Né en 1915 (ou 1913) au Hunan. Commissaire politique avant la Libération, responsable de la L.J.C. jusqu’à la Révolution culturelle, il a effectué après 1977, grâce à Deng Xiaoping, une ascension météorique dans l’appareil du P.C.C. ; depuis juin 1981, il en occupe la direction (président en juin 1981, secrétaire général en septembre 1982) et se trouve donc au premier rang de la hiérarchie du régime.

La carrière de Hu Yaobang se caractérise d’abord par sa précocité. Issu d’une famille de paysans pauvres, Hu est en effet, à quatorze ans, l’un de ces « petits diables rouges » que le P.C.C. mobilise lors de l’insurrection de la Moisson d’automne (voir Peng Gongda (彭公達)). Il adhère à la L.J.C. en 1930 et, combattant dans la base du Jiangxi, il entre au Parti en 1933 puis reçoit le poste de secrétaire du Bureau du C.C. chargé de mobiliser les enfants. A la veille de la Longue Marche, Hu Yaobang est secrétaire général de la L.J.C. du soviet central (dont la capitale est Ruijin). Après avoir achevé la Longue Marche, il étudie à l’Université Kangda de Yan’an (1937) (voir Luo Ruiqing (羅瑞卿)) où il occupe les fonctions de directeur-adjoint du département politique. A partir de 1941, il est commissaire politique dans l’A.P.L. Il a notamment participé, de 1949 à 1952, à l’occupation du Sichuan sous les ordres de Liu Bocheng (劉伯承) et d’un autre grand dirigeant dont il sera plus tard l’un des plus proches collaborateurs, Deng Xiaoping (鄧小平).
A partir de 1952, sa carrière emprunte une nouvelle direction. Élu déjà in abstentia au C.C. de la Ligue des Jeunesses néo-démocratiques (1949), Hu Yaoang en devient secrétaire (1952) à une époque où le Parti entend développer et mieux contrôler l’action de la Ligue. Jusqu’en 1966, il assurera fidèlement la transmission des directives du Parti à son organisation de jeunesse (redevenue en 1957 Ligue des Jeunesses communistes). Quoique promu au C.C. par le VIIIe congrès du P.C.C. (septembre 1956), il n’exerce en fait que d’importantes fonctions de représentation et de transmission. On le rencontre dans les assemblées de la Fédérations mondiale des Jeunesses démocratiques, dont il devient vice-président en 1957. Il représente la jeunesse chinoise dans diverses institutions officielles (par exemple à partir de 1954 le comité permanent de l’A.N.P.) et dans certaines organisations de masse (telle la Fédération pan-chinoise des syndicats). Que la politique officielle subisse une légère inflexion, et Hu Yaobang en claironne le bien-fondé dans de grands articles de presse : il est l’un des personnages les plus publics du régime. Au travers de nombreux et spectaculaires mouvements de masse, Hu porte à trente millions d’adhérents les effectifs de la L.J.C. en 1965 — année où, d’ailleurs, il occupe aussi quelque temps le poste de premier secrétaire par intérim du comité du Parti du Shenxi. Bien qu’il ne participe pas à l’élaboration des grandes décisions, ce dirigeant encore jeune est devenu l’un des rouages importants du régime et aussi l’artisan le plus en vue de sa politique à l’égard de la jeunesse.
Or Mao Tse-tung (毛澤東) ambitionnait publiquement, en déclenchant la Révolution culturelle, de reconvertir la jeunesse chinoise et de la tremper dans la lutte contre l’appareil du Parti : il lui fallait détruire d’abord la L.J.C. Hu Yaobang fut donc l’une des premières cibles des Gardes rouges et il disparut de la scène publique dès novembre 1966. Il ne devait revenir à la surface qu’en avril 1972 et ne retrouver un poste officiel que trois ans plus tard, au début de 1975 : celui de directeur adjoint et secrétaire du comité du Parti de l’Académie des Sciences.
Il se produit alors, chez ce cadre chevronné formé à la discipline sinon à la servilité, un phénomène remarquable : il court le risque d’une nouvelle disgrâce en soutenant très vigoureusement les efforts de Deng Xiaoping (voir ce nom) pour relancer la recherche scientifique chinoise. Qu’on en juge : « L’Académie des Sciences, déclare-t-il, c’est l’Académie des Sciences, ce n’est pas une académie de production, c’est un lieu où l’on étudie, non un lieu où l’on plante les choux, ce n’est pas un champ de patates, on y fait de la science, de la science naturelle. » Dès que le vent tourne, dans les premiers mois de 1976, Hu devient la cible des plus violentes attaques de la « Bande des Quatre » (voir Jiang Qing (江青)) et il disparaît à nouveau de la scène publique.
Mais sa disgrâce, comme celle de Deng Xiaoping, aura été de courte durée. Réélu au C.C. par le XIe congrès du P.C.C. (août 1977), Hu Yaobang reçoit tout d’abord deux postes de confiance qui lui confèrent de très importantes responsabilités : ceux de directeur-adjoint de l’École centrale du Parti et surtout de directeur du Département de l’organisation du C.C. (où il succède à Guo Yufeng, exclu par le XIe congrès d’août 1977). Mais c’est lors du troisième plénum du XIe C.C. (décembre 1978) que Deng remporte sa plus grande victoire politique et impose son programme : Hu Yaobang est alors promu au B.P., affecté à la tête du Département de la propagande et nommé au poste de troisième secrétaire de la Commission de contrôle de la discipline. Le cinquième plénum le fait entrer au comité permanent du B.P. et rétablit à son profit les fonctions de secrétaire général du C.C. (février 1980). Hu Yaobang occupe alors dans l’organigramme du Parti la place que Deng Xiaoping conserva de 1956 à 1966. Mais son ascension ne s’arrête pas là. Après des mois de disputes et d’incertitudes, le clan Deng Xiaoping réussit à obtenir lors du 6e plénum du XIe C.C. (juin 1981) la démission de Hua Guofeng (華囯鋒) et, contre les prévisions de beaucoup d’observateurs, parvient à imposer que Hu Yaobang lui succède à la présidence du C.C. C’est, pour les « pragmatistes », une victoire considérable.
