Né en 1903 dans le Hubei ; mort en juin 1985. Essayiste et critique littéraire marxiste, personnage central de la campagne lancée en 1955 par le P.C.C. contre les intellectuels dissidents. Réhabilité en 1980, il est réadmis à l’Association des écrivains en octobre 1981 et membre du comité permanent de la C.P.C.P.C. depuis décembre 1981.

La démarche intellectuelle de Hu Feng est très semblable à celle de Lu Xun (魯迅). Ni l’un ni l’autre n’ont adhéré au P.C.C., mais tous deux ont contribué par leurs écrits au triomphe de la révolution communiste. Lu Xun toutefois est mort suffisamment tôt pour conserver aujourd’hui encore une place de choix dans l’histoire littéraire de la R.P.C., tandis que nombre de ses disciples sont entrés à un moment ou un autre en conflit avec le Parti. Certains, pour avoir refusé de s’aligner sur les thèses officielles, sont tombés victimes des campagnes « anti-droitières » lancés par le P.C.C.
Hu Feng est de ceux-là. Malgré d’humbles origines, Zhang Gufei — tel est son véritable nom — réussit à faire des études universitaires. Il adhère même un moment à la L.J.C., puis séjourne au Japon de 1928 à 1933 avant d’être expulsé pour ses activités politiques. Il rejoint alors à Shanghai la Ligue des écrivains de gauche et entre dans le cercle des disciples de Lu Xun. Adoptant le nom de plume de Hu Feng, il définit un idéal littéraire qui cherche à faire coexister marxisme et créativité. L’écrivain, pour lui, « atteint le réalisme en combinant l’intensité émotionnelle et la combativité ». Contre le président de la Ligue des écrivains de gauche, Zhou Yang (周揚), pour qui politique et idéologie doivent être les deux objectifs de la littérature, Hu Feng choisit le parti de Lu Xun. La polémique prend corps au milieu des années 1930 ; elle durera vingt ans. La guerre sino-japonaise n’y met pas un terme : si le mouvement de rectification (zhengfeng) de 1942 consacre la victoire de la ligne Zhou Yang à Yan’an, Hu Feng continue à défendre ses positions depuis Chungking.
En 1949 le gouvernement de la R.P.C. ne lui confie aucune fonction officielle ; son prestige intellectuel lui vaut toutefois de recevoir un certain nombre de responsabilités limitées : il entre notamment au comité de rédaction du Renmin Wenxue (Littérature populaire) et, plus tard, à l’Assemblée nationale. C’est le calme avant l’orage, qui éclate à l’été 1954. Hu Feng, dans une lettre adressée au C.C., critique la politique du Parti en matière littéraire et dénonce « les cinq poignards » plongés dans le cerveau des écrivains : idéologie communiste, inspiration révolutionnaire, rééducation idéologique, limitation des formes et choix des thèmes par le Parti. En novembre et décembre il attaque ouvertement Zhou Yang et le rédacteur littéraire du Renmin Ribao, He Qifang (何其芳). La riposte est immédiate au sein même de l’A.N.P. où Mao Dun (矛盾) soutient contre Hu Feng les cinq points du Parti. Abandonné par ses amis et partisans de la veille, tels Yu Pingbo ou Shu Wu, Hu Feng est isolé, contraint à trois autocritiques successives entre janvier et mai et finalement arrêté le 18 juillet 1955. Emprisonné jusqu’en 1965, il aurait été arrêté à nouveau peu après le début de la Révolution culturelle (1966). Réapparu en 1979 dans le Sichuan, il a été discrètement réhabilité à la fin de l’année 1980 et réadmis à l’Association des écrivains en octobre 1981. Il était membre du comité permanent de la C.P.C.P.C. depuis décembre 1981.
L’affaire Hu Feng n’est pas un cas unique : prolongeant un certain nombre de campagnes de « mise au pas » de l’intelligentsia (voir Liang Shuming (梁漱溟)), elle précède de quelques mois seulement le mouvement des Cent Fleurs. L’épuration de la « clique Hu Feng », environ cent trente personnes, a été une étape de plus dans l’histoire difficile des relations entre le P.C.C. et ses intellectuels.

ŒUVRE : Nombreux essais, dont Lun minzu xingshi wenti (Le problème des formes littéraires nationales), 1940 et Lun xianshi zhuyi de lu (Sur la voie du réalisme), 1948.

SOURCES : C.T. Hsia, (1961). — Merle Goldman, in CQ n° 12, octobre-décembre 1962. — Merle Goldman (1967). — Peyraube et Leung (1980).

Jacques Manent

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