孫逸仙) un commandement. En 1920, ses maigres troupes furent intégrées à l’armée du G.M.D. tout en restant sous son commandement dans le Hunan. A l’occasion d’une rencontre avec les comités de propagande que le G.M.D. lui envoyait de Canton, He Long retrouva en 1924 un de ses parents, Zhou Yijun, membre du P.C.C., qui l’initia au marxisme. En 1925 il demanda à entrer au P.C.C. ; sa candidature, pour une raison inconnue, fut rejetée. Sa réputation sur le plan régional était toutefois suffisamment solide pour qu’en 1926 lui soient confiés d’importants commandements dans la 4e Armée de Zhang Fakui, l’un des corps d’élite de l’Armée nationale révolutionnaire.
Le 26 juillet 1927, He Long entra dans Nanchang à la tête du 20e Corps. Au même moment, d’autres officiers pro-communistes (Ye Ting (葉挺) et Zhu De (朱德)) renforçaient la main des révolutionnaires dans la capitale du Jiangxi. L’insurrection préparée par le « Comité de front de Nanchang » (auquel participaient aussi Zhou Enlai (周恩來), Liu Bocheng (劉伯承) et Li Lisan (李立三)) fut maintenue en dépit des réserves du Komintern, relayées par Lominadzé et Zhang Guotao (張囯燾). Elle fut victorieuse le 1er août 1927, date que la R.P.C. continue de célébrer comme l’anniversaire de l’Armée rouge (voir Ye Ting). Afin d’accréditer la fiction du Front uni, toujours maintenu en dépit des faits, un « comité révolutionnaire » fut mis sur pied, où figuraient des personnalités de la gauche nationaliste (telle Song Qingling (宋慶齡) ou le général Zhang Fakui) à côté des communistes qui détenaient la présidence avec Tan Pingshan (譚平山) et le pouvoir réel (avec Zhou Enlai, Li Lisan, Lin Boqu (林伯渠), Zhang Guotao, Wu Yuzhang (吳玉章) et Guo Moruo (郭沫若)). Ce comité était « coiffé » par un triumvirat militaire composé de He Long (président), Ye Ting (vice-président) et Liu Bocheng (chef d’état-major). Les rebelles ne purent gagner Zhang Fakui à leur cause et durent abandonner Nanchang dès le 3 août. Ils firent retraite en direction de Hailufeng, dans le Guangdong (voir Peng Pai (澎湃)ai). L’« armée des partisans ouvriers et paysans », célébrée à grand renfort d’articles dithyrambiques par la presse du Komintern (Staline avait désespérément besoin de succès chinois pour écraser l’Opposition) se fraya un difficile chemin à travers le sud du Jiangxi et l’ouest du Fujian avant de gagner Shantou (Swatow). La ville, prise le 24 septembre, devint « capitale soviétique » le temps d’une semaine, puis He Long et Ye Ting durent reprendre leur « longue marche », harcelés par les troupes régulières et privés du soutien paysan qui était censé fonder toute l’entreprise... Seuls 2 000 soldats avaient échappé au piège de Shantou ; lors de son arrivée à Lufeng, en octobre, l’armée Ye-He (Ye Ting-He Long) était saignée à blanc. Zhu De s’en était séparé quelque temps auparavant pour reprendre la direction du Hunan ; il devait joindre ses maigres forces à celles de Mao Tse-tung au printemps 1928 à la frontière du Hunan et du Jiangxi ; He Long, qui avait été admis au P.C.C. en octobre, se réfugia à Hong Kong, puis s’en fut à Shanghai où, mis à l’abri par les soins de Li Weihan, il fit part au C.C. de son refus d’aller en U.R.S.S. et de sa volonté d’organiser des soulèvements paysans dans l’ouest du Hunan. Aidé par sa connaissance du milieu et ses liens avec le Gelaohui, il fonda dans son xian natal, en janvier 1928, avec dix fusils et trente hommes, les bases du soviet du Hunan-Hubei occidental (Xiang’exi), officiellement créé en juillet 1930, en même temps que le 2e Corps de l’Armée rouge dont il prit le commandement.