Et c’est, pour Hu Yaobang, la dernière étape d’une ascension météorique : il reçoit non, seulement la première place dans la hiérarchie politique du régime (sous l’ombre tutélaire de Deng Xiaoping, il est vrai), mais aussi la possibilité de se forger à la fois un profil de grand dirigeant et une équipe de collaborateurs dévoués. Car le XIIe congrès approche, et Hu Yaobang va le préparer soigneusement. Ce congrès ne sera pas seulement celui de la normalisation statutaire et idéologique du P.C.C., le congrès du retour au milieu des années 50 —, ce sera aussi le congrès de Hu Yaobang. En effet, non sans quelque coquetterie, Deng Xiaoping se retire officiellement à la tête d’une nouvelle Commission des conseillers du C.C. où il entraîne certains de ses ennemis. Hu Yaobang, de son côté, prononce un vigoureux rapport politique qui synthétise la ligne du moment dans un langage volontairement orthodoxe. Il abandonne, certes, le poste de président du P.C.C. qui fleurait trop la période maoïste, pour prendre le titre de secrétaire-général, beaucoup plus digne de la « direction collective » dont on se prévaut désormais. Mais c’est pour s’entourer, au B.P. et plus encore au secrétariat du C.C., de nouveaux venus qui sont d’abord ses collaborateurs. A l’heure même où le P.C.C. met un point final à la période de démaoïsation rampante qui s’était ouverte en octobre 1976, on voit apparaître, à son sommet, un groupe de fidèles (souvent depuis les années 50) du nouveau secrétaire-général. Gageons que Hu Yaobang, chargé d’épurer et de « rectifier » le Parti à la tête d’une commission ad hoc, saura faire bon usage des pouvoirs nouveaux qui lui sont conférés par le 2e plénum du XIIe C.C. (octobre 1983).
Nul doute, évidemment, que Hu Yaobang conserve des ennemis et suscite encore du scepticisme : dans l’A.P.L., d’abord, où les nostalgies maoïstes s’expriment encore (raison pour laquelle Deng Xiaoping a conservé la présidence de la toute puissante Commission des affaires militaires du C.C.) ; dans le gouvernement, ensuite, car Zhao Ziyang (趙紫陽) semble parfois partisan d’un réformisme plus audacieux ; et même dans le Parti, où l’influence de Hu reste fortement limitée par celle de grands anciens que de spectaculaires promotions dans l’appareil d’État viseront à écarter ou amadouer : en juin 1983, Li Xiannian (李先念) sera élevé à la présidence de la République, Peng Zhen (彭真) à la présidence de l’A.N.P... C’est ainsi que la campagne contre la pollution spirituelle a semblé le mettre en difficulté à la fin de l’année 1983 à l’intérieur même du camp pragmatique, avant que Deng Xiaoping ne rétablisse l’équilibre en 1984, année d’une nouvelle impulsion réformiste sanctionnée par le 3e plénum du XIIe C.C. (octobre 1984). De fait, le nouveau secrétaire général dépend encore beaucoup de la protection de Deng.
Dans la plupart des débats de politique intérieure, Hu semble avoir adopté une position médiane propre à satisfaire les cadres supérieurs : moins autoritaire que celle d’un Li Xiannian, mais moins réformiste que celle d’un Zhao Ziyang. Peut-être veut-il apparaître comme le restaurateur du juste milieu et de l’orthodoxie ? Car il a rendu leur rôle au Parti et à l’idéologie. Dans la vie politique nationale comme dans chaque unité de travail, le P.C.C. a retrouvé ses fonctions de direction et de contrôle. Et la restauration du vocabulaire idéologique des années 1950 permet de donner une certaine cohérence à une politique bien souvent pragmatique et hésitante. Ces habiletés procèdent sans doute d’un dessein politique : revenir chaque fois que possible aux solutions et aux techniques de gouvernement expérimentées dans les années 1950. Rien ne garantit, cependant, qu’elles imposeront le personnage de Hu Yaobang comme le successeur de Deng Xiaoping.

ŒUVRE : Par leur conformisme total, les nombreux articles de Hu Yaobang avant la Révolution culturelle font bien voir le rôle dévolu à la L.J.C. On lira par exemple ceux publiés in RMRB, 1er octobre 1959, 22 novembre 1960, Xinhua Banyuekan, n° 9, 1960 et Xinhua Yuebao n° 8, 1964. En revanche, le nouveau style de Hu Yaobang ressort bien de son discours pour le 60e anniversaire du P.C.C., publié par Beijing Information du 13 juillet 1981.

SOURCES : Outre KC, voir : RMRB (1971-1983). — Beijing Information, 6, 13 juillet 1981 et Zhanwang (Perspectives), n° 382, p. 6-7.

Jean-Luc Domenach

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