En 1930, dans le cadre de la nouvelle stratégie lilisaniste, le 2e Corps, avec Deng Zhongxia (鄧中夏) comme commissaire politique, fut chargé de prendre Wuhan. Ce fut un échec qui menaça jusqu’à l’existence du soviet. Celui-ci fut réorganisé par le représentant de la majorité du C.C. qui succéda à Li Lisan en janvier 1931 : Xia Xi (夏曦). Ce dernier mit sur pied le bureau régional du P.C.C. et prit en main l’essentiel des affaires politiques et militaires. C’est lui que, jusqu’en 1967, l’historiographie de la R-P.C. devait rendre responsable (parce qu’il était l’un des Vingt-huit Bolcheviks partisans de Wang Ming (王明) de l’écrasement rapide du soviet. En juin 1932, en effet, le soviet commença à se désagréger sous les coups de la 4e campagne d’annihilation. A la fin de la même année, les troupes de He Long durent se replier sur la frontière du Guizhou. C’est là qu’en octobre 1934 elles fusionnèrent avec le 6e Corps de Ren Bishi (任弼時), pour donner naissance à la 2e Armée de front, chargée de couvrir l’arrière- garde de la Longue Marche, sous le commandement de He Long. Celui-ci devint en 1937 commandant de la 120e division de la 8e Armée de route, se distingua au Shanxi et au Hebei puis dans la défense de la région-frontière des Shen-Gan-Ning. He Long apparaît alors sous les traits d’un meneur d’hommes plus que sous ceux d’un stratège. Personnage haut en couleurs, portant moustache et aimant commander ses troupes à cheval, il a sans doute été l’un des héros les plus populaires de l’Armée rouge. En 1945 il entra au C.C. à l’occasion du VIIe congrès du P.C.C.
He Long fit la guerre civile (1946-1949) en Chine du Nord, à la tête de l’une des quatre colonnes de l’Armée rouge (il commande la lre Armée de campagne ; Lin Biao (林彪), Chen Yi (陳毅) et Liu Bocheng sont à la tête des trois autres colonnes). Après la victoire de 1949, il fut chargé du proconsulat militaire du Sud-Ouest, où il collabora avec Liu Bocheng et Deng Xiaoping (鄧小平). Lors de la réorganisation du pouvoir central en 1954, il fut nommé vice-président du gouvernement (Conseil d’État) et du Conseil de défense nationale. Élevé en 1955 à la dignité de maréchal, il accéda au B.P. lors de la 2e session du VIIIe congrès du P.C.C. (1958) et prit la tête, en 1959, de la Commission de l’éducation physique et des sports du Conseil d’État (son adjoint est alors Cai Shufan (蔡樹藩)). L’un des personnages les plus prestigieux du régime et du Parti, He Long a constamment figuré au premier plan des délégations chinoises à l’étranger jusqu’à la Révolution culturelle.
Les Gardes rouges ne se font pas faute de vilipender ses goûts dispendieux, qu’il a la naïveté d’afficher sans vergogne (alors que d’autres dirigeants, tout aussi « bourgeois », savent user de discrétion...) Officiellement accusé de collusion avec Deng Xiaoping, Peng Zhen (彭真), Lu Dingyi (陸定一) et Luo Ruiqing (羅瑞卿) en janvier 1967, il est arrêté comme eux le 4 décembre, ce qui met un terme à sa carrière et à ses apparitions en public. Il mourut en 1969, mais peut-être pas de faim dans la cellule d’un hôpital psychiatrique comme la rumeur en a couru. Sa mémoire a été réhabilitée peu après la chute des « Quatre ».

SOURCES : Outre KC et BH, voir : Harrison (1972). — Hsiao Tso-liang (1970). — Sha Ding (1946). — Wales (1972). — Sur l’« Armée des partisans ouvriers et paysans », voir : Inprekorr (La Correspondance Internationale), no. 86-101, août-octobre 1927 et sur la clandestinité shanghaïenne de l’automne 1927, Li Weihan in Social Sciences in China, n° 3, 1983.

Yves Chevrier et Jacques Manent

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